Accompagner le parcours d’un réfugié

Nous continuerons à créer une culture de solidarité, et nous aurons le souci d’améliorer le bien-être dans les pays d’origine des personnes qui migrent, pour aider leurs proches à pouvoir demeurer dans leurs pays.

Bernard MASSARINI

Accompagner le parcours d’un réfugié

Bernard MASSARINI
Bernard MASSARINI

À Séville, dans la maison provinciale des Filles de la Charité d’Espagne-Sud, l’Alliance Vincentienne des Sans-Abris a organisé la rencontre des 7, 8 et 9 juin. Nous avons été invités ces 7, 8 et 9 juin 2002, pour évoquer et réfléchir à l’accompagnement du parcours des réfugiés. Les sœurs ont su nous faire partager l’énergie andalouse et les chaleurs déjà estivales pour agrémenter notre séjour.

L’équipe de préparation avait tout bien pensé, dès l’arrivée nous recevions nos groupes, salles, lieux de service à visiter avec notre petit badge.

Nous étions 80 des cinq continents, passant de l’Océanie avec l’Australie et la Papouasie Nouvelle Guinée, à l’Afrique (avec notamment Madagascar, le Rwanda, le Ghana), l’Amérique du Nord et Sud avec les USA – St John Université, la SSVP, les AIC – , l’Europe (avec L’Ukraine, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne – les AIC, les CM, les FDLC -, la Slovaquie, l’Angleterre-), joie de retrouver une partie de la famille vincentienne présente dans 160 pays et selon les diverses estimations de 5 millions de membres. Étaient avec nous une 40aine de participants qui suivaient la rencontre par internet. Je n’ai pu faire que deux jours sur trois

La sœur Visitatrice ouvre la rencontre en nous invitant à entrer dans l’esprit de Fratelli tutti pour que continue le projet des 13 maisons entamé lors du jubilé de 2017 et à continuer à vivre la dynamique proposée par le pape François envers les migrants : accueillir, accompagner, promouvoir et intégrer les migrants que nous rencontrons.

Ensuite, ce fut à Mac Grevy, le directeur de l’Alliance Vincentienne des Sans-Abris, de nous rappeler qu’une personne sur sept de la planète est sans-abris pour raison de pauvreté ou migrante. Il nous a partagé que grâce à l’opération 13 maisons, les vincentiens avaient aidé plus de 7000 personnes à retrouver un toit. Il nous invite à faire que ces trois jours nous aident à savoir améliorer le sort de celles et ceux qui sont en situation de migration.

C’était au tour d’un membre de l’équipe de nous proposer une dynamique en anglais et espagnol pour nous présenter. Un petit quart d’heures à se questionner les uns et les autres sur divers sujets vincentiens, occasion de rire, faire connaissance, sachant que les premiers qui terminaient une ligne de la feuille allaient se voir remettre un bel éventail orné aux motifs de Séville par l’équipe d’animation.

Quelques interventions ont nourri la réflexion : le Père Maloney, Mgr Vitilo, le P Agostino, Mgr Baggio, Mac Grevy et nous avions des modérateurs, des personnages clefs dans notre vie vincentienne : Jim Claffey notre représentant à l’ONU, la sœur Carol Keehan FDLC, Andrew Mc-Night et de nombreux témoins pères lazaristes, filles de la Charité et sœurs de la charité de la fédération nord-américaine, administrateur de Depaul International, président international de la Famille vincentienne, ont apporté leur pierre à ce champ de service dans lequel nombre sont actifs au service des divers migrants.

L’Alliance Vincentienne des Sans Abris, forte de la déclaration obtenue à l’ONU sur les sans-abris, a dégagé avec l’Institut Universitaire sur les sans-abris à St-John university la définition suivante des sans-abris : «Les personnes à la rue, les personnes vivants en Bidonville et les personnes migrantes.» C’est pour mieux répondre aux défis que nous adressent ces derniers que l’AVH a organisé cette rencontre.

Après avoir écouté le père Maloney, remplacé par Jim Claffey, notre représentant à l’ONU, car en récupération du COVID, nous a rappelé nos saints prédécesseurs, héros de ce service : que ce soient les frères Renard et  qui prenaient les risques pour faire circuler l’argent et les biens nécessaires, puissent améliorer le sort des déplacés de guerre, des galériens et des otages des barbaresques en Algérie et Tunisie, tous les déplacés du XVIIème , faisant appel aux financeurs : la Duchesse d’Aiguillon, un membre d’une société secrète le conte de Renty, ou de nobles dames qui donneront des bijoux de plusieurs milliers et parfois de millions d’euros, et faisant servir les Filles de la Charité et les Pères veillant à leur fournir un toit, de la nourriture, les soins et l’accompagnement spirituel . Une prise en charge systémique comme nous aimons le dire dans la famille vincentienne, même s’il lui manquait de penser la durée du service.

Mgr Vitti, secrétaire du Secrétariat des migrants du dicastère du développement durable, représentant du Saint-Siège à Genève, a ancré le service de ces personnes dans le premier testament nous rappelant que le peuple choisi ne devait pas oublier qu’il avait été déporté : «Tu n’exploiteras ni n’opprimeras l’émigré, car vous avez été des émigrés au pays d’Égypte» (Ex 22,20 ) et dans le livre du Lévitique «Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous, vous l’aimerez comme vous-même parce que vous-même avez été des étrangers dans le pays d’Égypte» (Lev 19, 34) disant qu’il fallait accueillir le pauvre comme son frère pour faire mémoire de la largesse de Dieu devant la souffrance de son peuple. Le second testament nous rappelant qu’en accueillant l’étranger on peut recevoir des anges : « N’oubliez pas l’hospitalité car en quelques-uns ont logé des anges sans le savoir» (He, 13,2). Il nous a ensuite rappelé que depuis le XIXème siècle les papes, face aux migrations économiques, n’ont cessé de redire que nous devions pratiquer l’amour du prochain dans l’accueil du migrants et nous a dit qu’au plan des états il existe deux grands types de migrants, les réfugiés couverts par la convention de Genève et le pacte des migrations, avec ses vingt principes pour offrir aux personnes en déplacement un traitement digne ; les états pourraient mettre en œuvre ce traité qu’ils ont adopté en 2016
(https://www.ohchr.org/fr/migration/global-compact-safe-orderly-and-regular-migration-gcm)

Mgr Baggio, sous-secrétaire du secrétariat des migrants nous dira que selon les rapports de l’ONU, un habitant sur sept est en situation de migration soit comme déplacé pour conflit, migrant économique ou migrant climatique. Il est aussi important de savoir que 56% des migrations ont lieu à l’intérieur des pays. Il a parcouru Fratelli Tutti, nous disant que situant la question de la migration avec la parole du bon samaritain, nous ne pouvons qu’être en attitude positive caractérisée par quatre dynamiques, accueillir, écouter, promouvoir et intégrer. Le pape rappelle que nous nous tenons éveillé évoquant pour cette dynamique la parabole du bon samaritain pour faire que les migrants soient dignement accompagnés. Nous saurons prendre le temps d’écouter celles et ceux d’entre nous qui se déplacent, en leur donnant un statut et un espace social leur permettant de reconstruire leur existence, et les invitant à partager leurs richesses pour que continue à s’édifier la fraternité humaine que nous sommes invités à édifier.

Puis vint le temps d’écoute et des témoignages : de proximité auprès des Ukrainiens avec les frères en Ukraine offrant leurs résidences et leurs chapelles pour accueillir et réconforter les frères en urgence cherchant refuge et les sœurs de Slovaquie sur la frontière présentes pour répondre dans l’urgence aux premières nécessités de celles et ceux qui fuyaient et qui, la guerre s’installant, on laisser la sœur psychologue pour aider à écouter les traumas devant la dureté de la situation. Des sœurs en Afrique ouvrant des espaces d’accueil de femmes en fuites victimes du trafic et formant les jeunes à éviter d’y tomber. D’autres dans la recherche de ressources pour financer les activités qu’entrainent toutes ces réalités complexes. Des sœurs et des frères laïcs dans la construction de réseaux pour répondre de façon la plus adaptée aux nouvelles personnes arrivant dans les espaces d’accueil. Car il est évident que nous ne pourrons travailler dans ce genre d’activité si nous ne sommes pas en réseau avec des partenaires ou ne créons pas ces réseaux pour permettre une meilleure connaissance des réalités, une approche plus précise des lois afin d’offrir un service plus performant.

La visite d’une dizaine des 14 projets animés par les sœurs de Séville nous a rapproché des jeunes en attente de papiers qui se forment aux métiers agricoles ou de service dans la restauration et des femmes retirées au trafic humain.

Les temps de prières nous ayant mis en présence d’un frère réfugié politique, sauvé de l’exécution sommaire, ou d’une jeune mère de famille retirée au trafic humain, pour offrir au Seigneur notre action de grâce de sa présence qui relève dans nos existences.

Vincentiens nous conserverons quelques attitudes dans nos pratiques, nous garderons les yeux ouverts, pour voir les personnes, et nous quitterons nos sandales dans les rencontres car les terres des sœurs et frères sont terres sacrées. Nous serons des voix prophétiques pour faire connaitre leur voix. Nous saurons vivre notre originalité vincentienne et nous nous ferons proches de celles et ceux que nous accueillerons, en veillant aux langues des espaces dont ils viennent. Nous privilégierons le cheminer avec, l’écoute active et la compassion, nous ferons que l’accueilli soit protagoniste de son histoire, pour vivre un service intégral. Nous favoriserons l’intégration culturelle du déplacé en promouvant leur participation.

Nous veillerons à sensibiliser le public sur le drame des déplacés, nous développerons une communication interne et feront en sorte que s’ouvrent des brèches. Nous oserons interagir au plan politique, sauront établir des réseaux de décideurs, nous mobiliserons les entités publiques pour qu’elles répondent aux déplacés. Le P Agostino, coordinateur international, nous a expliqué que sont déjà nées une dizaine de fraternité vincentienne en espagnol et en anglais : dont celles des graphistes, des musiciens, des avocats, des psychologues, des assesseurs de formation , les intéressés peuvent joindre cette adresse pour se joindre à l’une d’entre elles : cnavarrete05@yahoo.com. Aussi a-t-il été créé une banque de matériel vidéo disponible en plusieurs langues : https://vinflix.net, un espace pour proposer des lieux en recherche de bénévoles  http://famvin.help.

Nous continuerons à créer une culture de solidarité, et nous aurons le souci d’améliorer le bien-être dans les pays d’origine des personnes qui migrent pour aider leurs proches à pouvoir demeurer dans leurs pays. Nous chercherons aussi à anticiper les futures crises prévoyant outils et imaginant des voies de solution pacifiques. Nous nous appuierons  sur les vingt points du pacte mondial des migrations de l’ONU, demeurant dans l’attitude à laquelle le pape nous invite à entrer : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer.

Bernard MASSARINI cm

 

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UN ACCUEIL POUR FEMMES DE LA RUE A LA MAISON-MERE DES LAZARISTES. « ACCUEIL LOUISE & ROSALIE »

Une œuvre de la Famille Vincentienne voit le jour dans notre Maison-Mère ce 12 novembre 2020 ! Durant trois années, la Société Saint Vincent de Paul, la Fédération Française des Équipes Saint Vincent et les Lazariste ont mis en route ce projet pour accueillir des femmes sans abri, de plus en plus nombreuses, qui déambulent dans les rues de Paris.

Communauté Maison-Mère

UN ACCUEIL POUR FEMMES DE LA RUE A LA MAISON-MERE DES LAZARISTES. « ACCUEIL LOUISE & ROSALIE »

Une œuvre de la Famille Vincentienne voit le jour dans notre Maison-Mère ce 12 novembre 2020 ! Durant trois années, la Société Saint Vincent de Paul, la Fédération Française des Équipes Saint Vincent et les Lazaristes ont mis en route ce projet pour accueillir des femmes sans abri, de plus en plus nombreuses, qui déambulent dans les rues de Paris.

L’idée est le fruit d’un échange entre Bertrand Ousset (président de la SSVP) et Bertrand Ponsard (aumônier des Équipes SV) il y a plus de trois ans. Petit à petit les trois partenaires se sont mobilisés pour que cet accueil puisse être proposé aux femmes sans abri. La COVID-19 s’est invitée et a retardé l’ouverture du site initialement prévue pour le mois de mai, les travaux ont pris du retard à cause du premier confinement. Une fois les travaux finis, le deuxième confinement est décrété et l’ouverture du site compromise ! Cependant, les nombreuses volontaires (une soixantaine) étant prêtes et mobilisées, n’ont pas voulu prendre le risque de démobiliser les troupes et ont décidé d’ouvrir malgré le confinement.

Parmi les nombreuses bénévoles il y a des retraitées mais aussi des jeunes universitaires disposées à donner de leur temps et de leur être pour offrir une oasis de réconfort, de repos et de sécurité à tant des femmes obligées à errer dans la nuit craignant à tout instant d’être violées et agressées.

La formation a été assurée par des professionnels, parce que le service ne s’improvise pas.  Les volontaires sont prêtes à accueillir avec humilité tout en respectant la dignité et les souffrances des femmes qui seront accueillies.  Il s’agit, selon elles, « à être plus qu’à faire ». Ce sont des femmes qui prendront soin d’autres femmes avec un esprit vincentien qui apprend à tourner la médaille et à voir dans les visages défigurés par la violence et la souffrance, la présence du Christ Incarné.

« Louise et Rosalie » comme Louise de Marillac et Rosalie Rendu : deux figures féminines qui ont su mobiliser des femmes et des hommes au service du prochain.

La Province de France et la communauté de la Maison-Mère en particulier sont dans la joie. Saint Vincent doit l’être aussi ! Tous les confrères auront la possibilité de visiter le site rénové et transformé tout comme nous l’avons fait hier. Nous avons découvert des lieux chaleureux et une équipe pleine de dynamisme et d’espérance. Longue vie à l’accueil « Louise et Rosalie ».

Communauté de la Maison-Mère

 

Pour en savoir plus, visitez le site « Louis et Rosalie » :  https://louiseetrosalie.com/

Réponses vincentiennes au coronavirus dans le monde

A travers l’Alliance FAMVIN avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), nous entendons bien des récits sur la façon dont différentes parties de la Famille Vincentienne prennent soin des personnes sans-abri et des personnes vulnérables pendant cette épidémie du coronavirus.

Famille Vincentienne Internationale

Réponses vincentiennes au coronavirus dans le monde

À travers l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), nous entendons bien des récits sur la façon dont différentes parties de la Famille Vincentienne prennent  soin des personnes sans-abri et des personnes vulnérables pendant cette épidémie du coronavirus. Nous avons demandé au Père Robert Maloney, ancien Supérieur Général de la Congrégation de la Mission, d’écrire sur la façon dont Vincent de Paul lui-même a réagi face aux pandémies de son temps. Nous espérons que cet article vous offre un peu d’inspiration et de réconfort. La FHA aimerait savoir comment vous réagissez. Veuillez poster vos histoires ici. Nous offrirons plus de ressources sur la question dans le cadre d’une extension de la Campagne « 13 Maisons » à partir de la semaine prochaine. Que Dieu vous bénisse tous et en particulier ceux qui travaillent dans les systèmes de santé et autres apostolats associés ».

Cher Mark,

J’ai regroupé quelques réflexions qui pourraient être utiles aux collaborateurs de l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais), en particulier maintenant que nous sommes confrontés à de nouveaux défis créés par le COVID-19. J’écrirai sans doute un article plus détaillé. Mais, la crise étant urgente, je te transmets tout de suite cette brève synthèse. Elle décrit comment Saint Vincent a réagi dans la pratique à la peste. J’espère que son expérience stimulera la réflexion et générera des idées créatives parmi nous, membres de sa Famille.

Bob

 

COVID-19. Leçon de sagesse du passé. L’expérience de saint Vincent de Paul

Saint Vincent a fait l’expérience des pandémies. Aucun autre sujet peut-être ne l’a aussi profondément troublé. Les épidémies de la peste ont fréquemment ravagé l’Europe au cours de ses années d’activité, tuant de nombreuses personnes qu’il aimait. Marguerite Naseau, dont il a souvent raconté l’histoire et qu’il a toujours considérée comme la première Fille de la Charité, a succombé à la peste à 27 ans, avant même que les Filles ne soient reconnues juridiquement. Lambert au Couteau – dont Vincent a dit un jour « la perte de cet homme, je la vis comme si je m’arrachais un œil ou que je me coupais le bras » et qu’il a envoyé pour établir la Congrégation de la Mission en Pologne – est décédé au service des victimes de la peste à Varsovie en 1653. Antoine Lucas – très admiré non seulement par Vincent, mais aussi par d’autres fondateurs de communautés religieuses à cette époque – mourut de la peste à Gênes en 1656.

Les tragédies se sont multipliées dans la vie de Vincent, en particulier dans les années 1650. Il a souvent parlé de « la guerre, la peste et la famine » comme du fléau des pauvres. De plus, il y a eu des persécutions à Alger, à Tunis, en Irlande et aux Hébrides. Le premier martyr de la Congrégation de la Mission, Thaddeus Lye, séminariste, a donné sa vie à Limerick en 1652. Ses persécuteurs lui ont écrasé le crâne et lui ont coupé les mains et les pieds en présence de sa mère. Lorsqu’en 1657, en plus d’entendre que trois prêtres étaient morts en route pour Madagascar, Vincent a appris que six membres de la maison de Gênes avaient succombé à la peste, il s’est dit « accablé de chagrin » et a ajouté qu’il « serait incapable de recevoir un plus grand coup sans être complètement dévasté ».

Dans ses lettres et ses conférences, Vincent a mentionné la peste plus de 300 fois. Il a envoyé de longues lettres offrant des conseils pratiques sur l’aide aux victimes de la peste à son ami Alain de Solminihac, Evêque de Cahors, et aux supérieurs de Gênes et de Rome. Dans ses entretiens, il a décrit la peste en France, à Alger, à Tunis, en Pologne et dans toute l’Italie.

Les chiffres étaient impressionnants. La France à elle seule a perdu près d’un million de personnes à cause de la peste lors de l’épidémie de 1628-1631. À peu près à la même période en Italie, 280 000 personnes sont mortes. En 1654, 150 000 habitants de Naples succombent. Alger a perdu environ 40000 personnes en 1620-21 et de nouveau en 1654-57.

Gênes a été parmi les villes les plus durement touchées. La moitié de la ville est morte en 1657. La longue liste des membres de la Famille Vincentienne qui y ont perdu la vie est touchante.

Comme on pourrait l’imaginer, les Filles de la Charité et les confraternités étaient en première ligne pour servir ceux qui ont été touchés par la peste (sans parler de leur service à ceux dont la vie avait été perturbée par la guerre, la famine et les conflits politiques en même temps). Certaines affirmations de Vincent à ses prêtres, ses frères et sœurs, ainsi qu’aux membres laïcs des confréries, sont marquées par les circonstances de l’époque et par le manque de connaissances et de ressources médicales que nous en avons aujourd’hui. Mais une grande partie de ce qu’il a dit et comment il a réagi est tout à fait pertinente alors que les membres de la Famille Vincentienne affrontent COVID-19.

Permettez-moi de souligner quatre points :

  1. Alors qu’il se débattait avec des émotions douloureuses, Vincent est resté convaincu que, quelles que soient les circonstances, nous ne devons jamais abandonner les pauvres. Ils sont « notre part » dans la vie, a-t-il déclaré. Il disait avec fermeté aux membres de sa Famille que, même dans des circonstances extrêmement difficiles, nous devons faire preuve de créativité pour trouver des moyens de répondre aux besoins de ceux qui Vincent a écrit à Alain de Solminihac : « Les pauvres paysans frappés par la peste sont généralement abandonnés et très à court de nourriture. Ce sera une action digne de votre piété, Excellence, de prévoir cela en envoyant l’aumône à tous ces endroits. Veillez à ce qu’ils soient confiés à de bons pasteurs, qui apporteront du pain, du vin et un peu de viande pour que ces pauvres gens les ramassent aux endroits et aux heures qui leur sont indiqués… ou à quelque bon fidèle de la paroisse qui pourrait faire ça. Il y a généralement quelqu’un dans chaque zone capable de faire cet acte de charité, surtout s’ils n’ont pas à entrer en contact direct avec les pestiférés. »
  2. L’interprétation évangélique des événements par Vincent est rapidement passée au premier plan en ces temps de crise. En décembre 1657, pensant à onze membres de sa Famille qui avaient récemment perdu la vie, il écrivait : « Nous avons tant de missionnaires au ciel maintenant. Il n’y a pas lieu d’en douter, car ils ont tous donné leur vie pour la charité, et il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour le prochain, comme Notre Seigneur l’a dit et pratiqué. Ainsi donc, si nous avons perdu d’une part, nous avons gagné d’autre part car il a plu à Dieu de glorifier les membres de notre Famille, comme nous avons de bonnes raisons de le croire, et les cendres de ces hommes et femmes apostoliques seront la semence d’un grand nombre de bons missionnaires. Telles sont, tout au moins, les prières que je vous demande d’offrir à Dieu. »
  3. Dans ses conseils aux membres de sa Famille sur la manière de servir en pleine épidémie, Vincent a choisi un juste D’une part, il les a exhortés à rester près des personnes atteintes de la peste et à ne pas les abandonner ; d’autre part, il a encouragé la Famille à respecter les mises en garde des autorités civiles et ecclésiastiques. Il dit à Etienne Blatiron, le supérieur de Gênes : « La seule chose que je vous recommande le plus sérieusement et ardemment est de prendre toutes les précautions raisonnables pour préserver votre santé ». Blatiron a pris de nombreux risques et est décédé de la peste en 1657. Vincent a écrit à Jean Martin, le supérieur de Turin : « Je crains que vous ne vous reposiez que peu de temps et que vous retourniez au travail si tôt. Au nom de Notre- Seigneur, veuillez modérer ce que vous faites et obtenir toute l’aide que vous pouvez ». Martin a survécu et servi énergiquement jusqu’en 1694.
  4. Il a élargi la définition du martyr pour inclure tous ceux qui ont vaillamment donné leur vie pour les pauvres et il n’a cessé de chanter leurs louanges. Parlant des Filles de la Charité, il a déclaré : « Un saint Père a dit un jour que quiconque se donne à Dieu pour servir son prochain et endure volontiers toutes les difficultés qu’il peut rencontrer en ceci est un Les martyrs ont-ils souffert plus que ces sœurs… qui se donnent à Dieu (et) sont parfois auprès de malades pleins d’infection et de plaies et souvent de fluides corporels nocifs ; parfois avec des enfants pauvres pour qui tout doit être fait ; ou avec de pauvres condamnés chargés de chaînes et d’afflictions… Elles sont bien plus dignes d’éloges que tout ce que je pourrais vous dire. Je n’ai jamais rien vu de tel. Si nous voyions l’endroit où s’est trouvé un martyr, nous ne l’aborderions qu’avec respect et l’embrasserions avec une grande révérence. Considérez-les comme des martyrs de Jésus-Christ, car elles servent leur prochain par amour pour Lui. »

Aujourd’hui, nous sommes confrontés au COVID-19, ce qui, pour la plupart d’entre nous, est une crise sans précédent. Comment pourrions-nous y faire face dans l’esprit de Saint Vincent ? J’ose suggérer trois actions, qui se font déjà d’une manière ou d’une autre. Ton équipe et toi, ainsi que les membres de toutes les branches de notre Famille, serez certainement en mesure de les développer davantage.

  1. Bénévolat. Les pauvres souffrent le plus de crises comme celle-ci. Souvent, ils se retrouvent sans emploi. Ils ont besoin de logement, de nourriture et d’autres services essentiels. De l’époque de Saint Vincent à nos jours, la longue histoire de notre Famille a été une réponse à de telles nécessités. On ne peut qu’admirer les médecins, les infirmières, les techniciens médicaux d’urgence, les visiteurs à domicile et autres qui continuent de servir ceux qui souffrent en ce
  2. Le marché boursier et d’autres indices économiques ont baissé de façon spectaculaire au cours de cette période. Certains prennent cela comme un signal qu’il faut éviter de donner. Pourtant, les besoins des pauvres sont d’autant plus importants dans des moments comme celui-ci. Pouvons-nous, en tant que Famille, continuer à manifester notre générosité envers les plus démunis ?
  3. Prière. Le pape François et de nombreux autres responsables religieux nous pressent de prier pour les victimes et pour une fin de la pandémie. Tomaz Mavric nous a écrit récemment pour lancer un appel similaire d’une grande sincérité. De belles prières ont été composées et circulent en ligne, comme celle du P. Jean-Pierre Renouard. En plus de cela, puis-je offrir cette suggestion simple de Saint Vincent : « Dieu lui-même nous dit :

« Une prière courte et fervente perce les nuages » (Si 35, 17). Ces fléchettes d’amour sont très agréables à Dieu et, par conséquent, sont fortement recommandées par les saints Pères, qui ont compris leur importance. C’est ce à quoi je vous exhorte, mes sœurs et frères ».

Merci, Mark, pour tout le travail que ton équipe et toi faites pour promouvoir l’Alliance Famvin avec les personnes sans-abri (FHA en anglais). Avec l’expansion du coronavirus, les besoins des personnes sans-abri sont plus que jamais aigus et un nombre croissant de personnes se retrouvent à la limite du sans-abrisme. Réfléchissant à un moment similaire dans la vie de Vincent, tel que décrit ci-dessus, l’un des principaux biographes du saint, le P. José-María Román, a écrit : « L’année 1657 a été une mauvaise année pour Vincent… Certains auraient pu être tentés de dire que le Seigneur accumulait les désastres sur Vincent pour tester son courage et sa vertu. Mais le vieil homme vigoureux a courageusement surmonté toutes ces adversités. Et il lui restait encore assez d’esprit pour lancer de nouvelles entreprises ».

Je suis convaincu qu’à l’exemple de Saint Vincent, notre Famille du monde entier relèvera le défi du coronavirus avec courage et créativité.