Complémentarité hommes-femmes dans la Mission selon saint Vincent de Paul

Beaucoup se posent aujourd’hui la question de la « place des femmes dans l’Église ». En 2013, dans l’avion de retour des JMJ de Rio de Janeiro, le pape François déplorait l’absence d’une « théologie profonde de la femme dans l’Église », sans vraiment préciser ce que dirait une telle théologie.

Perceval PONDROM

Complémentarité hommes-femmes dans la Mission selon saint Vincent de Paul

Beaucoup se posent aujourd’hui la question de la « place des femmes dans l’Église ». En 2013, dans l’avion de retour des JMJ de Rio de Janeiro, le pape François déplorait l’absence d’une « théologie profonde de la femme dans l’Église », sans vraiment préciser ce que dirait une telle théologie. Cette confidence du pape sonne comme un aveu que l’Église ne parvient pas à rendre raison du positionnement marginal des femmes en son sein, notamment dans les domaines de la liturgie, de l’enseignement et de la gouvernance. Au XVIIe siècle, émus d’une part par la misère qui sévissait dans de grandes parties de la France du fait de guerres récurrentes, et d’autre part interpellés par le manque d’instruction religieuse des populations de la campagne et la formation fortement déficiente des prêtres qui entravait leur accès aux sacrements, saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac ont créé une double compagnie constituée respectivement d’hommes (la Congrégation de la Mission) et de femmes (les Filles de la Charité), constituant un véritable ministère de service corporel et spirituel des pauvres avec des modalités différentes selon différentes qualités perçues comme masculines ou féminines. Ces deux compagnies avaient été précédées en 1617 par la création des Dames de la Charité que saint Vincent place dans la lignée des « diaconesses », office public dévolu aux femmes dans les premiers temps de l’Église mais qui avait disparu selon lui à l’époque de Charlemagne, laissant le sexe féminin « privé de tout emploi » jusqu’à ce que la « Providence » en rétablisse un. Bien que Vincent ne compare pas explicitement les deux offices, l’ancien et le nouveau, il semble évident qu’il considère le deuxième comme bien supérieur au premier : alors que le rôle des diaconesses selon lui était de « faire ranger les femmes dans les églises et de les instruire des cérémonies qui étaient pour lors en usage », les deuxièmes, « Dieu les établit les mères des enfants abandonnés, les directrices de leur hôpital et les dispensatrices des aumônes de Paris pour les provinces, et principalement pour les désolées » (Coste XIII, p. 809-910). C’est d’une véritable diaconie de la charité qu’il s’agit, source de vie pour les marginalisés. Mais dans ce petit travail, nous nous concentrerons sur les Filles de la Charité. À travers la lecture des deux conférences sur la vocation des Filles de la Charité (conférences 2 et 3, Coste IX, pp. 14-18 et 18-26) et celle sur les vertus de Marguerite Naseau, archétype et modèle des Filles de la Charité (conférence 12, ibid. pp. 77-79), nous étudierons ce que signifie pour saint Vincent être Fille de la Charité, à savoir être fille de Dieu comme Jésus est fils de Dieu, puis en mettant en regard le premier article des règles communes respectives des Filles de la Charité et de la Congrégation de la Mission, ainsi que la lettre 3077 à Jacques de la Fosse (Coste VIII, pp. 237-240), nous esquisserons une articulation entre les ministères respectifs de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité et tâcherons de montrer pourquoi on peut parler d’un ministère unique avec en son sein des rôles complémentaires pour les deux congrégations. Enfin nous rassemblerons ces réflexions pour essayer d’en tirer un enseignement sur la façon dont on pourrait, aujourd’hui, à l’exemple de Vincent de Paul et de Louise de Marillac, organiser un ministère associant hommes et femmes et qui réponde aux besoins de notre temps.

Dans le corpus des lettres, conférences et documents de saint Vincent de Paul rassemblés et organisés par René Coste dans les années 1920-1930, les tomes IX et X contiennent les conférences aux Filles de la Charité. Les deux conférences des 5 et 19 juillet 1640 sont consacrées à la vocation des Filles de la Charité, présentée comme le « bonheur des Filles de la Charité : ce que c’est et ce qu’il faut pour être vraies et bonnes Filles de la Charité ». On peut bien sûr être une fausse et mauvaise Fille de la Charité si on n’est pas fidèle à ce qu’on peut appeler l’essence des Filles de la Charité. Pour définir ce « bonheur » de femmes ayant choisi une vocation particulière, Vincent part de celui de tout chrétien : « demeurer toujours en l’état qui les rend plus agréables à Dieu, en sorte qu’il n’y ait rien qui lui puisse déplaire. » Le bonheur des chrétiens, c’est de faire ce qui plaît à Dieu. On pourrait dire en exagérant à peine que le bonheur des chrétiens est de faire le bonheur de Dieu, il ne peut être défini que dans une relation et par une relation à son créateur. De façon classique Vincent distingue deux types d’état, les gens en ménage qui se consacrent à leur famille et à « l’observance des commandements » et les religieux, « ceux que Dieu appelle dans l’état de perfection, comme les religieux de tous Ordres et même ceux qu’il met en des communautés, comme les Filles de la Charité, lesquelles, bien qu’elles n’aient pas pour maintenant des vœux, ne laissent d’être dans cet état de perfection, si elles sont vraies Filles de la Charité. » En 1640 les Filles de la Charité n’ont pas encore vraiment de règles, elles n’émettent pas de vœux, d’ailleurs quand elles en émettront ce ne seront pas des vœux perpétuels mais renouvelables tous les ans. Pourtant Vincent insiste sur cet état de perfection qu’elles doivent conserver. Nous verrons que cette « perfection » n’est pas un état à atteindre pour soi comme dans le cas des religieux mais que c’est un moyen pour un but plus grand qui est la mission et le service des pauvres et des malades.

Vincent de Paul explicite ensuite cette perfection : il faut quitter « père, mère, biens, prétentions au ménage ; c’est ce que le Fils de Dieu enseigne en l’Évangile », il faut aussi obéir, « s’être quitté soi-même ». Pourquoi tout cela ? On le voit déjà, c’est parce que Jésus l’a enseigné ; une Fille de la Charité se met donc à la suite de Jésus, et en se mettant à sa suite elle se fait fille de Dieu : « Être Filles de la Charité, c’est être filles de Dieu, filles appartenant entièrement à Dieu ; car ce qui est en charité est en Dieu, et Dieu en lui. […] Il faut faire entièrement la volonté de Dieu ». Il faut donc être disciple de Jésus, et c’est en suivant Jésus, en faisant ce qu’il a fait en agissant dans la charité et en accomplissant la volonté de son Père qu’on est une vraie Fille de la Charité. Autrement dit une Fille de la Charité est fille de Dieu comme Jésus est Fils de Dieu, en étant missionnaire comme Jésus est missionnaire du Père, comme Vincent le développe dans la suite de la conférence : « Pour être vraies Filles de la Charité, il faut faire ce que le Fils de Dieu a fait sur terre […] il a continuellement travaillé pour le prochain, visitant et guérissant les malades, instruisant les ignorants pour leur salut. » On note que les Filles de la Charité ne sont pas cantonnées comme la plupart des religieuses hospitalières de ce temps au service corporel des malades, mais doivent bien s’adonner à leur instruction. On peut reconnaître ici la double diaconie de la charité et de la parole. Ce qui est frappant c’est la grandeur de cette vocation de Fille de la Charité, soulignée par un habile jeu de contraste : « Vous avez le bonheur d’être des premières appelées à ce saint exercice, vous, pauvres villageoises et filles d’artisans. » Voilà le couple paulinien de « force/faiblesse », c’est dans la faiblesse humaine que Dieu révèle sa force. Ainsi de la condition la plus misérable de l’échelle sociale du XVIIe siècle, « pauvres villageoises et filles d’artisans », Dieu suscite la plus grande des vocations, celle de suivre le Christ inconditionnellement dans sa mission auprès des pauvres et des malades. Pour instruire les ignorants, Dieu n’appelle pas les savants, mais des filles elles-mêmes ignorantes qui ne seront ainsi pas porteuses de leur propre message mais vectrices de la Parole qu’il aura mise en elle. Ce ministère est presque inouï dans l’histoire de l’Église : « Depuis le temps des femmes qui servaient le Fils de Dieu et les apôtres, il ne s’est fait en l’Église de Dieu aucun établissement pour ce sujet. »

Dans la deuxième conférence sur la vocation de Fille de la Charité (Coste IX, pp. 18-26), Vincent veut leur faire découvrir le « dessein de Dieu » pour leur compagnie. Il développe les aspects déjà évoqués dans la première en s’appuyant sur le début des Règles : « La Compagnie des Filles de la Charité est établie pour aimer Dieu, le servir et honorer Notre-Seigneur, leur patron, et la sainte Vierge. » puis « pour servir les pauvres malades corporellement, leur administrant tout ce qui leur est nécessaire, et spirituellement, procurant qu’ils vivent et meurent en bon état. » La deuxième citation donne les moyens d’accomplir la vocation d’aimer Dieu. En particulier Vincent développe longuement le thème de l’amour de Dieu et les moyens d’« aimer Dieu souverainement » en se faisant tout à lui et en accomplissant sa volonté en imitant Jésus Christ  « qui ne faisait rien que par le motif de l’amour qu’il avait pour Dieu le Père. » Arrêtons-nous aux soins spirituels des malades, tâche essentielle des Filles de la Charité : le soin des malades en vue de leur guérison doit se faire pour l’amour de Dieu. Vincent appuie son discours sur l’hymne à la Charité de saint Paul (1 Co 13). Le soin corporel ne peut pas suffire, même s’il est fait pour l’amour de Dieu : la charité exige de soigner la relation des malades avec Dieu quand elle est blessée. Si on soigne un « ennemi de Dieu », comment celui-ci peut-il être satisfait ? Est-on vraiment guidé par la charité en soignant les ennemis de Dieu ? Ou alors ne faudrait-il soigner que ses amis ? La réponse de Vincent est toute différente : « parmi ceux que vous pourrez servir, il s’en trouvera beaucoup qui seront ennemis de Dieu par les péchés qu’ils ont contractés depuis longtemps et par ceux qu’ils auront peut-être envie de commettre après leur maladie, si d’ennemis de Dieu vous n’essayez de les changer en amis de Dieu par une vraie pénitence. » La mission des Filles de la Charité est de faire « d’ennemis de Dieu » des « amis de Dieu », de collaborer avec Dieu à sa réconciliation avec l’humanité blessée. La charité crée une profonde unité entre les soins corporels des malades et leur service spirituel. Il n’y a pas de vraie charité si on se contente de soigner les maladies ou blessures physiques des malades, l’amour de Dieu impose le soin holistique de toute la personne du malade. Ainsi c’est la vocation de Fille de la Charité de s’occuper des malades corporellement mais surtout spirituellement. Nous avions déjà vu que saint Vincent hissait le ministère des Filles de la Charité à la dimension de l’histoire de l’Église, ici il dépasse même cette dimension et évoque l’éternité de Dieu : « le dessein de Dieu pour votre établissement a été, de toute éternité, que vous l’honoriez en contribuant de tout votre pouvoir au service des âmes, pour les rendre amies de Dieu […] avant même que vous vous occupiez du corps. » On voit ici la très grande importance de la mission des Filles de la Charité, voulue de toute éternité par Dieu pour continuer son œuvre dans le monde. Ce n’est pas exagérer de dire que comme les missionnaires lazaristes et avec eux (comme nous le verrons plus tard), les sœurs vincentiennes collaborent à l’acte de création de Dieu en aidant à recréer la relation blessée entre les hommes et lui.

Cette compagnie conçue de toute éternité par Dieu n’est cependant pas tombée du ciel, elle a eu un commencement dans la personne d’une jeune fille de Suresnes qui aurait pu rester un phénomène sans suite si elle n’avait pas frappé l’attention de sainte Louise de Marillac. Nous n’examinerons pas en détail la conférence consacrée aux vertus de Marguerite Naseau (juillet 1642, Coste IX, pp. 77-79) mais nous pointerons les éléments qui montrent que cette « pauvre vachère sans instruction » constitue l’archétype des Filles de la Charité. De nombreux éléments de cette conférence montrent la conviction qu’a Vincent d’une forme d’incarnation en elle de la volonté de Dieu. Elle n’avait « quasi d’autre maître ou maîtresse que Dieu », était « mue par une forte inspiration venue du ciel », « sans autre provision que la Providence divine », etc. On reconnaît dans ces expressions une figure prophétique. Dans toutes les tâches qu’elle entreprit elle n’était guidée par personne d’autre que par la volonté de Dieu, et la Providence prenait soin d’elle : « Elle a elle-même raconté à Mademoiselle Le Gras [Louise de Marillac] qu’une fois, après avoir été privée de pain pendant plusieurs jours et sans avoir mis personne au courant de sa détresse, il lui arriva, au retour de la messe, de trouver de quoi se nourrir pour bien longtemps. » On voit clairement ici une illustration de l’appel de Jésus dans l’évangile à ne pas se soucier de ce qu’on mangera le lendemain ni de la façon dont on accomplira la mission, mais à se fier à l’amour de Dieu. Comme la pauvre veuve de l’évangile elle donnait « tout ce qu’elle avait, prenant même sur ses nécessités » et son travail portait du fruit puisque les jeunes gens qu’elle a fait étudier « sont maintenant de bons prêtres ». C’est une illustration de la perfection que doivent avoir les Filles de la Charité, perfection qui n’a rien avoir avec un désir personnel d’être vertueux mais de se conformer à la volonté de Dieu afin que la mission soit fructueuse. Cette vie en relation avec Dieu fait d’elle l’archétype de la Fille de la Charité, disciple de Jésus Christ et fille de Dieu. C’est l’Incarnation qui se poursuit dans le monde quand Dieu inspire à des hommes et des femmes de suivre l’exemple de son Fils et en fait ses frères et sœurs qui continuent sa mission. Vincent de Paul décrit dans sa conférence comment elle a appris à lire avec un abécédaire tout en gardant ses vaches, demandant à des hommes de lui indiquer la prononciation des lettres, puis comment l’appel de la Providence l’a poussée à instruire les jeunes gens, s’en allant « de village en village […] avec deux ou trois jeunes filles, qu’elle avait formées », et comment, « dès qu’elle sut qu’il y avait à Paris une confrérie de la Charité pour les pauvres malades, elle y alla, poussée du désir d’y être employée ». L’instruction de la jeunesse et le service des malades sont les deux tâches principales des Filles de la Charité et c’est une simple vachère sans instruction, poussée par la volonté de Dieu, qui a ainsi inventé ce ministère. L’œil perspicace et inspiré de Louise de Marillac a permis de déceler la main de Dieu dans cette entreprise et de la continuer par le moyen de la compagnie des Filles de la Charité.

Les règles communes de la Congrégation de la Mission commencent par exposer le mystère de l’Incarnation, et tout le programme de la compagnie est présentée dans la première phrase : « La sainte Écriture nous apprend que Notre-Seigneur Jésus-Christ ayant été envoyé au monde pour sauver le genre humain, commença premièrement à faire, et puis à enseigner. » Jésus a « fait » en « pratiquant parfaitement toute sorte de vertus » et « enseigné » par la prédication et l’instruction de ses apôtres et disciples. La Congrégation de la Mission « désire imiter le même Jésus-Christ » en pratiquant les vertus, en prêchant « l’évangile aux pauvres, particulièrement à ceux de la campagne », et en aidant « les ecclésiastiques à acquérir les sciences et les vertus nécessaires à leur état ». Peut-être notera-t-on qu’il manque quelque chose, et c’est là qu’il faut lire les règles des Filles de la Charité. Il est intéressant de noter qu’à la différence des prêtres de la Mission, mus par le « désir » d’imiter le Christ, Dieu a « appelé et assemblé les filles de la Charité », exactement comme Jésus avait « appelé et assemblé » le collège des apôtres. Il semble beaucoup plus évident à la lecture du premier article des règles des Filles de la Charité qu’en lisant celles des prêtres de la Mission que leur compagnie existe à cause de la volonté de Dieu. Leur fin est « d’honorer Notre Seigneur Jésus-Christ comme la source et le modèle de toute charité », et c’est ce qui manquait à la mission de la congrégation masculine. Les Filles de la Charité font ce que les missionnaires ne peuvent pas faire, guérir les malades corporellement et spirituellement, ainsi que saint Vincent l’écrit à son confrère Jacques de la Fosse dans sa lettre du 7 février 1660.

Dans une lettre perdue à laquelle celle de Vincent de Paul est la réponse, Jacques de la Fosse demandait pourquoi les lazaristes devaient s’occuper de la direction spirituelle des Filles de la Charité, contrairement à celles des autres religieuses, et après avoir répondu malicieusement qu’elles n’étaient justement pas des religieuses, Vincent lui rappelle l’importance pour la Congrégation de la Mission des œuvres de charité et du service corporel et spirituel des malades que la compagnie avait établi les Charités pour ce faire, que Jacques de la Fosse lui-même avait « pensé mourir » en accomplissant cette tâche. Après avoir évoqué le bien que font les Charités, notamment celle de Paris, pour le service des pauvres, il expose l’importance des Filles de la Charité, « entrées dans l’ordre de la Providence comme un moyen que Dieu nous donne de faire par leurs mains ce que nous ne pouvons pas faire par les nôtres, en l’assistance corporelle des pauvres malades, et de leur dire par leurs bouches quelque mot d’instruction et d’encouragement pour le salut ». En d’autres termes, elles sont voulues par Dieu, données à la Congrégation de la Mission pour accomplir les tâches que celle-ci est incapable de faire, comme il ressort de la lecture du premier point des règles respectives. Cela montre bien que les emplois des lazaristes et des Filles de la Charité sont les complémentaires nécessaires à la vocation de ces deux compagnies qui n’en forment en réalité qu’une (d’ailleurs elles ont le même supérieur général), qui est la continuation de la mission de Jésus-Christ dans l’histoire de l’humanité, en particulier dans le service de toute la personne des pauvres et des malades.

Il faut revenir sur le mot « moyen » qui semble subordonner les Filles de la Charité à la Congrégation de la Mission. En réalité c’est plutôt un artifice rhétorique, une « captatio benevolentiae » pour persuader Jacques de la Fosse du devoir des lazaristes d’accompagner spirituellement leurs compagnes de ministère. Cet accompagnement vise à les aider « à leur propre avancement en la vertu pour se bien acquitter de leurs exercices charitables. » Comme les religieuses, elles visent à leur perfection, mais contrairement à elles, cette perfection a elle-même une fin qui est la mission : « Il y a donc cette différence entre elles et les religieuses, que les religieuses n’ont pour fin que leur propre perfection, au lieu que ces filles sont appliquées comme nous au salut et soulagement du prochain ». « Comme nous » n’est pas un détail, c’est le correctif du « moyen » évoqué plus haut : « et si je dis avec nous, je ne dirai rien de contraire à l’Évangile, mais fort conforme à l’usage de la primitive Église, car Notre-Seigneur prenait soin de quelques femmes qui le suivaient ». On voit à nouveau que Vincent inscrit les Filles de la Charité à une place fondamentale de l’histoire de l’Église, en les présentant comme les héritières des femmes qui suivaient Jésus. Les Filles de la Charité ne sont donc pas un simple « moyen » pour les prêtres de la Congrégation de la Mission, elles sont leurs compagnes dans la mission à égalité, selon la volonté de Dieu.

On peut conclure de ce très bref parcours de quelques conférences, lettres et documents de saint Vincent de Paul que les Filles de la Charité ont été instaurées pour suivre et imiter Jésus-Christ dans sa mission d’évangélisation des pauvres malades, pour les soigner non seulement corporellement mais aussi spirituellement, conformément à leur condition de filles de la charité. Elles doivent travailler à guérir les malades, non seulement dans leur corps mais surtout en aidant à réparer leur relation blessée à Dieu, notamment en leur procurant l’instruction qui leur manque et en les incitant à mener une vie conforme à la charité. Étant Filles de la Charité, elles sont filles de Dieu, sœurs de Jésus-Christ. Elles sont les compagnes indispensables de la Congrégation de la Mission, pouvant accomplir par leur proximité avec les malades un travail nécessaire et complémentaire à celui des lazaristes. Cette complémentarité à égalité des missions d’hommes et de femmes dans le ministère unique du service des pauvres, Vincent de Paul ne l’aurait sans doute pas perçue si Louise de Marillac ne l’avait sans cesse inspiré et aiguillonné. La fondation des Dames de la Charité, de la Congrégation de la Mission et des Filles de la Charité, employant respectivement des femmes laïques vivant dans le monde en tant que femmes et mères, des prêtres et des frères vivant en communauté, et des sœurs consacrées (bien que non religieuses), est l’œuvre commune d’un homme et d’une femme, s’enrichissant mutuellement de leurs sensibilités respectives, dans une relation de deux sujets égaux.

Que peut-on en déduire pour notre époque ? D’abord il faut noter que Vincent de Paul et Louise de Marillac n’ont jamais pensé, quand ils fondaient les Charités et la compagnie des Filles de la Charité, à faire « une place aux femmes » dans l’Église. C’est plutôt une nécessité et une évidence qui les ont poussés à employer dans l’œuvre de la charité les moyens qui s’imposaient. C’est l’observation de Marguerite Naseau qui a inspiré Louise de Marillac, à proprement parler c’est cette « simple vachère » qui a inventé les Filles de la Charité, Vincent et Louise n’ont fait que reproduire le ministère que Dieu, son seul maître, comme le dit Vincent de Paul dans sa conférence, lui avait inspiré. De même aujourd’hui il faut observer et étudier, dans notre temps et pas seulement dans un passé plus ou moins mythique, par quels moyens l’amour de Dieu s’incarne dans notre monde, quels prophètes et quelles prophétesses continuent, bien souvent sans le savoir, la mission de Jésus-Christ de guérir l’humanité blessée. Peut-être n’est-il pas nécessaire d’inventer de nouveau ministères mais suffit-il de se donner la peine de reconnaître ceux que Dieu nous montre.

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Querida Amazonia (Opinion). P. François Glory

Le mercredi 12 février 2020, jour anniversaire des 15 ans de l’assassinat de la sœur américaine, Dorothy Stang, dans l’état du Pará au Brésil, le pape François publiait son exhortation apostolique : Querida Amazonia.

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Querida Amazonia (Opinion). P. François Glory

Le mercredi 12 février 2020, jour anniversaire des 15 ans de l’assassinat de la sœur américaine, Dorothy Stang, dans l’état du Pará au Brésil, le pape François publiait son exhortation apostolique : Querida Amazonia. Dorothy c’est tout un symbole : religieuse missionnaire, éliminée par le lobby des latifundios, elle s’opposait à la destruction de la forêt et défendait les petits paysans qui voulaient vivre en harmonie avec leur « Mère Terre ». Je la connaissais pour avoir travaillé pendant vingt-ans dans la même région.

 

Dans Querida Amazonia, François nous fait part de ses quatre rêves : le social, le culturel, l’écologique et l’ecclésial. Il s’inspire de l’exemple de Dorothy et de tant de martyrs d’Amérique latine qui ont et continuent à donner leurs vies pour les peuples d’Amazonie. Les rêves de François ne seraient qu’une utopie de plus s’ils n’avaient été vécus et expérimentés au sein des communautés et marqués du sceau du sang des martyrs !

 

Dorothy n’imaginait point pouvoir défendre les paysans sans terre, sans valoriser leurs racines culturelles, souvent méprisées par des relents de racisme. Cohérente avec ses choix, elle partageait les conditions de vie frugale et d’insécurité des petits paysans, elle en paiera le prix fort. Le souci de la Terre-Mère nourricière, dont il faut protéger la biodiversité, était l’expression la plus affirmée de sa mystique. Les communautés ecclésiales de base étaient son Eglise vivante et la forêt son couvent bien aimé. Son choix prioritaire des pauvres illuminait son doux regard qui ne cessait de révéler l’Amour du Père et de son Fils pour les exclus. Les dimensions sociale, culturelle et écologique se rejoignaient, portées dans un même fleuve de vie. Dorothy rêvait oui, trop peut-être, pour croire en l’humanité.

 

A son tour, François nous a surpris en joignant sa voix prophétique aux grands poètes d’Amérique Latine. Il nous invite à ouvrir les yeux du cœur pour comprendre les défis et les enjeux qui attendent ceux qui veulent sauver cette Querida Amazonia. Les quatre rêves sont ceux de Dorothy et de ceux qui, au cœur de l’Amazonie, s’opposent à son pillage. L’appât du gain entraine la disparition des communautés autochtones et de leur environnement. Pollution des fleuves et mort de la faune en sont les conséquences dramatiques.

 

Sans respect des traditions et croyances ancestrales des tribus indigènes, des pasteurs évangéliques s’emploient à les civiliser en les convertissant. Anesthésiés par la louange importée, ils deviennent des proies faciles aux mains de trafiquants sans scrupules. La théologie de la prospérité a remplacé la théologie de la Libération. Toutes les formes d’esclavage font leur apparition.

 

Les ressources sont prospectées par une classe de privilégiés qui, au nom du progrès, s’arroge tous les droits y compris celui de supprimer les gêneurs. Périodiquement des responsables syndicaux, des défenseurs de l’environnement, des chefs de peuples indigènes sont froidement assassinés. L’impunité est totale dans le nouveau régime, élu par ceux qui rêvaient d’un Messie rétablissant les valeurs chrétiennes contre le péril du socialisme versus Venezuela !

 

François, dans un cri prophétique, dénonce les injustices et les crimes permanents. Au paragraphe 19, il écrit : J’ai honte et « je demande humblement pardon pour les crimes contre les peuples autochtones… ». En réponse, le président du Brésil l’accusera de vouloir s’approprier l’Amazonie qui ne serait pas cette terre querida (chérie) qu’il faut protéger, mais un trésor qu’il faut exploiter pour faciliter les progrès économiques du Brésil. Ils profiteront comme toujours aux élites et jetteront dans la misère des milliers d’infortunés, expulsés de leurs terres ! L’histoire a la manie de se répéter !

 

Il reste une surprise dans le dernier chapitre, due à une attente frustrée. Où sont donc passés les « Viri probati », « la proposition d’un rite amazonien », « l’officialisation des ministères féminins » ? L’espérance était grande après les audacieuses propositions faites au Synode du mois d’octobre ! Mais voilà, François a décollé de la réalité et s’est mis à rêver !

 

Les conservateurs crient victoire. Le Pape nous a écouté ! Le camp adverse qui pensait en finir avec la loi du célibat et entrer dans l’histoire ne cache pas sa frustration. Comme nous venons de le voir, l’urgence en Amazonie n’est pas la question des Viri Probati, ni celle de la question de nouveaux ministères. Les communautés n’ont pas attendu le Synode pour s’organiser, elles le font depuis la Conférence de Medellin en 1968.

 

Mauricio Lopes, secrétaire exécutive du Reapam (Rede Eclesiástica Panamazônica) écrit : Les prêtres mariés et les femmes diacres, sont deux thèmes qui distraient et réduisent l’ampleur du synode et dévient le regard de l’objectif principal : dénoncer l’extractivisme destructeur qui graduellement réduit à néant le poumon du monde… D’un côté, il y a un conservatisme qui prétend que rien ne doit changer dans le modèle de l’Eglise. Et de l’autre, des groupes qui ne vivent même pas en Amazonie, mais assument une position idéologique qui ne représente pas les nécessités de notre territoire.

 

François n’est pas tombé dans le piège de fausses solutions et d’autre part, il ne ferme aucune porte. Il invite l’Eglise à changer son regard et nous interpelle par une approche différente de la réalité, qui permet de dépasser les clivages et les différences. Les connaisseurs retrouveront sa méthode : devant deux positions contraires, il faut trouver une troisième voie qui ne fait ni vainqueurs ni vaincus. Attentifs aux appels de l’Esprit, les uns et les autres trouvent alors un consensus qui surpasse les clivages et permet de s’investir sur un nouveau projet ecclésial !

 

Dorothy avait résolu la question en s’attaquant au vrai problème. Il est heureux que le jour de la publication de l’exhortation, tous puissent se souvenir que la bonne piste se trouve sur celle ouverte par les Dorothy de l’Amazonie et non dans les laboratoires théologico- pastoraux. François l’a compris et il invite l’Eglise en Amazonie à poursuivre sa recherche.

 

Mais petit problème : Dans le rêve ecclésial, il y a un aspect qui pourrait devenir un cauchemar ! Ghislain Lafont, théologien renommé, écrit : Il me parait, pourtant, quand on parle du sacerdoce à partir de ce qui lui est spécifique et que l’on cherche cette spécificité seulement dans le pouvoir du sacerdote sur les sacrements, qu’il ne soit pas possible de réaliser une Eglise d’Amazonie, humaine et eucharistique ; on court le risque de la maintenir dans un régime clérical… Les numéros 87-90 de Querida Amazonia ne semblent pas avoir accueilli ce que le Concile Vatican II avait dit sur le sacerdoce. Comment sortir de cette impasse ? (Article publié dans Settimana News, 26. 02. 2020)

 

Le rappel du rôle irremplaçable, et qui ne peut être délégué, du prêtre pour la célébration de l’Eucharistie semble bloquer toute innovation. Et pourtant, ne peut-on pas imaginer une nouvelle approche des ministères ! Tant d’études et de publications après le Concile Vatican II semblent être tombées dans les oubliettes des forteresses cléricales !

 

Pour avoir passé plus de trente années en Amazonie, je sais que la solution des Viri Probati était illusoire. Au Brésil, il existe cinquante mille communautés sans prêtres. Faut-il en ordonner pour certaines et pas pour d’autres ? La suggestion était de choisir des diacres permanents qui eux n’habitent que les grandes villes ! François a flairé le danger. Cette solution ne résolvait rien, au contraire elle aurait eu pour effet de renforcer le cléricalisme. Le prêtre ne chasserait-il pas la plupart des femmes animatrices des communautés qui jusque-là n’aurait rempli qu’un rôle de suppléance !

 

Fallait-il instituer un ministère propre aux femmes ? Débat. Les ministères ne pouvaient se penser qu’en relation avec le ministère sacerdotal et le pouvoir qui lui est attaché. La femme aurait ainsi un rôle propre à sa condition ne conduisant jamais à des responsabilités qui ne peuvent être assumées que par des hommes. Le Il n’y a plus ni homme ni femmes de Galates 3, 28) étant renvoyé aux calendes grecques des agendas de la dogmatique !

 

Il est sage que François n’ait pas voulu toucher au système, conscient qu’il ne servirait à rien de mettre un tissu de secours sur un vieux. A vin nouveau outre neuve ! Le seul modèle que nous connaissions étant le clérical, il faut chercher une autre voie si nous voulons éviter de cléricaliser tous ceux qui accèdent à des ministères ou à des fonctions dans l’Eglise. En dépouillant la fonction sacerdotale de sa carapace cléricale, à l’exemple du Christ qui s’est dépouillé de sa forme de Dieu sans perdre sa divinité (Ph 2, 6-11), nous retrouverions le sens de la fonction sacerdotale que décrit la lettre aux Hébreux. Une piste sûre.

 

L’Amazonie n’a pas besoin de prêtres sacrificateurs mais de missionnaires qui se sacrifient à l’exemple de Dorothy. Ordonner des hommes mariés pour pallier au manque de ministres ordonnés peut réduire et la fonction sacerdotale et l’eucharistie qui ne devrait pas apparaître comme la propriété exclusive du ministre ordonné. C’est dans participation active de toute la communauté, expérimentée déjà dans les célébrations de la Parole, qu’il est possible de trouver la fonction de l’Eucharistie, parfois vécue comme un bel acte de dévotion auquel nous aurions la grâce de participer.

 

François laisse cependant une porte ouverte. Il fait un retour sur l’expansion de la foi chrétienne qui est sortie de la matrice juive et a su s’incarner dans les cultures gréco-romaines et acquérir sur son passage différentes modalités. De façon analogue, en ce moment historique, l’Amazonie nous met au défi de surmonter des perspectives limitées…pour chercher des voies plus larges et audacieuses d’inculturation.

 

Autant dire que Pierre laisse maintenant agir Paul pour qu’il ouvre l’Evangile aux Peuples d’Amazonie, libérés des lois et des exigences de la culture européenne. Un chantier attend l’Eglise en Amazonie. Viser juste, c’est écouter les Dorothy qui sont sur le terrain. L’Eglise changera quand les hommes ne seront plus les seuls à gouverner et à protéger leurs privilèges !

 

P. François Glory en ce 1er mars 2020

 

Date du Décès du père Ernesto Cardenal, prêtre, politique et poète. L’âme du Nicaragua

Pour poursuivre la réflexion je recommande la lecture du dernier n° 232 « Le Monde de la Bible ». Il fait une étude sur Le Prêtre des polythéismes au christianisme.

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Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

C'est un évènement plein de symboles: ce dimanche matin, plusieurs père synodaux de l'assemblée spéciale sur l'Amazonie ont participé à une messe célébrée dans les Catacombes de Sainte Domitille situées non loin de la Via Appia à Rome. Une messe présidée par le cardinal brésilien Claudio Hummes, rapporteur général du synode. Ils ont fait mémoire du "Pacte des Catacombes" au cours duquel 42 pères du Concile Vatican II avaient demandé à Dieu la grâce d'«être fidèle à l'esprit de Jésus» dans le service des pauvres. Ce document intitulé «Pacte pour une Église Servante et Pauvre» avait alors pour ambition de mettre les pauvres au centre du ministère pastoral.

CMission

Des pères synodaux renouvellent le «Pacte des Catacombes». Texte : “Pacte des Catacombes pour la Maison Commune”

Pour une Église au visage amazonien, pauvre et servante, prophétique et samaritaine

Nous, participants au Synode panamazonien, nous partageons la joie de vivre parmi de nombreux peuples indigènes, quilombolas, d’habitants des rives de fleuves, de migrants et de communautés des périphéries des villes de cet immense territoire de la planète. Avec eux, nous avons fait l’expérience de la puissance de l’Évangile qui agit dans les plus petits. La rencontre avec ces peuples nous interpelle et nous invite à une vie plus simple, de partage et de gratuité. Marqués par l’écoute de leurs cris et de leurs larmes, nous accueillons chaleureusement les paroles du Pape François :

“Beaucoup de frères et sœurs en Amazonie portent de lourdes croix et attendent la consolation libératrice de l’Évangile, la caresse de l’amour de l’Église. Pour eux, avec eux, nous marchons ensemble”.

Souvenons-nous avec gratitude de ces évêques qui, dans les catacombes de sainte Domitille, à la fin du Concile Vatican II, ont signé le Pacte pour une Église servante et pauvre. Nous nous souvenons avec vénération de tous les martyrs membres des communautés ecclésiales de base, des organismes pastoraux et des mouvements populaires, des leaders indigènes, des missionnaires hommes et femmes, des laïques et des laïcs, des prêtres et des évêques, qui ont versé leur sang en raison de cette option pour les pauvres, de la défense de la vie et de la lutte pour protéger notre Maison commune. À la gratitude pour leur héroïsme, nous joignons notre décision de poursuivre leur lutte avec fermeté et courage. C’est un sentiment d’urgence qui s’impose face aux agressions qui dévastent aujourd’hui le territoire amazonien, menacé par la violence d’un système économique prédateur et consumériste.

Devant la Très Sainte Trinité, devant nos Églises particulières, devant les Églises d’Amérique latine et des Caraïbes et devant celles qui sont solidaires avec nous en Afrique, en Asie, en Océanie, en Europe et dans le Nord du continent américain, aux pieds des Apôtres Pierre et Paul et de la multitude des martyrs de Rome, d’Amérique latine et surtout de notre Amazonie, en profonde communion avec le Successeur de Pierre, nous invoquons l’Esprit Saint et nous nous engageons personnellement et collectivement à :

1.   Assumer, face à l’extrême menace du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles, l’engagement à défendre la forêt amazonienne sur nos territoires et par nos attitudes. C’est d’elle que proviennent les dons de l’eau pour une grande partie de l’Amérique du Sud, la contribution au cycle du carbone et à la régulation du climat mondial, une biodiversité incalculable et une riche diversité sociale pour l’humanité et pour la Terre entière.

2. Reconnaître que nous ne sommes pas les propriétaires de notre mère la terre, mais ses fils et ses filles, formés par la poussière de la terre (Gn 2, 7-8), hôtes et pèlerins (1 Pt 1, 17b et 1 Pt 2, 11), appelés à être ses gardiens zélés (Gn 1, 26). À cette fin, nous nous engageons pour une écologie intégrale, dans laquelle tout est interconnecté, le genre humain et l’ensemble de la création, parce que tous les êtres sont filles et fils de la terre et sur elle plane l’Esprit de Dieu (Gn 1, 2).

3. Accueillir et renouveler chaque jour l’alliance de Dieu avec toute la création: «Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche.» (Gn 9, 9-10 et Gn 9, 12-17).

4. Renouveler dans nos Églises l’option préférentielle pour les pauvres, en particulier pour les peuples originaires, et garantir avec eux le droit d’être protagonistes dans la société et dans l’Église. Les aider à préserver leurs terres, leurs cultures, leurs langues, leurs histoires, leurs identités et leur spiritualité. Prendre conscience qu’elles doivent être respectées aux niveaux local et mondial et, par conséquent, encourager, avec tous les moyens à notre disposition, à les accueillir sur un pied d’égalité dans le concert mondial des peuples et des cultures. 

5. Par conséquent, dans nos paroisses, diocèses et groupes, tout type de mentalité et d’attitude coloniale, en accueillant et valorisant la diversité culturelle, ethnique et linguistique dans un dialogue respectueux avec toutes les traditions spirituelles.

6. Dénoncer toute forme de violence et d’agression contre l’autonomie et les droits des peuples originaires, leur identité, leurs territoires et leurs modes de vie.

7. Proclamer la nouveauté libératrice de l’Évangile de Jésus-Christ, en accueillant l’autre et le différent, comme ce fut le cas pour Pierre dans la maison de Corneille: «Vous savez qu’un Juif n’est pas autorisé à fréquenter un étranger ni à entrer en contact avec lui. Mais à moi, Dieu a montré qu’il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain.» (Ac 10, 28).

8. Marcher œcuméniquement avec les autres communautés chrétiennes dans l’annonce inculturée et libératrice de l’Evangile, et avec les autres religions et personnes de bonne volonté, en solidarité avec les peuples originaires avec les pauvres et les petits, dans la défense de leurs droits et dans la préservation de la maison commune.

9. Établir dans nos Églises particulières un style de vie synodal, dans lequel les représentants des peuples originaires, les missionnaires, les laïcs hommes et femmes, en vertu de leur baptême et en communion avec leurs pasteurs, ont une voix et un vote dans les assemblées diocésaines, dans les conseils pastoraux et paroissiaux, bref, en tout ce qui les concerne dans la gouvernance des communautés.

10. Nous engager à reconnaître d’urgence les ministères ecclésiaux déjà existants dans les communautés, exercés par des agents pastoraux, des catéchistes indigènes, des ministres – hommes et femmes – de la Parole, en valorisant en particulier leur attention aux plus vulnérables et exclus.

11. Rendre effectif dans les communautés qui nous sont confiées le passage d’une pastorale de la visite à une pastorale de la présence, en assurant que le droit à la Table de la Parole et à la Table de l’Eucharistie devienne effectif dans toutes les communautés.

12. Reconnaître les services et la véritable diaconie du grand nombre de femmes qui dirigent aujourd’hui des communautés en Amazonie, et essayer de les consolider avec un ministère adéquat de leaders féminins de communautés.

13. Chercher de nouveaux parcours d’action pastorale dans les villes où nous opérons, avec les laïcs et les jeunes comme protagonistes, en prêtant attention à leurs périphéries et aux migrants, aux travailleurs et aux chômeurs, aux étudiants, aux éducateurs, aux chercheurs et au monde de la culture et des communications.

14. Face à la vague de consumérisme, assumer un style de vie joyeusement sobre, simple et solidaire avec ceux qui ont peu ou rien ; réduire la production de déchets et l’utilisation du plastique ; encourager la production et la commercialisation de produits agro-écologiques ; utiliser les transports publics autant que possible.

15. Se placer aux côtés de ceux qui sont persécutés pour leur service prophétique de dénonciation et de réparation des injustices, de défense de la terre et des droits des plus petits, d’accueil et de soutien aux migrants et réfugiés. Cultiver de vraies amitiés avec les pauvres, visiter les personnes les plus simples et les malades, exercer un ministère d’écoute, de consolation et de soutien qui soulage et redonne espoir.

Conscients de nos fragilités, de notre pauvreté et de notre petitesse face à de si grands et si graves défis, nous nous confions à la prière de l’Église. Par-dessus tout, que nos communautés ecclésiales nous aident par leur intercession, leur affection dans le Seigneur et, quand cela est nécessaire, par la charité et la correction fraternelle.

Acceptons avec un cœur ouvert l’invitation du Cardinal Hummes à nous laisser guider par l’Esprit Saint en ces jours du Synode et en regagnant nos églises :

«Laissez-vous envelopper par le manteau de la Mère de Dieu, Reine de l’Amazonie. Ne nous laissons pas submerger par l’autoréférentialité, mais par la miséricorde devant le cri des pauvres et de la terre. Il faudra beaucoup prier, méditer et discerner une pratique concrète de communion ecclésiale et d’esprit synodal. Ce synode est comme une table que Dieu a dressée pour ses pauvres et Il nous demande de servir à cette table».

Célébrons cette Eucharistie du Pacte comme «un acte d’amour cosmique» «“Oui, cosmique! Car, même lorsqu’elle est célébrée sur un petit autel d’une église de campagne, l’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde”. L’Eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création. Le monde qui est issu des mains de Dieu, retourne à lui dans une joyeuse et pleine adoration : dans le Pain eucharistique, “la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même”. C’est pourquoi, l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création.» (Laudato Si’, 236).

 

Catacombes de Sainte Domitille

Rome, 20 octobre 2019

“Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur !” (Ps 112, 3). Chronique de la première rencontre des responsables de la pastorale des vocations de la Congrégation de la Mission. 1er Journée, 19 Novembre 2018

“Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur !” (Ps 112, 3).

Chronique de la première rencontre des responsables de la pastorale des vocations de la Congrégation de la Mission

1er Journée, 19 Novembre 2018

Depuis plusieurs années nous assumons pleinement que la Congrégation de la Mission c’est une réalité présente partout dans le Monde. Nous percevons et nous vivons cette réalité en cette 1ère rencontre des Animateurs des Vocations organisée par le Centre Internationale de Formation (CIF) à la Maison-Mère de Paris, du 19 novembre au 1er décembre 2018.

Toute au long de cette première journée, nous avons eu le temps de partager les impressions des quelques « hommes apostoliques » intéressés, pas seulement, pour porter la Bonne Nouvelle à nos frères et sœurs les plus nécessiteux, mais aussi, pour savoir comment transmettre l’héritage reçu aux prochaines générations des missionnaires « plus jeunes » et ainsi continuer cette aventure d’évangélisation sur les chemins du monde.

Notre supérieur général le père Tomaž Mavrič, dans son discours d’ouverture, a insisté sur la priorité du travail que nous devons accomplir en bien de notre « petite compagnie » en prenant le risque d’abandonner des méthodes obsolètes qui peuvent empêcher l’entrée des nouveaux candidats. Le Père Général a mis accent sur la mise à disposition des moyens (de tout ordre) pour accueillir, soutenir et promouvoir les vocations surtout dans ces régions du monde où les formateurs et les infrastructures viennent à manquer.

Le Père Général nous invite, aussi (dans l’espérance) à faire tous les efforts pour que, sur un horizon de dix ans, 200 vocations viennent nous joindre pour ainsi augmenter le nombre des disciples du Christi évangélisateur des pauvres. La participation des toutes les provinces est nécessaire ! Avec leur participation, nous aurons la possibilité de montrer, transmettre et appuyer des idées créatives des confrères du monde entier, qui viendront soutenir le travail d’animation des vocations des uns et des autres.

Nous nous sommes donnés comme tâche finale de cette rencontre de formation, de publier un document de conclusion qui va servir (nous l’espérons) de guide pour mettre en route des nouveaux projets dans la cadre de la pastorale des vocations.

A la fin de la journée, ensemble comme « des frères qui s’aiment en Jésus-Christ ». Nous avons célébré l’eucharistie inaugurale de ce cours intensif, présidée par le 24è successeur de saint Vincent de Paul en la chapelle qui lui est dédiée et qui reste comme un très beau reliquaire pour garder jalousement la dépouille de celui qui est connu comme « le Mystique de la Charité ».

De cette manière, nous, membres de la Congrégations de la Mission, venus des quatre horizons du monde « du levant au couchant du soleil », nous continuons notre réflexion pour partager nos réflexions et nous encourager mutuellement, dans notre mission d’animateurs de la Pastorale des Vocations dans la Congrégation et au service de l’Église et surtout pour les bien des méprisés et délaissés de cette société du XXIe siècle.

José Luis Cañavate Martínez, CM – Province de Saragosse 🔸

Depuis plusieurs années nous assumons pleinement que la Congrégation de la Mission c’est une réalité présente partout dans le Monde.

Traduction de l’espagnol :

Alexis CERQUERA TRUJILLO CM – Province de Paris

Qui suis-je pour juger ? « TVU ‘Tendre Vers l’Unification’ »

Qui suis-je pour juger ?

« TVU (Tendre vers l’unification) »

Groupe de partage, de fraternité,
destiné aux prêtres ou religieux concernés par l’homosexualité qui souhaitent retrouver la joie d’un célibat chaste et continent

C’est l’Association « Devenir un En Christ » (groupe des catholiques concernées directement ou indirectement par l’homosexualité existant depuis 30 ans) qui m’a sollicitée pour faire naitre cette initiative. L’expérience a commencé en établissant des contacts par mail avec les prêtres qui demandaient de l’aide spirituelle face à cet aspect de leur personnalité.

À partir de ces échanges une proposition de retraite spirituelle a vu le jour. Ce temps de méditation et de prière a été préparé avec la collaboration d’une psychologue laïque thérésienne, il a été bâti sous le thème : « re choisir le Christ ». Sept prêtres ont répondu à cette proposition. Malheureusement, à la suite du texte de la Congrégation de l’Education Catholique interdisant l’accès au sacerdoce aux hommes homosexuels, tous ont décliné leur participation.

Après deux ans de réflexion et avec la collaboration d’un prêtre diocésain de Toulouse, nous avons créé ce service qui porte le nom de TENDRE VERS L’UNIFICATION et a pour objectif de venir en aide aux prêtres ou aux frères religieux  en situation de crise en les invitant à vivre la joie de consacrés dans le célibat continent.

Le Visiteur de la province Lazariste de Toulouse à l’époque, le père Yves Bouchet, CM nous a invité à aller rencontrer Mgr Giraud, évêque auxiliaire Lyon et responsable de la commission de la Conférence Episcopale chargée des prêtres à ce moment-là : Mgr GIRAUD qui a manifesté son intérêt pour une telle initiative. Nous avons commencé à bâtir ce projet et par la suite nous avons pris l’habitude d’envoyer nos compte-rendu à ces successeurs en ce service : Mgr Bouilleret (alors évêque d’Amiens) et Mgr Beau (alors évêque auxiliaire de Paris).

Le groupe de réflexion a commencé en 2011, co-animé par le prêtre diocésain, du Diocèse de Toulouse, qui connaissait aussi l’Association « Devenir Un En Christ ». Nous l’avons mis sous le patronage de la Congrégation de la Mission, pensant que le service d’accompagnement des prêtres était un service vincentien. Le groupe s’est retrouvé à Paris trois fois les deux premières années, suite à cela et avec le souci d’une plus grande stabilité des vies personnelles nous avons abouti à quatre rencontres annuelles. Les rencontres ont lieu au 67, rue de Sèvres dans le 6e arrondissement.

Normalement nos rencontres commencent le dimanche soir et finissent le lendemain dans l’après-midi. Ils comportent trois axes fondamentaux : la prière liturgique (complies le dimanche soir, laudes et messe le lundi matin). Le partage du « quoi de neuf » (ce qui est advenu dans les mois passés) le dimanche soir et un moment de formation autour des textes ou des petits ouvrages le lundi matin et l’après-midi pour finir avec un moment d’échange de perspectives.

Tous les participants disent que nous sommes devenus une « fraternité » et pour aller plus loin nous avons constitué un groupe whats’app qui est devenu une manière de nous soutenir.

Ordinairement le groupe est constitué par 18 membres (prêtres ou frères) ; quatre ont décidé d’arrêter pour différentes raisons. D’autres sont en lien avec le groupe mais ils ne parviennent pas à faire le pas de venir “s’exposer” avec d’autres prêtres  ou frères pour vivre le partage. A chaque fois nous sommes entre 10 et 14 prêtres et frères par rencontre.

Nous nous sommes donnés à connaître par le « bouche-à-oreille ». Nous nous présentons aussi aux évêques avec lesquels nous sommes en lien et quelques abbayes ou centres spirituels dont nous sommes proches (Solesmes, Tamie, Leyrins, En Calcat, Notre Dame du Désert, Maylis, Grottes Saint Antoine).

Pour aller plus loin dans la communication nous désirons constituer un blog ou dans l’avenir bâtir un site internet. Cet article se veut une manière humble de vous partager l’existence de cette expérience évangélique et d’Église en ce temps de difficulté dans notre communauté ecclésiale.

Nous bénéficions de l’attention des quelques évêques de la Conférence Épiscopale Française, et tenons informé le responsable de la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale de ladite Conférence. Nous informons régulièrement nos supérieurs de nos activités (bien sûr en gardant la discrétion) pour qu’ils comprennent l’importance de ce service et nous aident à avancer dans nos recherches de stabilité spirituelle et humaine pour mieux servir l’Église que nous appelle chaque jour.

Nous nous retrouvons tous les trois mois à Paris, et nous espérons être des bons instruments à l’écoute de nos confrères prêtres et frères….

P. Bernard MASSARINI, CM 🔸

L’homosexualité est difficile à aborder parce qu’elle touche aux profondeurs de l’humain et qu’elle a des effets socio-politiques. Nous avons souhaité nous laisser provoquer par l’interrogation du pape et, au-delà des « pré-jugés », ré-ouvrir la réflexion sur l’homosexualité.

François EUVÉ, revue ETUDES n. octobre 2014

Pour toute information ou pour prendre contact :

 

P. Bernard MASSARINI, CM

par courriel (click) :

waranaka@hotmail.com

Portable (mobile ) :

(0033) (0) 6 26 01 45 70