Marie de Magdala : Apostola Apostolorum ! Une figure pascale

(Jean 19,25-27 ; 20,1-18)

Nombreuses figures sont évoquées pendant le temps pascal. Marie de Magdala, selon l’évangile de saint Jean, est l’une des plus attachantes [1]. Elle est présente au pied de la croix de Jésus avec le Mère de Jésus et le Disciple bien-aimé et elle est encore présente, de bon matin, au tombeau. On pourrait dire qu’elle fait vraiment partie « des amis de Jésus » : fidèle dans l’épreuve comme dans le bonheur !

Marie de Magdala est la femme de l’amour gratuit et de l’amour de la première heure : « Le premier jour de la semaine, à l’aube, alors qu’il faisait encore sombre, Marie de Magdala se rend au tombeau et voit que la pierre a été enlevée du tombeau » (20,1). Sa visite n’a pas de but précis, puisque à la différence des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), elle ne vient pas porter des aromates ; Nicodème l’a déjà fait à sa place. Les mains vides « elle vient seule, poussée par un profond désir, pour une ultime rencontre avec celui qu’elle aimait et qu’elle croit mort. Ainsi pourrait-elle conduire son deuil jusqu’à son terme [2] ».

Les premières paroles de la Madeleine lui attribuent un « rôle d’intermédiaire ». Constatant que le tombeau est ouvert, elle revient le dire à Pierre et au Disciple que Jésus aimait : « On a enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis » (Jn 20,2). Par la suite, elle constate l’absence, la perte de la visibilité du corps de son bien-aimé Jésus. Expérience universelle et douloureuse après la mort d’un être cher ! Mais elle pleure et « tout en pleurant elle se penche vers le tombeau » (20,11). A ce moment-là, elle est incapable d’interpréter le tombeau vide comme un signe [3]. Elle est triste et le motif de sa peine tient dans « la radicale absence de son Seigneur : non seulement Jésus est mort, mais encore sa dépouille a disparue [4] ». Alors, des anges l’interrogent : « ‘Femme pourquoi pleures-tu ?’. Elle répondit : ‘on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis’ » (20,13). Combien elle a du mal à rentrer dans le mystère ! Jésus, qu’elle ne reconnaît pas l’interroge à son tour : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » (20,15). Le texte précise qu’elle se tourne en arrière, vers le passé. Le Christ ressuscité est devant ! Il faut encore qu’elle se retourne, qu’elle fasse un tour complet ; c’est-à-dire qu’elle se convertisse !

Une chose est certaine, « la disciple » est à la recherche de celui qu’elle a perdu. L’aveuglement de Marie est riche de sens à un double niveau : d’une part, personne, même pas elle, ne peut accéder à la foi par ses seules forces ; d’autre part, seule la Parole du Christ peut remplir ce rôle, seul l’envoyé de Dieu peut susciter la foi. A ce moment-là, le Bon Pasteur du ch. 10, qui connaît ses brebis et dont les brebis connaissent la voix, l’appelle par son prénom : MARIA ! Elle, se retournant complètement, lui dit littéralement : « mon rabbi » ! Pour elle, le Ressuscité n’est personne d’autre que le Jésus terrestre réanimé, le Jésus d’avant la croix ; c’est pour cela qu’elle veut le toucher, l’agripper ! Au lieu de rester là, à retenir le Christ, le Ressuscité lui ordonne de le lâcher car elle a mieux à faire ! Elle doit faire le deuil de ce corps à jamais perdu et rentrer dans une dimension pascale de la foi. C’est pour cela que l’on peut dire que « la foi pascale est la quête à corps perdu, d’un corps perdu [5] ! ». Cela veut dire, que la foi est une recherche de ce Jésus vivant, à jamais perdu, qui doit se faire avec tout l’être, avec toute l’intelligence, avec toutes ses forces et toute son âme !

Marie de Magdala devient alors missionnaire… La première missionnaire qui porte la Bonne Nouvelle de la Résurrection aux apôtres, à ceux qui sont devenus désormais frères de Jésus, parce qu’enfants du même Père : Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit » (20,17-18). Celle qui a commencé par la recherche d’un corps perdu, fini par aider à constituer un autre corps : le corps ecclésial du Ressuscité.

 

Il est bon de reprendre la question du Ressuscité à Marie de Magdala : « QUI CHERCHES-TU ? ».

 Rappelez-vous que notre cheminement dans la vie consacrée a commencé par une question identique. Cette question est et sera toujours importante et essentielle. Nous n’y pourrons jamais répondre de manière définitive, nous ne comprenons pas toujours pourquoi nous sommes encore sur cette voie ! « Pour la plupart, nous restons en fin de compte parce que, comme Marie de Magdala au jardin, nous cherchons le Seigneur. Une vocation, c’est l’histoire d’un désir, d’une soif. Nous restons parce que nous sommes accrochés à l’amour, et non à la promesse d’un accomplissement personnel (individuel) ou d’une carrière [6] ».

Ne soyez pas étonnées enfin, si quelquefois, comme Marie de Magdala, vous traversez des périodes de doute et vous avez l’impression d’avoir perdu le Seigneur. Même si cela semble difficile à comprendre, « Il nous faut perdre le Christ pour pouvoir le retrouver, incroyablement vivant et étonnamment proche. Nous devons le laisser partir, nous désoler, pleurer son absence, pour pouvoir découvrir Dieu plus proche de nous que nous n’aurions su l’imaginer… Être désorientés, devenir comme Marie au jardin, ne sachant ce qui se passe, participe à notre formation. Sans quoi nous ne serions jamais surpris par une nouvelle intimité avec le Seigneur ressuscité [7] ».

Roberto GOMEZ, CM 🔸

Roberto Gomez

Roberto Gomez

C.M.
Print Friendly, PDF & Email

Une chose est certaine, « la disciple » est à la recherche de celui qu’elle a perdu

Notes :

[1] St Jean propose dans son évangiles plusieurs femmes qui ont un rôle important : la Mère de Jésus, La Samaritaine, la femme adultère, Marthe et Marie, Marie de Magdala.

[2] Cf. A. MARCHADOUR, Les personnages dans l’évangile de Jean. Miroir pour une christologie narrative, Paris, Cerf, 2011 (2° édition), p. 120.

[3] J. ZUMSTEIN, L’Évangile selon Jean (13-21), Genève, Labor et Fides, 2007, p. 271.

[4] Idem, p. 277.

[5] Expression utilisée souvent à l’oral par X. THEVENOT.

[6] Cf. T. RADCLIFFE, « Je vous appelle mes amis », Paris, Cerf, 2000, p. 283.

[7] Idem, p. 286.