Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi

Saint Vincent de Paul lorsque l’obéissance ouvre la voie de la Providence

Nous développons souvent le portrait de Monsieur Vincent comme d’un homme vertueux, entièrement consacré au service des pauvres. Lorsque nous avons désiré renouveler notre regard sur lui, il y a trente ans, avec le Père Morin, nous avons redécouvert un homme au regard qui s’est élargi. Je vous propose aujourd’hui de le regarder moins comme le centre, mais comme l’homme de relations. L’homme fidèle aux siens et obéissant à ses proches ce qui va le conduire à découvrir sa mission et se mettre au service des plus fragiles.

Un homme attentif aux siens et obéissant à ses proches. Tout d’abord, c’est lui qui le dit lorsqu’il parle aux sœurs, c’est un homme avec son tempérament qui jeune, aura même honte de son père venant le visiter chez les cordeliers où il commence ses études. Cependant, dès qu’il termine ses premières études, il projette de se faire prêtre pour offrir aux siens des moyens et  lui rechercher une honnête retirade, comme lui a laissé entrevoir le vice-légat à Avignon : « il me l’a promis aussi, le moyen de faire une retirade honorable, me faisant avoir, à ces fins, quelque honnête bénéfice en France » (I, 2.)

Bon gascon il sait que pour avoir de la promotion il faut avoir de l’argent et se faire remarquer. Avoir de l’argent cela s’obtient par la recherche de bénéfices et avoir des relations en montant sur Paris. Monsieur Vincent tracte plusieurs rentes de monastères et sur Paris s’obtient les grâces de la reine Margot et se fait proche de Monseigneur de Berulle. Il place ses cartes pour obtenir ce qui lui semble bon pour lui et pour les siens.

Homme de relation il rencontre à la Catho un docteur en théologie Mr Duval, grand théologien qui deviendra son directeur spirituel. Dans ses relations auprès de la reine Margot, il rencontre un théologal, qu’elle avait retenu à son service. L’homme entre en période de doutes profond sur la foi. Il va choisir de prendre sur lui les doutes de l’homme sur lui pour l’en libérer. Il nous racontera qu’il sera traversé par les doutes de la foi et ne s’en sortira qu’en mettant sa main sur son cœur pour toucher le credo qu’il avait enfermé dans la poche de sa soutane et faisant le vœu de service des pauvres.

Dès 1611, son ami Bérulle lui demande pour l’aider à se mettre au service de la paroisse de Clichy afin de récupérer François Gondren, un jeune prêtre dans l’institut qu’il fonde. Encore une fois de plus, Vincent écoute et il reçoit sa première paroisse. C’est dans cette paroisse qu’il découvre la vocation de curé et se dit heureux comme le pape : « je me disais à moi-même : «Mon Dieu, que tu es heureux d’avoir un si bon peuple !» Et j’ajoutais : «Je pense que le Pape n’est pas si heureux qu’un curé au milieu d’un peuple qui a si bon cœur.» Et un jour Monseigneur le cardinal de Retz me demandait : a Eh bien ! Monsieur, comment êtes-vous ?» Je lui dis : à Monseigneur, je suis si content que je ne le vous puis dire.» ­ a Pourquoi ?» ­ «C’est que j’ai un si bon peuple, si obéissant à tout ce que je lui dis, que je pense en moi-même que ni le Saint-Père, ni vous Monseigneur, n’êtes si heureux que moi.» (IX, 55)

C’est ensuite sur le conseil de son ami le Cardinal de Bérulle qu’il accepte le poste de précepteur chez les Gondi et va ainsi rencontrer la famille qui lui révèlera sa vocation. Il se met au service de sa nouvelle « patronne » Madame de Gondi et va sur sa demande, confesser un paysan employé sur les terres de la duchesse qui est mourant : « Un jour, on m’appela pour aller confesser un pauvre homme dangereusement malade, qui était réputation d’être le plus homme de bien, ou au moins un des plus hommes de bien de son village. » (XII, 180) Comme elle l’a suivi et notant le bienfait du sacrement, Madame la duchesse l’invite à prêcher sur la réconciliation, ce qu’il va  faire les jours suivant. La prédication sera suivie de multiples confessions ce qui va lui donner l’idée de créer une congrégation : la Congrégation de la Mission. Une congrégation pour réconcilier les gens des champs avec le Père Créateur. C’est cette même Mme de Gondi qui quelques années plus tard fournira les fonds pour qu’il puisse commencer à missionner sur ses terres afin que davantage de gens des champs puissent entrer en contact avec la grâce de Dieu.

Rendant encore service à son « mentor » le Cardinal de Bérulle qui souhaite intégrer un autre jeune prêtre : Johannes Lourdelot dans son institut, il est prié  d’aller le remplacer dans les Dombes lyonnaises à Chatillon.

Il doit accepter les conditions qui lui sont offertes. Il sera logé chez un noble protestant, avant de pouvoir disposer d’un presbytère décent. Cet homme est protestant, il va être touché par l’engagement missionnaire de monsieur Vincent va revenir à la foi catholique.

Il obéit de  nouveau à l’appel de deux dames de la paroisse qui viennent le voir avant une messe, « …un dimanche, comme je m’habillais pour dire la sainte messe, on me vint dire qu’en une maison écartée des autres, à un quart de lieue de là, tout le monde était malade, sans qu’il restât une seule personne pour assister les autres… » (IX, 243). Elles lui font  changer son homélie et il invite les fidèles à la charité. C’est ce geste et sa visite l’après-midi à la famille qui va lui donner l’idée de créer la première charité.

Nous le voyons c’est en obéissant à sa recherche pour le bien des siens et ensuite en obéissant aux personnes qui le sollicite qu’avance son projet, c’est en obéissant qu’il va est conduit à se met à la suite de l’Esprit-Saint pour déployer ses réalisations.

Cela ne s’arrête pas là, car la rencontre avec celle qui va devenir sa collaboratrice c’est à l’évêque du Bellay qu’il la doit. Il lui confie une dame de sa famille jeune veuve : Louise Marillac. Monsieur Vincent accepte cette femme de foi à la situation familiale douloureuse : elle est récemment veuve et qui a un fils instable. Il va la charger de visiter les charités naissantes et l’associer progressivement à son œuvre. C’est elle qui avec lui va organiser les premières consacrées servantes des pauvres : celles qui vont devenir les Filles de la Charité.

Comme ce portrait que je viens de vous dresser le montre, c’est par l’obéissance quotidienne aux médiations survenues dans sa vie, une fois son objectif choisi, que Monsieur Vincent va devenir le grand saint de la charité pour lequel le dossier de canonisation aura plus de 300 positions parlant de situations de charité qu’il a mises en place.

C’est par l’écoute attentive des personnes dont il s’est entouré pour parvenir à son honnête retirade qu’il va devenir le frère de tous les pauvres : sans-abris, filles à la rue, enfants abandonnés, déplacés de guerre, aînés, galériens, chrétiens esclaves des nations musulmanes.

Ne l’oublions pas quelques soit notre façon d’entrer dans le service du Christ, une fois notre objectif découvert, si nous nous mettons dans une disposition d’obéissance quotidienne aux évènements qui surviendront, nous serons sans aucun doute conduit là où Dieu nous attend : l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres dans les pas de Jésus.

Sur cette route restons toujours ancré en Jésus par l’oraison : ce cœur à cœur avec Dieu qui lui permet de s’établir fermement en nous. L’oraison étant conservé l’œuvre de Dieu pourra se continuer. Demandons à Monsieur Vincent, où que nous soyons sur la route de nos objectifs de réussite personnelle de nous maintenir dans cette écoute du Père et n’oublions pas les cinq petites pierres que Vincent a donné aux lazaristes pour vivre leur vocation. Ces cinq petites pierres de la fronde de David, celles qui lui ont permis de triompher de l’ennemi de la promesse : ces cinq vertus qui vont accompagner la vie du missionnaire et des vincentiens au service des plus fragiles de leurs frères : humilité, simplicité, douceur, zèle, mortification  

Rendons grâce à Dieu pour le chemin ouvert par Monsieur Vincent, continuons la louange en accueillant le don du Christ par son eucharistie

Saint Vincent de Paul et la Messe

il convient en effet, de vous faire vibrer à la vie et à la pensée de Monsieur Vincent sur ce sujet qui lui est très cher. Regardons-le aujourd’hui célébrant la Messe ; au sens forme du terme, il édifie (élève) les participants et l’un d’eux remarque : « Mon Dieu, que voilà un prêtre qui dit bien la messe. Il faut que ce soit un saint homme de Dieu ». (Abelly L. III, 72)

Saint Vincent de Paul et la Messe

Puisque nous sommes autour de la fête du corps et du sang du Christ, il convient en effet, de vous faire vibrer à la vie et à la pensée de Monsieur Vincent sur ce sujet qui lui est très cher. Regardons-le aujourd’hui célébrant la Messe ; au sens forme du terme, il édifie (élève) les participants et l’un d’eux remarque : « Mon Dieu, que voilà un prêtre qui dit bien la messe. Il faut que ce soit un saint homme de Dieu ».(Abelly L. III, 72)

Il se prépare silencieusement à la sacristie dans le recueillement, scrute sa conscience et s’il s’estime en litige avec l’Evangile, il se confesse sur-le-champ. Son premier biographe raconte qu’il quitte un jour ses ornements et  court se réconcilier avec un religieux avec qui il a avait eu quelque différent. On pense au mot de Jésus : « Si, au moment de présenter ton offrande à l’autel,  tu te souviens que quelqu’un a quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande » (Mt 5, 23-24).Seul le saint est capable d’un tel geste.

Il prépare le Missel, le suit scrupuleusement et en ces temps d’après Concile (Le Concile de Trente est alors au début de son application), il est très attentif à suivre les indications pour bien célébrer. Il n’improvise pas une messe solennelle mais exige que tout soit prévu dans les moindres détails suivant le degré solennité ; il veut que la sacristie de st Lazare soit bien pourvue en ornements et en vases sacrés et il n’aimerait pas notre parcimonie d’aujourd’hui !

Sa piété est exemplaire et contagieuse. Sa façon de célébrer aussi : il montre « une grande humilité » et « un port grave et majestueux » dans sa manière de se tenir à l’autel. Il proclame l’Evangile avec une insistance sur les mots qui lui parlent. Il se tourne vers le peuple avec le désir de partager sa joie de célébrer ; mieux encore, il aimait servir la Messe de ses confrères et le faisait à genoux comme un bon servant !

 Peut-être pouvons-nous faire profit des paroles qu’il dit un jour à ses missionnaires : « Ce n’est pas assez que nous célébrions la Messe, mais nous devons aussi offrir ce Sacrifice avec le plus de dévotion qu’il nous sera possible… Efforçons-nous donc d’offrir nos Sacrifices à Dieu dans le même esprit que Notre-seigneur a offert le sien ; comme autant parfaitement que notre pauvre et misérable nature le peut permettre »(Abelly L.III, 72).

Monsieur Vincent nous indique ainsi un premier chemin : vivre la messe à la suite du Christ, en état d’offrande !

 

Saint Vincent de Paul et l’Eucharistie

La messe est le moment de rencontre privilégiée de Monsieur Vincent. Mais elle éclaire sa journée et il vit dans une atmosphère eucharistique qui se manifeste par une très grande dévotion au Mystère du Saint Sacrement.

Il est l’homme de la Trinité (c’est le patron de sa nouvelle congrégation), de l’Incarnation (il veut qu’on célèbre Noël de façon intense) et du Très Sacrement de l’Autel. Tous ces mystères peut-on dire, s’emboîtent pour lui, les uns dans les autres. Mais le sacrement de l’Eucharistie est la concrétisation des deux premiers. D’où l’intense dévotion qu’il développe. Il entre spontanément dans les églises avec grand respect et tombe à genoux devant le tabernacle. Il aime s’attarder devant lui s’il n’est pas pressé par le temps. Il ne parle en sa présence pas et ne supporte pas les bavardages inutiles. Que ne dirait-il pas aujourd’hui ?

Mieux encore : il lit son courrier devant la sainte réserve et je connais tel supérieur général qui l’imitera dans cette pratique. Entrant et sortant de la Maison, il vénère d’abord le Maître des lieux en passant par la chapelle et en fait prescription à ses disciples ; certains continuent encore cette pratique.

Que dire encore si ce n’est qu’il célèbre tous les jours et s’il tombe malade – ce qui lui arrive assez souvent car il a ses accès de fièvrottes ! – il réclame la communion quotidienne. Pour une époque qui va sombrer bientôt dans le jansénisme et ses outrances, cette exigence est remarquable. Que faisons-nous de la communion fréquente ? Ou nous la banalisons ? Ou nous la négligeons ?

Il reste ses propos incisifs sur sa foi au Saint Sacrement comme cette remarque : « Ne ressentez-vous pas, mes frères, ne ressentez-vous pas ce feu Divin brûler dans votre poitrine, quand vous avez reçu le Corps adorable de Jésus-Christ dans la Communion ? (Abelly L.III. 77).Il donne des consignes fortes aux filles de la charité, consignes qui n’ont pas une ride : « Une personne qui a bien communié fait tout bien » (IX, 332). Cet enseignement est décisif pour la qualité de nos communions. Nous avons à faire cet acte de façon mieux désirée, mieux préparée et mieux vécue. S’approcher du pain eucharistique n’est en rien banal mais toujours nouveau et stimulant. Il nous construit spirituellement et nous engage en sainteté. Communier c’est désirer « devenir ce que nous sommes, le Corps du Christ » Y pensons-nous ?

Enfin, si nous sommes rétifs et trop rebelles à la communion fréquente, nous pouvons entendre saint Vincent nous stimuler : « Pensez-vous devenir capables de vous approcher de Dieu en vous en éloignant qu’en vous en approchant ? Oh, certes, c’est une illusion ! » (Coste I, 111).

 

Jean-Pierre RENOUARD cm

 

N° 50

 

 

St Vincent, mystique de l’Eucharistie,

 

 

S’il vous arrive d’aller à Paris, entrez dans la chapelle où Monsieur Vincent repose (95, Rue de Sèvres- Métro Vanneau) et prenez l’allée de gauche. Un tableau vous arrête  et vous interpelle : on y reconnaît notre saint célébrant la Messe, le visage rayonnant, comme pétrifiés par des boules de feu, entouré de la Trinité, d’angelots et de religieuses… Surprenante composition, curieux tableau qui a une histoire et qui nous en dit long sur l’état d’âme de saint Vincent !

Il s’agit rien moins que d’une vision avoué par st Vincent lui-même. A la mort de Sainte Jeanne de Chantal, en 1641, il voit trois globes de feu qui vont s’élevant et se perdant l’un dans l’autre. Le premier est l’âme de la sainte, le second celle de François de Sales et le troisième plus gros, l’Essence divine. Le peintre du XVIII ème siècle — peut-être Gaétan SONTIN — a représenté la scène : la Trinité siège sur les nuages au sommet du tableau, à gauche les trois globes, à droite saint François et sainte Jeanne conversent entourés d’anges ; des visitandines comme sidérées assistent derrière leur grille à la Messe du saint. Ce dernier écrit à son confrère Bernard CODOING à propos de la Mère Chantal : “Il a plu à Dieu de me consoler en la vue de sa réunion à notre Bienheureux Père et de tous les deux à Dieu” (lettre de décembre 1641). Et la chose fut si “sensible” (c’est son mot) qu’il nous a laissé le récit de cette messe mémorable en l’appliquant à une tierce personne ! Ce texte donne à penser sur l’état mystique de notre saint ( voir le texte de cette vision dans Pierre Coste : Documents relatifs à St Vincent, tome XIII, pp.126-127).

Ainsi savons-nous que Vincent vit l’Eucharistie comme un lieu de rencontre privilégié avec son Dieu et ses amis. Il sait que la Messe est le moment où le chrétien – et singulièrement le prêtre – est « uni à la divinité de celui qui a pris notre humanité ». Il sait que la sacrifice de la croix célébré et actualisé à l’autel est offert pour les âmes des fidèles « qui se sont endormis dans la paix du Christ ». Il dit lui-même qu’au moment de cette vision – l’unique qu’il ait eu, d’après ce qu’il atteste – il est préoccupé par le salut de la Mère Jeanne de Chantal et il intensifie sa prière pour elle. Dieu le rassure et lui procure la certitude de son « état de bienheureuse ».

Plus nous amplifions notre piété au moment de la Messe, plus nous entrons en contact avec Dieu qui nous inonde de sa grâce et peut, s’il le veut, nous toucher au cœur. Impossible de banaliser la Messe ; elle le lieu de la Rencontre, anticipation de la Rencontre finale où nous serons tout en Dieu !

 

La communion et les petits

Rappelez-vous ce mot d’une sœur repris par st Vincent : « une personne qui a bien communié fait tout bien ». Quand on est une fille de la charité porteuse de l’esprit vincentien ou quand on se recommande de lui comme vous, lecteurs de cette belle revue, on essaye de vivre en profondeur le message eucharistique du saint de la charité. Vivre eucharistié, c’est vivre pour les derniers de ce monde, à leur service. On ne communie pas simplement pour soi mais aussi pour les autres.

Il est clair que pour saint Vincent la qualité du service est directement lié à la qualité de la vie eucharistique. Il en résulte quelques attitudes de fond à vivre avant tout par les communiants : l’offrande de la communion, l’application d’une intention, le désir, l’action de grâce, le recueillement, la demande de pardon pour les fautes contre la communion). A partir de là, il donne des consignes avec cette ouverture surprenante :“Pour la sainte communion, vous communierez les jours qui vous sont ordonnés (la règle et la coutume les précisaient à l’époque), si vous n’en êtes point empêchées par le service des pauvres” (X, 203) et il demande aux premières dames de la charité de Châtillon de communier les jours de la fête des Saints Martin et André, les deux saints de la charité. Ainsi, le service des pauvres est premier.

De plus, on voit son insistance à orienter la vie eucharistique vers ce souci des petits. Il est clair que la Messe et la communion qui y est liée nous rendent plus disponibles pour les servir. Ainsi nous faisons nôtre ce mot de Monsieur Vincent, orfèvre en charité : « Quand vous verrez une sœur de la Charité servir les malades avec amour, douceur, grand soin, vous pourrez dire hardiment  : «Cette sœur a bien communié.» Quand vous verrez une sœur patiente dans ses incommodités, qui souffrira gaiement ce qui se peut rencontrer de pénible à supporter, oh ! Soyez assurées que cette sœur a fait une bonne communion et que ces vertus-là ne sont point vertus communes, mais vertus de Jésus-Christ ”. (IX, 333). Qu’attend -nous pour suivre de tels exemples ? Quand je sors de la Messe plus fort pour évangéliser ceux qui sont loin de Dieu et surtout pour les secourir dans leur détresse, je suis dans la logique voulue par st Vincent.

 
La Messe, une action sacerdotale

Pour St Vincent de Paul, aucun doute, les laïcs sont prêtres. Chacun d’eux doit offrir sa vie et par le baptême, tous sont prêtres avec Jésus-Christ. Tous forment son Corps Mystique et il a cette parole admirable, célèbre à juste titre, et qui occupe ici une place royale :

 “Que pensez-vous faire étant à la sainte messe ? Ce n’est pas le prêtre seul qui offre le saint sacrifice mais ceux qui y assistent ; et je m’assure que… vous y aurez grande dévotion, car c’est le centre de la dévotion” (IX, 5).

 

Et il atteste que les assistants qui participent au sacrifice du célébrant “y participent plus que lui, s’ils ont plus de charité que le prêtre”. Voici le contexte de la conférence du 7 novembre 1659 sur le sujet :

«Quand un prêtre dit la messe, nous devons croire et savoir que c’est Jésus-Christ même, notre Seigneur, le principal et souverain prêtre, qui offre le sacrifice : le prêtre n’est que le ministre de Notre- Seigneur, qui s’en sert pour faire extérieurement cette action. Or, l’assistant qui sert le prêtre et ceux qui entendent la messe participent-ils, comme le prêtre, au sacrifice qu’ils font avec lui, comme il dit lui-même en son «Orate fratres».. . Sans doute, ils y participent et plus que lui, s’ils ont plus de charité que le prêtre. Ce n’est pas la qualité de prêtre de religieux qui fait que les actions sont plus agréable à Dieu et méritent davantage, mais bien la charité s’ils l’ont plus grande que nous. (XII, 376-377).

Comme l’Incarnation, l’Eucharistie est un échange. Par elle, nous sommes divinisés. Nous ne sortons pas indemne de chaque messe dès que nous sommes sincères. Toute Eucharistie nous oriente indissolublement vers Dieu et le prochain. Toute communion nous met dans une commune – union. Il faut nous réapproprier les mots de saint Vincent : «Approchez-vous de l’Eucharistie au nom de Dieu ! C’est là qu’il faut aller étudier l’amour ! (XII, 298).

 

Ami lecteur, bon renouveau eucharistique !

Saint Vincent de Paul et la communauté (I – II)

Fidèles à la volonté de saint Vincent, nous vivons en communion fraternelle - comme les Apôtres avec le Christ - formant une communauté de travail, de prière et de biens destinée à favoriser le progrès de notre apostolat et notre propre épanouissement !

Saint Vincent de Paul et la communauté (I – II)

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Saint Vincent de Paul et la communauté (I – II)

Le père Claude LAUTISSIER, directeur des Archives de la Congrégation de la Mission à la Maison-Mère de Paris, nous offre un article (numérisé) du père Jean Morin autour des origines de la “communauté” telle que saint Vincent de Paul l’a conçue pour les confrères de son temps et que nous pouvons relire à la lumière de notre expérience actuelle. Notre vie en commun destinée à la Mission le père Morin n’arrête pas de nous le dire ! Bonne lecture de ces deux premières parties.

Fidèles à la volonté de saint Vincent, nous vivons en communion fraternelle – comme les Apôtres avec le Christ – formant une communauté de travail, de prière et de biens destinée à favoriser le progrès de notre apostolat et notre propre épanouissement ! (Constitutions, 29).

Dans ce texte, le fait, la finalité et les niveaux de la vie communautaire, dans la Mission, sont présentés comme une fidélité « à la volonté de saint Vincent »

Mais les réalités et les exigences de la Pastorale d’aujourd’hui semblent bien souvent, remettre en cause sinon le fait du moins les modalités de notre vie de Communauté. Et on souhaiterait interpréter ce n. 29 des Constitutions à la lumière du n. 18 qui, à propos de l’Activité Apostolique, précise :

  • A l’occasion nous n’hésiterons pas à frayer des voies nouvelles, plus en harmonie avec les situations concrètes et changeantes des personnes et des choses.
  • Cette recherche et, éventuellement, ces « voies nouvelles » devront cependant toujours s’inspirer d’une fidélité à la volonté de saint Vincent ; et c’est pourquoi un essai sur « Saint Vincent et la Communauté » peut avoir, aujourd’hui, son utilité.
  • Au cours de cette étude, nous tenterons de suivre les expériences successives et progressives de saint Vincent de Paul, en matière de Communauté. Peut-être comprendrons-nous mieux ainsi la pensée qu’il nous livre dans ses Entretiens comme aussi la fidélité qui nous est demandée dans la Mission d’aujourd’hui.

I. LES ANTÉCÉDENTS

 

Avant d’en venir aux premières réalisations « communautaires » d’après 1617, il est sans doute utile de mentionner quelques antécédents plus ou moins directement en rapport avec l’idée que, plus tard, saint Vincent se fit de la Communauté.

1. La Communauté … « une famille »

Très souvent et spontanément saint Vincent emploie, pour parler de la vie de communauté, des termes et expressions empruntés à la vie de famille. Cela ne lui est évidemment pas propre mais mérite d’être noté. Parlant, par exemple, de leur communauté locale lorsqu’ il écrit aux supérieurs, il emploie souvent le mot « famille » :

« Monsieur Dufestel et sa famille de Troyes … » (I, 538) – « J’embrasse avec tendresse toute votre famille … » (I, 445) [1]

Des remarques pourraient être faites au sujet des Confréries et des Filles de la Charité. Faut-il chercher dans l’expérience et les souvenirs de famille de saint Vincent les racines profondes et inconscientes de cette relation, que si fréquemment et spontanément il établit entre Communauté et Famille ? Aux historiens et aux psychologues de se prononcer. Ce que l’on sait, en tout cas, de la famille et do l’enfance de saint Vincent nous permet de supposer qu’il en conservait un souvenir heureux malgré la rudesse de la vie qu’il y connut.

2. La Communauté … Moyen de « perfection sacerdotale»

Au cours de ses deux premières expériences de Communauté, il semble bien que saint Vincent ait d’abord perçu la Communauté comme un moyen de perfection :

a) L’expérience Oratorienne (1611-12)

En 1611-1612, saint Vincent a eu l’occasion d’expérimenter une certaine vie commune avec les premiers Oratoriens. Abelly l’affirme (1664 ; I, 6, 24). Il croit même pouvoir préciser « qu’il demeura environ deux ans en cette retraite ».

On sait peu de choses sur cette communauté des premiers Oratoriens et, en fait, pratiquement rien sur la durée et les modalités du séjour qu’y fit saint Vincent. Il semble probable qu’au cours de cette période la Communauté lui apparut d’abord comme un moyen de perfection et sanctification sacerdotale. C’était l’optique de Bérulle qui disait à ses premiers disciples :

« … Le même Dieu qui a rétabli en nos jours, en plusieurs familles religieuses, l’esprit et la ferveur de leur première institution, semble vouloir aussi départir la même grâce et faveur à l’état de prêtrise qui est le premier, le plus essentiel et nécessaire à son Église et renouveler en icelui l’état et la perfection qui lui convient selon son ancien usage et sa première institution. Et c’est pour recueillir cette grâce du ciel … que nous sommes assemblés en ce lieu et en cette forme de vie qui se commence … » (Migne, 1270)

Communauté, moyen de perfection Sacerdotale ; il semble bien que ce soit d’abord sous cet angle que saint Vincent vécut sa courte expérience Oratorienne sous la direction de Bérulle.

b) L’expérience de Châtillon (1617)

Dans l’un des documents du procès de béatification de saint Vincent se trouve « Le rapport de Charles Démia sur le séjour de saint Vincent à Châtillon-les-Dombes » (XIII, 45-54). On y apprend qu’à son arrivée, six vieux prêtres sociétaires y vivaient dans un grand libertinage. Secondé par Monsieur Louis Girard, son vicaire et futur successeur, « Monsieur Vincent apporta un notable changement, tant en leurs actions qu’en leurs mœurs ; et ce fut par une façon de faire bien singulière… Il les porta à vivre en commun et empêcha que les biens d’Église ne se dissipassent … ».

Notons donc cet essai de « Vie en commun » suggéré et réalisé par saint Vincent et remarquons que le contexte semble bien indiquer que cette vie en commun est, ici [48] encore, considérée d’abord comme un moyen efficace de soutient et de Perfection des prêtres. Cc qui paraît toujours bien dans la ligne bérullienne.

3. La Communauté … moyen apostolique : « les Confréries »

Peut-on parler « d’expériences communautaires » à propos des Confréries de la Charité ? Le mot, en tous cas, est employé par saint Vincent lui-même dans les Règlements (XIII, 430).

Les Confréries de la Charité constituent, on le sait, « la toute première » fondation vincentienne. Et – pour nous en tenir ici à l’année 1617 – l’Acte de fondation (XIV, 125-126) et le Premier Règlement (XIII, 423-439) de la Confrérie de Châtillon révèlent peut-être déjà une importante évolution dans la pensée et l’expérience de saint Vincent, concernant la « Communauté ». La lecture de ces deux textes suggère, en effet, plusieurs remarques :

a) le caractère et la finalité nettement apostolique de l’Institution

Jusqu’alors, on l’a vu, saint Vincent semble avoir abordé « la Communauté « comme d’abord un moyen de Perfection. Cette fois, il s’agit clairement et d’abord d’un moyen de meilleur service. « Les Dames sous-nommées se sont charitablement associées pour assister les pauvres malades » (XIV, 425). Et l’on retrouve pratiquement la même formule dans chacun des Règlements. On se met ensemble pour assister les Pauvres. On retrouvera une formule analogue dans le Premier Contrat d’Association de la Mission du 4 septembre 1626 : « quelques ecclésiastiques qui se lient et s’unissent ensemble pour s’employer, en matière de mission, à catéchiser, prêcher…” (XIII, 204)

b) la notion d’ordre pour un meilleur service

C’est certainement là l’un des « leviers » de la pensée de saint Vincent concernant l’Institution « communautaire » de la Confrérie de Châtillon. Il faut se mettre ensemble pour assurer un service plus efficace et mieux reparti. L’introduction (très intéressante !) du Règlement (XIII, 423) remarque que les pauvres » ont parfois beaucoup souffert, plutôt pour faire d’ordre à les soulager que de personnes charitables. « Nous avons sans doute là l’écho de cc diagnostic, typiquement vincentien, qu’Abelly prête à saint Vincent au soir de l’événement de Châtillon : « Voilà une grande Charité … mais celle-ci n’est-pas-bien réglée ». (Abelly, 1664, I, 10, 46). La Confrérie sera donc moyen d’un service ordonné, bien réglé.

c) la notion de durée pour un meilleur service

La Confrérie établie et organisée « par ensemble » sera également un moyen et une garantie ; de durée au service des pauvres. « … Mais, parce qu’il est à craindre qu’ayant commencé ce bon œuvre, il ne dépérisse dans peu de temps, si, pour le maintenir, elles n’ont quelque union et liaison spirituelle ensemble, elles sont disposées à se joindre en un corps… » (XIII, 423). L’union et liaison spirituelle ensemble est ici nettement présentée comme le moyen d’assurer la durée pour le service des pauvres.

C’est là encore un aspect que l’on retrouvera souvent concernant la Communauté selon saint Vincent (I, 58 ; III, 56). Dans et pour le service, « quelqu’union et liaison spirituelle ENSEMBLE » est moyen et garantie de durée et de persévérance.

d) On peut enfin noter le caractère « séculier » et « paroissial » de cette première Institution vincentienne qui aura également quelque retentissement- dans la suite.

Connaissant le prix que donnait saint Vincent à l’expérience, on peut facilement supposer que « les antécédents » que nous venons d’évoquer ont eu leur place et leur influence dans le cheminement de la pensée de saint Vincent concernant la Communauté, en générale et la Communauté de la Mission en particulier. Nous aurons sans doute l’occasion de le remarquer dans la suite. [49].

 

II. LA NÉCESSITÉ D’UNE COMMUNAUTÉ : (1617-1625)

 

Les documents et témoignages sur cette période (1617-1625) sont rares. Nous n’avons pratiquement que les souvenirs évoqués, longtemps après, par saint Vincent lui-même au cours de ses Entretiens. Une lecture attentive do ces quelques textes pout, cependant, nous donner une idée du cheminement qui – au rythme même des missions – aboutit à la fondation de la première Communauté de la Mission.

 

1. …. « Ne pouvant plus y suffire… » (XI, 4-5)

Tout est donc parti de l’évènement Gannes-Folleville: la confession, suivie 10 25 janvier 1617 de la prédication … « et toutes ces bonnes gens furent si touchées de Dieu qu’ils venaient tous pour faire leur confession générale. Je continuai de les instruire et de les disposer aux sacrements et commençai de les entendre. Mais la presse fut si grande que, NE pouvant plus y suffire, avec un autre prêtre qui m’aidait, Madame envoya prier les Révérends Pères Jésuites d’Amiens de venir au secours ; elle en écrivit au R.P. Recteur qui y vint lui-même et, n’ayant eu le loisir d’y arrêter que fort peu de temps, il envoya pour y travailler en sa place le R.P. Fourché, de sa même Compagnie, lequel nous aida à confesser, prêcher et catéchiser, et trouva, par la miséricorde de Dieu de quoi s’occuper. Nous fûmes ensuite aux autres villages … et nous fîmes comme au premier.

De ce premier témoignage, il ressort que cette toute première mission révéla d’emblée à saint Vincent le besoin, la nécessité d’être aidé, d’être plusieurs pour faire face à « la presse ». Cette constatation toute simple et concrète a son importance : Dès Folleville, la Mission se révèle disproportionnée au travail d’un seul. L’expérience faisant son chemin, on verra dans le Contrat de 1625 que fondateurs et Monsieur Vincent semblent s’être mis d’accord sur le nombre de six missionnaires, dans la mesure bien sûr où la Mission se cantonne sur les terres des de Gondi.

 

2….. « L’on pense aux MOYENS » … (XI, 170-171)

Le deuxième témoignage, sur cette période 1617-1625, est un peu plus explicite sur l’après-Folleville. Après avoir dit qu’il fallut faire appel aux PP. Jésuites, saint Vincent poursuit : « Ensuite, voyant que cela réussissait, on pensa aux moyens de « faire que de temps en temps – l’on allât sur les terres de madite dame pour y faire mission. Je fus chargé d’en parler aux PP. Jésuites pour les prier d’accepter cette fondation. Je m’adressai au R.P. Charlet. Mais ils me firent réponse qu’ils ne pouvaient point accepter cette fondation et que cela était contraire à leur Institut ; de sorte que, comme l’on vit cela et qu’on ne trouvait personne qui se voulut charger de faire ces missions, on résolut d’associer quelques bons prêtres… »

Cc deuxième témoignage suppose une période de réflexion, recherche et démarche. Dès Folleville s’est imposé la nécessité d’être plusieurs. Après plusieurs missions, une autre nécessité apparaît : celle de la stabilité des missionnaires et d’une certaine spécialisation pour les Missions. C’est que le ministère « occasionnel » des missions tend lui-même à s’organiser et se stabiliser ; « on pensa aux moyens de faire que, de temps en temps, l’on allât … pour y faire mission ». Et c’est tout naturellement qu’on en vient à l’idée de fondation.

Il semble donc bien que, chez saint Vincent, l’idée même de Communauté surgi des exigences de la Mission, des réalités concrètes du travail. (Il faut être plusieurs ; il faut être stables et tout donnés aux missions.) [50]

 

3.… « Monsieur Portail et moi » … (XII, 1-8)

Le troisième témoignage de saint Vincent, sur la période 1611-1625, donne quelques lumières sur la phase précédant immédiatement le Contrat de Fondation. Rappelant la prédication de Folleville, le succès, l’intervention de deux Pères Jésuites, il poursuit :

« … ce qui fut cause qu’on continua le même exercice dans les autres paroisses de madite Dame durant plusieurs années, laquelle enfin voulut entretenir des prêtres pour continuer des missions et nous fit avoir à cet effet le Collège des Bons-Enfants, où nous nous retirâmes, M. Portail et moi, et prîmes avec nous un bon prêtre, à qui nous donnions 50 écus par an. Nous nous en allions ainsi tous les trois prêcher et faire la mission de village en village. En partant, nous donnions la clef à quelqu’un des voisins, ou nous-même nous les priions d’aller coucher la nuit dans la maison… »

Selon ce texte, l’équipe « Apostolique » composée de saint Vincent et de deux Pères Jésuites semble avoir fonctionné « durant plusieurs années », jusqu’à la constitution de la petite communauté des Bons-Enfants. Le passage de la collaboration « occasionnelle » des PP. Jésuites à la Communauté missionnaire (à plein temps) du Collège des Bons-Enfants est, sans doute, très important et constitue le dernier maillon avant la Fondation. L’acquisition du Collège des Bons-Enfants date du 6 mars 1624 ; on verra que saint Vincent lui-même ne pût y séjourner avant la fin de 1625, mais pendant un an la petite communauté missionnaire pourra expérimenter le « style de vie » qui sera retenu dans le contrat de fondation.

 

4. … « s’appliqueront entièrement au soin dudit pauvre peuple »…

Le Contrat de Fondation est signé le 11 avril 1625 (XIII, 197-202). Il est facile de retrouver, dans ce texte, l’écho et les conclusions des expériences que nous venons d’évoquer.

 

a) Le caractère nettement et prioritairement apostolique de la Communauté.

« …quelques ecclésiastiques de doctrine, piété et capacités connues qui voulussent renoncer POUR s’appliquer entièrement et purement au salut du pauvre peuple, allant de village en village… » et Monsieur Vincent est chargé d’élire et choisir, dans l’année, six personnes ecclésiastiques, ou tel nombre que le revenu de la présente fondation en pourra porter… pour travailler audit œuvre… »

La Communauté apparaît bien comme le moyen d’assurer la Mission.

 

b) La disponibilité missionnaire des personnes et de la Communauté est fermement soulignée

On a remarqué les deux adverbes « entièrement et purement ». C’est là, sans doute l’écho des difficultés et insuffisances perçues au cours des huit années précédentes, lorsque saint Vincent devait faire appel à des aides « occasionnels ». Cette stabilité (qui demeurera, on le sait, un souci majeur de saint Vincent) et cette entière disponibilité paraissent tellement essentielles à la Mission qu’une série de mesures concrètes et exigeantes sont prévues. Il faudra renoncer expressément à toutes charges, bénéfices et dignités et s’obliger » de ne prêcher ni administrer aucun sacrement ès-ville dans lesquelles il y aura archevêché, évêché ou présidial ». Curieusement, et toujours dans le même souci, il est précisé : « …à la réserve néanmoins qu’avenant que quelque prélat ou patron désirât conférer quelque cure à l’un d’entre eux pour le bien administrer, celui qui lui serait présenté par ledit directeur ou supérieur la pourrait accepter et exercer, ayant préalablement servi huit ou dix ans audit œuvre et non autrement, si ce n’est que le supérieur, de l’avis de la Compagnie, jugeât convenable de dispenser quelqu’un dudit service de huit ans. » Ces huit ans-minimum au service de la Mission exprime bien le souci, souci de stabilité et disponibilité né des exigences mêmes de la Mission. [51]

c) L’expression « vivre en commun » est employée dans le Contrat, et on la retrouvera pratiquement dans toutes les pièces officielles par la suite

« … Lesdits prêtres vivront en commun sous l’obéissance dudit sieur de Paul, en la manière susdite, et de leur supérieur à l’avenir après son décès, sous le nom de Compagnie, Congrégation ou Confrérie des Pères ou Prêtres de la Mission… »

Et il ne s’agit pas là d’une expression vague et classique dans pareil contrat puisque son contenu est largement explicité par la suite : d’octobre à juin, on prêchera des Missions au rythme suivant : un mois de mission et quinze jours « en leur maison commune ». Pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, on rendra service aux curés qui le demanderont et l’on étudiera « pour se rendre d’autant plus capables d’assister le prochain. »

d) Outre la Communauté de travail et de vie, le Contrat prévoit et précise aussi la communauté de biens

Le texte insiste d’abord sur la gratuité des Missions. Les Missionnaires choisis par saint Vincent devront « s’appliquer entièrement et purement au salut du pauvre peuple, allant de village en village, aux dépens de leur bourse commune ».

Cette « bourse commune » sera alimentée régulièrement par le revenu de la somme de Fondation : Ladite somme de 45 000 livres sera par ledit sieur de Paul, de l’avis des dits seigneur et dame, employée en fonds de terre ou rente constituée, dont le profit et revenu en provenant servira à leur entretien, vêtements, nourriture et autres nécessités ; lequel fonds et revenu sera par eux géré, gouverné et administré comme chose propre »

Ces précisions sont importantes car saint Vincent conservera ce statut économique pour sa Congrégation et ses communautés locales. Les membres de la Communauté renonçant à toutes autres sources de revenu (charges, bénéfices, dignités) ; le travail des missions étant gratuit, la Communauté des missionnaires ne pouvait donc vivre et subsister que par las revenus ou rentes de la Fondation, lesquels constituaient ce que le contrat appelle « la bourse commune ».

C’est là, dirions-nous aujourd’hui dans un sens purement économique, un système « capitaliste » : Les communautés de la Mission vivant de revenus et cela pour assurer et la gratuité des missions et la durée de la mission. Car, si les missionnaires vivent de bénéfices ou dignités « personnels », la tentation sera grande de regarder en arrière. Or, il faut à la Mission des ecclésiastiques qui s’y adonnent « entièrement et purement ».

La Communauté de biens, dans ce contrat, n’est donc pas le fait de mettre en commun la totalité des « fruits du ministère », puisque le ministère est gratuit ; elle est d’une part dans la renonciation aux revenus personnels et d’autre part dans le fait de vivre de la « bourse commune » alimentée par les revenus de la Fondation.

Le Contrat de Fondation du 17 avril 1625 se présente bien comme l’aboutissant et une sorte de synthèse de l’expérience missionnaire de saint Vincent au cours des années 1617-1625. La « communauté » y apparaît comme un moyen nécessaire pour la Mission : il faut être plusieurs pour faire face au travail ; il faut être ensemble pour le bien faire ; il faut y être consacrés « entièrement et purement ». Ce sont ces évidences Apostoliques, puisées dans l’expérience de huit années de missions, qui sont à l’origine de la communauté de la Mission, et de ses premières structures. [51]

Jean MORIN, CM 🔸
Fidèles à la volonté de saint Vincent, nous vivons en communion fraternelle – comme les Apôtres avec le Christ – formant une communauté de travail, de prière et de biens destinée à favoriser le progrès de notre apostolat et notre propre épanouissement !
Constitutions de la Congrégation de la Mission n. 29
NOTES :
[1] Voir aussi : II, 312 ; 573 ; 611 ; – III, 57 ; 106 ; 114 ; 129 ; 133 ; etc…
Pour connaître davantage :
Visitez le site des Archives de la Congrégation de la Mission – Maison-Mère

www.docsvincentiens.fr

 

Vincent de Paul, un leader pour notre époque

Vincent de Paul, un leader pour notre époque

J’ai toujours comparé Vincent de Paul à une immense forêt, dense, fertile et difficile à cerner. Le parcours de certains personnages historiques se perçoit d’un seul coup d’œil. Ils sont pratiquement uniformes. Mais la vie, le personnage, la psychologie, les aventures, les œuvres, la spiritualité, les appogiatures, les institutions… de Vincent de Paul ne peuvent se percevoir ni se comprendre de façon linéaire.

Si on tente d’analyser Vincent de Paul avec un schéma prédéterminé, on est surpris de voir combien le personnage nous échappe. On se retrouve en effet face à un homme à la fois doux et énergique ; actif et contemplatif ; intelligent mais peu friand d’élucubrations intellectuelles ; réservé et communicatif ; traditionnel et innovateur ; critique envers le pouvoir mais ayant collaboré avec lui ; flexible et inflexible ; affectif et anti-sentimental ; ironique et sérieux ; homme de prière et de compromis ; idéaliste et réaliste ; prodigue et économe ; méfiant et confiant ; travailleur infatigable qui détestait l’activisme ; voué à Dieu et à ses prochains les plus divers… Et tous ces qualificatifs contradictoires et parfois opposés, se vérifient dans les textes, les anecdotes et ses décisions. En définitive, c’est un homme ouvert à la vie et la vie ne peut pas être systématisée.

Mais tout le monde s’accorde sur un point : Vincent de Paul a été un leader. Si l’on se penche sur sa vie, son expérience, son aventure existentielle, son option fondamentale, le noyau original que l’on appelle son charisme, Vincent de Paul apparaît immédiatement comme un leader. C’est-à-dire comme quelqu’un qui voit plus loin et plus en profondeur, qui ouvre de nouveaux chemins et qui exerce une grande influence sur son entourage.

Ce n’est pas par hasard que, dans son oraison funèbre à la mort de Vincent de Paul, son ami l’évêque de Puy, Mgr. Henri Maupas du Tour, a prononcé cette phrase emblématique et historique : « Cet homme a changé presque totalement le visage de l’Église ». En effet, l’influence et le leadership effectif de Vincent de Paul était patents dans l’Église, dans la société française et au-delà des frontières de France.

 

Un thème consideré comme acquis

Lorsqu’on aborde ce thème du leadership chez Vincent de Paul, on trouve peu d’études concrètes et spécifiques sur cette facette globale du saint. J’ai l’impression que cette thématique est considérée comme acquise, et que, d’une certaine manière, elle est sous-jacente dans tous les aspects que l’on étudie chez Vincent de Paul. On peut dire que ce thème n’a rien de nouveau ni d’original, qu’il s’agit en quelque sorte d’une couleur spéciale qui imprègne toute sa vie et son œuvre.

On a dit et répété que Vincent de Paul était en avance sur son temps et la société de l’époque, en tout ce qui concerne le service aux pauvres et la lutte pour la dignité des exclus et des marginaux ; que les institutions qu’il a fondées sont frappées du sceau unique de l’originalité. On dit qu’il est une interpellation permanente pour ses disciples, par son audace et sa créativité pour ouvrir de nouveaux chemins afin de changer les structures injustes et exclusives d’un ordre religieux, social, politique et économique fermé sur son propre égoïsme oppresseur ; que sa vision de l’économie, de l’organisation et de la planification en faveur des pauvres est un modèle inclusif pour ce siècle que nous vivons.

En définitive, chaque fois qu’on parle de Vincent de Paul, on présuppose son leadership, son influence, son exemple par-delà son époque. Et chaque fois qu’on analyse ses paroles et ses actes, on fait référence à un homme doté d’une force morale qui guide et entraîne les autres à suivre ses pas.

En faisant référence au leadership de Vincent de Paul, quelqu’un a dit que, aujourd’hui, en plein XXIe siècle, nous avons tellement besoin de tout ce que la personne et l’œuvre de Vincent de Paul représentent ; que s’il n’avait pas existé, il faudrait l’inventer.

 

Le leadership de Vincent de Paul

Lorsqu’on utilise le mot « leader » ou le vocable « leadership », on l’associe à une série de concepts variés : être à la tête d’un groupe ; remporter une compétition ; fédérer autour de soi un groupe social, religieux ou politique ; exercer une influence décisive sur une collectivité ; guider par son autorité des adeptes, se distinguer des autres sur le plan des idées ou des actes…

Il s’agit d’un terme “polysémique” comme disent les linguistes, c’est-à-dire, un terme qui a plusieurs significations. Mais il a cependant comme dénominateur commun tout ce qui a trait aux notions de guider, conduire, diriger, être un moteur pour les autres en termes d’idées et d’actions.

Tous ces termes peuvent-ils s’appliquer à Vincent de Paul ? Oui, certainement. Mais avec une réserve importante : Vincent de Paul, inclut dans son leadership un élément clé et spécifique : le service. Presque toujours leader rime avec pouvoir et commandement. Chez Vincent de Paul, le leadership s’exerce au service des pauvres, des nécessiteux et des vulnérables.

Les paroles de Jésus de Nazareth sur le leadership, selon l’Évangile de Luc sont très claires pour Vincent de Paul : « Les rois des nations les maîtrisent, et ceux qui les dominent sont appelés bienfaiteurs. Qu’il n’en soit pas de même pour vous. Mais que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. (Luc 22, 26). Et il suit aussi l’exemple du Maître : « Vous m’appelez Maître et Seigneur ; et vous dites bien, car je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné un exemple pour que vous agissiez comme je l’ai fait pour vous. (Jean 13-14-15).

Le leadership tel qu’il a été défini par un psychologue nord-américain peut donc s’appliquer à Vincent de Paul : « Le leadership, c’est l’habileté à influencer les gens pour qu’ils s’engagent avec enthousiasme à atteindre des objectifs visant le bien commun et tout spécialement, le bien des plus démunis ». Car dans la spiritualité vincentienne, tout doit se référer aux pauvres et tout doit déboucher inéluctablement sur la libération intégrale des pauvres. Ce sont en effet les événements et les besoins des pauvres qui ont configuré et dynamisé les institutions et les œuvres vincentiennes dès les débuts et qui continuent à garantir la fidélité à son esprit originel. Et, chez Vincent de Paul, comme chez les vincentiens et les vincentiennes, rien n’a de sens ni de raison sans les pauvres et tout devient crédible et fiable à partir des pauvres, avec les pauvres, pour les pauvres et par les pauvres.

 

Les trois piliers à la base du leadership de Vincent de Paul

Lorsqu’on parle de Vincent de Paul en tant que leader, la première chose à faire est de rechercher les racines, la source de ce leadership. C’est-à-dire, « d’où » provient le leader Vincent de Paul. N’oublions pas que la source d’un leadership peut être limpide ou trouble, qu’il peut provenir d’intérêts obscurs ou d’autres questions plus éthiques. Et n’oublions pas que Vincent de Paul n’est pas leader d’une ONG ou d’un groupe simplement humaniste ou altruiste. Vincent de Paul est un croyant qui a fait le choix irrévocable de suivre Jésus Christ dans et pour le service des pauvres.

Pour ce faire, son leadership s’appuie sur 3 piliers fondamentaux. C’est à cela que se réfère Vincent de Paul quand, en diverses occasions, il cite cette phrase apparemment énigmatique : « Ceci est ma foi, ceci est mon expérience ». Et ces 3 piliers sont :

 

1. La primauté à Dieu

Il a expérimenté que Dieu l’a sorti de la terre d’Égypte, de son ridicule et ambitieux monde égoïste, et qu’il l’a conduit, à travers un exode plein de doutes et de perplexités, en terre promise, jusqu’au choix d’un dévouement total et sans mesure. Vincent de Paul sait qu’il est en arrivé là, non par ses propres forces, mais par la main de Dieu. Il est convaincu que son leadership, il le doit, non pas à son intelligence ou à sa stratégie, mais à Dieu.

Vincent de Paul ne parle pas de « charisme » et n’utilise jamais ce terme, mais il est conscient que les institutions qu’il fonde et les projets qu’il envisage et réalise viennent de Dieu. Lorsqu’on lui demande qui est l’auteur de ses œuvres, il répond habituellement : « Ce n’est pas moi, ni Mademoiselle Le Gras qui avons eu cette idée ; l’auteur est Dieu » (cf. SVP, IX, 202, 232). C’est sa manière de faire référence au charisme que nous célébrons aujourd’hui encore après 400 ans.

Le grand historien de la spiritualité française, Henri Bremond, résume cette « primauté de Dieu » en une phrase très juste : « Ce ne sont pas les pauvres qui ont mené Vincent de Paul à Dieu ; c’est Dieu qui a mené les pauvres à Vincent de Paul ».

2. Le Christ incarné dans l’histoire de la souffrance

Vincent de Paul est devenu un saint, pas un activiste. Vincent de Paul et ses disciples ont fait un « choix fondamental envers les pauvres » basé sur une option antérieure : l’option pour Jésus Christ évangélisateur et serviteur des pauvres, « l’homme pour les autres, le dépossédé, le serviteur, celui qui sert sa vie et sert sa mort ». Il faut cependant apporter la nuance suivante : il ne s’agit pas de deux options séparées, mais de deux dimensions, de deux moments d’une seule et même option. L’identité vincentienne est Christo-centrée, et par conséquent, son option envers les pauvres ne peut se comprendre que parce que la cause des pauvres est la cause du Christ.

Il est donc facile de déduire que le leadership de Vincent de Paul n’est pas celui d’un homme à la tête d’une organisation politique, sociale ou simplement humaniste. Le leadership de Vincent de Paul est avalisé par son radical engagement envers le Christ et il répond aux principes originels que le Christ lui-même nous a laissés : le grain de blé qui meurt pour donner du fruit, aimer jusqu’à l’extrême, donner sa vie pour les autres, faire la volonté du Père, vivre comme celui qui sert, être miséricordieux comme le Père…

3. Les pauvres, une terrible question de Dieu

Comme à Caïn, Dieu demande aussi à Vincent de Paul : “¿Où est ton frère ?” Pour répondre à cette terrible question, Vincent de Paul fait un pas décisif : ses frères les pauvres ne peuvent pas rester de simples numéros statistiques ou les rebus de la piété et de l’idéologie. Ils sont une partie essentielle de sa vie, de son éthique et de sa foi. Ils doivent devenir « sa passion dominante ». C’est pourquoi, il écrit au P. Almerás dans une lettre du 8 octobre 1649 : « Les pauvres qui ne savent que faire ni où aller, qui augmentent tous les jours, sont mon poids et ma douleur ».

En définitive, cette terrible question de Dieu met en marche le leadership de Vincent de Paul dans ce qu’il appellera lui-même « les affaires de Dieu », c’est-à-dire la lutte pour la justice, la défense des pauvres et la sensibilisation des gens aux problèmes des pauvres. Cette terrible question de Dieu le pousse à être le bon samaritain sur le chemin de la vie qui va de Jérusalem à Jéricho.

 

Un elan vital et deux convictions inébranlables

Le philosophe français, Henri Bergson, a introduit dans la pensée philosophique une expression devenue célèbre : « l’élan vital » (en espagnol : aliento o impulso vital).

Le leader Vincent de Paul trouve son « élan vital » dans la force de l’Esprit. Et c’est l’Esprit qui le conduit, le garde et l’anime. C’est cet « élan vital vincentien » que nous appelons notre spiritualité propre et spécifique. Car, sans cette spiritualité, le leadership de Vincent de Paul aurait fini par se diluer dans la bureaucratie, la propagande ou l’activisme vide.

La spiritualité de Vincent de Paul est une spiritualité des « yeux ouverts ». C’est-à-dire une spiritualité qui – selon les mots du Pape François – « ouvre le cœur face à tous ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes, ouvre les yeux devant les blessures de tant de frères et sœurs privés de dignité, et pousse à écouter avec compassion leurs cris de détresse ». Ce n’est pas une spiritualité abstraite ou intimiste, éloignée des souffrances des pauvres et des déshérités.

C’est une spiritualité de l’incarnation en les victimes du système, d’abaissement jusqu’aux plus petits de la société, d’anéantissement dans le service désintéressé envers les plus démunis, de « sortie missionnaire » pour porter la consolation, la miséricorde et la Bonne Nouvelle de Dieu à tous les pauvres et nécessiteux.

Mais, en même temps, cet « élan vital » cette spiritualité, mène Vincent de Paul à deux convictions inébranlables. On ne peut pas comprendre le leadership de Vincent de Paul sans une série de convictions qui ont marqué sa vie et ses œuvres. Un leader dans quelque domaine de la vie que ce soit ne peut rien diriger ni personne s’il n’est pas empli de convictions. Et Vincent de Paul est un leader convaincu.

Nous allons souligner deux convictions vitales qui sont à la base de toute l’existence et de tout l’engagement de Vincent de Paul.

1. Les pauvres, sacrement du Christ

Selon le langage du Concile Vatican II et de la théologie post concile, cela revient à dire que les pauvres sont le sacrement du Christ, l’expression réelle du Christ, le lieu préférentiel pour la rencontre avec le Dieu crucifié et souffrant.

Ces formulations théologiques actuelles n’appartiennent pas – et bien sûr ne peuvent pas appartenir – dans leur stricte littéralité à St Vincent de Paul. Il est cependant évident qu’elles font partie du patrimoine le plus originel, vivant et irréfutable de la spiritualité vincentienne depuis toujours. Et, évidemment, il faut en chercher la racine, une fois de plus, dans le chapitre 25 de l’Évangile de St Mathieu : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40)

Donc, à la lumière de la foi, Vincent de Paul découvre que les pauvres, avant d’être les destinataires de ses services et actions, sont la présence latente et patente dans le monde du Seigneur crucifié.

2. Les pauvres, nos seigneurs et maîtres

Bien que cette expression ne vienne pas de St Vincent de Paul, l’application pratique qu’il en fait pour lui-même et ses disciples vient en revanche bien de lui. Il a d’abord considéré les pauvres comme des « images affligées du Seigneur Maître », ensuite comme « seigneurs et maîtres ». Et par conséquent, les vincentiens doivent les aimer et les servir comme l’unique Seigneur Maître.

Vincent de Paul fait en outre une application complémentaire en partant de la réalité sociologique. Il connaissait, d’expérience, la relation entre les maîtres et leurs serviteurs dans les maisons des grands. Il savait que ces seigneurs aristocrates étaient souvent exigeants, capricieux, injustes et ingrats. Mais leurs serviteurs, dans la majorité des cas, les servaient à vie avec soin, et même parfois une certaine tendresse.

Dorénavant, les maîtres, souvent durs, exigeants, grossiers et ingrats ce seront les pauvres. Et les vincentiens seront leurs serviteurs, non par crainte ou pour un salaire, mais par amour et parce que, à la lumière de la foi, ils découvrent dans les opprimés un Christ qui n’appelle pas à la contemplation statique, mais à l’action efficace, à l’amour solidaire et effectif.

Et les pauvres deviennent des « maîtres » parce que leurs « besoins et leurs difficultés » nous indiquent quelle est la volonté de Dieu, et nous renvoient à Jésus Christ.

 

Linges de force du leadership de Vincent de Paul

Outre les piliers de base, une spiritualité incarnée et quelques convictions centrales, fortes et bien enracinées, tout leader tisse son leadership de lignes de force, qui, en quelque sorte, lui donne personnalité et identité. Chez Vincent de Paul, se serait sans doute toutes les circonstances, actions, événements, signes… qui concernent l’humanisation, la dignité, la promotion et la libération intégrale des pauvres, des marginaux et des déshérités. Pour n’en citer que quelques-unes, je développer par exemple les lignes de force suivantes :

 

1. Le rapprochement avec le monde des pauvres et des exclus

Quand Vincent de Paul a touché “les plaies du Christ dans les blessures des pauvres » comme dit le Pape François, sa vie a changé totalement et il s’est mis à la tête d’un projet d’évangélisation et d’humanisation libératoire.

L’implication dans une œuvre en faveur des pauvres jaillit de l’impact produit par la réalité. Il est indispensable donc, d’être interpellé et de se rapprocher de la réalité des victimes de systèmes injustes et inhumains. Dans la parabole de l’Évangile, le bon samaritain s’approche de son prochain blessé et maltraité, et « il en eut profondément pitié » (cf Luc 10, 30-36). S’ouvrir à la réalité des pauvres, percevoir le monde du manque, des inégalités et des injustices, et se laisser interpeller par cette terrible réalité, reste une démarche indispensable pour comprendre le leadership de Vincent de Paul et la mission des vincentiens et vincentiennes.

2. La vision de la réalité depuis les pauvres et avec le regard de Dieu

Il ne fait aucun doute qu’on percevra le monde de façon différente si on vit dans une périphérie ou dans un palais ; dans la boue et les barbelés des réfugiés ou dans une grande avenue et un conseil d’administration ; si notre vie est menacée ou si elle est bien réglée. L’esprit et le cœur de Vincent de Paul se transforment quand ses yeux voient et scrutent la vie depuis le verso de l’histoire.

Vincent de Paul devient un leader quand il regarde avec les yeux de Dieu, quand c’est un regard de miséricorde, de tendresse, de compassion. Le regard de Vincent de Paul n’est pas celui d’un sociologue ou d’un ecclésiastique consciencieux et légaliste, c’est le regard du Père ému de voir ses fils abandonnés, oubliés et privés de dignité.

3. La diaconie de la charité comme signe distinctif et caractéristique

Par cette expression – “diaconie de la charité”- je me réfère au service de la charité, à la mission de charité, à l’état de charité dont parlait Vincent de Paul. Dans la diaconie de la charité, cohabitent en parfaite union, la charité, la justice, la miséricorde, le service, la civilisation de l’amour, l’humanisation…

Cette diaconie de la charité est le fil conducteur qui structure et donne unité et cohérence à toutes les institutions vincentiennes. C’est ce qui distingue, dans l’Église et dans la société, les œuvres et organismes vincentiens. C’est le sceau caractéristique que le leader Vincent de Paul a apposé à son entourage. Et on trouve, comme premier témoignage dans le temps et l’espace, les Confréries de la Charité avec leur nom distinctif : charité.

4. La sensibilité comme attitude fondamentale

« Être chrétien et voir affligé un frère sans pleurer avec lui ni se sentir malade avec lui, ce n’est pas avoir de la charité ; c’est un chrétien en peinture ; c’est manque d’humanité, c’est être pire que les bêtes ! » (SVP, XI, 561). Comme un effet logique et naturel de la charité, Vincent de Paul a souligné avec force la sensibilité. Sans sensibilité, il n’y a aucune ouverture, proximité avec les pauvres. Sans sensibilité, il n’y a pas de « Bonne Nouvelle » pour les pauvres. Sur le chemin qui descend de Jérusalem à Jéricho, qui est le chemin de la vie, le manque de sensibilité nous rend exploiteurs comme les assaillants ou faussement neutres comme le prêtre et le Lévite. Plus d’une fois j’ai entendu dire que les vincentiens et vincentiennes devraient être des experts de sensibilité sociale. C’est là le défi que nous a laissé Vincent de Paul.

5. L’organisation de la charité

Le dimanche 20 août 1617, dans le village de Châtillon-lesDombes (France), le prêtre, Vincent de Paul, face à la réponse massive, charitable et généreuse des gens en faveur d’une famille malade et très pauvre, a prononcé cette phrase paradigmatique : « Voilà une grande charité, mais elle n’est pas bien réglée ». Et son organisation a donné lieu à la première de ses fondations : la Confrérie de la Charité, connue actuellement sous le nom de : Association Internationale des Charités de St Vincent de Paul (AIC). L’organisation coordonnée de la charité est à la racine même de la mission vincentienne. Mais cette organisation de la charité doit être audacieuse et créative. Jean-Paul II dans sa lettre apostolique « Novo millennio ineunte » (n 50), parle d’une « nouvelle imagination de la charité » : nouvelle et renouvelée pour les temps nouveaux. Ceci est exigé par les nouvelles situations et par les nouvelles victimes de la mondialisation de l’indifférence. Le bon ordre dans la distribution des aides et l’organisation scrupuleuse de la charité a toujours été une des grandes obsessions de Vincent de Paul. Nous le voyons clairement dans le Règlement de Châtillon-les-Dombes, lorsqu’il mentionne l’objectif des Confréries : « Assister spirituellement et corporellement les pauvres de sa ville, qui manquent plus d’organisation dans la charité que de personnes charitables à les secourir ». (SVP, X, 574).

 

La strategie du leader Vincent de Paul

Si on demandait à Vincent de Paul, quelles ont été ses armes, ses moyens pour exercer le leadership en faveur des pauvres, il nous répondrait sans doute par ces mots sans équivoque : « A la force de nos bras et à la sueur de notre front » (cf SVP, XI, 733). Et il ajouterait : « Tout ce que nous devons faire c’est travailler » (Id. Ibid.). En effet, pour Vincent de Paul, il n’existait pas de manuel préétabli ou de stratégie unique et exclusive. On peut dire, comme quelqu’un l’a relevé, que pour Vincent de Paul, tous les moyens – légitimes bien évidemment – étaient bons pour le service et la libération des pauvres. Voici quelques éléments que Vincent de Paul a développés dans son leadership et qui restent d’une parfaite actualité aujourd’hui.

1. L’empowerment humain, spécialement féminin, pour mener à bien sa mission

C’est-à-dire l’implication active des personnes – surtout des femmes – dans la lutte contre la pauvreté. Vincent de Paul s’est rendu compte qu’à lui seul, il ne pourrait pas mener à bien son projet de libération des pauvres. C’est pourquoi, il s’est entouré de personnes, il leur a inculqué son esprit, son courage, sa mentalité, ses convictions… Encore mieux, il a institué des groupes, des communautés qui soient capables de poursuivre son œuvre. Et il a encouragé cet empowerment, cette implication, de toutes les façons possibles, dans ses lettres, ses conférences, les Règlements des Charités, ses conseils, ses avertissements…

2. Savoir tirer le meilleur de chacun

Ces personnes qui collaboraient avec Vincent de Paul étaient des personnes normales, il savait les convaincre qu’elles pouvaient et devaient mener à bien leurs projets, il savait leur inculquer force, constance et audace. Comme dans une scène significative du film « Monsieur Vincent » où Louise de Marillac se montre lâche, pusillanime, peureuse et dit à Monsieur Vincent qu’elle est incapable de poursuivre son œuvre ; Vincent de Paul lui répond : « Mademoiselle, vous êtes forte, courageuse et capable. J’ai besoin de vous. »

3. Le passage de l’assistance à la promotion, à la dénonciation prophétique et à la lutte pour changer les structures inhumaines

Vincent de Paul n’a jamais méprisé « l’aide assistantielle ». La faim, la maladie, la misère physique et spirituelle, l’abandon social, la guerre, le chômage, la marginalisation… l’ont poussé à organiser les aides et les secours « avec la même rapidité que si on courrait éteindre le feu » (SVP, XI, 724). Il a toujours considéré l’assistance comme nécessaire, mais avec organisation et sens critique, et sans tomber dans le simple assistantialisme ou protectionnisme qui perpétuent l’injustice.

Cependant, Vincent de Paul complète son aide assistantielle et urgente par des projets de promotion sociale, pour que les pauvres prennent conscience, personnellement et collectivement de leur situation, de leur dignité et de leurs droits et qu’ils soient agents de leur développement intégral.

Il va même jusqu’à dénoncer de manière prophétique les injustices et il se lance dans la lutte pour le changement des structures inhumaines. Parmi ses multiples démarches prophétiques, il s’est par exemple opposé publiquement et radicalement à la politique d’exploitation du premier ministre, le Cardinal Mazarin, en lui demandant courageusement de démissionner. Il s’est aussi opposé à certains projets gouvernementaux ou ecclésiastiques, qui privaient les pauvres de leur liberté. En définitive, sa défense à outrance de la dignité de la personne a été une pierre fondamentale dans la construction d’une société nouvelle.

4. L’audace

Vincent de Paul a été un leader pour le changement, pas pour le statu quo. Et pour un véritable changement, pas pour une sorte de maquillage social. Ses fondations, ses actions, ses projets font preuve de hardiesse, de courage, d’audace. Il n’hésite pas à encourager des projets nouveaux, novateurs, et jusqu’à un certain point, révolutionnaires. Il n’hésite pas à fonder des institutions –les Confréries de la Charité et la Compagnie des Filles de la Charité – dans lesquelles les femmes sont protagonistes et agents de la lutte pour la dignité du pauvre, alors que la femme était totalement ostracisée tant dans la société que dans l’Église. Vincent de Paul lui-même, en parlant de la fondation des Confréries, en vient à dire que « jamais on a vu chose pareille dans l’Église, depuis 800 ans, depuis qu’existaient des femmes qui portaient le nom de diaconesses ». (Cf. SVP, X, 953).

En langage vincentien, l’audace fait référence au « zèle », au feu qui enflamme et consume celui qui le possède. « Si l’amour de Dieu est un feu, le zèle en est la flamme, si l’amour est un soleil, le zèle en est le rayon. Le zèle nous pousse à surmonter tout type de difficultés, pas seulement par la force de la raison, mais par celle de la grâce (SVP, XI, 590-591).

5. La créativité

Outre l’audace, le leader Vincent de Paul, met aussi l’accent sur la créativité comme complément indispensable. S’il y a bien un élément tout à fait étranger à la personnalité d’un leader, c’est la routine, la paresse, l’habitude, l’apathie.

Vincent de Paul connaît très bien les maux causés par la paresse et la routine. Il l’a constaté chez un prêtre ignorant et embourgeoisé, plus désireux de réussir sa carrière cléricale que d’ouvrir des chemins réformateurs et innovants. Et aussi dans une Église fermée et agrippée au pouvoir et à l’argent. Vincent de Paul, sur base de l’expérience de Jésus Christ serviteur et de la « passion » pour les pauvres, se lance à la recherche risquée de nouvelles méthodes, de nouvelles expressions et manières de servir. De son leadership, Vincent de Paul nous laisse une leçon très concrète : aujourd’hui, le service aux pauvres exige des changements de schémas mentaux, il exige de sortir de l’immobilisme statique qui nous fait faire ce qui s’est toujours fait, parce qu’on n’a pas expérimenté la nouveauté de l’Évangile.

6. Le discernement

Vincent de Paul, était non seulement un chrétien fidèle, radical et engagé, mais aussi un leader lucide et intelligent. Vincent de Paul ne se laissait pas guider par des impulsions ou des émotions incontrôlables. Il réfléchissait, analysait, scrutait les signes des temps, il décelait l’origine des événements. En un mot, il discernait. Et cela, pour une raison évidente : si « nous vivons de la sueur des pauvres » (Cf. SVP, XI, 121), nous devrons chercher le meilleur pour les pauvres, nos seigneurs et maîtres.

J’ai toujours été frappé par la perspicacité de Vincent de Paul dans toutes ses œuvres et projets. Il pouvait se tromper, mais jamais il ne se laissait duper par de premières impressions ou par les attraits de projets fallacieux et trompeurs. Ce fut le cas avec l’Hôpital Général où il fit preuve d’un sérieux discernement en faveur des pauvres. Alors que tous ses collaborateurs et collaboratrices étaient enchantés par ce projet pharaonique du Grand Hôpital, Vincent de Paul a réalisé qu’il ne conviendrait pas aux pauvres, qu’il conduirait à la répression et la condamnation des pauvres.

7. La formation permanente et continue

Vincent de Paul s’était déjà rendu compte de quelque chose qui aujourd’hui nous paraît logique : sans formation, il ne peut y avoir de service de qualité ni de changement de mentalité dans notre service aux pauvres. Il suffit d’examiner les Règlements des premières Charités pour s’en rendre compte : il insiste sur la formation intégrale : humaine, chrétienne, professionnelle…

En effet, si le service aux pauvres doit être mené à bien correctement, une attitude d’ouverture à la formation est absolument indispensable, pour le renouvellement spirituel, pour la dynamisation de « l’être » et du « faire », pour l’acquisition de contenus, pour l’actualisation des connaissances du monde des pauvres et de leur entourage social, pour la mise à jour des méthodes et formes de services.

 

Un dernier mot

Que Vincent de Paul soit un leader pour notre époque, personne ne pourra le nier. Mais nous, en tant que disciples, nous devons nous poser quelques questions. Par exemple : Suivons-nous ce leader radical et exigeant ? Ne l’avons-nous pas édulcoré au fil du temps ? Prouvons-nous, par nos actions en faveur des pauvres, par notre façon d’agir, par nos méthodes, que Vincent de Paul est un leader vivant et actuel ? Nous savons qu’il est un leader, mais ne l’avons-nous pas un peu oublié ? Le vieux Bob Dylan disait, dans une de ses chansons, « la réponse est dans le vent », mais dans le cas qui nous occupe, la réponse est en chacun de nous.

 

P. Celestino FERNADEZ FERNANDEZ, CM 🔸

Que Vincent de Paul soit un leader pour notre époque, personne ne pourra le nier. Mais nous, en tant que disciples, nous devons nous poser quelques questions. Par exemple : Suivons-nous ce leader radical et exigeant ? Ne l’avons-nous pas édulcoré au fil du temps ? Prouvons-nous, par nos actions en faveur des pauvres, par notre façon d’agir, par nos méthodes, que Vincent de Paul est un leader vivant et actuel ? Nous savons qu’il est un leader, mais ne l’avons-nous pas un peu oublié ?

Note :

Dans le texte original en espagnol, les citations de Saint Vincent de Paul sont tirées de l’édition espagnole de Ses œuvres (Edition Sígueme, Salamanque, 1972).

Texte original en espagnol publié dans le site : www.aic-international.org

Homélie 400e anniversaire de la Mission Paroissiale de Villepreux. 24 janvier 2018

Homélie 400e anniversaire de la Mission Paroissiale de Villepreux.

Homélie prononcée lors de la messe à l’église paroissiale de Villepreux le 24  janvier 2018. A cette occasion les Lazaristes de la Province de France célébraient la clôture de l’Année Jubilaire Vincentienne

Chers sœurs et frères en saint Vincent, aujourd’hui nous sommes rassemblés ici à Villepreux, pour célébrer le 400e anniversaire de la mission paroissiale où notre saint Fondateur a prêché. Durant cette mission, il établit la seconde des Confréries de Charité, après celle de Châtillon-les-Dombes en août 1617. C’est ce qu’il racontait, environ 30 ans plus tard, dans une conférence aux Filles de la Charité. Après avoir relaté les circonstances entourant l’établissement de la première Charité, qu’il appelait souvent les Confraternités de Charité, il dit : « Je fus appelé pour venir ici ; et après quelque temps, allant en mission à Villepreux, qui est un village à cinq ou six lieues de Paris, nous eûmes l’occasion d’y établir la Charité ; c’était la seconde »[1]. C’était également la première fondation d’une charité pendant une mission paroissiale.

Vous le savez peut-être, ce village était très familier à saint Vincent : il l’avait souvent visité lorsqu’il vivait avec les Gondi. Tout au long de sa vie, il a continué ses visites, du moins jusqu’à la fin de 1652. Il s’intéressait beaucoup à cette Charité, envoyant sainte Louise de Marillac au printemps 1630 pour résoudre quelques problèmes. Un an et demi plus tard, à l’automne 1631, il avait envoyé Marguerite Naseau, cette jeune femme considérée la première Fille de la Charité ; ayant déjà enseigné ici, elle revenait temporairement pour instruire les petites filles durant la maladie de l’enseignante habituelle.

Aujourd’hui, c’est la fête d’un très bon ami de Vincent, saint François de Sales. Saint Vincent n’hésitait pas à parler aux confrères et aux Filles de la Charité de ce saint évêque de Genève, leur rappelant les vertus qu’il admirait chez lui. Je pourrais citer d’innombrables références de notre saint Fondateur à son sujet, mais permettez-moi de n’en mentionner qu’une : « …je me plaisais à me rappeler sa douceur et son exquise mansuétude, et redisais souvent ces mots : « Oh ! que Dieu est bon, puisque si bon est l’évêque de Genève ! »[2]

Notre jubilé marquant le 400e anniversaire du Charisme vincentien se termine. Ayant débuté à différentes dates dans divers pays, il s’est donc terminé à différentes dates dans le monde. Toutefois, nous considérons le 25 janvier 1918 comme date officielle de clôture.

Permettez-moi de profiter de l’occasion pour réviser les quatre initiatives choisies par le Comité exécutif de la Famille vincentienne internationale pour célébrer cette année jubilaire : le Pèlerinage du cœur de saint Vincent, le Symposium de la Famille vincentienne internationale, l’Alliance mondiale avec les personnes sans abri, et le Festival du film vincentien.

Il y aura un an demain, quelques Filles de la Charité et des confrères de nos maisons mères à Paris ont fait un pèlerinage avec le Cœur de saint Vincent à Folleville, où tout a commencé. Depuis, le cœur de Vincent a voyagé partout en France et même à Rome durant le symposium. Partout il a été reçu avec grande vénération et il aura certainement été une source abondante de grâces pour de nombreuses personnes.

La mi-octobre nous a apporté le grand événement du Symposium international de la Famille vincentienne, qui accueillait à Rome durant trois jours, quelque 12 000 personnes de 99 pays, venant de toutes les branches. Ce fut une expérience extraordinaire, à laquelle quelques-uns d’entre vous, peut-être, ont eu la chance de participer, tandis que d’autres se sont joints à nous virtuellement, grâce aux médias.

En m’adressant au Saint-Père au cours de l’audience papale du 14 octobre, je l’ai assuré que nous souhaitions approfondir son appel à être des disciples missionnaires, à sortir de nos zones de confort, à aller dans les périphéries géographiques et existentielles du monde. Nous avons voulu également nous engager à être une Famille qui prie et qui veut continuer à chercher des façons nouvelles et créatives de répondre aux besoins des pauvres. Comme moyen de remplir cette dernière promesse, nous avons lancé, ce jour-là, deux initiatives : l’Alliance mondiale avec les personnes sans abri et le Festival du film vincentien.

L’annonce officielle de l’Alliance mondiale avec les personnes sans abri a eu lieu au Parlement européen le 18 juin 2017. Cette initiative de la Famille vincentienne internationale a pour but de réduire et d’éliminer, où cela est possible, l’itinérance dans ses multiples formes. Le travail a commencé par une première rencontre de la Commission Famvin avec les personnes sans abri à Chicago les 20 et 21 novembre 2017.

Le Festival du film vincentien, intitulé « Finding Vince 400 (FV400) », est une compétition et un festival pour des gens de tous horizons. Son but est de couronner des créateurs d’œuvres cinématographiques du 21e siècle et d’offrir aux spectateurs des films qui changent notre perspective sur la pauvreté dans nos communautés. Nous espérons enflammer les imaginations en partageant notre charisme avec des œuvres inspirées par la mission vincentienne afin de mondialiser la charité. Jusqu’ici, la réponse pour cette compétition a été extraordinaire, et elle  se tiendra à Castel Gandolfo du 18 au 21 octobre 2018.

Saint Vincent, dans la conférence aux Sœurs déjà mentionnée, leur disait en racontant les origines de leur Compagnie : « Et voilà, mes filles, quel a été le commencement de votre Compagnie ; comme elle n’était pas à cette heure-là ce qu’elle est à présent, il est à croire qu’elle n’est pas encore ce qu’elle sera, quand Dieu l’aura mise au point où il la veut »[3].

Nous sommes au début du cinquième centenaire du Charisme vincentien. Il nous offre une occasion unique de réfléchir, de décider et d’agir. Il nous donne l’occasion de continuer nos efforts pour faire de la Famille vincentienne ce que Dieu veut qu’elle soit.

Tomaž Mavrič, CM – Supérieur Général 🔸

Nous sommes au début du cinquième centenaire du Charisme vincentien. Il nous offre une occasion unique de réfléchir, de décider et d’agir. Il nous donne l’occasion de continuer nos efforts pour faire de la Famille vincentienne ce que Dieu veut qu’elle soit.

NOTES :

[1] COSTE, Vincent de Paul, Correspondance, Conférences, Documents, Édition1923, Volume IX, Conférence 24,    « Amour de la vocation et Assistance des pauvres », 13 février 1646, p. 244.

[2] Ibid., Volume VII, p. 586,  Lettre 2862 au pape Alexandre VII, 6 juin 1659.

[3] Op. cit., p. 245.

 

Toutes les conférences et partages de ces journées de célébration (24 et 25 janvier 2018) apparaîtront dans le prochain CAHIERS SAINT VINCENT – Bulletin des Lazaristes de France du moi de Mai 2018
Pout toute information vous pouvez envoyer un courrier au P. Benoît Kitchey CM à l’adresse mail : benoitkitchey@hotmail.com