LE MAL VAINCU! Cahier Vincentien N° 112

Qu’est-ce que le mal ? Qu’est-ce qui fait mal ? Pourquoi ça fait mal ? Pourquoi confondons-nous si facilement le bien et le mal, jusqu’à nous laisser duper par des réflexions et arguments qui pervertissent la réalité ?

Cahier Vincentien

LE MAL VAINCU! Cahier Vincentien N° 112

Cahier Vincentien N° 112
Cahier Vincentien N° 112

Cahier 112

Au temps de st Vincent de Paul

… et aujourd’hui

LE MAL VAINCU

EDITORIAL

            Un des grands déclics dans la vie de st Vincent fut le sacrement du pardon donné à un paysan picard. Cet évènement, reconnu par Vincent lui-même comme fondateur et relu comme tel à la faveur du renouveau conciliaire, ouvre au combat du Christ contre le mal, à la lutte contre les injustices qui éloignent de Dieu. Cela nous donne l’idée de travailler la question du péché, et très vite, nous comprenons que nous allons être renvoyés à celle de l’existence du mal. Vaste sujet qui risque fort de nous perdre dans tous ses méandres. Constatons en préambule que le Christ lui-même dans tout son enseignement ne dit jamais rien de l’origine du mal. Simplement, lorsqu’il se trouve face à une personne prise par le mal, il a une double parole qui tient lieu d’action : « silence – dehors ».

Qu’est-ce que le mal ? Qu’est-ce qui fait mal ? Pourquoi ça fait mal ? Pourquoi confondons-nous si facilement le bien et le mal, jusqu’à nous laisser duper par des réflexions et arguments qui pervertissent la réalité ?

Ecoutons les descriptifs de la société d’alors, pour constater si besoin l’étendue des dégâts. Ensuite, nous tenterons de trouver traces de l’auteur principal du mal, pour découvrir qu’il s’appuie toujours sur notre tendance à la complicité, via les pièges qu’il nous tend, appelés traditionnellement tentations et vices. Après ces recherches, en bons vincentiens, nous découvrirons des réponses adaptées pour sortir des affres de ce mal.

            Nous ne résoudrons pas tout le sujet en ce cahier mais nous chercherons à déceler la compréhension de st Vincent et ses réponses pour réagir face au mal. Cet homme de Dieu n’a jamais cherché à se protéger du mal mais bien à y faire face, et à s’investir corps et âme dans le combat du Christ contre le mal. Il n’a jamais eu peur de s’exposer aux conséquences du mal : guerres, maladies, pouvoir, discordes, pauvretés de toutes sortes. Il sait que sa mission est la continuation de celle du Christ qui en est sorti vainqueur.

LE MAL VAINCU

« Délivre-nous du mal ! » Que de fois nous répétons cette invocation en priant le Notre Père ! C’est une demande fondamentale de la prière que Jésus nous invite à adresser au Père. En effet, le combat contre le mal est vital et inéluctable ; car si nous savons qu’il n’y a pas de réponse à la question de son origine, nous ne pouvons pas ignorer sa présence en nous et dans le monde. Et en partant de l’Ecriture, et aussi de la condition humaine, il nous est possible de déchiffrer les exigences de ce combat.

Le livre de la Genèse (cf. ch. 1 et 2), nous donne une idée très positive de la condition humaine. Il énonce ainsi que la création est très bonne, que l’homme – homme et femme – a été créé à l’image de Dieu, et que la terre lui a été confiée pour la cultiver et la garder. « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon » (Gn 1, 31) ! Mais rapidement l’homme a voulu être comme Dieu, décider par lui-même du bien et du mal (cf. Gn 3,5).  « Séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, l’homme a abusé de sa liberté » (Gaudium et Spes, n.13§1), il a succombé à la tentation et commis le mal.

Pourtant Dieu n’abandonnera pas l’homme à sa misère. Il ne cessera pas de lutter contre le mal qui se répand. Il n’abandonnera pas à son sort une humanité divisée en peuples ennemis. L’appel d’Abraham (Gn 12, 1-3) marque les débuts d’une nouvelle histoire de salut. En lui seront bénis tous les peuples de la terre (Gn 12, 3). Dès le début de l’histoire, Dieu s’oppose au mal qui est à l’œuvre. La miséricorde est sa manière de faire pour l’empêcher de prendre le dessus. Et cette histoire du salut culmine dans la personne de Jésus qui viendra pour vaincre le mal. Sur la Croix, il a pris sur lui tout le poids du mal, il a enlevé le péché du monde (cf. Jn 1, 29).

Nous pouvons aussi partir de l’existence humaine. « C’est en lui-même que l’homme est divisé. Voici que toute la vie des hommes, individuelle et collective, se manifeste comme une lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres » (Gaudium et spes, n. 13 §2). Nous pourrions aussi relire le livre de Job qui nous présente le combat de l’homme affronté au mal. Le mal sera toujours au cœur de notre condition humaine. Il y est présent de manière indélébile, et il suffit d’ouvrir les yeux pour le voir en contradiction avec le mystère de Dieu. Personne n’en est exempt, à l’exception de la Vierge Marie qui en a été préservée. Le mal s’insinue mystérieusement dans l’histoire humaine. Il peut nous sembler qu’il est le plus fort, qu’il prend le dessus, car il se manifeste de multiples façons. Il nous est souvent difficile de lui donner un nom.  

En même temps, nous ne pouvons pas accepter de nous résigner. L’homme qui est destiné à la vie, qui rêve d’amour et de bien, est certes continuellement exposé au mal. Mais son cœur est rempli de protestations contre ce mal qui l’empêche de vivre pleinement ce pour quoi il a été créé. Rappelons-nous le cri de Jésus à Gethsémani, ce cri qui résume la protestation et l’aspiration des hommes à être délivrés du mal : « Abba…Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe ! Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux » (Mc 14, 36). Dès lors, nous savons aussi que l’amour sera toujours plus fort. C’est lui qui a vaincu et continue à vaincre le mal. Jésus est à nos côtés pour lutter contre ce mal et il viendra toujours à notre aide, lui qui nous en a déjà libéré, car par lui-même l’homme est incapable de vaincre ses assauts (cf. Gaudium et spes, n. 13§2). C’est bien là notre espérance, la force qui nous est donnée par sa présence pour aller de l’avant.

Dans la situation que vit l’Eglise aujourd’hui, de façon souvent dramatique, elle ne peut faire l’économie de prendre une vive conscience de la place du mal en son sein. Face à une si grande misère, à un si grand mal, comment continuer à parler de la sainteté de l’Eglise, alors que nous constatons combien elle est aussi pécheresse en ses membres ! En réalité, Jésus n’a pas fondé une Eglise faite exclusivement de héros et de saints ou qui serait comme une « citadelle de pureté ».  Dans un livre récent, le pape François écrit : l’Eglise est « une école de conversion, un lieu de combat spirituel et de discernement, où la grâce abonde en même temps que le péché et la tentation […] dans ces moments où l’Eglise se montre faible et pécheresse, aidons-la à se relever ; ne la condamnons pas et ne la méprisons pas, mais prenons soin d’elle, comme de notre propre mère » (Un temps pour changer, pp. 109-110). L’Eglise, nos communautés, chacun et chacune de nous, sont le lieu d’un combat gigantesque contre le mal. Nul ne peut s’y soustraire. L’Eglise ne peut se résigner à cette présence du mal en elle. Et nous savons aussi que Dieu ne l’abandonnera pas. Qu’il demeurera sa force pour vaincre le mal.

Dans cette lutte acharnée contre le mal, le discernement est essentiel. Il s’agit de changer notre regard, en le portant d’abord sur Dieu qui en Jésus vient nous délivrer, plutôt que de le porter sur nous-mêmes, même si cela est aussi nécessaire. En nous ouvrant au réel, en portant une attention aux germes qui poussent et qui sont souvent moins visibles que nos difficultés, nous pourrons nous mettre à l’écoute de ce que Dieu nous dit. Écouter en laissant de côtés nos préjugés, nos manières de penser, ce qui n’est pas toujours facile, surtout lorsqu’on est enclin au pessimisme ou à la rigidité.

En conclusion, nous pouvons nous rappeler les paroles d’espérance de l’Apôtre Paul : « Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (Rm 15, 13). Le mal a été vaincu par la mort et la résurrection de Jésus. Il reste à l’homme de participer à ce combat dont nous connaissons déjà le résultat final. « Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ » (Rm 6, 9-11).

Jean Landousies cm

De Rome à Marseille, Jean Landousies continue à partager notre réflexion sur les sujets proposés dans ces Fiches.

Bernard Sesboüé sj, « L’origine du mal » * (extraits)

L’existence du mal pose à l’homme de nombreuses questions : qui l’a créé ? Pourquoi ? Qu’est-ce que le péché dont parle la tradition chrétienne ? … Les interprétations de l’origine du mal se ramènent à quelques-unes :

  1. Le non-sens absolu de notre monde. 2. Le monde est le lieu d’un gigantesque combat entre une puissance du bien et une puissance équivalente du mal. C’est le dualisme de certaines religions anciennes dont on trouve la reviviscence dans l’une ou l’autre secte moderne. 3. Le mal vient de Dieu lui-même, le grand accusé par la conscience moderne devant le problème du mal. Dieu est en situation d’avoir à se justifier, surtout après Auschwitz. C’est le procès intenté à Dieu aujourd’hui. 4. Le mal vient de ce que le monde créé est inachevé, qu’il est en croissance. Cela comporte une part de vérité, mais c’est insuffisant. 5. Le vrai responsable du mal, quoi qu’il en soit de l’explication précédente, c’est la liberté de l’homme. Mais comment en rendre compte sans tomber dans une immense entreprise de culpabilisation de l’homme ?…

… Je m’abrite sous cette pensée de Pascal qui nous met sur la voie juste pour entrer dans cette donnée mystérieuse : « Certainement rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine. Et cependant sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes. Le nœud de notre condition prend ses replis et ses tours dans cet abîme. De sorte que l’homme est plus inconcevable sans ce mystère que ce mystère n’est inconcevable à l’homme » … Nulle culture n’est innocente. “Le mal fait partie de la connexion interhumaine, écrit Paul Ricoeur, comme le langage, comme l’outil, comme l’institution”. Le mal est donc largement “transmis”. Il est tradition. De cet état de choses, personne ne peut se considérer comme indemne. Nous constatons que le péché est contagieux. Les mauvais exemples sont vite suivis. On ne pèche donc jamais pour soi tout seul … C’est cette situation “originelle” pour chacun d’entre nous que la foi chrétienne nomme le “péché originel”. Dans la tradition chrétienne, cette expression vise d’abord et avant tout la situation globale de l’humanité et non le péché d’Adam raconté dans les premières pages de la Bible. Tous seraient alors arbitrairement inclus dans un péché des origines avec lequel ils n’ont rien à faire. Or le récit du péché des origines, même s’il est placé au commencement de la Bible est le fruit d’une interprétation seconde. Il a pour but de rendre compte de l’origine et de la radicalité de la situation globalement pécheresse de l’humanité. On ne peut chercher à l’atteindre qu’en dernier lieu, au terme du dernier pourquoi. Le “péché originel” constitue l’interprétation à la lumière de la révélation de ce que je viens de décrire et au sein duquel chacun d’entre nous se trouve à la fois victime et coupable. Vatican II a bien souligné qu’en la matière “ce que la révélation divine nous fait connaître ainsi s’accorde avec notre propre expérience”. Ce que notre expérience appelle mal des hommes et fautes humaines, la révélation l’appelle péché, au sens d’un état général de péché. Par ce terme, elle veut dire qu’il y a dans la condition humaine actuelle, source de violence et de mensonge, quelque chose qui s’oppose à Dieu et à son dessein sur l’homme … C’est cet état que saint Paul décrit dans une longue diatribe pleine de souffle au début de son Épître aux Romains. Pour lui : “Tous les hommes, juifs et païens, sont sous l’empire du péché. Comme il est écrit : il n’y a pas de juste, pas même un seul. (…) Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu” (Rm 3,9-10.23). Mais il n’ose prononcer une accusation pareille que pour annoncer l’Évangile du salut et de la justification par la foi en Jésus-Christ. L’application de ce terme de “péché” à une situation de fait et à une solidarité objective et non à un acte personnel a-t-elle été heureuse ? Sans doute pas. Ce vocabulaire est occidental et remonte à saint Augustin. La tradition de l’Église grecque a préféré les mots de mort, corruption, blessure de l’image de Dieu en nous. On parle aussi volontiers de “péché du monde”, expression plus moderne. Mais comme on ne peut pas légiférer sur l’emploi des mots et que l’expression de ” péché originel ” est là répandue partout dans notre culture, il nous faut “faire avec”.

(*cf. https://croire.la-croix.com/Les-formations-Croire.com/Theologie/Le-mal/L-origine-du-mal/ )

 

POUR UNE RELECTURE PERSONNELLE

Nous répétons dix fois plus souvent une mauvaise nouvelle qu’une bonne. Pour éviter d’être victime de ce fonctionnement, posons un regard sur notre relation à ce qui nous éloigne de la Vie.

Face à un évènement « mal » vécu (paroles blessantes, situations difficiles, épreuves…)

  • Combien de fois l’ai-je répété ? raconté ? A quoi cela me sert-il ?

Y a-t-il un progrès sur un chemin de guérison ? Comment suis-je prêt à me convertir ?

  • Je prends le temps de décortiquer le vécu d’un évènement mauvais, en mettant de côté l’affect :
    • J’écris le récit de l’évènement, le plus neutre possible.
    • D’où vient que ça m’a fait mal ? Quels sont les enjeux qui s’y cachent ?
    • Quel lien avec mon identité intrinsèque ?
  • De quoi ai-je besoin pour contrecarrer cette situation ? (Si j’ai été mis de côté = besoin de reconnaissance ; si j’ai été humilié = j’ai besoin de dignité ; etc.). Quels moyens puis-je avoir à ma disposition pour alimenter ces besoins ?
  • Relire le passage « Jeter tous ses soins en la Providence du Seigneur » (ci-dessous p.19 – XI,39), pour inviter le Seigneur dans ce combat contre le mal et me tourner résolument vers Dieu pour vivre en lui.

Nos fondateurs et Le mal vaincu

Les divers combats menés par nos fondateurs reflètent le climat de l’époque. L’état des lieux parle d’abord de la pauvreté, de « la misère au temps de la Fronde … »[1], du conditionnement social et surtout de la déchéance spirituelle et morale de chacun et de chaque groupe. Tout ce conglomérat se dévoile sur fond de guerres et de chocs des religions. Depuis le péché des origines et la personnification du mal, tout se répète. La nouveauté est dans la confirmation de la Révélation : Dieu vaincra !

 

  1. LE MAL EN LUI-MEME

Le mal est en nous, dans la société, dans nos communautés, en mission, sous toutes formes ; ces exemples sont éloquents :

Le mal nous habite.

« Que peut-on attendre de la faiblesse de l’homme ? »

La société elle-même est touchée.

« Le mal dont vous avez à vous plaindre est quasi universel »

« J’avoue, Monseigneur, que j’aurais une grande joie de vous voir à Paris, mais j’aurais un égal regret que vous y vinssiez inutilement, ne croyant pas que votre présence ici dût avoir aucun bon succès en ce temps misérable, auquel le mal dont vous avez à vous plaindre est quasi universel dans tout le royaume. Partout où les armées ont passé, elles y ont commis les sacrilèges, les vols et les impiétés que votre diocèse a soufferts ; et non seulement dans la Guyenne et le Périgord, mais aussi en Saintonge, Poitou, Bourgogne, Champagne, Picardie et en beaucoup d’autres, et même aux environs de Paris. Et généralement partout les ecclésiastiques, aussi bien que le peuple, sont fort affligés et dépourvus, en sorte que de Paris on leur envoie dans les provinces plus proches du linge et des habits pour les couvrir, et quelques aumônes pour leur aider à vivre ; autrement, il en demeurerait fort peu pour administrer les sacrements aux malades ». (A Jacques Desclaux, évêque de Dax, 1653-1654 – V,90-91)

Les missions connaissent de grands périls.

« Nos confrères … seront en grand péril »

« Vous avez raison d’être en peine de notre maison de Gênes et de la ville même ; car, si la mortalité y dure longtemps telle qu’elle a été jusqu’à présent, les habitants seront réduits à peu, et nos confrères, qui ont été préservés par le passé, seront en grand péril. J’en suis si affligé que j’en suis abattu de douleur ; et s’il en était de même de Rome, je ne sais où j’en serais. Dieu soit loué de ce que le mal n’y fait pas de progrès ! J’espère que sa divine bonté ne lui permettra pas d’en faire, mais que peu à peu elle fera dissiper ce reste qui a paru. C’est la prière que nous lui faisons quasi sans cesse, et surtout qu’il lui plaise de vous conserver et tous nos confrères d’Italie ». (Durant la peste à Gênes, A Edme Jolly à Rome, 20 juillet 1657 – VI,364)

« Travailler pour les pauvres »

« Voyez, mes frères, comme le principal de Notre-Seigneur était de travailler pour les pauvres. Quand il allait à d’autres, ce n’était que comme en chemin faisant. Mais malheur à nous aussi si nous nous rendons lâches à nous acquitter des obligations que nous avons de secourir les pauvres âmes ! Car nous nous sommes donnés à Dieu pour cela, et Dieu se repose sur nous. Declinantes ab obligatione adducet Dominus cum operantibus iniquitatem. Quos non pavisti occidisti. Ce passage s’entend de la réfection temporelle, mais il se peut appliquer à la spirituelle avec la même vérité. Jugez, mes frères, combien nous avons sujet de trembler si nous sommes des casaniers, si, pour l’âge ou sous prétexte de quelque infirmité, nous nous ralentissons et dégénérons de notre ferveur ! » (Répétition d’oraison du 25 octobre 1643 – XI,135)

Nos communautés connaissent aussi le mal.

« Le mal des communautés, surtout des petites,

est pour l’ordinaire l’émulation »

« Le mal des communautés, surtout des petites, est pour l’ordinaire l’émulation[2], et le remède l’humilité, de laquelle vous devez faire toutes les avances, aussi bien que des autres vertus nécessaires pour cette union. Nous voyons que cette émulation est arrivée en la première compagnie de l’Église, qui est celle des apôtres ; mais nous savons aussi que Notre-Seigneur l’a réprimée, et par parole, en humiliant ceux qui se voulaient élever, et par son exemple, en s’humiliant le premier. Si les vôtres s’enorgueillissent ou se courroucent ou se dérèglent, ne vous contentez pas de les en avertir charitablement, quand le cas le mérite, mais faites des actes contraires par où ils soient doucement forcés de vous suivre ». (A Louis Dupont, supérieur à Tréguier, 26 mars 1656 – V,582)

 

  1. L’AUTEUR DU MAL

Pour st Vincent de Paul, l’auteur du mal est Satan. Dans l’exercice de notre liberté, celui-ci vient contrarier notre recherche du Bien comme tous nos bonheurs, toutes nos joies, toutes nos réussites. L’expérience l’enseigne à tous, sœurs et missionnaires.

« C’était une grande faute, l’appelant Satan »

« En deux ou trois cas l’on doit avertir la communauté de la faute d’un seul : … Quand le mal est si invétéré en celui qui en est coupable qu’on juge qu’un avertissement particulier lui serait inutile. Notre-Seigneur n’avertit pas Judas pour cette raison, sinon en la présence des autres apôtres ; et encore ce fut en termes couverts, disant qu’un de ceux qui mettaient la main au plat le trahirait. Au contraire, il avertit saint Pierre, lorsqu’il le voulut dissuader de la passion qu’il avait à souffrir, et lui fit même connaître que c’était une grande faute, l’appelant Satan, sachant bien qu’il en profiterait … » (A Marc Coglée, supérieur à Sedan, 13 août 1650 – IV,50)

L’homme a un penchant immodéré pour faire de lui-même le centre de sa personnalité et de son environnement. Il s’enferme alors dans ses jugements et ses actions. Il s’agit d’un art consommé propre au démon.

« Voilà une marque d’orgueil caché et une qualité diabolique »

« Une sœur voudra une chose d’une façon ; l’autre la voudra d’une autre. Elle se tiendra ferme en son jugement. Les avis de sa sœur servante, de son confesseur de son directeur, de sa supérieure ne seront pas capables de la faire céder, parce qu’elle s’est affermie dans son propre jugement. Elle a enraciné cela dans sa cervelle ; il n’est pas possible de l’en faire démordre. Voilà une marque d’orgueil caché et une qualité diabolique, car il n’appartient qu’aux démons de demeurer dans leur opiniâtreté. C’est donc un esprit de démon, qui est tellement ferme dans le mal qu’il y demeure toujours. Il vient bien quelquefois des remords à cette personne ; mais elle n’a pas la force de les suivre ; elle le voudrait bien, mais elle ne le peut ». (Extrait de la conférence du 15 mars 1654, Sur l’orgueil caché – IX,676)

« Ces personnes-là ont le diable dans le corps »

« Le malin esprit n’est qu’illusion et que tromperie »

« Or, s’il se trouve tant d’illusions dans l’univers, jugez, mes frères, si l’auteur du mensonge, si le démon, qui se transforme en ange de lumière, comme parle saint Paul, n’en peut pas faire. Que si les hommes, dont toutes les connaissances sont très petites et limitées, peuvent facilement se tromper les uns les autres, que ne peut, je vous prie, le malin esprit, qui sait tout et qui a l’industrie de faire paraître les objets en autant de différentes manières qu’il lui plaît ? Voulez-vous savoir ce que c’est que le malin esprit à notre égard ? Il n’est qu’illusion et que tromperie ; il nous persuade, ingénieux qu’il est, que nous serons heureux, si nous parvenons à cela, à cela ; il nous fait accroire qu’il y va même de la gloire de Dieu de réussir avec applaudissement dans la prédication, et qu’il se faut signaler dans une province. Ah ! Sauveur, que de pièges, que de tromperies, que d’artifices emploie notre ennemi pour perdre les créatures que vous avez rachetées par votre précieux sang ! » (Extrait de la conférence du 17 octobre 1659, Des vraies lumières et des illusions – XII,345)

 

« Ces pensées aigres sont du malin »

« Il est dangereux de se tenir dans l’oisiveté »

« Le diable nous surcharge toujours »

« Le principe, l’origine et la source de tout le mal »

 

III. COMBATS ET VICTOIRES

« Votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » (1 P 5,8). Il nous investit pour occuper notre être. Nous connaissons tous la parabole de l’esprit mauvais à la recherche d’un lieu de repos qui va sans cesse chercher du renfort (Lc 11,24-26). C’est dire que Dieu livre combat contre le malfaisant et réciproquement. Le baptisé croit que le Christ détient la victoire, écrasera l’adversaire et soumettra tout sous ses pieds.

« Le bien et le mal que vous me dites être en vous »

« Dieu soit loué de ce que vous m’écrivez ainsi tout bonnement le bien et le mal que vous me dites être en vous. C’est ainsi, mon cher Frère, que les âmes simples et candides comme la vôtre ont accoutumé d’en user ; aussi voit-on à l’œil que Notre-Seigneur les bénit beaucoup et leur fait beaucoup de grâces. Et c’est aussi cet esprit que l’ennemi de notre salut hait et redoute beaucoup, pource que ce sont les armes qui détruisent tous les pernicieux desseins qu’il a de tout temps de nous perdre. Il n’a jamais plus grand dépit que lorsqu’il voit que ses artifices et ses méchancetés sont découverts ; et de là vient que l’on a vu tant et tant de personnes sollicitées par lui à des choses mauvaises, lesquelles, à la première déclaration qu’elles en ont faite, ou à leurs supérieurs, ou à leurs directeurs, en ont été délivrées, ou pour le moins ont reçu grâce de Dieu pour n’y point consentir. Et c’est aussi, mon cher Frère, ce que Notre-Seigneur fera à votre égard, si vous lui êtes fidèle et que vous persévériez en votre vocation, qui est le lieu où sa divine bonté vous a mis, et de quoi il saura bien vous demander compte à votre mort, si vous ne lui tenez la parole que vous lui avez donnée d’y vivre et mourir.

Cela étant ainsi, mon cher Frère, comme vous n’en devez nullement douter, voyez si vous n’avez pas bien sujet de ne point écouter les tentations qui vous viendront de ce côté-là. De dire que le changement de maison vous délivre de toutes vos peines, croyez-moi, mon Frère, c’est un abus de le croire et un piège que vous tend le diable ; car nous nous portons toujours nous-mêmes, et nos imperfections aussi, en quelque lieu que nous allions, et le diable ne nous moleste pas moins bien souvent en un lieu qu’en un autre, voire même quelquefois il le fait davantage, notamment quand l’on a procuré le changement avec trop d’empressement, ou avec moins de conformité à la volonté de ceux qu’il a établis pour la conduite de nos âmes et de nos personnes » (A Pierre Leclerc, frère à Agen, 1656 – VI,59-60)

Prière pour éclairer notre cœur

« Plaise à ce même Seigneur de nous éclairer de son esprit pour voir les ténèbres du nôtre et le soumettre à ceux qu’il a préposés pour nous conduire ! Qu’il nous anime de sa douceur infinie, afin qu’elle se répande en nos paroles et en nos actions pour être agréables et utiles au prochain, et qu’il vous inspire de lui demander souvent cette grâce pour moi, comme je vous en supplie, qui suis, en son amour, en attendant votre réponse, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur. » (A Honoré Bélart, prêtre de la mission, 6 août 1657 – VI,388)

Remarquable est le texte qui est soumis à notre attention. La catéchèse de st Vincent nous offre, par l’intermédiaire de son correspondant, une invitation à se donner, à servir pour « triompher ». Le vocabulaire sent son époque ! 

« Il s’agit de triompher de vos ennemis »

« L’ennui que vous sentez dans votre emploi peut venir de plusieurs causes : 1° de la nature, qui se lasse de voir et de faire toujours les mêmes choses ; et Dieu le permet pour donner lieu à la pratique de deux belles vertus, à savoir : de la persévérance, qui nous fait arriver à la fin, et de la constance, qui nous fait surmonter les difficultés ; 2° de la qualité de l’œuvre, qui est triste et qui, étant faite par une personne aussi triste, engendre le dégoût, surtout quand il plaît à Dieu de soustraire la consolation intérieure et la suavité cordiale qu’il fait ressentir de temps en temps à ceux qui servent les pauvres ; 3° du côté du malin esprit, qui, pour vous détourner des grands biens que vous faites, vous en suggère l’aversion. Enfin cet ennui peut venir de Dieu même ; car pour élever une âme à une perfection souveraine, il la fait passer par la sécheresse, les ronces et les combats, lui faisant ainsi honorer la vie languissante de son Fils Notre-Seigneur, qui s’est trouvé dans diverses angoisses et dans l’abandonnement. Courage, Monsieur ! donnez-vous à Dieu et lui protestez que vous désirez le servir en la manière qui lui sera la plus agréable. Il s’agit de triompher de vos ennemis : de la chair, qui s’oppose à l’esprit, et de Satan, qui est jaloux de votre bonheur. La volonté de Dieu est que vous persévériez dans l’œuvre qu’elle vous a donnée à faire. Confiez- vous en sa grâce, qui ne vous manquera jamais pour l’acquit de votre vocation, et considérez que cette œuvre est des plus saintes et sanctifiantes qui soit sur la terre ». (A Guillaume Cornaire, Prêtre de la Mission, Au Mans, 15 juin 1650 – IV,32-33)

Dans le premier de livre de Samuel, au chapitre 17, on vibre à la menée d’une attaque en règle entre David et Goliath. Le vainqueur qui n’est autre que le Seigneur est nommé « le Maître du combat ». St Vincent lui-même discerne et formule des moyens de combat que Dieu donne contre le mal.

« J’espère que Dieu me fera la grâce »

« Lorsqu’on a travaillé quelque temps à se surmonter et à acquérir quelque vertu et qu’on voit qu’on n’y avance rien, on entre en désespoir d’aller plus avant ; et le malin esprit, se mêlant là-dedans, dira : ʺAh ! jamais tu ne feras rien qui vaille ; il est impossible que tu puisses faire comme cela. ʺ Voilà ce que fait le démon pour faire perdre courage au chemin de la vertu. Or, il faut mortifier cette passion par l’espérance en Dieu et dire : ʺEncore que je sache que de moi-même je ne saurais me vaincre, ni persévérer en ma vocation, j’espère que Dieu me fera la grâce dont j’ai besoin pour cet effetʺ (Extrait de la conférence du 6 janvier 1657, Sur l’obligation de travailler à sa perfection – X,250)

« Vous avez été rachetés par le sang précieux d’un Dieu incarné »

« Savez-vous bien que nous sommes pires que les démons, oui, pires que les démons ! Car, si Dieu leur avait fait la dixième partie des grâces qu’il nous a données, mon Dieu ! quel usage n’en auraient-ils pas fait ? Ah ! malheureux que vous êtes ! vous avez été rachetés par le sang précieux d’un Dieu incarné, vous avez des grâces actuelles pour vivre de la vie de Jésus-Christ. Et cependant vous les avez méprisées ! Quel châtiment ne méritez-vous pas ? » (Conférence du 17 octobre 1659, Des vraies lumières et des illusions – XII,353)

En résumé, st Vincent nous livre :

« Les mêmes moyens par lesquels le diable vous a voulu combattre, vous serviront pour l’abattre »

… et aujourd’hui

Témoignage d’un détenu sur le mal commis

Je m’appelle J. j’ai 26 ans et j’ai été incarcéré et condamné pour des faits de vols et cambriolages. Je n’en suis pas à mon coup d’essai. Investir l’espace de l’autre, subtiliser le bien d’autrui : un portefeuille, de l’argent des bijoux était devenu une habitude, un mode de fonctionnement, mon boulot en quelque sorte. … Vous savez la prison à ses codes, il existe chez les codétenus une hiérarchie dans le mal. La perception du mal est compliquée… est-ce un mal de voler par nécessité, lorsqu’on n’a pas les moyens de subvenir à ses besoins élémentaires, de se nourrir de se loger tandis que d’autres ont plus que ce dont ils ont besoin ? Je ne sais pas… Fait-on du mal à la personne alors qu’elle était absente de chez- elle, que je ne l’ai pas agressée ? C’est vrai que ce que je lui ai pris va lui manquer mais elle a les moyens …. Et puis vous savez qu’en prison il y a des catégories dans le mal par exemple, les pointeurs (délinquants sexuels) ne sont pas tolérés, ils sont mis à l’écart tandis que celui qui est là pour homicide volontaire ou involontaire, les braqueurs passent mieux. Les petits voleurs ou cambrioleurs nous sommes en bas de l’échelle.

Lorsque je suis arrivé en France, je ne parlais pas Français mais pendant mon incarcération j’ai appris la langue. J’ai regardé un soir un documentaire à la télévision sur les cambriolages et la manière dont les victimes sont affectées psychologiquement, qui m’a beaucoup fait réfléchir…on réfléchit beaucoup en détention.  En fait j’ai fini par comprendre que dans la langue française entre les mots VOL et VIOL seule la lettre i faisait la différence. Ce petit détail n’existe pas dans ma langue. Il m’arrivait de dérober un portefeuille, de prendre l’argent et de le jeter ensuite, mais dans ce portefeuille se trouvait parfois une vieille petite photo, une lettre écrite à la main qui avait probablement une signification pour le propriétaire. On rentre par effraction dans une maison, on entre dans la chambre à coucher des gens on ouvre leurs placards leurs tiroirs… c’est une violence, c’est violer leur intimité…. Je ne pensais jamais à l’autre au moment de passer à l’action si ce n’est de faire vite pour ne pas être pris.

Je ne sais pas mais je pense qu’à ma sortie, je retournerai différent dans mon pays.

POUR PROLONGER, PERSONNELLEMENT ET EN EQUIPE …

QUESTIONNAIRE POUR NOS ECHANGES SUR LE MAL 

  • Satan, le diable, le malin, Lucifer, le démon … quel que soit la personnification que nous donnons au mal, il est présent autour de nous mais aussi en nous. Repérons dans la société, dans le monde, dans les religions, comme dans notre propre vie ses formes actuelles et perverses.
  • Avec saint Paul, nous disons : « Je fais le mal que je ne veux pas et non le bien que je voudrais » (Romains 7, 19). Savoir qu’une chose est mauvaise, mais être quand même poussé à la faire, c’est parfois ce que nous vivons. Qui d’entre nous n’a jamais été en butte à cette réalité ? Réfléchissons personnellement mais aussi communautairement et ecclésialement à cette question. Comment arriver à dépasser ce simple constat ?
  • Dans le quotidien de mon existence, j’ai pu peut-être faire l’expérience du « mal subi » et/ou du « mal commis» ; que puis-je en partager ?  Qu’en ai-je appris ?
  • « …Délivre nous du mal ». Avec l’aide du Christ comment résister au mal ? Comment revenir sans cesse au Seigneur dans la prière, la réconciliation, l’accompagnement … ?

Bibliographie

Jacques BUR, Le péché originel, ce que l’Eglise a vraiment dit, Cerf, 1988

Philippe-Marie MARGELIDON, Dieu et le mal : cinq approches d’un mystère, Lethielleux, Artège, juin 2020

François-Xavier PUTALLAZ, Le Mal, Cerf, novembre 2017

Paul RICOEUR, Le mal : un défi à la philosophie et à la théologie, Editions Labor et Fides, décembre 2004

Michel SALAMOLARD, « Dieu responsable et innocent », in Nouvelle Revue Théologique, 2005/3

LE MAL AU PAS DE STE LOUISE

Lutter ensemble

C’est le malin qui joue ces jeux de (racontars), qu’il ne gagnera pas, pourvu qu’elles se ramassent et unissent bien entre soeurs, auprès (de) la Croix, ainsi que les poussins sous leur mère quand le huas les guette. (Ecrits L 185 page 212)

Pas d’excuses

J’espère que le mal n’est pas en tel état qu’il soit sans remède, mettez-vous vos fautes fortement devant les yeux, sans vous excuser, car en effet rien ne peut être cause du mal que nous faisons que nous-mêmes (Ecrits L 11 page 21)

Magnificat

Il faut pourtant que je vous dise que je ne crois pas le mal si grand que vous me le faites paraître ; consolez-vous donc, ma très chère Sœur, et ne regardez pas cette faute avec aigreur, mais admirez la bonté de Dieu de vous avoir souffert cette petite faute pour vous apprendre à vous humilier plus parfaitement que vous n’avez fait le passé (Ecrits L 121 page 127)

Connaître

Je suis toujours bien aise de savoir le bien et le mal. (Ecrit L 446 page 478)

Veiller

Les Filles de la Charité pour se maintenir dans leur vocation, et attirer de Dieu les grâces dont elles ont besoin pour cela, doivent veiller continuellement sur leurs sens et passions, pour ne leur point accorder de faire le mal qu’ils nous proposent souvent. Et pour cela, L’on doit bien avoir soin de faire entendre ce que c’est que l’un et l’autre. (Ecrit A 67 page 789)

Eviter l’entrée en tentation

Notre ennemi mortel qui est le diable se sert bien souvent de ces occasions-là, pour nous siffler ces malheureuses pensées, et son principal but est de nous décourager sans que nous nous en apercevions du service de Dieu, mais particulièrement pour nous empêcher de persévérer en nos bonnes résolutions, jusque-là quelquefois que sa méchanceté essaie de nous faire perdre notre vocation qui est la chose la plus à craindre et la plus dangereuse pour notre salut. (Ecrit L 102 page74)

Animation Vincentienne

© Congrégation de la Mission, 425 route du Berceau, 40990 SAINT VINCENT DE PAUL

Tous droits réservés

[1] Alph Feillet, La misère au temps de la Fronde et st Vincent de Paul, Paris Didier et Cie Libraires – Editeurs 1862

[2] « Emulation », au sens ancien : rivalité, jalousie.

[3]« Curieux », « ne pas avoir les yeux dans sa poche »

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La FAMVIN se retrouve après la pandémie

Cette rentrée est marquée par l’accueil de deux novices venues d’Allemagne vivre à la Maison-Mère leurs six mois de fin de Noviciat. Elles travaillent en qualité d’infirmière et agent pastoral dans des établissements de la Fondation Vincent de Paul. Leur présence au sein des communautés du site de la Toussaint à Strasbourg est appréciée par les sœurs.

Bernard Massarini

Réunion de la coordination de la Famille Vincentienne nationale du 14 octobre 2021 à Paris

Bernard Massarini
Bernard Massarini

cmission.fr

C’est dans la salle Jean-Gabriel Perboyre du 95 rue de Sèvres que ce 14 octobre, la Famille vincentienne s’est donné rendez-vous. C’est notre première rencontre présentielle après les trois rencontres en « distanciel » durant les temps de confinement sanitaire. Une grande joie animait ceux qui étaient parvenus à se libérer : la Congrégation de la Mission qui recevait ; la SSVP avec son président et son assesseur spirituel ; les Equipes saint Vincent avec leur nouvelle présidente, la représentante des sœurs missionnaires de l’Evangile ; deux membres de l’archiconfrérie de la sainte Agonie (son président et une membre) ; deux de L’Association de la Médaille Miraculeuse (le directeur et la secrétaire de la famille vincentienne) ; deux des sœurs de Jeanne Antide Touret (la déléguée accompagnée d’une sœur) ; deux représentantes de la Congrégation des Sœurs de la Charité de Strasbourg.

Manquaient les Jeunesses Mariales Vincentiennes, les FDLC, le père Rorthais des Oblats de Saint Vincent ; Les Fils de la charité, les sœurs du Rosier de l’Annonciation.

Pour démarrer, nous avons pris le temps de prier nous centrant sur l’action de grâce pour le don de la création, prolongée d’une méditation de Laudato si sur notre mission de soin, préservation de la création et de la vie humaine que Dieu nous confie.

Un rapide tour de table est fait pour que tous se présentent à nouveau.

Les sœurs de la charité de Sainte Jeanne-Antide Touret, lors de leur chapitre général, viennent d’élire leur  nouvelle supérieure générale : Sr Maria Rosa MUSCARELLA.

La déléguée, Sœur Pascale nous partage alors qu’après avoir respecté les confinements exigés les sœurs ont pu enfin vivre leur chapitre général après l’avoir reporté un an et demi. Elle salue l’internationalité du conseil général, les 4 sœurs élues sont : Sr Wandamaria CLERICI (italienne), Sr Maria Luisa CARUSO (italienne), Sr Mirta PAREDES (paraguayenne), Sr Solange WIDER (suissesse).

Dans le cadre de ce chapitre, le Pape François a fait un discours aux participantes (un discours à retrouver ici)

Sr Pascale ajoute que l’épidémie de COVID a affaibli les sœurs et rendu plus difficiles les rencontres avec les sœurs d’Angleterre et d’Espagne. Elle informe du décès de la sœur archiviste, mémoire de la congrégation. En plus de la douleur de cette disparition inattendue, la question de la reprise de cette mission d’archives est cruciale. 25 jeunes sœurs venues d’Asie ont pu reprendre cet été les activités avec les jeunes, ce qui permet de continuer à diffuser le charisme des fondateurs. Sœur Nicole qui participait jusqu’alors aux rencontres FamVin France est partie à Sancey : la maison natale de Sr Jeanne Antide Touret. Elle sera ainsi au service des pèlerins, ce site historique voit d’ailleurs son activité évoluer avec la création d’un Escape Game, signe de la volonté de s’adapter aux publics accueillis, comme le sweat-shirt floqué : « je passerai les mers » qui a du succès au sein de leur réseau de 18 écoles dynamique. Cinq novices sont rentrées au Noviciat en septembre.

Les Sœurs de la Charité de Strasbourg ont été affaiblies par la crise traversée, marquées notamment par plusieurs décès au sein des communautés. Elles sont désormais moins d’une centaine de sœurs sur trois départements du Grand Est et une communauté en Allemagne (Heppenheiml-Eidelberg). Ces six derniers mois, trois communautés ont fermé. Trois priorités pour cette congrégation : l’accompagnement quotidien de ses membres vieillissant, le travail en Fédération (la Fédération des congrégations issues de Strasbourg) et l’évolution de la Fondation Vincent de Paul (fondation qu’elles ont créé il y a 20 ans pour la pérennisation de leurs œuvres en confiant à des laïcs la gestion des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux qu’elles avaient créés).

La « sortie » de crise sanitaire a été l’occasion de réorganiser des rencontres en interne mais aussi avec des publics extérieurs (comme à l’occasion des journées du patrimoine).

Cette rentrée est marquée par l’accueil de deux novices venues d’Allemagne vivre à la Maison-Mère leurs        six mois de fin de Noviciat. Elles travaillent en qualité d’infirmière et agent pastoral dans des établissements de la Fondation Vincent de Paul ? Leur présence au sein des communautés du site de la Toussaint à Strasbourg est appréciée par les sœurs.

La SSVP a entamé un long processus pour parvenir à sa nouvelle campagne de communication, non plus centrée sur le pauvre, mais sur les valeurs de leur projet. La campagne a touché 12 villes de la province en plus de Paris. Ils ont eu en plus la chance d’avoir 977 panneaux dans les gares et aéroports. La campagne a déjà permis à 500 personnes de contacter l’association, certainement de nouveaux bénévoles.

La dernière assemblée générale, après avoir longtemps été repoussée, a été réalisée avec la présence de quasi tous les délégués. Le président nous dit qu’il termine son mandat en 2022. Il s’emploie à finaliser deux chantiers : celui de la gouvernance (revoyant les statuts et règlements intérieurs). L’autre sur le projet associatif qui a été rédigé en 2018. Les bénévoles doivent maintenant se l’approprier. On constate le manque de capacité du mouvement et des bénévoles à lire les nouvelles pauvretés. On retombe dans le routinier alors qu’on devrait aller vers les plus grandes pauvretés. Des outils sont pensés et proposés pour accompagner cette évolution.

Le président de la SSVP s’est joint au mouvement « Promesse d’Eglise » lancé par DCC Secours Catholique CCFD,… suite à la lettre du pape au Peuple de Dieu en avril 2018. Ils sont 70 à participer au travail sur la formation des prêtres, le cléricalisme, la place des femmes, la synodalité dans nos mouvements. Après le rapport Sauvé, les représentants de la SSVP continuent le travail de réflexion sur ce qui les concerne comme laïcs dans les 45 recommandations du rapport. Le travail est suivi par les évêques Mgr FONLUP et Mgr BLANCHET vice-président CEF. Ils demandent que Promesse d’Eglise fasse une proposition pour le synode. La question qui est posée est quelle sera notre place dans l’Eglise de demain.

Les conférences jeunes ont doublé grâce au dynamisme des jeunes du conseil d’administration. Ils ont organisé une session d’été avec 60 jeunes et vont faire une retraite fin octobre début novembre à Folleville.

Equipes Saint Vincent – Association Internationale des Charités : C’est la nouvelle présidente des Equipes Saint Vincent, Mirta NAMY, qui nous parle de sa nouvelle mission. Cela fait six mois qu’elle est à la fédération, elle a accepté le défi après avoir secondé la précédente présidente, France, durant la crise sanitaire. Mirta constate la difficulté de motiver les équipes à reprendre leurs activités, les membres peuvent être confrontés aux tensions autour du pass-sanitaire. Les formations en présence ont repris mais avec moins de participation. Dans le même temps, comme le témoignait Michel LANTERNIER pour la SSVP, la question des prises de responsabilité demeure, les bénévoles restent dans leurs habitudes et pourtant de nouvelles pauvretés ont vu le jour comme chez les étudiants. Mirta partage sa joie de l’initiative d’une nouvelle équipe qui se propose d’aider les personnes âgées dans leurs démarches administratives pour éviter l’admission en EHPAD en identifiant et sollicitant les aides nécessaires au maintien à domicile.

Sur cette question de l’engagement et des nouveaux besoins, le président de la SSVP suggère que soient redéfinis les projets afin de poser des durées d’engagement pour que les personnes puissent continuer leurs services. La question centrale est la question de l’ «appel ». Le projet doit être l’accroche qui permet ensuite de travailler la question de l’appel.

Le coordinateur note qu’il est difficile de passer du service temporaire à l’engagement à cause d’une culture de consommation de la charité.

Le Père Morin provincial des Religieux Saint Vincent de Paul confirme que ce n’est pas une question technique mais une question spirituelle. Il faut passer du donner du temps à la conviction : « j’avais soif tu m’as donné à boire », … Il rappelle que 25% de jeunes s’engagent pour des projets ou des temps donnés, ce qui rend difficile la prise de responsabilité.

Sr Pascale des sœurs de Jeanne Antide Touret nous apprend que pour répondre à la solitude des jeunes enfermés dans leurs studios, sa communauté a organisé un espace de coworking qui rencontre un succès inattendu. Les jeunes ont répondu nombreux, et ces rencontres sont des opportunités pour faire connaîter la congrégation et ses actions, les sœurs sont contentes de ce lien qui est en train de naitre.

Le Père Morin provincial des Religieux Saint Vincent de Paul partage le report de leur chapitre général qui n’aura lieu qu’en mai 2022, ce qui paralyse beaucoup de choses.

Les membres de cette organisation ont été malmenés par la pandémie qui a emporté des religieux aînés. Ils ont aussi perdu un frère à St Etienne, une personnalité toute donnée aux pauvres qui a été entouré lors de funérailles par nombre de pauvres en larmes. Leur réseau africain qui, l’été, venait aider les communautés, n’a pu fonctionner ce qui a rendu le fonctionnement des œuvres plus compliqué, devant même réduire les activités.

Pour moi, Père Bernard MASSARINI, dans nos patronages, les protocoles évolutifs ont été très lourds à gérer par les frères directeurs de patronage. Des choses magnifiques ont été vécues dans les séjours de vacances qui ont touché des jeunes défavorisés économiquement et familialement. 50% des enfants quelle que soit leur culture, ont participé à la messe quotidienne : la bonne nouvelle était annoncée aux pauvres. En plus de la période sanitaire, le rapport Sauvé rajoute au climat. N’oublions pas que nous avons une bonne nouvelle et qu’il faut aller de l’avant. Les gens attendent une parole d’espérance et de personnes qui rayonnent leur joie

Lors de la célébration du 175ème anniversaire de la mort du Père Planchat le premier prêtre de la société et martyr de la commune. La procession qui terminait la mémoire de la Roquette à la paroisse Notre Dame des Otages, lieu où les dix prêtres et le séminariste ont été exécutés, ils ont été pris à parti par des antifas qui leurs tiraient des projectiles et les insultaient. Exfiltré par les forces de l’ordre, ils ont eu l’impression de revivre le parcours des ecclésiastiques il y a 150 ans.

Après la messe dans la chapelle du 95 de la rue de Sèvres. Toute l’équipe part manger au restaurant d’application du Lycée Albert de Mun, tout proche et membre du réseau des établissements vincentiens.

Après ce déjeuner de grande qualité, l’équipe de la coordination de la FamVin France était invitée à découvir l’Accueil Louise et Rosalie que nous a présenté le président de la Société Saint Vincent. Un projet collectif : les pères de la Mission ont souhaité offrir un espace de leur établissement pour le service des plus fragiles, ils ont consulté la SSVP qui avec les ESV de 2017 à 2021 ont élaboré le projet après avoir remis la salle de plus de 100 mètres carrés en état : un espace d’accueil, une cuisine, des douches et des machines à laver le linge…

Actuellement ouvert trois matinées et le dimanche matin avec déjeuner du midi, les bénévoles (exclusivement des femmes des ESV) de ce nouvel espace accueillent une quinzaine de femmes quotidiennement, alors qu’il était initialement destiné à des femmes vivant dans la rue, ce sont en fait des femmes logés mais en grande précarité qui le fréquentent, orientées par les assistantes sociales ou le bouche à oreille.

Un projet similaire est réfléchi par la SSVP et les Filles de la Charité sur Lille et pour les mères célibataires, le Président de la SSVP attirant notre attention sur le fait qu’en France aujourd’hui des jeunes mères célibataires qui viennent d’accoucher se retrouvent à la rue avec leur nourrisson.

Le flyer de l’Accueil Louise et Rosalie nous sera remis lors de la prochaine rencontre.

Ce sont les Sœurs missionnaires de l’Evangile qui ouvrent l’échange. Leur représentante nous partage leur thème d’année : « renouveler notre audace missionnaire » et nous dit qu’elle est en train d’effectuer les visites canoniques et sera dans les prochains jours dans les EPHAD de leur réseau. Les bâtiments vides dont elles disposent sont mis au service d’associations de personnes en fragilité sociale. Dans l’ensemble de leurs propriétés, ce sont près de 6 000 salariés auprès de qui elles s’emploient à transmettre le charisme.

Puis Marie-Pierre Four nous informe de son changement de poste suite au départ à la retraite de sa collègue, reprenant ses missions, elle va devoir arrêter le secrétariat de la coordination de la FamVin France.

De plus, mon mandat de coordonateur arrive à son échéance, la question est de savoir si une personne volontaire veut me succéder ou si je reprends pour un dernier mandat. En guise de bilan, je rappelle les réalisations sur ce triennat : les rencontres zoom auxquelless nous avons été fidèles, la deuxième édition du calendrier vincentien, les vidéos vincentiennes sur le site vidéo international de la Famille vincentienne Vinflix qui porte notre 10aine de vidéos en français, la cartographie de nos diverses actions avec les sans- abris qui va être communiqué sur la carte mondiale de ces actions, la communication que je fais aux maisons de retraite pour partager des nouvelles internationales de la FamVin. Je rappelle la difficulté à travailler sur la communication sur le site Famvin.org, la mise en route d’une formation de bénévoles aptes à conduire des services vincentiens lorsque ne sont ni religieux ou religieuses qui n’a pas été poursuivie. Je rappelle les trois nouvelles dernières organisations nous ayant rejoints : les sœurs missionnaires de l’Evangile, les sœurs du Rosier de l’annonciation et les Fils de la Charité. Je souligne que sur les 146 branches de la famille vincentienne nationale, 80 sont conduites par des laïcs et 76 par des religieux ou religieuses. Nous sommes donc sur la voie de la parité, poursuivons cette collaboration. Enfin, je précise que si je suis prêt à poursuivre ce mandat pour les 3 prochains années, il sera nécessaire de trouver un volontaire pour le prochain mandat et qu’une transmission soit opérée.

L’un d’entre nous propose d’élargir la participation de nouveaux membres de la commission d’où pourrait émerger de nouvelles têtes susceptibles d’animer le réseau.

Avec la validation de la poursuite de sa mission par le Père Bernard MASSARINI, Fanny DOUHAIRE, chargée de projets de la Congrégation des Sœurs de la Charité de Strasbourg se propose alors pour être secrétaire. Tous sont heureux devant cette générosité. Nous nous quittons avec une demi nouvelle équipe avec mission de continuer à porter cette jeune dynamique afin d’élargir l’espace de notre tente dans nos réalisations et nous partons avec la proposition de texte pour notre nouvelle charte qui sera débattue lors de la prochaine rencontre.

Sur ce, nous nous quittons, nous disant que rapidement sera lancé un doodle pour les 2 rencontres 2022.

 

P Bernard Massarini c.m.

Coordinateur de la Famille Vincentienne en France.

ŒUVRE DU BIENHEUREUX JEAN-GABRIEL PERBOYRE

Cette œuvre a permis des réalisations comme la construction et l’entretien de chapelles, églises, écoles, dispensaires, foyers d’accueil... ; la formation des séminaristes et des religieuses ; le soutien de projets locaux pour la promotion des pauvres surtout des femmes, des enfants, des prisonniers, etc. Enfin, l’œuvre a propagé et entretenu, grâce à une revue, la dévotion à Saint Jean-Gabriel Perboyre. Beaucoup d’œuvres, à travers le monde, portent le nom de ce saint.

Père Audace MANIRAMBONA

PRESENTATION DU SERVICE DES MISSIONS LAZARISTES - ŒUVRE DU BIENHEUREUX JEAN-GABRIEL PERBOYRE

Introduction

Très peu de personnes, même parmi les Lazaristes, connaissent l’histoire du Service des Missions Lazaristes – Œuvre du Bienheureux Jean-Gabriel Perboyre. Et pour cause, le premier article sérieux paru à ce sujet date de 1934[1]. C’est dans cet article que j’ai puisé l’essentiel de mon propos auquel j’ajoute les changements intervenus depuis ce temps.

L’Œuvre possède deux appellations : « Œuvre du Bienheureux Perboyre » et « Service des Missions Lazaristes ». La question a été posée, à savoir s’il fallait choisir entre les deux appellations ou les ajouter l’une à l’autre, mais elle n’a pas été tranchée[2]. La plupart du temps le courrier et les chèques sont adressés au « Service des Missions » mais il vaut mieux préciser « lazaristes » pour ne pas confondre avec les « Missions étrangères ». Nous continuerons donc à appeler cette œuvre par ses deux noms, souvent accolés, même si nous en changeons le sigle qui devient : SDML-OBJGP[3] et que son saint-patron a déjà été canonisé.

Un peu d’histoire

L’œuvre des missions lazaristes existe depuis un peu plus d’un siècle et demi. « Son origine remonte à l’action d’un frère de la Mission Joseph Génin, dans les années1860. En 1894, cette œuvre reçut pour saint patron Jean Gabriel Perboyre, mort martyr en Chine, béatifié en 1889 et canonisé en 1996. Cette œuvre fut confiée ensuite aux Pères Angeli puis Baros. En 1932, le Père Verdier en faisait approuver les statuts par l’Archevêque de Paris, comme ‘’pieuse association’’. Le père Collard assura son développement, aidé du Père Tordet qui lui succédera et bien d’autres. »[4]

Evolution du but de l’œuvre :

Son but consistait d’abord à « aider les missions des Lazaristes et des Filles de la Charité » à l’étranger (Chine, Éthiopie, …), en collectant et acheminant des dons mis à leur disposition par des bienfaiteurs ou des familles en France. Aussi, le service reste à la disposition des missionnaires lazaristes Français, Italiens, Polonais, Slovènes, Malgaches, Espagnols, Vietnamiens, Libanais, Camerounais ainsi qu’à d’autres missionnaires (Camilliens, Oblats et même des diocésains) qui lui ont fait confiance.

Dès les années 90 et pendant une vingtaine d’années, à cette mission d’aide, vint s’ajouter la tâche de Secrétariat exécutif du Conseil des Missions des Provinces de France[5] (Paris, Toulouse) et de Madagascar. Depuis 2007-2008, le service ambitionne d’être un organe de « solidarité spirituelle et financière entre les missionnaires et leurs bienfaiteurs ».

Cette œuvre a permis des réalisations comme la construction et l’entretien de chapelles, églises, écoles, dispensaires, foyers d’accueil… ; la formation des séminaristes et des religieuses ; le soutien de projets locaux pour la promotion des pauvres surtout des femmes, des enfants, des prisonniers, etc. Enfin, l’œuvre a propagé et entretenu, grâce à une revue, la dévotion à Saint Jean-Gabriel Perboyre. Beaucoup d’œuvres, à travers le monde, portent le nom de ce saint.

Fonctionnement de l’œuvre :

En général, le bienfaiteur de l’œuvre est en contact direct avec le missionnaire qu’il soutient, par courrier postal ou électronique (email). L’œuvre se charge d’acheminer l’aide accordée. Il va sans dire que le Service des Missions n’a pas de registre propre des bienfaiteurs. Il ne semble même pas souhaitable de contacter directement les bienfaiteurs sauf après avoir requis l’avis des missionnaires que ces bienfaiteurs soutiennent.

Actions depuis 2011 :

Dans un premier temps nous avons contacté les missionnaires pour leur faire un état des lieux du Service et ses nouvelles orientations. Il s’agissait de :

  • Leur communiquer la mission qui a été assigné au nouveau directeur, à savoir de redynamiser l’œuvre ou, comme cela a été dit dans deux Paris Écho[6], « Il s’agit de créer des liens nouveaux » (cf. PE 6/2007) ; « développer la coopération entre les missions ad gentes et les communautés en France. » – « rechercher des voies nouvelles de collaboration et d’animation » (cf. PE 10/2007 p.3-4).
  • Leur dire que nous y avons travaillé pendant trois ans et qu’il nous a paru nécessaire de collecter des informations précises sur les relations que le confrère soutenu entretenait avec son bienfaiteur (sont-elles strictement familiales voire amicale ? peuvent-elles être situées dans un grand ensemble ?). Notre but était d’élargir leur univers du don et de la solidarité, « attirer leur attention sur d’autres possibilités » car les besoins deviennent impérieux aussi bien à l’étranger qu’en France – du fait d’une pauvreté grandissante dans toutes les couches de la population – et puis, leur montrer aussi qu’ils comptent pour nous et qu’ils peuvent compter sur notre soutien spirituel… Il y a aussi la jeunesse qui, en Occident, est sans repères spirituel, matériel, familial. Elle pourrait trouver, en fréquentant Saint Jean-Gabriel Perboyre, un reflet qui avait une vie simple et un idéal très fort (mourir pour une bonne cause).

Ensuite nous avons essayé de créer une newsletter pour, à la fois, les donateurs et les missionnaires usagers de l’œuvre des missions. Elle annoncerait les manifestations à venir : la messe du 11 de chaque mois en l’honneur de saint Jean-Gabriel Perboyre ; la vente de charité annuelle (devenue Journée de Mission-Solidarité au printemps) ; des journées d’amitié et de formation des bénévoles à la spiritualité vincentienne (étude de l’histoire de Jean-Gabriel Perboyre), la journée commémorative du martyre de saint Jean-Gabriel Perboyre à la rue du Bac (le 11 septembre), etc. A la place de la newsletter, nous n’avons pu créer qu’un site web : http://smlperboyre.org/

Sans vouloir alourdir l’animation, nous avons aussi essayé de constituer une association (équipe, groupe, amicale) des Amis de Jean-Gabriel Perboyre, composée de laïcs et de religieux qui soutiennent l’œuvre et qui tous s’en sentent acteurs à part entière. Ce dossier est toujours en chantier. Ce qui n’est pas sans poser des questions quant à l’action concrète des bénévoles et à la traçabilité de leur travail.

Nous continuons à nous structurer. Nous avons pris contact et nous ambitionnions d’organiser un pèlerinage au Puech, commune de Montgesty, à l’occasion du 220ème anniversaire de naissance de notre saint patron. Mais, il faut le reconnaître, la période covid-19 que nous venons de traverser a fortement impacté notre action. Il faudra mobiliser beaucoup d’énergie pour redynamiser ceux et celles qui veulent continuer l’aventure du soutien des missions sous le patronage de Saint Jean-Gabriel Perboyre. Que celui-ci intercède pour nous et pour les missions !

                                                                                                                                                                                                                                                                                    Père Audace MANIRAMBONA, cm

[1] Cf. Joseph COLLART, L’œuvre du Bienheureux Jean-Gabriel Perboyre, 1934 (Histoire de l’œuvre et statuts approuvés en 1932).

[2] Cf. Note de service (sans auteur), du 23 janvier 2000.

[3] Les habitués connaissent le sigle SDM-OBP qui était en usage jusque-là.

[4] Note de service (S.A.), du 23 janvier 2000.

[5] Projet provinciales 1983et Normes provinciales, Viviers, 1983, p. 47-48.

[6] Lettre de liaison de la Province lazariste de Paris.

Congrès Mission: un Manifeste en dix thèses

Congrès Mission: un Manifeste en dix thèses

Proclamation du Manifeste pour la mission lors de la plénière de clôture du Congrès Mission 2018

La quatrième édition du Congrès Mission s’est déroulée du 28 au 30 septembre, à l’Eglise Saint-Sulpice sur le thème : « Par amour il nous relevés, pour amour, ils nous a envoyés ». Le Congrès Mission a proclamé un Manifeste en 10 thèses.

L’ordre du jour, dit le pape François, est à une réforme des structures. Cette « réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié.  (Evangelii Gaudium, 27)

Thèse 1 : Jésus Christ ami universel

Nous avons le désir fou que tous les Français rencontrent Jésus-Christ

Nous souhaitons que dans l’Eglise brûle toujours la flamme missionnaire des origines. Ceux qui suivent Jésus Christ en tant que leur Seigneur personnel enflamment et transforment le monde autour d’eux. Leur quête passionnée de Jésus interpelle et entraînent de nombreuses âmes.  L’espérance dans le Christ change les cœurs et donc le monde. L’Eglise est moins une institution, un héritage culturel ou un organisme défenseur de valeurs qu’une communauté dont Jésus est le centre. C’est pourquoi nous voulons que l’Eglise n’invite pas seulement à adhérer à des valeurs ou à entrer dans une institution mais qu’elle propose à tous les hommes et les femmes de prendre la décision claire d’abandonner leur vie entre les mains de Jésus-Christ.

 

 

Thèse 2 : Évangélisation priorité n°1

Nous voulons que l’annonce de l’évangile devienne la priorité n°1 de l’Eglise

Résonne encore à nos oreilles l’ultime commandement que Jésus donne à ses disciples après sa Résurrection : «Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,» (Mt 28, 19). La raison d’être de l’Eglise est de rayonner de la joie contagieuse qui vient de Dieu. Quand elle ne le fait pas, elle décline. Nous pensons nécessaire que les ressources financières et humaines de l’Eglise soient engagées en priorité pour l’évangélisation.

 

 

Thèse 3 : Le courage d’annoncer Jésus

Nous appelons au courage dans l’annonce explicite du Christ

Aujourd’hui 200 millions de chrétiens acceptent la persécution parce qu’ils ne veulent pas quitter Jésus, leur seul espoir. Ils nous montrent combien Dieu peut donner du sens à nos vies. Ils manifestent la vérité du psaume 62 : « Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! ». Faire expérimenter la joie de l’évangile n’a jamais été aussi nécessaire et rester silencieux est une forme de non-assistance à société en détresse.

 

 

Thèse 4 : Le droit pour tous de connaitre Dieu

Nous annonçons l’évangile à tous nos concitoyens sans discriminer personne

Conscients que Jésus a donné sa vie pour tous les hommes sans exception, nous allons à la rencontre des chrétiens, des croyants d’autres confessions et des incroyants. « Dieu est « amour » (1 Jn 4, 16) et veut « que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Tim 2,4). Nous le voulons aussi.

 

 

Thèse 5 : Dieu peut tout

Nous croyons que la prière sera le socle de notre mission

Chaque renouveau missionnaire a été accompagné par un regain de générosité dans le jeûne et la prière. La puissance de notre mission dépend de notre enracinement personnel et communautaire dans la relation avec le Seigneur. Elle dépend de notre foi dans le fait que Dieu, qui aime passionnément le monde au point de lui donner son Fils, est à l’œuvre dans le monde. Il a agi et agira encore en réponse à nos supplications. Nous croyons que des miracles sont possibles aujourd’hui, nous les voulons grands et nombreux !

 

 

Thèse 6 : Être uni pour l’annoncer

Nous sommes solidaires de tous les chrétiens qui annoncent Jésus Christ, en dehors de l’Église catholique
Nous, catholiques, reconnaissons leur fidélité à l’Écriture et leur attachement au Sauveur. Nous admirons leur zèle missionnaire et leur désir de conduire les âmes à Jésus. Nous voulons que cessent les divisions qui déchirent le corps du Christ. Nous savons que le monde a besoin de notre unité pour Le reconnaître (Jn 17,21) et nous croyons que la mission accomplie d’un même cœur est le chemin de cette unité.

 

 

Thèse 7 : La raison est au service de la foi

Nous voulons cultiver et goûter toujours plus le trésor de la foi pour le proclamer clairement

L’engagement missionnaire ne peut être qu’intégral : âme, cœur, corps et esprit. Nous voulons redire que l’annonce de l’Evangile rend nécessaire pour celui qui s’y engage un travail intense sur sa propre vie et un travail d’apprentissage des contenus de la foi, de connaissance des Ecritures, de la tradition et du magistère afin de proclamer les secrets de la foi dans leur cohérence et leur globalité.

 

 

Thèse 8 : Inviter mais pas endoctriner

Nous annonçons le Sauveur, non une idéologie

Annoncer l’évangile prend la forme d’une invitation à rencontrer la personne de Jésus.  La mission est une proposition gratuite et respectueuse. La mission suppose de laver les pieds des gens, pas leur cerveau. Elle ne persuade pas, n’exerce aucune pression et est incompatible avec la violence.

 

 

Thèse 9 : Démocratiser la mission

La mission est l’affaire de tous les baptisés

La mission que Jésus nous a confiée n’a jamais été réservée à des spécialistes. Être missionnaire est le commandement du Christ envers tous les baptisés, c’est un appel pour tous les chrétiens du fait même qu’ils sont baptisés. La mission ne se limite pas à certains pays « non-chrétiens» ou à certaines cultures. Dans l’esprit du Concile Vatican II, la mission de l’Eglise ne suppose aucun préalable ; elle se poursuit à tout moment et partout avec le concours de tous les laïcs.

 

 

Thèse 10 : Se convertir avant tout

Nous devons nous convertir à la joie de l’Evangile pour conduire les autres à Jésus. 

Immergés dans un vaste courant où l’humanité compte de plus en plus sur ses seules capacités et se perd dans la consommation, nous devons faire un effort déterminé pour nous détacher de la mondanité du monde. C’est en tant qu’«hommes nouveaux» remplis de l’Esprit Saint et convertis dans tous les aspects de notre vie, que nous serons véritablement missionnaires. La mission vient du désir de partager sa propre joie avec les autres.

Congrès Mission  / Paris 28-29 septembre 2018🔸

…nous voulons que l’Eglise n’invite pas seulement à adhérer à des valeurs ou à entrer dans une institution mais qu’elle propose à tous les hommes et les femmes de prendre la décision claire d’abandonner leur vie entre les mains de Jésus-Christ

Thèse 1
Pour en savoir plus :

www.congresmission.com

Des scientifiques discrets éloquents

Des scientifiques discrets éloquents

La célébration du bicentenaire de la Maison-Mère prépare un colloque portant sur quelques figures de proue lazaristes.  Des noms de  confrères scientifiques émergent déjà, tels Messieurs Boré, orientaliste, David, chercheur de renommée universelle, Pouget, le penseur, Charles Jean, professeur à l’Ecole du Louvre, Huc et Gabet, les défricheurs. Comment st Vincent concilie-t-il spiritualité et science ? Quels enseignements pour nous ?

A son école, ces hommes de Dieu aiment pratiquer la discrétion. D’origine souvent modeste, plutôt issus de la campagne, ils visent le silence et la besogne cachée, au jour le jour, sans recherche du sacre et de la notoriété. Cette dernière vient souvent après leur mort, de l’extérieur et quelquefois longtemps après. Il faut que le monde s’en empare pour que la Congrégation ouvre l’œil et ose se souvenir de leur existence et de leur impact. Ce sont de simples lazaristes, plutôt adeptes de l’enfouissement, « par expérience et par nature », comme pourrait le souligner leur fondateur avec l’un de ses propos sur lui-même. Monsieur Dodin a presque caricaturé leur apparence : « Extérieurement, ces vincentiens n’ont pas fière allure  une  présentation modeste et souvent étriquée les éloigne des salons mondains. S’ils s‘y égarent ils s’y ennuient, car ils savent que leur grâce est ailleurs. Nourris de travail, éduqués dans la simplicité, ils rêvent toujours d’être les vrais amis des petits et des pauvres. Leur vocation, c’est l’accueil, l’apaisement, le renoncement à soi et aussi la simplicité qui facilite la communion des cœurs »[1].Ce sourcier des études vincentiennes n’avait pas tort d’écrire ces lignes rejoignant un littéraire de bon ton, Georges Goyau, historien prolixe de l’Eglise catholique, secrétaire perpétuel de l’Académie Française en 1938, juste quand il écrivait son ouvrage sur La Congrégation de la Mission des Lazaristes paru chez Grasset, remarqué à l’époque et oublié de nos jours. L’auteur s’arrête sur st Vincent de Paul et ses deux siècles d’élan, sur le « second fondateur » Etienne avec l’expansion universelle de la Congrégation et l’action lazariste singularisée par l’esprit missionnaire. Alors peuvent apparaître des noms et des actions, voir surgir un esprit chez quelques hommes de science remarqués.

1. Le temps de l’histoire

L’histoire de la Congrégation se concrétise à travers deux types d’hommes, les missionnaires et les penseurs dont les scientifiques. Pour connaitre ces derniers, je citerai un fin connaisseur parce que chercheur éclairé qui résume la situation au temps du fondateur et par la suite [2] : « Face aux facultés de théologie, telle que la Sorbonne, qui ont une visée uniquement intellectuelle, les séminaires ont une visée nettement pastorale. C’est une œuvre difficile, qui a connu et connaît encore bien des échecs, et qui n’a pas le prestige des universités … Chez les Lazaristes, les esprits sont divisés. Certains refusent d’y enseigner, même quand ils y sont envoyés, arguant que leur vocation, c’est les missions aux pauvres gens des champs, tel Luc Plunket” [3].  D’autres, à l’opposé, voudraient en faire l’œuvre principale, tel Bernard Codoing, ou se lancer dans le travail de spécialistes, comme François du Coudray, à qui on demandait de participer à la traduction latine de la Bible syriaque. M. Vincent s’efforce de maintenir chacun dans la ligne moyenne d’études sérieuses, mais avec le primat de la visée pastorale. [4]

Au XVIIIème siècle, l’accent est mis davantage sur l’étude, très pointue, en raison des controverses jansénistes. Les directives de M. Bonnet poussent les “régents” à un travail intensif pour eux-mêmes, qui réclame qu’ils aient chacun dans sa chambre les livres de fond, sur chaque courant, y compris les auteurs protestants ; mais les cours doivent rester selon les méthodes actives, faisant surtout travailler les séminaristes, et viser à faire des pasteurs, avec l’application pratique à la prédication et à la catéchèse. L’étude des sciences est également approfondie, si bien que, lorsque les Jésuites seront supprimés et devront quitter la Cour de Chine, les Lazaristes qui les remplaceront comme astronomes et mathématiciens de l’Empereur feront toute aussi bonne figure – mais en outre, ils iront évangéliser les villages reculés, s’apercevant que cela n’avait pas été fait ! ».

En ce XVIIIème siècle, les Séminaires deviendront l’œuvre principale des Lazaristes, il n’y aura pas de fondation de nouvelles maisons de Missions en France. Un peu plus tard s’ouvriront des Ecoles dites apostoliques, d’un siècle d’existence environ.

 Faut-il rappeler que trente ans après la tentative de st François Xavier, la Compagnie de Jésus reprit de nouveau le chemin de la Chine en 1582, avec succès cette fois. Elle introduisit la science à l’occidentale, les mathématiques et l’astronomie. En 1601, l’un des jésuites installés en Asie, Matteo Ricci, se rendit à Pékin. Les Jésuites entreprirent une évangélisation par le haut en s’intégrant au groupe des lettrés. Ils y obtinrent des conversions, mais donnèrent l’impression d’avoir des objectifs cachés, et le christianisme fut bientôt déclaré « secte dangereuse ». La Querelle des Rites leur porta le coup de grâce ; en 1773, le pape ordonna la clôture de leurs missions. Au milieu du XIXème, les missions catholiques reprirent avec les Lazaristes (dont la figure notable est st Jean-Gabriel Perboyre), et encore les Jésuites[], surtout après la première guerre de l’opium, dans les zones côtières. « Porte-sacs des Jésuites », aime-t-on répéter.

Bref, en Chine comme ailleurs, nos confrères lazaristes peuvent donc être savants et apporter aussi avec eux l’annonce évangélique.

 

2. Quel message ?

 A pressentir le détail de la vie de nos missionnaires, on pense à la maxime de st Vincent : « Il faut… de la science… Missionnaires savants et humbles sont le trésor de la Compagnie » (XI, 126-127)[5]. La fin de la conférence est porteuse de spiritualité : « ceux qui ont de l’esprit ont bien à craindre : « scientia inflat », la science gonfle, (1 Cor 8,1)  et ceux qui n’en ont point, c’est encore pis, s’ils ne s’humilient ! ». Le balancement de la phrase exprime bien celui de la pensée profonde du fondateur. Le trop-plein de savoir est dangereux, boursouffle, surtout quand il n’est pas au service de la charité. Paul l’énonce en un raccourci éloquent : « La connaissance enfle mais l’amour édifie » (1 Cor 8,1). Néanmoins, la juste connaissance est don de Dieu. Et il ajoutera plus tard : « A l’un est donné un message de sagesse, à l’autre un message de connaissance, selon le même Esprit » (1 Co 12,8). Pascal, de son côté, devait connaître ces références quand il déchantait de connaître la science de l’homme, fatigué des sciences abstraites, et concluait : « Ce n’est pas encore là, la science que l’homme doit avoir » (Pensées 687). Il faut une science qui porte du fruit, un fruit de charité. Le missionnaire savant est plus connu, selon st Vincent, par l’amour dont il témoigne, au risque de fanfaronner, et il martèle aux Filles de la Charité, toutes proportions de nécessité gardées : « Il vous suffit d’aimer Dieu pour être bien savantes (IX, 32). Tel est son legs : savoir, savoir par amour, savoir à la manière du Christ.

Et c’est selon son esprit qu’il faut allier humilité et science. Le Fils de Dieu a laissé s’anéantir aussi en lui toute connaissance divine pour ne retenir que l’apprentissage et l’expérience humaine. En lui, « reconnu homme à son aspect », il s’accomplit petit à petit, jour après jour, comme tel. Il vit l’enfouissement et la croissance, « grandissant, en taille et en sagesse », selon Luc. On sait avec quel enthousiasme, Vincent parle de l’humilité, comment il en vit et désire qu’on en vive. « Mot du guet, fondement de la perfection, nœud de la vie spirituelle, vertu des Missionnaires, elle est la marque infaillible de Jésus-Christ » et il nous confie : « C’est la vertu que j’aime le plus » (I, 284, les citations précédentes parsemant les Règles Communes).

Des nôtres ont réalisé en eux-mêmes cette alliance science-humilité. Ils ont connu bien des secrets de la nature et de l’homme mais en même temps ont su qu’ils ne savaient rien sous et sans le regard du Verbe.

***

Pour achever selon  les directives imposées par la ligne éditoriale, j’aimerai citer le plus discret de nos scientifiques, l’inoubliable occupant de la cellule 104 du couloir central du 2e étage de St Lazare, le cher Monsieur Pouget. Un soir de février 1906, il lâche à Jacques Chevalier : « Le propre de l’homme c’est Dieu », et cinq jours après ; « Jadis je rêvais de posséder bien ma mécanique céleste, et puis de m’en aller à l’éternité. Mais notre science fige le réel dans ses équations ; elle n’en suit qu’une piste. Le réel lui-même nous échappe : il est ce clapotement que je perçois lorsque je traverse la Seine … »[6].

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

A son école, ces hommes de Dieu aiment pratiquer la discrétion. D’origine souvent modeste, plutôt issus de la campagne, ils visent le silence et la besogne cachée, au jour le jour, sans recherche du sacre et de la notoriété. Cette dernière vient souvent après leur mort, de l’extérieur et quelquefois longtemps après. Il faut que le monde s’en empare pour que la Congrégation ouvre l’œil et ose se souvenir de leur existence et de leur impact.

NOTES :

[1] André Dodin, st Vincent de Paul et la charité, coll. Maîtres spirituels – Seuil 1960 p 87.

[2] Bernard KOCH : étude informatique intitulée « st Vincent et le savoir ».

[3] Le 21 mai 1659, VII, 561.

[4] Il faut, en lisant ses lettres, toujours tenir compte du destinataire de son état de vie, de ses dons et limites…peut-être de ses ambitions.

[5] On gagnerait à lire tout le contexte de cette sentence  sur l’étude (Répétition d’oraison d’octobre 1643) :

« … Quoique tous les prêtres soient obligés d’être savants, néanmoins nous y sommes particulièrement obligés, à raison des emplois et exercices auxquels la providence de Dieu nous a appelés, tels que sont les ordinands, la direction des séminaires ecclésiastiques et les missions, encore bien que l’expérience fasse voir que ceux qui parlent le plus familièrement et le plus populairement réussissent le mieux. Et de fait, mes frères, ajouta-t-il, avons-nous jamais vu que ceux qui se piquent de bien prêcher aient fait bien du fruit ? Il faut pourtant de la science. Et il ajouta de plus que ceux qui étaient savants et humbles étaient le trésor de la Compagnie, comme les bons et pieux docteurs étaient le trésor de l’Eglise…

Il ajouta ensuite quelque, moyens d’étudier comme il faut :

1° C’est d’étudier sobrement, voulant seulement savoir les choses qui nous conviennent selon notre condition.

2° Etudier humblement, c’est-à-dire ne pas désirer que l’on sache, ni que l’on dise que nous sommes savants ; ne vouloir pas emporter le dessus, mais céder à tout le monde. O Messieurs, dit-il, qui nous donnera cette humilité, laquelle nous maintiendra ! Oh! Qu’il est difficile de rencontrer un homme bien savant et bien humble ! Néanmoins cela n’est point incompatible. J’ai vu un saint homme, un bon Père jésuite, nommé …, lequel était extrêmement savant ; et avec toute sa science il était si humble, qu’il ne me souvient pas d’avoir vu une âme si humble que celle-là. Nous avons vu encore le bon M. Duval, un bon docteur, fort savant et tout ensemble si humble et si simple qu’il ne se peut davantage.

3° Il faut étudier en sorte que l’amour corresponde à la connaissance, particulièrement pour ceux qui étudient en théologie, et à la manière de M. le cardinal de Bérulle, lequel, aussitôt qu’il avait conçu une vérité, se donnait à Dieu ou pour pratiquer telle chose, ou pour entrer dans tels sentiments, ou pour en produire des actes ; et par ce moyen, il acquit une sainteté et une science si solides qu’à peine en pouvait-on trouver une semblable.

Enfin il conclut ainsi : «Il faut de la science, mes frères, et malheur à ceux qui n’emploient pas bien leur temps ! Mais craignons, craignons, mes frères, craignons, et, si j’ose le dire, tremblons et tremblons mille fois plus que je ne saurais dire ; car ceux qui ont de l’esprit ont bien à craindre : scientia inflat et ceux qui n’en ont point, c’est encore pis, s’ils ne s’humilient ! » (XI, 127 0 128)

[6] Jacques Chevalier, LOGIA  Propos et enseignements, Père POUGET, Grasset 1955, p 4