Villepreux, en marge ou au centre ?

Une réflexion dans le cadre de la célébration du 4e centenaire

21 Nov 2016 | découverte | 0 comments

Associations Internationales des Charités, Congrégation de la Mission, et par répercussion Compagnie des Filles de la charité entrent en centenaire, le quatrième du genre, celui de leur intuition. Toute la Famille Vincentienne se réjouit et les projets succèdent aux projets.

De mémoire d’homme, on a déjà vécu le tricentenaire de la mort (1960) et le quadri-centenaire de la naissance (1981) de st Vincent de Paul. L’expérience montre qu’il faut célébrer pour mieux agir, en l’occurrence pour parfaire service et évangélisation. La mémoire, elle, est servante de l’inspiration de Monsieur Vincent. Pas à pas il découvre l’urgence de sa vie, faire connaître Dieu à ceux qui n’ont pas ce bonheur par le message évangélique. C’est nous qui établissons des repères et localisons pour mieux commémorer et n’oublier personne. Il n’est pas question de contester ce que les faits imposent et les manières dont nous les utilisons pour redorer le blason vincentien et relancer la vocation qui nous est commune et que nous voudrions rendre plus attractive et voir adopter par un plus grand nombre de femmes et d’hommes.

Mais depuis l’annonce de ces festivités, une question taraude mon esprit à laquelle j’ai déjà fait allusion en débutant ce propos, quelle  est la vision unificatrice de la pensée et de l’action de st Vincent ? Par quoi est-il habité au point que cette passion soit le fil rouge de sa vie ? Quel est son  dessein fondamental, en un mot à la mode en France, quelle est sa synthèse ? Existe-il en conséquence un lieu porteur de ce dessein? Ne gagnerions-nous pas à être plus unifiant et significatif ?

PREMICES

Les commencements parisiens de Vincent Depaul sont instructifs ; très modeste distributeur d’aumônes de la Reine Margot grâce à quelques contacts bien placés, les gascons aidant, il connait un certain désœuvrement et une situation financière mauvaise, l’acquisition de l’abbaye st Léonard de Chaumes, s’étant révélée à perte. Cette impasse le sauve. Bon prêtre, il erre cherchant confusément son chemin sacerdotal. On connaît l’épisode de la tentation contre la foi. Sa générosité le tire de cette nuit de la foi et le pousse à trouver son véritable équilibre spirituel. Pendant cette période aussi difficile que salutaire, il se tourne vers l’Oratoire qui débute à Paris autour du Père de Bérulle, futur Cardinal. Les mots sont indicatifs chez Abelly : préparation du terrain, retrait du monde, accompagnement spirituel, appel de l’Eglise, mise à l’épreuve du temps car on s’attarde toujours trop peu sur ces deux années, années de germination et de maturation. Fuite en avant ? Plus probablement, mise à exécution des conseils de Bérulle. (Abelly Livre I, Chap. VII, p. 24-25. Cf. Document Texte A).

Survient de la part du supérieur de l’Oratoire,  une proposition alléchante, la charge de précepteur des enfants d’Emmanuel de Gondi, le général es Galères. On ne refuse pas pareille situation quand il reste encore des bouffées d’avancement. (Abelly Livre I, Chap. VII, p. 27-29. Document – Texte B)

Philippe-Emmanuel de Gondi, fils d’Albert de Gondi et de Catherine de Clermont, est petit-fils d’un florentin devenu banquier à Lyon ; il peut se présenter baron du Plessis-Écouis  (à l’Est de Rouen), comte de Joigny, au sud-est de Sens. Il devient Général des Galères à la mort de son Père et il fait aussi marquis des Îles d’Or (Hyères), baron de Montmirail (Champagne, sud-ouest d’Épernay), de Dampierre (département actuel de l’Aube, Champagne), et de Villepreux, à l’ouest de Versailles.  C’est au titre de Baron du Plessis qu’il fait nommer Vincent curé de Gamaches puis chanoine d’Écouis. En effet, les seigneurs même laïcs ont charge d’âmes et peuvent avoir juridiction ecclésiastique sur les abbayes et paroisses. Bien qu’en possession de nombreux domaines, Philippe-Emmanuel ne sait pas gérer sa fortune et se trouve souvent criblé de dettes. Après la mort de sa femme, il entrera à l’Oratoire, y sera ordonné prêtre et mourra le 29 juin 1662.

Il épouse Françoise-Marguerite de Silly. Celle-ci, descendante  par sa mère, du grand Raoul de Lannoy, seigneur de Folleville, au sud-est d’Amiens, est Dame de Folleville, avec Paillart, Sérévillers et Gannes, dans l’Amiénois, et par son père, Antoine de Silly, elle est aussi damoiselle de Commercy et souveraine d’Euville, en Lorraine, sur la Meuse. À partir de 1617 elle participe aux missions et aux Charités avec saint Vincent (XIII, 444, 466, 483), et meurt à la tâche le 23 juin 1625, deux moins après la fondation de la Mission, le 17 avril.

Ce couple du milieu dévot a trois enfants Pierre, Henri et le fameux François-Paul, futur cardinal de Retz qui naît en septembre 1613. Ils logent soit à Paris, rue des Petits-Champs, puis rue Pavée, soit dans un de leurs nombreux châteaux: Joigny, Montmirail, Folleville, Villepreux. Là, Monsieur Vincent, outre ses occupations dans la famille et ses prières et études, visite et catéchise les paysans. Cette dernière remarque n’est pas sans importance et gomme tout chemin fait de ruptures brutales à la manière augustinienne ou pascalienne. Au service des Gondi, le sacerdoce de Vincent ne végète pas, car notre futur saint l’exerce volontiers. Il se sent charge d’âmes et ne recule devant aucun service : catéchismes, messes, confessions et nous l’avons noté, visites, en tout cela soumis aux curés. Il reste scrupuleusement précepteur des deux enfants et confesseur de Madame. Il apaise même les ardeurs belliqueuses de Monsieur engagé dans un processus de duel. Lui, pourtant s’enferme dans une sorte de chartreuse où il rencontre doute, problèmes de santé et colère facile. Nous sommes dans les années 1613 à 1615. Sa propre foi est ébranlée…Il connaît un secours pécuniaire des Gondi, un prêt et une rente.

Et vient 1616, il y a 400 ans. Avec sa pertinence d’historienne relayée par le père Koch, homme d’expérience et de science vincentiennes, Marie-Joëlle Guillaume note « qu’elle marque pour Vincent la sortie du tunnel ». Quand Monsieur de Gondi prend possession du comté de Joigny, Vincent donne un sermon célèbre sur le catéchisme (XIII, 25). Pour lui, comme pour l’Eglise de son temps, il est nécessaire de connaître Dieu dès l’enfance et de fuir toute ignorance, sinon pas d’entrée au ciel possible. Il prêche aussi sur la communion selon les documents possédés (XIII, 33). Et, prémisse d’un autre sermon, il se préoccupe et obtient de l’évêque de Sens pour son diocèse  de pouvoir absoudre tous les péchés qui émaillent une vie (I, 20); c’est l’apparition d’un objectif missionnaire affiché, la confession générale. Nous sommes au seuil de 1617. Comme le disait le vieux chant à la gloire de st Vincent, « les blés sont murs pour la moisson ».

GANNES

Pourquoi sauter allègrement cette marche et ne pas s’arrêter un peu sur elle. Les documents n’abondent pas et il est plus facile de tout reporter sur le seul Folleville.

Les sources  en notre possession nous orientent vers quatre textes connus et eux seuls :

  • Aux Sœurs par M. Portail, 9 mars 1642 (IX, 58-59)
  • Aux Missionnaires, par M. Vincent, 25 janvier 1655 (XI, 169-170)
  • Aux Missionnaires, par M. Vincent, 17 mai 1658 (XII, 7-9)
  • Aux Missionnaires, sans date Abelly I, ch.8, 32-34 (XI, 2-5)

Abelly parle ainsi : « Or il arriva, environ l’année 1616, qu’étant allé en Picardie avec Madame qui y possédait plusieurs terres, et faisant quelque séjour au château de Folleville, au diocèse d’Amiens, comme il s’occupait à ces œuvres de miséricorde, on le vint un jour prier d’aller au village de Gannes, distant environ de deux lieues de ce château, pour confesser un paysan qui était dangereusement malade et qui avait témoigné désirer cette consolation » (Abelly I,VIII, 32-33 . Document-Texte C). Vincent reprend  ce récit dans une conférence aux Missionnaires deux ans avant sa mort (XII, 7-9) avec les variantes connues  et la symbolique véhiculée et comme sublimée. Le père Koch remarque : « d’une part, Monsieur Vincent a parlé de cet événement, puisque M. Portail le raconte aux Sœurs,  le 7 mars 1642, et nous pouvons croire Abelly lorsqu’il nous dit que Monsieur Vincent recommandait de le commémorer chaque année. On relève seulement une certaine imprécision: en 1642, le paysan avait 80 ans; en 1664, aux dires d’Abelly, il n’en avait que 60;  et les notes des entretiens de Saint Vincent ne disent pas son âge ; d’autre part, nous avons très peu de documents sur cet événement, 3 seulement: de M. Portail, le 7 mars 1642 ; de Monsieur Vincent, le 25 janvier 1655 et le 17 mai 1658.  Autrement dit, un seul du 25 janvier.  Abelly ne donne qu’une compilation de ces trois, il n’offre rien de plus. »

Gannes mérite d’être retenu comme lieu d’expérience vitale et Folleville celui de sa prolongation logique et raisonnée. Gannes éprouve et Folleville généralise. Gannes mérite une escale historico-géographique mais plus encore spirituelle. La légende s’en est emparée et le malade est devenu le meunier[1]. Tout un argumentaire veut étayer ce choix. Plus modestement, retenons que Gannes est le point de réalisation à ne pas gommer. Et avec Madame Guillaume, saluons son château médiéval, « conçu comme une forteresse en bordure des plateaux calcaires de la Somme, (qui) domine de sa masse la vallée de la Noye »[2]. Nous sommes invités à ne pas oublier l’événement provoquant vécu à ses pieds. La mine ne peut rien sans le déclencheur : Gannes est l’étincelle qui allume la mèche.

LES REFERENTS TRADITIONNELS

Dans la tradition vincentienne, Folleville s’impose comme le premier évènement phare ; Il est tellement emblématique qu’il absorbe Gannes et pourtant tous deux s’imposent au pas lent de que Vincent, « maître de sagesse », appelle celui de la Providence. Il faut tenir les deux lieux à la place qui est la leur.

Pour Gannes, à la page 2 de son ouvrage, Abelly écrit: «Or il arriva, environ l’année 1616…on le vint un jour prier d’aller au village de Gannes » et à la page suivante pour Folleville : «C’était au mois de janvier 1617 que ceci arriva » (Abelly I, VIII, 33-34 -. Document- Texte D). Le flottement dans les dates est révélateur de la réactivité normale du temps pris pour réagir, de la distance entre Gannes et Folleville et Amiens et Folleville. En ces jours-là on se met au diapason du monde rural. Pas de téléphone, pas d’internet ! Madame de Gondi prend la période de réflexion et de prière et d’échange avec son époux et son confesseur. Salon et salle à manger favorisent les conversations et le rapprochement des points de vue. Et cela vaut bien d’attendre le passage à une autre année. « Le temps change tout » écrira st Vincent un jour de novembre 1648 (III, 390).

On connaît le célèbre sermon sans savoir ce qu’il contient, toutes traces probables ayant disparu  lors du sac de st Lazare, la veille de la prise de la Bastille. On sait l’élan qu’il déclenche, la file aux confessionnaux, l’appel à l’aide des jésuites d’Amiens. Nous sommes le mercredi 25 janvier 1617 en la fête de la conversion de st Paul, fête toujours d’un symbolisme des plus évocateurs. Vincent est encore jeune, trente-six ans, et sa fougue n’a d’égale que son tempérament gascon. Avec l’âge il se souvient et bénit Dieu de l’avoir alors inspiré. De la confession il passe au catéchisme, il soigne la prédication et il répète le schéma dans les villages alentour. Il fait cela avec d’autres prêtres et y implique les curés sous le regard et l’aide de Madame de Gondi, très soucieuse du salut de siens. Folleville fait école. Il couve une intuition. Que sera cette mise à jour ?

Pour l’heure, Vincent veut une pause. Toujours guidé par son mentor du moment, Bérulle, il part pour Chatillon. La vacance de la cure tombe à pic et il répond présent pour mieux féconder son sacerdoce appâté par ces premières réalisations.

Le second biographe, Collet note un besoin intéressant, «Il se sent intérieurement poussé par l’Esprit de Dieu d’aller dans quelque province éloignée, s’employer tout entier à l’instruction et au service des pauvres de la campagne»[3].La cure de Châtillon st ce lieu idéal  et laisse Bérulle libre de ses mouvements pour l’Oratoire, en  disposant  de Bourgoing à sa guise. Les Gondi s’en mêleront par personnalités interposées au point de ne laisser le curé Depaul que six mois en place, d’août à décembre 1617.

Mais le travail réalisé en cette courte circonstance est impressionnant et il est selon l’expression de Marie-Joëlle Guillaume, « une explosion de charité ». Dans cette double  paroisse bien gérée par les prédécesseurs et récemment passée au peigne fin de la visite canonique, Vincent s’installe en août. Grâce à Louis Girard, il vit et travaille à la mode oratorienne, loge chez l’habitant, convertit à l’occasion et surtout établit au gré de l’événement la première confrérie de la Charité, frappé par ce qui le dépasse et s’impose à lui comme don de Dieu (IX, 243-244. Document – Texte E). Au soir du 20 août, une question-inspiration impose sa réponse : « Ne pourrait-on point réunir ces bonnes dames et les exhorter à se donner à Dieu pour servir les pauvres malades ? » En suite de cela, je leur montrai que l’on pourrait secourir ces grandes nécessités avec grande facilité. Aussitôt elles s’y résolurent. » (IX, 209). Le règlement du 8 décembre mettra en pratique ce qui est vécu à l’automne. Et surtout la finalité est donnée, « assister spirituellement et corporellement » les malades. Nous sommes là au cœur de la charité vincentienne. C’est pour cela et pour tout cela qu’il faut vivre de l’Esprit de Dieu, faire corps, vivre en servantes et de Matthieu 25, 40 en s’organisant par vingtaine et de façon fonctionnelle, en pratiquant une charité faite de tact et de tendresse. Selon la nouvelle expression heureuse de Madame Guillaume, « Vincent de Paul est un catalyseur de charité » (page 135). Pour l’auteur de ces lignes, le dispositif vincentien est mis en place. Il peut quitter sa paroisse la laissant dans les bonnes mains de Louis Girard (curé effectif en juillet 1618), pour laisser Bérulle en excellente intelligence avec les Gondi. La veille de Noël le voici à nouveau chez eux. Monsieur Portail s’occupe des enfants et lui est prêt pour la mission.

ET IL Y EUT VILLEPREUX

Nous sommes à l’aube de 1617 avec 2017 ! Qu’on honore Folleville et Châtillon, la puissance collective, communautaire et familiale l’exige avec raison et one saurait trop s’en réjouir. Mais peut-on passer sous silence Villepreux ? Vous dites Villepreux ? Je dis bien Villepreux, symbolisme après symbolismes.

Faute d’autres documents – les fenêtres de st Lazare ayant été ouvertes toute grandes par les révolutionnaires et leur feu ayant beaucoup annihilé dans la cour de st Lazare! – il nous reste la certitude précieuse qu’en 1618, trois charités sont établies l’une à Villepreux, les autres à Joigny et Montmirail en conclusion de chaque mission donnée. Villepreux tient le peloton de tête. Le 23 février 1618, après un nouveau tournant d’année (c’est remarquable et à croire que Noël porte fruit), Vincent propose son schéma basé sur le binôme désormais constitutif de son action, « mission & charité ». Villepreux est la première synthèse  de l’œuvre missionnaire de st Vincent. Villepreux est la mise en place d’une évangélisation originale, l’Evangile vécu avec et par le service. Villepreux est le lieu-modèle de l’évangélisation selon st Vincent, évangéliser en servant et servir en évangélisant.

D’aucuns douteront de la pertinence de cette  réflexion. Qu’ils lisent alors ce que Madame Guillaume écrit : « Villepreux, dans l’actuel département des Yvelines, est le lieu de la première grande mission et de la première confrérie après celle de Châtillon. Ses habitants du XXI ème siècle en gardent la fierté. L’aimable paroissien chez qui nous allons, à l’été 2013, chercher les clés de l’église du vieux Villepreux pour la visiter veut bien entendre parler de Châtillon-les-Dombes, mais persiste à rappeler que c’est Villepreux qui fut, de toute la France, le lieu de cette première réalisation conjointe. Ville ancienne et ville moderne vivent aux couleurs de Vincent de Paul. L’Eglise Saint-Germain l’Auxerrois, dont les parties les plus anciennes remontent au XII ème siècle, retrace dans la chapelle saint-Vincent de son chœur le travail accompli ici. La rue qui descend de l’église vers la route, laissant à droite la rue des Orfèvres, offre au regard du visiteur la façade de la « maison Saint-Vincent » : trois maisons mitoyennes d’époque médiévale restaurée par la commune. C’est là que fut fondée en 1618 la confrérie de la charité.[4]»

L’Histoire ne se nourrit pas avec sûreté des sites via internet mais depuis  le 14 mars dernier on peut lire cette annonce à propos du château démoli en 1885 puis reconstruit : « A vendre propriété, comprenant un château du XIXe siècle de 1 080 m2 et un autre construit au XXe de 980 m2 avec dépendances, serres, tennis, maisons de gardiens, écuries avec 20 boxes à chevaux…Le tout dans l’axe du grand Canal du château de Versailles.»[5] Le lecteur avisé le comprend, il s’agissait du château des Gondi, preuve tangible de la présence de st Vincent. « Le blog de Jean-Pierre » est non moins intéressant parce que bien illustré au risque de séduire ceux qui doutent de l’historicité des trois maisons. Il est vraisemblable que l’une des maisons matérialise le lieu où sera fondée douze plus tard, l’école de filles puis de garçons,  suivie par Louise de Marillac dès 1630, lors de ses deux visites à Villepreux. Germaine, fille du village, sera la première institutrice fille de  la charité. [6]Quant à l’église st Germain, elle garde la date de 1618 comme la preuve de l’action missionnaire de st Vincent.

L’essentiel est l’événement que nous est transmis par Collet : «  Dès le commencement de l’année suivante, il prit des arrangements pour faire une mission à Villepreux, et dans les lieux circonvoisins. Cette fonction que des ecclésiastiques, qui sont souvent bien minces en tout sens, regardent comme au-dessous d’eux, ne rebuta pas des personnes du premier mérite, et qui occupaient des places distinguées. M. Cocqueret, Docteur de la maison de Navarre, Messieurs Berger et Gontière, Conseillers-Clercs au Parlement de Paris[7], et plusieurs autres vertueux prêtres, se joignirent à Vincent, et entreprirent avec lui cette bonne œuvre. On ne se borna pas aux secours spirituels, on tâcha de remédier aux nécessités temporelles ; et pour les prévenir, autant qu’il était possible, le saint établit à Villepreux la Confrérie de la Charité, sous l’autorité de M. le Cardinal de Rets évêque de Paris, qui en avait approuvé les Règlements.»(Collet I, 87) Au-delà du style ronflant, Monsieur Vincent soigne ses relations professionnelles, un docteur d’un célèbre collège[8] et des conseillers au Parlement de la capitale avec une première équipe de prêtres diocésains, ce qui est nouveau ; mais pointe en plus une méthode et un règlement.

La méthode missionnaire s’impose pour l’évangélisation des campagnes, petits et grands catéchismes, prédications, confessions générales, extinction des procès, visites des malades, les sermons étant sans cesse remis sur le chantier pour un apport efficace et adapté et construits pour rappeler les grandes vérités de la foi[9]. Evangéliser à la manière vincentienne, au sens plénier, c’est enseigner, réconcilier, s’engager et engager. Toute mission fonde une charité sur le modèle de Châtillon avec des constructions qui trouvent leur vocabulaire et leur règle juste après Villepreux, avec le règlement de Joigny. Villepreux est donc le lancement d’une opération destinée à se perpétuer.

Une autre observation de justice s’impose ; les missions lancées par st Vincent ne sont pas innovation ; «C’est dans l’air ! ». Les confréries aussi ; les dominicains ont déjà le Rosaire, les jésuites la Bonne-Mort. Tous veulent annoncer Jésus-Christ parce que comme le dit Brejon de Lavergnée, « la société tout entière peut être régénérée par la grâce ».

Villepreux est aussi emblématique pour une autre raison et qui a nom connu, Louise de Marillac. Les premiers missionnaires en effet, fondent les confréries non sans mal et oppositions, et veulent leur assurer pérennité. Lorsque Louise va rencontrer Vincent de façon décisive vers 1624 – 1625[10], en se mettant sous sa direction, il veut la sortir d’elle-même ; il songe alors à lui confier la charge de visiter et de conforter les confréries de charité. Entre 1629 et 1633, elle va inspecter quelques trente charités dont Villepreux. Vers 1630, une lettre circonstanciée marque des relations difficultueuses avec le curé du moment: qu’elle fasse acte de soumission lui dicte Monsieur Vincent (vers Avril 1630 – I, 81-82. Document – Texte F). Monsieur Vincent maintiendra toujours cette docilité aux curés, maitres chez eux. Sœur Elizabeth Charpy parle à ce propos et c’est très fin, d’une confiance gagnée.[11] Nous disons aujourd’hui collaboration qui implique la sincérité réciproque. Brejon de Lavergnée note à propos de ces visites : «  Ses visites relèvent de eux modèles, missionnaire et pastoral : missionnaire en ce qu’elle ‘a pas de territoire propre et  qu’elle suit en tout lieu les Lazaristes pour entretenir la flamme de leurs prédications et les confréries qu’ils ont fondées ; pastoral ou borroméen, car en « prélat réformateur», Louise se livre à de véritables chevauchées dans son « diocèse » charitable ou elle réforme et stimule les « paroisses » dont elle a la charge c’est-à-dire les confréries[12]. ». N’oublions pas que saint Jean XXIII l’a proclamée « patronne de tous les travailleurs sociaux chrétiens ». A ce titre, elle mériterait le calendrier liturgique universel.

La charité de Villepreux s’enracine avec le temps. Lors d’un deuxième voyage, Louise modifie le Règlement et l’ajuste aux exigences du moment, élection des officières, visites régulières des malades, fréquentation des sacrements, confessions et communions pour le décès de chaque « sœur ».

« Sœur » ? Déjà pointe un vocabulaire spécialisé et le lecteur averti verra se profiler une autre figure caractéristique, Marguerite Naseau, peut-être dès 1630. Elle sera maîtresse d’école à Villepreux, envoyée à St Sauveur à Paris et redirigée sur Villepreux le 12 octobre  1631 – I, 131) ; on sait qu’elle ouvre la porte aux filles de la charité, ces « bonnes filles de village »qui viennent au secours des confréries des villages et des Charités parisiennes. La Charité n’a pas de limites et frontières…et 1633 n’est pas loin.

Une autre figure dominante dont il faut absolument parler reste celle de Madame de Gondi. Elle est Villepreux ; châtelaine, elle porte une responsabilité exemplaire. Elle a poussé Monsieur Vincent à revenir sur ses terres, elle le presse à monter en chaire, elle vit jusqu’à l’inquiétude la question : « quel remède ? ». Avant de fonder la Congrégation de la Mission avec Monsieur de Gondi, elle s’investit corps et âme sur Villepreux. Elle ne connaît aucun repos et le 23 février après vêpres, la confrérie est organisée en sa présence. Elle devient indispensable au point des signer l’établissement de la charité de Montmirail avant Monsieur Vincent…noblesse oblige. (XIII, 464. Documents – Texte G)

Dans le même temps, Vincent fait confiance à ste Louise, la protège contre elle-même et son manque de pondération dans le zèle ; il l’aide à discerner les bonnes voies qui mènent à la naissance de la Compagnie. Il est cofondateur à sa  manière. Il revient à Villepreux « au vent de la Fronce » en janvier 1649. Après discernement, il décide de quitter st Lazare pour aller à Saint Germain, trouver la Reine Mère en plénipotentiaire confiant mais osé…et téméraire dans son entretien avec Mazarin. Il quitte les lieux et se réfugie à Villepreux chez M. de Gondi durant une semaine. En  effet celui-ci s’est réfugié au château de Villepreux. En compagnie du frère Ducournau, Vincent le quitte au bout d’une semaine et part pour une aventure sans précédent…Une sorte d’exil actif…

LA SYNTHESE VINCENTIENNE

Villepreux met en œuvre ce que Vincent a capté « par expérience et par nature ». Il a touché du doigt ce qu’un christianisme trop ritualiste lui avait fait oublier : messes dominicales, pratiques habituelles du baptême aux funérailles. A Folleville, il  réalise la grande ignorance du peuple et Madame de Gondi amplifie cette dure et palpable réalité : « le pauvre peuple se damne », et lui ajoutera et déploiera : « faute d’entendre les vérités à salut ». L’urgence est d’évangéliser, de proclamer les lignes de force de la foi, de rendre familier l’enseignement de Jésus et de son Evangile et la découverte de sa personne. Tout cela impose une prédication soignée, un catéchisme pour enfants et pour adultes et une éthique adaptée.

Mais l’expérience de st Vincent lui dicte un autre point d’attention : poursuivre la formation par l’engagement. Tout chrétien formé et devenu plus conscient de ses responsabilités baptismales ne peut que vivre sa foi par le service de l’autre et du plus faible, le malade, l’isolé, le  faible en ressources, bref, le pauvre, en situation de visite et de réconfort « corporel et spirituel ». L’expérience de Châtillon s’emboîte dans celle de Folleville. Et c’est ainsi que celle de Villepreux devient exemplaire et globalisante.

Villepreux est à percevoir comme le premier type achevé de l’engagement missionnaire porté à sa perfection par la charité. Toute mission donnée se termine par la création d’une association de charité. La Parole de Dieu engendre le service du frère, la diaconie pour reprendre un mot récent. L’une ne va pas sans l’autre. Et l’un éclaire l’autre. Fractionner ce binôme est une altération préjudiciable à l’esprit vincentien. D’autres binômes s’y retrouvent: Vincent et Louise, religieux et prêtres diocésains, clercs et laïcs, congrégation de la Mission et Charités, Charités et Filles de la Charité en éclosion.

En célébrant Villepreux et son anniversaire au début de 1618, on pourrait en même temps, consacrer à nouveau cette union qui reste comme la marque de fabrique de la tâche vincentienne. La fidélité revendique cette lecture synthétique; s’y tenir équivaut à une ampliation de la marche en avant que suppose aujourd’hui la vie et l’action car nous sommes toujours cofondateurs pour notre temps. Comme le dirait le père Philippe Lécrivain sj, nous avons à continuer le récit fondateur, à écrire encore les actes de l’Eglise au prix d’une conversion jamais achevée et d’un engendrement qui nous fait « narrateurs et fondateurs »[13] de la Congrégation, avec st Vincent et les premiers confrères. Les formes se modernisent et s’adaptent mais le fond reste : tenir Mission et Charité indissolublement unis. Voilà un possible chemin et un lieu symbole porteur, celui de l’unification de la vocation vincentienne.

Puisse cet embryon de perspectives ouvrir un dialogue, voire un débat.

 

Documents complémentaires

TEXTE A

« Quoique M. Vincent fût bien résolu de se donner parfaitement à Dieu et de lui rendre tous les services qu’il pourrait, dans l’état ecclésiastique, cet accident néanmoins qui lui arriva lui servit comme d’un nouvel aiguillon, et le bon usage qu’il en fit attira sur lui de nouvelles grâces, qui le portèrent encore plus fortement à l’exécution de ses bonnes résolutions. Et voyant que cette demeure où il avait été obligé de se retirer à son arrivée dans Paris, parmi des personnes laïques, était peu convenable au désir que Dieu lui avait inspiré de se mettre dans une vie vraiment ecclésiastique, il se résolut de s’en retirer; et la bonne estime que sa vertu lui avait acquise lui fit trouver accès chez les RR. PP. de l’Oratoire, qui le reçurent en leur maison, non pas pour être agrégé à leur sainte Compagnie, ayant lui-même déclaré depuis qu’il n’avait jamais eu cette intention, mais pour se mettre un peu à l’abri des engagements du monde, et pour mieux connaître les desseins de Dieu sur lui et se disposer à les suivre. Et sachant bien que nous sommes aveugles en notre propre conduite, et que le plus assuré moyen pour ne se point détourner des voies de Dieu, est d’avoir quelque ange visible qui nous conduise, c’est-à-dire quelque sage et vertueux directeur qui nous aide par ses bons avis, il crut ne pouvoir faire un meilleur choix, que celui même qui conduisait avec tant sagesse et de bénédiction cette sainte Compagnie de l’Oratoire, qui était alors le révérend Père de Bérulle, comme nous avons dit, dont la mémoire est en odeur de sainteté. M. Vincent donc lui ayant ouvert son cœur, ce grand serviteur de Dieu, qui avait un esprit des plus éclairés de ce siècle, reconnut incontinent que Dieu l’appelait à de grandes choses; et l’on dit même qu’il prévit dès lors et qu’il lui déclara que Dieu voulait se servir de lui pour lui rendre un signalé service dans son Église, et pour assembler à cet effet une nouvelle communauté de bons prêtres qui y travailleraient avec fruit et bénédiction.

Il demeura environ deux ans en cette retraite, et pendant ce temps-là, le R. Père Bourgoing, qui était pour lors curé de Clichy, ayant eu dessein de quitter cette cure pour entrer en la congrégation de l’Oratoire, dont il a été depuis très digne supérieur général, le R. Père de Bérulle porta M. Vincent à accepter la résignation qui lui fut faite de cette cure, pour commencer par ce lieu-là à travailler en la vigne du Seigneur. A quoi M. Vincent acquiesça par esprit d’obéissance, étant bien aise, en rendant ce service à Dieu, d’avoir quelque occasion de s’humilier, et de préférer la condition de simple curé d’un village aux autres plus avantageuses et plus honorables dont il pouvait se prévaloir. » (Abelly Livre I, Chap. VII, p. 24-25)

 

TEXTE B

« Ce fut environ l’an 1613 que le Révérend Père de Bérulle porta M. Vincent à accepter la charge de précepteur des enfants de messire Emmanuel de Gondi, comte de Joigny, alors Général des galères de France, et de dame Françoise Marguerite de Silly, son épouse, femme d’une excellente vertu, d’autant plus digne d’être estimée que la piété était en ce temps-là plus rare parmi les personnes de la Cour. Et ce choix qui fut fait de M. Vincent pour cet emploi n’est pas une petite preuve du jugement avantageux que ce premier Supérieur général de l’Oratoire faisait de sa vertu et des bonnes qualités de son esprit, le donnant à une famille des plus pieuses et des plus illustres du Royaume, et lui confiant la conduite et l’éducation de trois jeunes seigneurs de grande espérance,  dont l’aîné est Duc et Pair de France;  le second a été élevé à la dignité de Cardinal de la sainte Église[14].& pour le troisième, qui promettait beaucoup pour les belles qualités de corps et d’esprit dont il était doué, Dieu le retira de ce monde à l’âge de dix ou onze ans, pour lui donner dans le Ciel un partage plus avantageux que celui qu’il eût trouvé sur la terre. » (Abelly Livre I, Chap. VII, p. 27-29

 

TEXTE C

 « Or il arriva, environ l’année 1616, qu’étant allé en Picardie avec Madame qui y possédait plusieurs terres, et faisant quelque séjour au château de Folleville, au diocèse d’Amiens, comme il s’occupait à ces œuvres de miséricorde, on le vint un jour prier d’aller au village de Gannes, distant environ de deux lieues de ce château, pour confesser un paysan qui était dangereusement malade et qui avait témoigné désirer cette consolation ». Or, quoique ce bon homme eût toujours vécu en réputation d’un homme de bien, néanmoins M. Vincent, l’étant allé voir, eut la pensée de le porter a faire une confession générale, pour mettre son salut en plus grande sûreté; et il parut, par l’effet qui s’ensuivit, que cette pensée venait de Dieu, qui voulait faire miséricorde à cette pauvre âme et se servir de son fidèle ministre pour la retirer du penchant du précipice où elle allait tomber; car, quelque bonne vie que cet homme eût menée en apparence, il se trouva qu’il avait la conscience chargée de plusieurs péchés mortels qu’il avait toujours retenus par honte, et dont il ne s’était jamais accusé en confession, comme lui-même le déclara et publia hautement depuis, même en la présence de Madame, qui lui fit la charité de le venir visiter. «Ah ! Madame (lui dit-il) j’étais damné si je n’eusse fait une confession générale, à cause de plusieurs gros péchés dont je n’avais osé me confesser.»… Ce fut cette grâce qui fit cette salutaire opération dans le coeur de ce paysan, que de lui faire avouer publiquement, et même en présence de Madame la Générale, dont il était vassal, ses confessions sacrilèges et les énormes péchés de sa vie passée; ce qui fit que cette vertueuse dame, touchée d’étonnement, s’écria, adressant la parole à M. Vincent: «Ha! Monsieur! Qu’est-ce que cela? qu’est-ce que nous venons d’entendre ? Il en est sans doute ainsi de la plupart de ces pauvres gens. Ha ! si cet homme, qui passait pour homme de bien, était en état de damnation, que sera-ce des autres qui vivent plus mal? Ha ! Monsieur Vincent, que d’âmes se perdent ! Quel remède à cela ? » (Abelly I,VIII, 32-33).

 

TEXTE D

«C’était au mois de janvier 1617 que ceci arriva: et le jour de la conversion de saint Paul, qui est le 25, cette dame me pria, dit monsieur Vincent, de faire une prédication en l’église de Folleville pour exhorter les habitants à la confession générale; ce que je fis. je leur en représentai l’importance et l’utilité, et puis je leur enseignai la manière de la bien faire: et dieu eut tant d’égard a la confiance et à la bonne foi de cette dame (car le grand nombre et l’énormité de mes péchés eut empêché le fruit de cette action) qu’il donna la bénédiction a mon discours: et toutes ces bonnes gens furent si touches de dieu, qu’ils venaient tous pour faire leur confession générale. Je continuai de les instruire et de les disposer aux sacrements, et commençai de les entendre. mais la presse fut si grande, que ne pouvant plus y suffire avec un autre prêtre qui m’aidait, Madame envoya prier les révérends pères jésuites d’Amiens de venir au secours; elle en écrivit au révérend père recteur qui y vint lui-même, et, n’ayant pas eu le loisir d’y arrêter que fort peu de temps, il envoya pour y travailler en sa place le révérend père Fourche, de sa même compagnie, lequel nous aida a confesser, prêcher et catéchiser, et trouva par la miséricorde de Dieu de quoi s’occuper. Nous fumes ensuite aux autres villages qui appartenaient à madame en ces quartiers-là, et nous fîmes comme au premier: il y eut grand concours et Dieu donna partout la bénédiction. et voilà le premier sermon de la mission, et le succès que Dieu lui donna le jour de la conversion de saint Paul: ce que Dieu ne fit pas sans dessein en un tel jour.» (Abelly I, VIII, 33-34)

 

TEXTE E

Vous saurez donc qu’étant auprès de Lyon en une petite ville où la Providence m’avait appelé pour être curé, un dimanche, comme je m’habillais pour dire la sainte messe, on me vint dire qu’en une maison écartée des autres, à un quart de lieue de là, tout le monde était malade, sans qu’il restât une seule personne pour assister les autres, et toutes dans une nécessité qui ne se pouvait dire. Cela me toucha sensiblement le coeur. Je ne manquai pas de les recommander au prône avec affection, et Dieu, touchant le coeur de ceux qui m’écoutaient, fit qu’ils se trouvèrent tous émus de compassion pour ces pauvres affligés.

L’après-dînée il se fit assemblée chez une bonne demoiselle de la ville pour voir quel secours on leur pourrait donner, et chacun se trouva disposé à les aller voir et consoler de ses paroles et aider de son pouvoir. Après les vêpres, je pris un honnête homme, bourgeois de la ville, et nous mîmes de compagnie en chemin d’y aller. Nous rencontrâmes sur le chemin des femmes qui nous devançaient, et, un peu plus avant, d’autres qui revenaient. Et comme c’était en été et durant les grandes chaleurs, ces bonnes dames s’asseyaient le long des chemins pour se reposer et rafraîchir. Enfin, mes filles, il y en avait tant, que vous eussiez dit des processions. (IX, 243-244)

TEXTE F

Il est fort difficile, Mademoiselle, de faire quelque bien sans contrariété ; et pource que nous devons, autant qu’il nous est possible, soulager la peine d’autrui, je pense que vous feriez un acte agréable à Dieu de voir Monsieur le curé (3), de lui faire vos excuses de ce que, sans son avis, vous avez parlé aux sœurs de la Charité (4) et aux filles, que vous en pensiez faire à Villepreux tout simplement comme à Saint-Cloud et ailleurs, et que cela vous apprendra votre devoir une autre fois, et, s’il ne le trouve pas bon, que vous en demeuriez là. Et mon avis est que vous le fassiez. Notre-Seigneur retirera peut-être plus de gloire de votre soumission que de tout le bien que vous pourriez faire. Un beau diamant vaut plus qu’une montagne de pierres, et un acte de vertu d’acquiescement et de soumission vaut mieux que quantité de bonnes œuvres qu’on pratique à l’égard d’autrui. (vers Avril 1630 – I, 81-82)

 

TEXTE G

  « Au nom de la très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Sachent tous qu’il appartiendra que cejourd’hui onzième de novembre mil six cent dix-huit, en l’église Saint-Etienne de Montmirail, le peuple étant assemblé, moi, Vincent de Paul, prêtre et aumônier de dame Françoise-Marguerite de Silly, comtesse de Joigny, etc., et dame dudit Montmirail, en vertu de la permission de Monseigneur et Révérend Père en Dieu Jérôme, par la grâce de Dieu évêque de Soissons, donnée à madite dame, de faire établir l’association de la Charité en ladite ville et autres siens villages, dépendants dudit diocèse de Soissons, j’ai procédé audit établissement de l’association de la Charité, du consentement de Jean Delaistre, prieur dudit Montmirail, absent à cause de sa maladie, et en la présence de Christophe Bourdelet, son vicaire, ayant premièrement fait entendre au peuple en qui consiste ladite association et fait lecture des règlements d’icelle et de la permission de mondit seigneur de Soissons, le tout cidessus transcrit. Et ce fait, étant en la chapelle ci-devant nommée de Saint-Nicolas et maintenant choisie par ledit sieur prieur pour servir à ladite association, ai admonesté les femmes qui désireront se mettre en ladite association de s’approcher et donner leur nom. Sur quoi se sont présentées: premièrement, madite dame la comtesse, laquelle, avec les sousnommées, a désiré être de ladite association; puis demoiselle Barbe le Juge, femme de Monsieur le lieutenant Bonseré; Mademoiselle Chambelin…Puis ai procédé à l’élection des officières de ladite association, selon ledit règlement, à 1a pluralité des voix; et a été nommée pour prieure Mademoiselle la lieutenante; pour première assistante, Mademoiselle Chambelin; et pour deuxième assistante, Madame de la Saulssaye, du consentement de toutes lesquelles je leur ai laissé Nicolas Pullen, prêtre, pour recteur de ladite association. Ce qui a été fait audit Montmirail, les jour et an que dessus, en présence des soussignés.

Françoise-Marguerite de Silly. | Delaistre. | V. Depaul. | B. Le Juge. | Jeanne de. | Marie des Essarts. | Marie Varle. | Françoise Darthois. | Claude Vinot. | Julienne Broizot. | Anne Lhermitte. » (XIII, 464-467)

Jean-Pierre Renouard

Jean-Pierre Renouard

26 novembre 1934. Ecole publique de Ribaute (Gard), Prime-Combe, Lycée d’Alès (Gard). Séminaire interne Dax- Etudes à Paris et à Rome. Vocation 21 octobre 1955. Vœux 14 avril 1963 et Ordination sacerdotale le 5 avril 1964. Habite au Berceau pour la quatrième fois (Marseille, CIF, Catus, Limoges)
Explications :
[1] L’église possède un grand Christ en bois recouvert de plâtre et datant de sa fondation, un confessionnal Renaissance et deux chapelles latérales en bois, avec statues en bois du XVIIIème. Une dalle verticale rappelle que le cœur de M.F.de Lannois, ancien seigneur du lieu, est placé dans le mur. L’église est connu chez les historiens de St-Vincent-de-Paul, car ce saint s’y rendit en janvier 1617, alors qu’il résidait au château de Folleville, dans la famille de Gondi et convertit le meunier mourant. Se rendant compte du manque de prêtre pour desservir les campagnes, St-Vincent de Paul créa à l’occasion de cet incident, la congrégation des prêtres de la Mission. C’était une secte de prêtres missionnaires (sic !) qui se rendaient partout où les villageois n’étaient pas évangélisés (Site officiel – http://www.mairie-gannes.fr/default/)

[2] Vincent de Paul, un saint au grand siècle » p 116)

[3] Collet  I, 53

[4] Op.cit. 138-139

[5]https://www.google.fr/#q=villepreux et on peut aussi voir avec intérêt l’intérieur de l’église en http://villepreuxlesclayes.catho78.fr/wp1/faites-le-tour/saint-germain/ et plus encore avec un brin de patience, vertu chère aux internautes… et le blog de Jean-Pierre sur http://jeanpierrekosinski.over-blog.net/pages/La_Maison_SaintVincent_a_Villepreux-1919914.html

[6] Matthieu Brejon de Lavergnée- « Histoire des filles de la charité » – Fayard 2011- p 140

[7] « Essai historique sur l’influence de la religion en France pendant le dix – septième siècle » – Michel Pierre et Joseph Picot –Louvain 1824. Il est coutumier d’ajouter à des premiers missionnaires Messieurs Duchesne, archidiacre de Beauvais et Feron, archidiacre de Chartres selon Abelly. (I, LI, 54-55).

[8] Le collège royal de Navarre, à l’instar de quelques autres grands établissements parisiens, conserve, à l’époque moderne, la double vocation qu’il avait déjà au Moyen Âge. Il accueille, comme un collège d’exercice, enfants et adolescents, qui suivent des cours de grammaire, de physique et de rhétorique, mais il offre aussi, comme un collège universitaire, des bourses à des étudiants des facultés supérieures. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, il bénéficie d’un grand prestige et reçoit, en 1752, la première chaire de physique expérimentale, confiée à l’abbé Nollet. Les plus riches familles y envoient leurs enfants : Richelieu et, plus tard, Condorcet étudient au Collège de Navarre.(Larousse, dictionnaire de l’Histoire de France) Cocqueret est natif de Pontoise, né pauvre en 1592, philosophe et théologien brillant, très en Cour, sondé par Richelieu pour être son directeur de conscience, ce qu’il refuse tout comme l’épiscopat ; il appartient au cercle Duval ; il est l’ami de Vincent et de François de Sales. Venu supérieur général des carmélites, Il mourra à Marseille en 1655 en allant visiter les Carmélites.

[9] Il inventera même la première communion sous l’inspiration de Bourdoise.

[10] D’aucuns admettent qu’ils se sont croisés beaucoup plus tôt…

[11] Sr Elizabeth Charpy « Contre vents et marées, Louise de Marillac, chapitre 4,Au services des confréries de la charité

[12] Brejon Op. cit. p 117

[13] Relire et vivre son article « Mission, communauté, insertion, charisme » dans le cahier vincentien N° 222