Accompagner le parcours d’un réfugié

Nous continuerons à créer une culture de solidarité, et nous aurons le souci d’améliorer le bien-être dans les pays d’origine des personnes qui migrent, pour aider leurs proches à pouvoir demeurer dans leurs pays.

Bernard MASSARINI

Accompagner le parcours d’un réfugié

Bernard MASSARINI
Bernard MASSARINI

À Séville, dans la maison provinciale des Filles de la Charité d’Espagne-Sud, l’Alliance Vincentienne des Sans-Abris a organisé la rencontre des 7, 8 et 9 juin. Nous avons été invités ces 7, 8 et 9 juin 2002, pour évoquer et réfléchir à l’accompagnement du parcours des réfugiés. Les sœurs ont su nous faire partager l’énergie andalouse et les chaleurs déjà estivales pour agrémenter notre séjour.

L’équipe de préparation avait tout bien pensé, dès l’arrivée nous recevions nos groupes, salles, lieux de service à visiter avec notre petit badge.

Nous étions 80 des cinq continents, passant de l’Océanie avec l’Australie et la Papouasie Nouvelle Guinée, à l’Afrique (avec notamment Madagascar, le Rwanda, le Ghana), l’Amérique du Nord et Sud avec les USA – St John Université, la SSVP, les AIC – , l’Europe (avec L’Ukraine, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne – les AIC, les CM, les FDLC -, la Slovaquie, l’Angleterre-), joie de retrouver une partie de la famille vincentienne présente dans 160 pays et selon les diverses estimations de 5 millions de membres. Étaient avec nous une 40aine de participants qui suivaient la rencontre par internet. Je n’ai pu faire que deux jours sur trois

La sœur Visitatrice ouvre la rencontre en nous invitant à entrer dans l’esprit de Fratelli tutti pour que continue le projet des 13 maisons entamé lors du jubilé de 2017 et à continuer à vivre la dynamique proposée par le pape François envers les migrants : accueillir, accompagner, promouvoir et intégrer les migrants que nous rencontrons.

Ensuite, ce fut à Mac Grevy, le directeur de l’Alliance Vincentienne des Sans-Abris, de nous rappeler qu’une personne sur sept de la planète est sans-abris pour raison de pauvreté ou migrante. Il nous a partagé que grâce à l’opération 13 maisons, les vincentiens avaient aidé plus de 7000 personnes à retrouver un toit. Il nous invite à faire que ces trois jours nous aident à savoir améliorer le sort de celles et ceux qui sont en situation de migration.

C’était au tour d’un membre de l’équipe de nous proposer une dynamique en anglais et espagnol pour nous présenter. Un petit quart d’heures à se questionner les uns et les autres sur divers sujets vincentiens, occasion de rire, faire connaissance, sachant que les premiers qui terminaient une ligne de la feuille allaient se voir remettre un bel éventail orné aux motifs de Séville par l’équipe d’animation.

Quelques interventions ont nourri la réflexion : le Père Maloney, Mgr Vitilo, le P Agostino, Mgr Baggio, Mac Grevy et nous avions des modérateurs, des personnages clefs dans notre vie vincentienne : Jim Claffey notre représentant à l’ONU, la sœur Carol Keehan FDLC, Andrew Mc-Night et de nombreux témoins pères lazaristes, filles de la Charité et sœurs de la charité de la fédération nord-américaine, administrateur de Depaul International, président international de la Famille vincentienne, ont apporté leur pierre à ce champ de service dans lequel nombre sont actifs au service des divers migrants.

L’Alliance Vincentienne des Sans Abris, forte de la déclaration obtenue à l’ONU sur les sans-abris, a dégagé avec l’Institut Universitaire sur les sans-abris à St-John university la définition suivante des sans-abris : «Les personnes à la rue, les personnes vivants en Bidonville et les personnes migrantes.» C’est pour mieux répondre aux défis que nous adressent ces derniers que l’AVH a organisé cette rencontre.

Après avoir écouté le père Maloney, remplacé par Jim Claffey, notre représentant à l’ONU, car en récupération du COVID, nous a rappelé nos saints prédécesseurs, héros de ce service : que ce soient les frères Renard et  qui prenaient les risques pour faire circuler l’argent et les biens nécessaires, puissent améliorer le sort des déplacés de guerre, des galériens et des otages des barbaresques en Algérie et Tunisie, tous les déplacés du XVIIème , faisant appel aux financeurs : la Duchesse d’Aiguillon, un membre d’une société secrète le conte de Renty, ou de nobles dames qui donneront des bijoux de plusieurs milliers et parfois de millions d’euros, et faisant servir les Filles de la Charité et les Pères veillant à leur fournir un toit, de la nourriture, les soins et l’accompagnement spirituel . Une prise en charge systémique comme nous aimons le dire dans la famille vincentienne, même s’il lui manquait de penser la durée du service.

Mgr Vitti, secrétaire du Secrétariat des migrants du dicastère du développement durable, représentant du Saint-Siège à Genève, a ancré le service de ces personnes dans le premier testament nous rappelant que le peuple choisi ne devait pas oublier qu’il avait été déporté : «Tu n’exploiteras ni n’opprimeras l’émigré, car vous avez été des émigrés au pays d’Égypte» (Ex 22,20 ) et dans le livre du Lévitique «Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous, vous l’aimerez comme vous-même parce que vous-même avez été des étrangers dans le pays d’Égypte» (Lev 19, 34) disant qu’il fallait accueillir le pauvre comme son frère pour faire mémoire de la largesse de Dieu devant la souffrance de son peuple. Le second testament nous rappelant qu’en accueillant l’étranger on peut recevoir des anges : « N’oubliez pas l’hospitalité car en quelques-uns ont logé des anges sans le savoir» (He, 13,2). Il nous a ensuite rappelé que depuis le XIXème siècle les papes, face aux migrations économiques, n’ont cessé de redire que nous devions pratiquer l’amour du prochain dans l’accueil du migrants et nous a dit qu’au plan des états il existe deux grands types de migrants, les réfugiés couverts par la convention de Genève et le pacte des migrations, avec ses vingt principes pour offrir aux personnes en déplacement un traitement digne ; les états pourraient mettre en œuvre ce traité qu’ils ont adopté en 2016
(https://www.ohchr.org/fr/migration/global-compact-safe-orderly-and-regular-migration-gcm)

Mgr Baggio, sous-secrétaire du secrétariat des migrants nous dira que selon les rapports de l’ONU, un habitant sur sept est en situation de migration soit comme déplacé pour conflit, migrant économique ou migrant climatique. Il est aussi important de savoir que 56% des migrations ont lieu à l’intérieur des pays. Il a parcouru Fratelli Tutti, nous disant que situant la question de la migration avec la parole du bon samaritain, nous ne pouvons qu’être en attitude positive caractérisée par quatre dynamiques, accueillir, écouter, promouvoir et intégrer. Le pape rappelle que nous nous tenons éveillé évoquant pour cette dynamique la parabole du bon samaritain pour faire que les migrants soient dignement accompagnés. Nous saurons prendre le temps d’écouter celles et ceux d’entre nous qui se déplacent, en leur donnant un statut et un espace social leur permettant de reconstruire leur existence, et les invitant à partager leurs richesses pour que continue à s’édifier la fraternité humaine que nous sommes invités à édifier.

Puis vint le temps d’écoute et des témoignages : de proximité auprès des Ukrainiens avec les frères en Ukraine offrant leurs résidences et leurs chapelles pour accueillir et réconforter les frères en urgence cherchant refuge et les sœurs de Slovaquie sur la frontière présentes pour répondre dans l’urgence aux premières nécessités de celles et ceux qui fuyaient et qui, la guerre s’installant, on laisser la sœur psychologue pour aider à écouter les traumas devant la dureté de la situation. Des sœurs en Afrique ouvrant des espaces d’accueil de femmes en fuites victimes du trafic et formant les jeunes à éviter d’y tomber. D’autres dans la recherche de ressources pour financer les activités qu’entrainent toutes ces réalités complexes. Des sœurs et des frères laïcs dans la construction de réseaux pour répondre de façon la plus adaptée aux nouvelles personnes arrivant dans les espaces d’accueil. Car il est évident que nous ne pourrons travailler dans ce genre d’activité si nous ne sommes pas en réseau avec des partenaires ou ne créons pas ces réseaux pour permettre une meilleure connaissance des réalités, une approche plus précise des lois afin d’offrir un service plus performant.

La visite d’une dizaine des 14 projets animés par les sœurs de Séville nous a rapproché des jeunes en attente de papiers qui se forment aux métiers agricoles ou de service dans la restauration et des femmes retirées au trafic humain.

Les temps de prières nous ayant mis en présence d’un frère réfugié politique, sauvé de l’exécution sommaire, ou d’une jeune mère de famille retirée au trafic humain, pour offrir au Seigneur notre action de grâce de sa présence qui relève dans nos existences.

Vincentiens nous conserverons quelques attitudes dans nos pratiques, nous garderons les yeux ouverts, pour voir les personnes, et nous quitterons nos sandales dans les rencontres car les terres des sœurs et frères sont terres sacrées. Nous serons des voix prophétiques pour faire connaitre leur voix. Nous saurons vivre notre originalité vincentienne et nous nous ferons proches de celles et ceux que nous accueillerons, en veillant aux langues des espaces dont ils viennent. Nous privilégierons le cheminer avec, l’écoute active et la compassion, nous ferons que l’accueilli soit protagoniste de son histoire, pour vivre un service intégral. Nous favoriserons l’intégration culturelle du déplacé en promouvant leur participation.

Nous veillerons à sensibiliser le public sur le drame des déplacés, nous développerons une communication interne et feront en sorte que s’ouvrent des brèches. Nous oserons interagir au plan politique, sauront établir des réseaux de décideurs, nous mobiliserons les entités publiques pour qu’elles répondent aux déplacés. Le P Agostino, coordinateur international, nous a expliqué que sont déjà nées une dizaine de fraternité vincentienne en espagnol et en anglais : dont celles des graphistes, des musiciens, des avocats, des psychologues, des assesseurs de formation , les intéressés peuvent joindre cette adresse pour se joindre à l’une d’entre elles : cnavarrete05@yahoo.com. Aussi a-t-il été créé une banque de matériel vidéo disponible en plusieurs langues : https://vinflix.net, un espace pour proposer des lieux en recherche de bénévoles  http://famvin.help.

Nous continuerons à créer une culture de solidarité, et nous aurons le souci d’améliorer le bien-être dans les pays d’origine des personnes qui migrent pour aider leurs proches à pouvoir demeurer dans leurs pays. Nous chercherons aussi à anticiper les futures crises prévoyant outils et imaginant des voies de solution pacifiques. Nous nous appuierons  sur les vingt points du pacte mondial des migrations de l’ONU, demeurant dans l’attitude à laquelle le pape nous invite à entrer : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer.

Bernard MASSARINI cm

 

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Les activités de la diaconie de la “Somme l’Oasis Saint Ho”

Suite au synode du diocèse d’Amiens en 2018,  la diaconie de la Somme s’est mise place. Une équipe qui veille sur tout ce que les communautés chrétiennes catholiques et instances diocésaines font au service du développement humain intégral. C’est la naissance d’un service qui reçoit une église désaffectée. L’équipe est constituée d’une laïque coordinatrice, accompagnée par un diacre permanent et sa femme et notre confrère Pierre MARIONNEAU. Ensemble ils font équipe pour être l’oreille et les bras des services diocésains auprès des plus fragiles : sans abris, familles en difficultés, migrants, personnes malades, personnes seules.

L’équipe se fait écho des activités du Secours Catholique, de la pastorale de la santé, de la pastorale des migrants, de la pastorale de la prison, des Conférences de la Société Saint Vincent de Paul amiénoises (qui proposent des paniers alimentaires en plus de la rencontre de proximité par les visites domiciliaires). Nous comptons aussi avec des initiatives au service des pauvreté : Cœur soleil sur Amiens (une association qui partage un repas hebdomadaire et propose la garde d’enfants en fin d’après-midi, du soutien scolaire, des cours de français langue étrangère), le réseau Welcome de Jeunes réfugiés services (des familles qui accompagnent des jeunes mineurs migrants dans leurs démarches administratives leur offrant un hébergement). Il y a aussi les maraudes réalisées auprès des sans-abris.

Nous pouvons aussi mettre en évidence les multiples paroisses qui récoltent le panier dominical tout l’hiver pour soutenir les familles aux faibles ressources, celles qui ont ouvert des vesti-boutiques (lieux de distributions de vêtements pour aider les personnes à faibles ressources), ou des boutiques solidaires (offrant des produits alimentaires pour aider les familles aux faibles budget). Il y en a aussi qui gèrent des studios pour accueillir des migrants en attentes de papiers.Je me suis personnellement inscrit dans l’initiative « Oasis St Ho », un service de l’église Saint Honoré qui, chaque lundi en fin d’après-midi, propose une maraude et chaque jeudi une célébration eucharistiques à 11h30, suivie d’un repas partagé. « Oasis St Ho » propose également, dans le narthex de l’église, un salon d’accueil quotidien des sans-abris et sans papiers, du lundi au vendredi, de 15h à 17h.

Le jeudi 10h l’équipe de coordination se retrouve pour échanger sur les nouvelles des uns et des autres (des accueillis) et coordonner diverses activités, soit proposées par le service soit faites en coordination avec d’autres associations, et échanger des nouvelles sur le service de soins qui utilise une des pièces des locaux pour rencontrer certains des visiteurs. Nous sommes une dizaine sur la vingtaine des bénévoles pour la célébration de l’eucharistie ; à laquelle nous rejoignent 1, 2 ou 3 sans-abris. Parfois d’émouvants échanges marquent la célébration. Une fois, un trentenaire sans-abri arrivé en France depuis plusieurs années en provenance d’un pays de l’est, au moment de la communion s’approche pour demander une bénédiction. Après un séjour d’internement en psychiatrie qui l’avait affecté, il refuse de prendre la communion tout en me faisant comprendre qu’il lui faut se confesser avant. Je lui réponds « oui tu demanderas pardon à Jésus après, mais là il s’invite chez toi et tu as besoin de sa force ». Il va se mettre à genoux, communier et rester pleurant toute son action de grâce. Lorsque nous nous dirigeons vers le repas il me remercie « toi tu es un beau prêtre, tu donnes Jésus pour nous donner force »

Au repas ils sont une dizaine chaque semaine à venir déguster ce que l’esprit fermier a concocté. L’esprit fermier est une coopérative de 11 producteurs picards qui vendent leurs produits fermiers agricoles et laitiers et préparent quelques recettes qu’ils proposent de consommer sur places à leurs clients. Chaque jeudi ils nous fournissent leurs restes de la veille pour une vingtaine de personnes qui savourent des plats régionaux, de délicieux fromages et des yogourts préparés par leurs soins.

Tous savent que lorsque l’on passe la porte on ne hausse pas le ton et l’on s’écoute. Plusieurs disent qu’ils aiment cet espace « où l’on mange sans disputes, sans cris, sans s’envoyer la nourriture à la figure ». Puis tous participent à la vaisselle avant de se quitter vers 13H30 en hiver et 14h30 à la belle saison, car nous avons la chance de prendre le repas dans le jardin, ce qui crée un climat d’intimité très agréable.

 L’après-midi, lors de chaque temps-salon entre 15h et 17h, nous sommes à deux pour accueillir tous ceux qui passeront chaque jour, une quinzaine pour prendre un café, un thé et quelques gâteaux (restes du repas de midi ou des biscuits achetés grâce aux dons des amiénois qui connaissent notre service et sont heureux d’y contribuer.

Ce temps de pause est un temps très apprécié par tous. Lors de la dernière journée mondiale de lutte contre la misère, plusieurs ont participé en écrivant leur morceau de la voile du bateau de notre traversé. L’un d’entre eux a bien traduit ce que tous nous vivons dans ces temps de présence fraternelle : « Être écouté, regardé dans les yeux, alors on se sent mieux dans sa tête ».

Il y a parfois la réparation de petits bobos causés par quelques échanges un peu musclés où il faut effacer les traces de sang et panser la marque des coups. Mais il y a aussi ce jeune mineur sans-papiers qui dit en français correct sa peine d’être hébergé en centre d’hébergement d’adultes. Il y a encore ce sans-papiers qui demande à être confessé. En fait, il s’effondre car il a perdu son fils dans un accident d’auto il y a quelques années et ne peut même plus participer aux soins de sa petite fille atteinte du cancer. Il a réussi à n’avoir que 1 euro et ne peut pas participer à soigner sa fille. Lorsque qu’après un long temps d’écoute je lui dis ma peine de n’avoir pas d’argent, il me répond : « mais ce n’est pas ce que j’attends de toi, tu es le seul qui peut comprendre ma peine et avec qui je peux pleurer sans rire ». Il dit sans fioriture la place du croyant dans la relation à ses frères : être le visage de la tendresse de Dieu.

Lors des accueils, nous sommes toujours à deux pour nous soutenir au cas où éclaterait une dispute ou pour qu’il y ait un de disponible, si l’un des visiteurs nécessite un temps d’écoute particulier. La plus grande partie des accueillis sont des hommes. Sur une quinzaine de passages, seules 2 ou 3 sont des femmes. Ce qui est comme à tous, c’est qu’ils disent leur joie de trouver un espace de repos dans leur journée où ils peuvent venir parler. Certains, même parmi les musulmans s’isolent, seuls dans la nef, pour écouter le silence. Ils se sentent, disent-ils, plus forts et en paix.

Nous voulons aider toutes ces personnes à retrouver un îlot d’humanité dans leur vie chaotique. En effet, la plupart d’entre elles doivent appeler le 115 à dix-heures pour savoir s’ils auront un espace pour dormir dans l’un des foyers d’accueil.  Malheureusement, nous n’avons pas le nécessaire pour aider ces personnes fragiles à se stabiliser ; car quoi de plus inquiétant que de ne pas savoir si l’on va dormir à l’abri. Si pour les plus jeunes cela peut paraître une partie de l’aventure, pour celles et ceux qui ont plus de quarante ans au contraire, cela continue à les déconstruire.

Lors de la cérémonie d’hommage, les personnes sans-abris et/ou sans papiers vont nous communiquer les prénoms et les âges de leurs amis décédés au cours de deux dernières années et cela nous permettra de dire notre respect et d’exprimer notre communion à leurs intentions : Ils étaient 16 en 2020 et 6 en 2021. 

Lieu d’écoute et de repos dans leur vie bloquée dans les dédales d’une société incapable de leur donner un toit pour vivre, à l’« Oasis Saint Ho » nous continuerons d’être une discrète présence, saveur d’évangile qui donne à goûter un peu de la douceur de l’existence, telle qu’elle devrait être pour toutes et tous. Comme une part d’entre eux est de la religion musulmane, ils sont touchés par la bonté exprimée par cet accueil. Ils nous disent que cela a un peu à voir avec la douceur du Créateur qui est à nos côtés : « c’est un peu comme si Dieu était là » nous a dit un jour l’un d’entre eux. Oui il est là au milieu de nous lorsque nous vivons cette respectueuse hospitalité car, ne l’oublions pas, « en les accueillant ce sont des anges que nous logeons sans le savoir » (Cf. Hé 13,2).

Bernard MASSARINI

Un nouveau ministère de VIN-JPIC dans la dynamique de l’encyclique Laudato Si

Cette simple intervention en faveur des bénéficiaires de la SPRAR, des demandeurs d'asile et des détenteurs du statut de protection internationale et humanitaire, résidant légalement à Rome, qui frappent à nos portes, est une manière concrète de faire face aux nouveaux défis de la pauvreté qui, au XXIe siècle, sollicitent notre adhésion à l'Évangile du Christ.

Bernard Massarini

Un nouveau ministère de VIN-JPIC dans la dynamique de l’encyclique Laudato Si

Dans le sillage de l’encyclique Laudato Si publiée en mai 2014 et de la création du dicastère du développement durable par le pape François en août 2016, l’Union des Supérieurs majeurs, par sa commission justice paix, contribue à la recherche de voies nouvelles de respect des droits humains par une commission Justice et paix, créée il y a plus de quarante ans. Elle la complètera avec « la sauvegarde de la création » d’après l’encyclique Laudato Si, ayant alors un service JPIC (Justice Paix et Intégrité de la Création -en anglais-).

C’est dans cette dynamique que le supérieur Général Tomaz Mavrick propose en 2016 que nous commencions un réseau des délégués provinciaux de ce ministère : VIN-JPIC ; vincentien Justice, Paix et Sauvegarde de la Création. Sur 13 provinces constituant la CEVIM, 11 me choisiront comme délégué et l’an dernier le président des visiteurs, le P Ziad Hadad, après avoir consulté les visiteurs, m’a demandé d’être le délégué européen VNIJPIC de la CEVIM.

Durant l’année passée, bien que rencontrant des difficultés à collecter les données, je parviens à établir un rapport pour James CLAFFEY notre représentant à l’ONU, présentant ce que nos provinces font avec les sans-abris : en Irlande ; en Italie ; en Espagne, en France, en Ukraine et en Slovénie.

La famille vincentienne a choisi cette année de mettre l’accent sur un des drames sociaux de notre époque : les migrations. Comme coordinateur européen VIN-JPIC de la CEVIM, je sais que la CEVIM a d’autres activités au service des migrants en Espagne, en Italie, ainsi qu’en France par un confrère au service des prêtres étrangers coopérateurs et par moi-même avec le réseau JRS-Welcome sur Amiens. Je suis heureux de vous partager l’expérience du projet Méditerranée conduit par la Curie, à Rome. J’espère que cela donnera à plusieurs d’entre vous l’envie de communiquer sur ce que vous faites dans ce domaine et peut être de commencer dans votre proximité des actions similaires.   

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“Mediterranea”

A la Curie Générale des Missionnaires Vincentiens, un projet de changement systémique de la Famille Vincentienne pour l’intégration sociale et professionnelle des réfugiés politiques est mis en place. Ce projet est piloté par Elena Grazini et Giuseppe Carulli.

Nous avons encore dans nos cœurs et nos esprits le Jubilé vincentien, le grand Symposium pour les 400 ans du charisme de notre Fondateur. Nous avons vécu cet anniversaire non pas comme une célébration qui serait une fin en soi, mais en le considérant comme un point de départ pour commencer à projeter le charisme dans le cinquième centenaire. Nous voulons répondre aux défis que les nouvelles pauvretés nous posent aujourd’hui. Notre Saint Père François, dans le message envoyé à la Famille Vincentienne, nous a écrit que le témoignage de Saint Vincent “nous encourage à investir dans la créativité de l’amour avec l’authenticité d’un “cœur qui voit””. La charité, en effet, ne se contente pas des bonnes habitudes du passé, mais sait transformer le présent. Cela est encore plus nécessaire aujourd’hui, dans la complexité toujours changeante d’une société mondialisée, où certaines formes d’aumône et d’assistance, même si elles sont motivées par des intentions généreuses, risquent d’alimenter des structures d’exploitation et d’illégalité et de ne pas apporter de bénéfices réels et durables. C’est pourquoi la réflexion sur la charité, l’organisation du soutien et l’investissement dans la formation sont des enseignements actuels qui nous viennent de saint Vincent. En même temps, son exemple nous stimule à donner de l’espace et du temps aux pauvres, aux nouveaux pauvres d’aujourd’hui, aux trop nombreux pauvres d’aujourd’hui, à faire nôtres leurs pensées et leurs difficultés, car un christianisme sans contact avec ceux qui souffrent devient un christianisme désincarné, incapable de toucher la chair du Christ. Nous nous efforçons de rencontrer les pauvres, de favoriser les pauvres, de donner une voix aux pauvres, afin que leur présence ne soit pas réduite au silence par “la culture de l’éphémère.”

Le projet Mediterranea s’inscrit dans ce contexte. Cet autre fruit du charisme vincentien consiste à réaménager et à mettre en valeur le terrain non cultivé appartenant à la Curie générale de la Congrégation de la Mission (environ deux hectares de terrain) sur la Via della Nocetta 191. On y a développé une pépinière spécialisée dans les plantes du bassin méditerranéen, un potager, un jardin d’herbes aromatiques et la production d’objets de design pour l’extérieur.

Mediterranea est née au début de l’année 2018 grâce à l’alliance entre la Congrégation de la Mission, les Groupes de Volontariat Vincentien – Lazio [AIC], la Coopérative Sociale “Tre Fontane” (organisme de gestion de certains centres SPRAR [Système de protection des demandeurs d’asile et des réfugiés] présents sur le territoire de Rome), et l’association à but non lucratif “Linaria” (qui a développé au fil du temps différentes expériences sur l’espace urbain et l’intégration). L’objectif principal de Mediterranea est la requalification des compétences professionnelles d’un groupe de 12 bénéficiaires de SPRAR, demandeurs d’asile et titulaires d’une protection internationale et humanitaire, résidant légalement à Rome. Il entend les soutenir afin de les intégrer dans l’environnement social et professionnel romain. Il s’agit d’un projet de changement systémique en ligne avec la politique de la Famille Vincentienne de la dernière décennie et les orientations du récent Symposium.

Grâce à tout cela, aujourd’hui, sur le terrain de la Curie générale, il y a :

– Un potager biologique dont les légumes sont vendus sur place ;

– Un jardin d’herbes aromatiques et une vaste plantation d’agrumes à partir desquels sont produits des épices salées et sucrées en pots de 50 grammes et des confitures biologiques pour la vente au détail et en ligne ;

– Une pépinière pour la culture d’une collection précieuse et rare de “Sweet pea” (plantes à fleurs très parfumées et grimpantes) et de “Cosmos” (fleurs annuelles de variétés très particulières) dont les graines proviennent de pépinières spécialisées de Grande-Bretagne ; une large gamme de plantes de la famille des graminées et de plantes méditerranéennes (plantes xérophiles adaptées à la vie dans des environnements caractérisés par de longues périodes de sécheresse ou des climats arides ou désertiques) grâce à la collaboration avec “Cascina Bollate”, la pépinière que Susanna Magistretti a développée dans la prison du même nom ;

– Production d’objets de design pour jardins et terrasses urbaines tels que des tuteurs pour plantes et murs, des jardins verticaux, des tables et des chaises pour jardins, des bassins en fer et en bois pour plantes de tous types et genres ;

– Conception et entretien de jardins, terrasses et balcons grâce au professionnalisme de Michela Pasquali (architecte paysagiste et présidente de Linaria).

Grâce à la collaboration naissante avec la coopérative sociale “Accoglienza Vincenziana”, nous avons l’intention d’entrer dans le monde du travail et du commerce de manière stable et professionnelle, à travers une action d’entreprise sociale qui s’implante sur le territoire local et national.

L’initiative, en plus d’être l’occasion pour ce groupe de réfugiés politiques d’obtenir une intégration sociale complète et indépendante, prévoit également d’être un essai avec un fort impact social, économique et environnemental avec la possibilité de devenir un projet pilote reproductible sur une propriété religieuse ou publique dans d’autres zones urbaines. Ces deux caractéristiques (le fort impact social et la réplicabilité du projet) sont également deux stratégies essentielles de la méthodologie du changement systémique.

Cette simple intervention en faveur des bénéficiaires de la SPRAR, des demandeurs d’asile et des détenteurs du statut de protection internationale et humanitaire, résidant légalement à Rome, qui frappent à nos portes, est une manière concrète de faire face aux nouveaux défis de la pauvreté qui, au XXIe siècle, sollicitent notre adhésion à l’Évangile du Christ. Nous répondons par une intervention globale et totale permettant un changement intégral du style de vie et produisant un véritable tournant redonnant dignité et autonomie à la personne, un changement systémique de son existence.

La charité, en plus de ne pas être pompeuse, ni gonflée, comme le dit Saint Paul, ne jouit pas de l’injustice, mais accueille la vérité … La charité n’aura jamais de fin.

Pour plus d’informations, vous pouvez visiter notre site web :

http://www.mediterranearete.org/

et la page Facebook : https://www.facebook.com/mediterranearete/?ref=br_rs.

Bernard MASSARINI

VISITE DU PAPE FRANCOIS EN GRECE : UN REGARD PARTICULIER SUR LES MIGRANTS

Le pape François plus que jamais est conscient de la situation difficile dans laquelle se trouvent les migrants, car il est lui-même issue d’une famille de migrants Italienne installée en Argentine

Agapit EBIAGENA

VISITE DU PAPE FRANCOIS EN GRECE : UN REGARD PARTICULIER SUR LES MIGRANTS

La Grèce est un pays majoritairement constitué de chrétiens :

  • Orthodoxie 87%
  • Catholicisme 0,61%
  • Orthodoxes-vieux calendristes 2,41%

On note aussi la présence de Musulmans 1,5% et 0,8% de Juifs. Ce pays a eu le privilège d’accueillir le pape François pour la deuxième fois du 04 au 06 Décembre, sa dernière visite remonte en Avril 2016 à l’île de Lesbos. Lors de son séjour en Grèce, le souverain pontife a rencontré les autorités du pays, l’archevêque orthodoxe Ieronymos d’Athènes et de toute la Grèce. A la cathédrale Saint-Denys-l’Aéropagite d’Athènes il a également rencontré les prêtres, religieux, religieuses, séminaristes et catéchistes. Il a célébré une messe en présence de 2500 personnes. Avant son départ il a rencontré les jeunes à l’école Saint Denys des sœurs Ursulines, une trentaine de jeunes de la JMV l’on accueilli avec le fameux chant de Marco Frisina « Jesus Christ, you are my life ».

   Lors de sa visite j’ai été particulièrement marqué par l’attention qu’il porte aux migrants.

   Le 05 Décembre, il a rendu visite à des personnes réfugiées au centre d’identification et de réception de Mytilène sur l’île grecque de Lesbos en mer égée ou se trouve actuellement plus de 2200 réfugiés. Ceux qui y restent, ce sont vu débouter de leur demande d’asile et n’ont plus de possibilité d’aller ailleurs.

     Le pape François a appelé à finir avec « un naufrage de civilisation » pendant sa poignante allocution, il a qualifié la mer méditerranée tristement connue pour ces tragédies de « cimetière froid sans pierres tombales », rappelant « les images crues des petits corps gisant sur des plages ». Le porte-parole des migrants s’est adressé au pape en reconnaissant son « esprit d’humanité » et son soutien aux pauvres et aux réfugiés, il a notamment déclaré « nous sommes des humains nous les réfugiés, il faut nous traiter comme des humains et pas comme des prisonniers ».

   Le pape François plus que jamais est conscient de la situation difficile dans laquelle se trouvent les migrants, car il est lui-même issue d’une famille de migrants Italienne installée en Argentine, c’est la raison pour laquelle il ne cesse de prôner l’accueil des milliers de « frères et sœurs » sans distinguer la religion, ni le statut de refugier ou d’exilé économique. Il donne l’exemple car, de retour au Vatican il ramène 100 migrants.  

   En cette période de Noël, le plus faible nous interpelle, ça peut être un SDF ou une personne seule et sans ressources, une personne âgée, un migrant déraciné et abandonné à lui-même. Laissons-nous envahir par cet amour que le petit Jésus nous apporte, cet amour qui dépasse les frontières sans distinction, le pape Benoît nous interpelle dans ce sens en disant : « L’Eglise est une famille de Dieu dans le monde, dans cette famille, personne ne doit souffrir par manque nécessaire. En même temps la caritas-agapè dépasse aussi les frontières de l’Eglise ; la parole du bon Samaritain demeure le critère d’évaluation, elle impose l’universalité de l’amour qui se tourne vers celui qui est dans le besoin, rencontré par hasard » (Cce,n°25)

Père Agapit EBIAGENA,

missionnaire lazariste à Thessalonique

L’Europe a-t-elle encore des valeurs chrétiennes dans sa façon de traiter les migrants ?

L’Europe a-t-elle encore des valeurs chrétiennes dans sa façon de traiter les migrants ?

« L’Europe a-t-elle encore des valeurs chrétiennes dans sa façon de traiter les migrants ? » demande le cardinal éthiopien Berhaneyesus Souraphiel, archevêque d’Addis Abeba au cours du Synode « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » (Rome, 3-28 octobre 2018)

Depuis deux ans, j’accompagne la petite équipe de la pastorale des migrants du diocèse d’Aire et Dax, dans les Landes. Nous l’avons agrandie en y invitant une Fille de la Charité de la communauté du Berceau qui donne des cours de français et une laïque venant d’une paroisse du sud du département qui accompagne des Oromos (des migrants d’une tribu d’Éthiopie).

Dans les Landes, des structures d’État sont actives pour guider les migrants qui arrivent. Ce sont deux CADA (Centre d’Aide aux Demandeurs d’Asile) : l’un à Mont-de-Marsan et l’autre à Dax. Deux CAO (Centre d’Aide et d’Orientation) : un situé au Berceau et l’autre à Amou qui accueille des jeunes mineurs d’Afrique de l’Ouest (Guinée Conakry, Mali et Congo). De multiples associations accompagnent les arrivants : le CIMADE (Comité inter mouvements auprès des évacués, organisme protestant d’entraide) ; la Ligue des droits de l’homme ; le CCFD ; le Secours Catholique ; Amnesty International ; l’Association des Familles Laïques, etc

Le Berceau, ayant un statut de CAO, a reçu l’an dernier des femmes seules (venant de l’Éthiopie et de l’Érythrée) et cette année, des hommes (venant d’Afghanistan, du Darfour, du Yémen, de la Syrie, du Kurdistanet  du Saharaui).

Le CAO du Berceau fermant à la fin du mois d’octobre 2018, nous recherchons des lieux d’accueil pour les dix jeunes déboutés (le CIMADE nous a contacté pour les suivre et les accompagner). Quelques familles, elles aussi déboutées (kosovares et albanaises), ayant des enfants scolarisés, vont être accompagnées par une association s’inspirant du travail d’une autre association née sur Bayonne il y a cinq ans, qui grâce à sa méthode, a permis la régularisation que quelques 50 familles.

Lors de dernière rencontre du conseil diocésain de la solidarité, nous avons évoqué le sort des jeunes mineurs migrants un peu abandonnés, par faute de perspectives et ceux qui, actuellement arrivent à raison de deux par jour dans le département. Ils ne sont plus pris en charge, ni par l’ASE (Aide sociale à l’Enfance) ni par la police qui, auparavant, avait mission de les piloter vers les instances d’accueil. Ceci augmente le risque de laisser les jeunes se perdre, car la rue en France n’a rien à voir avec celle d’Afrique, même si elle aussi présente des dangers. Une des bénévoles de l’équipe de la pastorale de migrants, elle-même originaire d’Afrique, est en mesure de parler avec certains jeunes. Elle leurs a permis de rencontrer quelques anciens migrants de leur pays actuellement établis dans les Landes… Nous le voyons : la situation est complexe mais de nombreuse personnes sont solidaires.

Le 18 octobre, dans sa conférence de presse au Synode des Jeunes à Rome, le cardinal éthiopien Berhaneyesus Souraphiel, archevêque d’Addis Abeba et président de la Conférence épiscopale d’Éthiopie, , attire l‘attention de nos pays européen sur leur mission : « Il est triste de sentir que des frontières se ferment à des personnes qui fuient la faim et la guerre. Où sont les racines chrétiennes de l’Europe ? l’Europe n’est-elle pas un continent qui se déclarait animé de valeurs chrétiennes ? » s’est exclamé le cardinal, durant la conférence de presse quotidienne du synode des jeunes en cours au Vatican (du 3 au 28 octobre). Dans la salle sont intervenus trois autres chefs de l’Église grecque catholique d’Ukraine, délégué fraternel, et le ministre des affaires extérieurs du patriarcat de Moscou et de toutes les Russies.

 « Lorsque nous parlons de l’Afrique plus de la moitié de la population est jeune, ils veulent changer les choses, ils veulent sortir de la pauvreté: la plupart des mass-media mondiaux parlent des migrations des jeunes africains vers le Moyen Orient qui traversent le Soudan et la Lybie, vers l’Europe mais ces derniers en nombre très limités des migrations parce que la plus grande part des migrations de jeunes se passent à l’intérieur du continent africain, nous pouvons dire que nous ne parlons que de 20% des migrants tandis que 80% de l’émigration se passe à l’intérieur du continent » a dit le cardinal éthiopien.

Il continu : « les migrations, surviennent devant l’absence de bonne gouvernance entrainant la corruption, les conflits, les guerres civiles, les mouvements de libération. Une autre question nait celle du commerce des armes, un grand business qui vient d’Europe, d’Amérique et de la Chine vers l’Afrique dont personne ne parle, particulièrement parce que c’est un commerce juteux. Les armes sont apportées là où l’on trouve des conflits civils, de nombre de jeunes meurent à cause de cela. Nous avons des enfants soldats, qui sont munis d’armes modernes, sophistiquées : comme les mines…. C’est la grande tragédie des jeunes africains qui migrent. J’espère que le Saint Siège, ses contributions diplomatiques et ses relations avec les chefs chrétiens pourront faire quelque chose. Autrefois lorsqu’un migrant allait d’un pays à un autre il était accueilli, on lui donnait un verre d’eau, de l’eau pour se laver, un lieu pour se reposer. Aujourd’hui, être migrant n’est pas facile. Lorsque nombre d’européens sont allés dans d’autres pays ils ont eu davantage d‘occasion que les migrants contemporains. L’Éthiopie est un pays pauvre mais elle reçoit un million de réfugiés. Après l’Ouganda, elle est le second pays d’immigration. »

« Un étranger qui frappe à ta porte sera bien accueilli ; nous sommes tristes lorsque nous sentons que les frontières se ferment à des personnes qui fuient la faim et la guerre et – comme l’a souligné le cardinal Souraphiel – on se demande : où sont les racines chrétiennes de l’Europe ? L’Europe n’est-il pas un continent qui reconnait des valeurs chrétiennes ? J’ai parlé de cela durant le synode. C’est aussi ce qu’a dit le Saint Père lorsqu’il parle du colonialisme idéologique, lorsque pour avoir des aides il est imposé d’accepter les valeurs de l’Occident avant de t’aider. Les multinationales sont présentes dans des lieux de ressources naturelles comme au Congo ils emploient les enfants, les jeunes et les vieux pour extraire les minéraux. L’Église catholique qui est présente en est le témoin. Nous avons même vu des personnes qui sont devenues victimes de ce trafic d’êtres humains duquel ils souffrent : l’Église est aux cotés de ces personnes dépouillées, de ces personnes forcées à quitter la pays ».

Le card.Sourahiel dit avoir été « touché lorsque le Cardinal Vincent Nichols (archevêque de Westminster et président du groupe Sainte Marthe Santa Marta Group, ndr) a dit que dans le monde aujourd’hui,  il y a 40 millions d’esclaves, et la plupart sont des jeunes : ils sont dans le réseau du trafic mondial d’êtres humains ».

« Au Synode nous avons aussi parlé de ce qu’il est possible de faire, de ce que l’Église universelle peut faire. Ceci a touché le cœur de nos jeunes délégués au Synode. J’espère que le Synode s’adressera à tous les jeunes, non seulement à ceux du monde développé, mais à ceux qui n’ont pas les moyens. L’Église doit parler en leur nom. Avant toute autre question, à l’époque d’internet et des technologies modernes, il y a des jeunes pour qui la question est celle de la survie », selon le cardinal éthiopien, qui l’a répété durant l’interview.

« Recevoir l’étranger, le réfugié, toute personne dans le besoin est une valeur chrétienne, une obligation chrétienne, fermer sa porte n’est jamais dans la tradition chrétienne. Tous, nous savons que ceux qui arrivent peuvent ne pas être des êtres humains innocents ou des personnes qui ont souffert la violence dans leur pays, mais la plupart le sont : on voit une mère, une grand-mère qui frappe à la porte pour un lieu où se poser, je crois que c’est un problème de conscience, et la conscience en Europe est formée de valeurs chrétiennes. L’Europe a reçu de nombreux réfugiés, par exemple l’Allemagne, d’autres ont fermé leurs frontières. L’Europe n’a-t-elle plus de racines chrétiennes ? Même Jean-Paul II le demandait, et cette demande vaut pour chaque conscience chrétienne ».

Le Cardinal reconnait qu’entre autre, en Afrique, il y a beaucoup de jeunes qui ne souhaitent pas partir, qui désirent rester dans leur pays pour améliorer les choses de l’intérieur. « Quelques-uns pensent que venir en Europe sera le paradis, mais ce n’est pas la réalité, ils pensent que, venant en Europe, ils vont stabiliser la situation de leur famille, mais ce n’est pas le cas. Et lorsque nous sentons le racisme qui nait en Europe, et dans d’autres pays du monde, nous voulons nous souvenir que la vie de réfugié n’est pas facile. Je dis ceci pour renforcer le désir de demeurer chez soi et de changer la situation de l’intérieur ».

Puissions-nous ensemble trouver des solutions humaines à des situations souvent profondément douloureuses auxquels nos pays semblent se fermer devant la complexité d’un monde qui cherche de nouveaux équilibres pour relever les défis du XXIe siècle.

Bernard MASSARINI, CM – Responsable de la Pastorale des Migrants 🔸

Recevoir l’étranger, le réfugié, toute personne dans le besoin est une valeur chrétienne, une obligation chrétienne, fermer sa porte n’est jamais dans la tradition chrétienne. Tous, nous savons que ceux qui arrivent peuvent ne pas être des êtres humains innocents ou des personnes qui ont souffert la violence dans leur pays, mais la plupart le sont : on voit une mère, une grand-mère qui frappe à la porte pour un lieu où se poser, je crois que c’est un problème de conscience, et la conscience en Europe est formée de valeurs chrétiennes.

Cardinal Berhaneyesus Souraphiel, archevêque d’Addis Abeba