Saint Vincent, homme pratique

Par hérédité, naturel et expérience, st Vincent se montre un esprit très pratique. Si, par ailleurs, on le voit discret sur sa propre vie intérieure et ses expériences mystiques, telles sa sortie de tentation contre la foi et sa vision des trois globes au moment de la mort de Ste Jeanne de Chantal, toutes deux attribuées à une tierce personne, il n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis.

Cette brève introduction voudrait allécher le chercheur et le lecteur des écrits vincentiens à approfondir cette présentation aisément repérable d’un saint nanti de l’expérience humaine.

Un esprit toujours présent 

Un épisode sans fioritures donne le ton et dit quelque chose de très présent à son état d’esprit permanent. Vers la fin de sa vie, Monsieur Vincent reçoit chez lui, un jeune homme de 27 ans, nommé Antoine Durand. Sujet d’élite, né en 1659 à Beaumont-sur-Oise, est ordonné en 1654 en Pologne. L’année d’après, il rentre en France, désigné très vite comme supérieur de la maison d’Agde où il vient d’être placé[1].Il y a là une maison de mission, un séminaire, une paroisse comme terrain d’apprentissage des séminaristes, ce qui montre déjà un choix stratégique voulu.

 Sa rencontre avec st Vincent qui le mandate, est devenue pour lui et nous- mêmes, un guide spirituel que nous pouvons lire et méditer avec grand profit[2]. On y trouve des réflexions pertinentes sur la conduite des séminaristes, les dispositions à avoir, les conseils de vie intérieure, l’importance de l’oraison, la nécessité de l’humilité, la dépendance du Christ, la déférence des personnes en état de supériorité à la nôtre, et tout à coup, au hasard d’une interruption, cette ultime brève spirituelle :

« Enfin, il faut que vous soyez comme le ciel : Vos estis sal terrae, empêchant que la corruption ne se glisse dans le troupeau dont vous serez le pasteur », quand le copiste, secrétaire, ou le père reconstituant ces propos, le soir à la chandelle, note :

« Après que M. Vincent m’eut dit tout ce que dessus, avec un zèle et une charité que je ne puis expliquer, il survint un frère de la Compagnie, lequel lui parla de quelque affaire temporelle qui regardait la maison de Saint-Lazare ; et lorsque ce frère fut sorti, il prit de là occasion de me donner les avis suivants : » –

« Vous voyez, Monsieur, comme des choses de Dieu, dont nous parlions à présent, il me faut passer aux affaires temporelles ; de là vous devez connaître qu’il appartient au supérieur de pourvoir non seulement aux choses spirituelles, mais qu’il doit aussi étendre ses soins aux choses temporelles ; car, comme ceux qu’il a à conduire sont composés de corps et d’âme, il faut aussi qu’il pourvoie aux besoins de l’un et de l’autre, et cela à l’exemple de Dieu, qui, étant occupé de toute éternité à engendrer son Fils, et le Père et le Fils à produire le Saint-Esprit, outre, dis-je, ces divines opérations ad intra, il a créé le monde ad extra et s’occupe continuellement à le conserver avec toutes ses dépendances, et produit, toutes les années, de nouveaux grains sur la terre, de nouveaux fruits sur les arbres, etc. Et le même soin de son adorable Providence s’étend jusque-là, qu’une feuille d’arbre ne tombe point sans son ordre ; il compte tous les cheveux de notre tête, et nourrit jusqu’au plus petit vermisseau, et jusqu’à un puceron[3]. Cette considération me semble bien puissante pour vous faire comprendre que l’on ne doit pas seulement s’appliquer à ce qui est relevé, comme sont les fonctions qui regardent les choses spirituelles, mais qu’il faut encore qu’un supérieur, qui représente en quelque façon l’étendue de la puissance de Dieu, s’applique à avoir le soin des moindres choses temporelles, n’estimant point que ce soin soit une chose indigne de lui. Donnez-vous donc à Dieu pour procurer le bien temporel de la maison où vous allez… » (XI, 350)

L’explication est claire : passer du spirituel au temporel, c’et louer Dieu. Gouverner, organiser, gérer, prévoir est aussi enter dans sa mouvance de co-création. Nul responsable n’est exempt de le faire. On est tout proche du « quitter Dieu pour Dieu ».

La lettre qu’il lui adresse au même moment, est tout aussi significative :

« Vivez avec vos confrères cordialement et simplement, en sorte qu’à vous voir ensemble, on ne puisse pas juger qui est le supérieur. Ne résolvez rien pour les affaires, tant peu qu’elles soient considérables, sans prendre leurs avis, particulièrement de votre assistant. Pour moi, j’assemble les miens quand il faut résoudre quelque difficulté de conduite, soit pour les choses spirituelles et ecclésiastiques, soit pour les temporelles ; et quand il s’agit de celles-ci, j’en confère aussi avec ceux qui en prennent le soin ; je prends même avis des frères en ce qui touche le ménage et leurs offices, à cause de, la connaissance qu’ils en ont. Cela fait que Dieu bénit les résolutions qui se prennent ainsi par concert. Je vous prie de vous servir de ce moyen pour bien faire votre charge.

Si l’on voulait vous obliger à faire des choses qui sont point de la fin ni de l’usage de notre Institut[4], vous représenterez avec respect vos raisons aux personnes qui vous sont supérieures ; que si l’on ne les écoute point, vous demanderez au moins du temps pour y penser et pour avoir le loisir de recevoir notre avis là-dessus, afin de ne rien gâter. Si on vous presse et que vous ne puissiez faire autrement, in nomine Domini, faites ; il y aura apparence pour lors que c’est la volonté de Dieu, à moins que votre salut, ou celui des autres, n’y fût en quelque danger ; ce que l’on ne doit pas craindre ordinairement, quand on ne s’ingère pas de son mouvement dans les emplois où il y a du péril. » (VI, 66-67).

Ces consignes nous donnent déjà une manière personnelle. Face aux problèmes, la pratique conseillée est concertation, écoute de tous, fidélité à l’esprit et recours si nécessaire. Il y a là un réflexe paysan qui nous intéresse.

1. L’homme de la terre

La présentation n’est pas neuve mais elle se révèle fructueuse parce qu’à la base de ses talents de gestionnaire. Il naît rural dans l’âme et ses mains deviennent vite calleuses à force de travailler au champ, de manier les outils, de courir la campagne, de garder les troupeaux et de soigner les bêtes en péril. Lisons cette lettre écrite en 1657 à un supérieur en délicatesse avec des locataires ; l’amour de la terre y transparaît et l’équilibre se fait par sa bonté à l’égard des personnes concernées :

 « La veuve de Moreau est venue ici représenter que vous la pressez pour payer ce qu’elle doit avec ses gendres, et qu’ils ne sont pas en état de vous satisfaire pour le présent, si vous ne prenez quelques arpents de terre en payement. Or, comme il y a lieu de douter qu’ils les puissent vendre, et, quand ils le pourraient, que cette acquisition fût sûre et commode pour votre maison, il vaut mieux leur donner trois ou quatre mois de terme pour trouver de l’argent, que de toucher à ces terres. Je vous prie donc de leur donner ce temps-là, et de plus de leur quitter cinquante livres sur le tout, dont vous leur donnerez, s’il vous plaît, dès à présent, un acquit. C’est ce que j’ai fait espérer à cette pauvre femme, afin de ne la renvoyer pas sans quelque consolation.

Sur ce que vous m’avez écrit que les fermiers du Vieil-Moulin et de la Chaussée demandent diminution et que vous ferez néanmoins en sorte qu’ils continueront leurs fermes au même prix, je vous dirai qu’il m’eût fallu mander quel est ce prix-là et de combien était le bail qui a précédé le leur. Si le frère Nicolas était ici, il me le pourrait dire, mais il est aux champs. Si vous trouviez d’autres fermiers solvables et gens de bien, et quelque avantage de changer, j’en serais d’avis ; mais je doute fort que cela se puisse rencontrer à présent, et ainsi vous ferez le mieux que vous pourrez pour retenir ceux qui font semblant de vous vouloir quitter, et qui peut-être ne demandent rabais que pour vous ôter l’espérance qu’ils haussent le prix des dernières années. » (A Nicolas Guillot, supérieur à Montmirail, (VI, 290-291).

Notre saint manifeste-là un réflexe conditionné, garder la terre au prix d’accommodements de circonstance.

La ferme d’Orsigny est un bien qui l’intéresse  au plus haut point[v]. Elle est acquise par contrat du 22 décembre 1644 grâce aux donateurs M et Mlle Norais. Malgré les héritiers qui gagnèrent leur procès, cette riche possession redeviendra propriété de la Congrégation après la mort du fondateur en 1684.C’est un bien fort intéressant auquel Monsieur Vincent s’y intéresse personnellement, car il permet à st Lazare de subsister et d’amplifier ses œuvres. Il  fait volontiers des séjours sur cette commune de Saclay. D’après Collet, un pillage eut lieu par les soldats du roi et « le bétail, le froment, les meubles de quelques frères qui la faisait valoir…tout fut enlevé » (Collet I,471). C’était pendant le grand périple de st Vincent, s’éloignant par précaution, des péripéties de la grande Fronde, l’hiver 1649. Il joue les sauve-qui-peut et écrit à Denis Gautier :

« Et moi j’espère partir demain pour aller commencer la visite par Le Mans. La miséricorde de Dieu m’a donné le temps pour cela. Je suis parti de Paris, il y a plus de six semaines, pour Saint-Germain-en-Laye, où j’ai passé trois ou quatre jours ; et m’étant mis en chemin pour Le Mans, l’on me manda que l’on attendait le pillage d’Orsigny, à ce que je mandasse à nos frères ce qu’ils feraient. Cela m’obligea de prendre le chemin de Fréneville, où, la rigueur de l’hiver m’ayant surpris, j’ai été contraint de passer un mois ; et voici le troisième jour que j’en suis parti, avec un troupeau de deux cent quarante moutons, que je vous envoyais ; mais le mauvais temps nous a contraints de les laisser par les chemins, chez une dame de connaissance. C’est le troupeau que nous avons sauvé du pillage d’Orsigny » (III, 412)

Madame Guillaume raconte au plus serré des connaissances actuelles, ce voyage qualifié quelquefois d’exil ! Il était tout au moins précautionneux et occasion de mettre le nez au plus près de pas mal de situations enchevêtrées.[6]

On s’est déjà extasié sur l’âge avancé de Monsieur Vincent au moment de cette épopée à cheval, sur ses capacités physiques, ses accidents de parcours, son maniement des montures, ses expositions au danger, ses arrêts providentiels et ses décisions fort opportunes, notamment pour les filles de la charité de Nantes.

Conscient des conséquences matérielles de la perte du procès, il gémira sur cette décision, même s’il essaiera d’appliquer aux siens une lecture spirituelle de l’événement : « La perte est considérable pour la Compagnie, mais bien considérable. » (Date présumée, septembre 1658 -XII, 53). Belle occasion aussi pour désormais, selon lui,  « fuir les procès » ( 14 février 1659 – XII, 123).

Cette fuite en avant reste un exploit physique et une lutte des biens acquis qui nous incite à allier prudence et opiniâtreté dans l’administration de nos propriétés destinées à assurer la gratuité de nos services auprès des pauvres, services de toute sortes s’entend.

Ces pointages ont valeur référentielle. Ils pourraient être suivis de beaucoup d’autres.

2. De la Gestion

Ce réalisme terrien le suit toute sa vie. Il obtient saint Lazare avec l’accord de l’Archevêque de Paris mais il veut la reconnaissance spirituelle, foncière et toute matérielle du pape d’où cette lettre surprenante au pape Urbain VIII :

« … Ces charges supportées[7], ce qui restera du revenu du prieuré servira aux besoins communs de ladite congrégation. Moyennant quoi, le même archevêque de Paris, agissant en son nom et au nom de ses successeurs, a dispensé et déchargé pour toujours les prêtres de ladite congrégation de la reddition des comptes touchant l’administration des revenus du prieuré, de ses annexes et dépendances, ainsi qu’en témoignent plus amplement les lettres de Jean-François, archevêque. Considérant, très Saint Père, que les conventions susdites tendent à la plus grande gloire de Dieu et que le haut patronage de Votre Sainteté et du Saint-Siège Apostolique contribuera à les rendre plus fermes, lesdits suppliants jugent opportun de vous demander, comme une faveur toute spéciale, que vous veuillez bien approuver et confirmer pour toujours, de votre autorité apostolique, le contrat passé entre eux, l’union à la congrégation de la Mission du prieuré de Saint-Lazare. Avec son église, ses biens, choses, propriétés et dépendances faite. Comme il est dit plus haut par Jean-François, archevêque, le contenu de ces lettres et des lettres susdites dans l’ensemble et dans les détails, si toutefois il n’y a rien que d’honnête et qui s’ensuit légitimement. Ils vous prient encore de suppléer, s’il en est besoin, à toutes les irrégularités commises ou à commettre, tant de droit que de fait, même sur des points substantiels et absolument requis en droit ; de déclarer que les suppliants sont tenus à l’observation de ce contrat et de toutes ses clauses ; et d’annuler, autant que de besoin, les contrats précédents, en particulier celui par lequel les religieux dudit Ordre ont été introduits dans le prieuré ou maison hospitalière pour l’administrer, ce qui fait qu’il est ou est censé être, avec ses membres et ses dépendances, un établissement de réguliers. Nous demandons à Votre Sainteté d’avoir agréable que soit dévolu à la congrégation de la Mission, par suppression, extinction et retour à l’état séculier ce prieuré ou cette maison hospitalière, qui n’est pas un bénéfice ecclésiastique, mais une simple administration, révocable au gré de l’archevêque de Paris, avec ses membres, son église, ses dépendances, ses charges, en général et en particulier, en tenant compte des réserves accords et clauses mentionnés tant dans le contrat que dans les lettres de Jean-François, archevêque, et ici pleinement et suffisamment rappelés ; par suite, que le supérieur et les prêtres de ladite congrégation puissent, par eux-mêmes ou par des délégués, au nom de leur Institut, prendre librement et de leur propre autorité possession réelle et actuelle dudit prieuré ou maison hospitalière, de son église, de ses biens, droits et dépendances, quels qu’ils soient ; percevoir, exiger, louer tous fruits, revenus, produits, casuels et émoluments ; et après avoir acquitté les charges imposées par le contrat et les lettres de Jean-François, archevêque, consacrer le restant aux besoins de ladite congrégation, sans qu’il soit nécessaire d’avoir la permission de l’Ordinaire du lieu ou de qui que ce soit. Plaise à Votre Sainteté rendre, de son autorité apostolique, cette union perpétuelle et faire que les lettres d’incorporation ne soient ni révoquées, ni suspendues, en tout ou en partie, par la révocation, suspension, limitation de grâces semblables ou dissemblables, ou par toute autre disposition, mais qu’elles restent toujours valables dans tout leur contenu, etc. « (I, 271-272).

Cette supplique suit l’entrée à st Lazare  et doit dater de l’année 1634, entre juillet et novembre. On sait qu’un tel don fait grincer les dents des curés de Paris ! Vincent vise au plus haut car Il ne se laissera pas tromper un deuxième fois, la leçon de la résignation de l’Abbaye de st Léonard de Chaume de mai 1610 ayant porté du fruit (XIII, 11-12).

En très peu de temps, sa congrégation sillonne la France et on le voit acquérir, acheter, posséder de sorte qu’abordant le sujet du vœu de pauvreté, il peut affirmer des membres existants en novembre 1659, moins d’un an avant sa mort :

« Notre-Seigneur ne laisse pas de récompenser ici éternellement ceux qui ont tout quitté pour son amour. Ne voyez-vous pas combien de fondations on nous a déjà faites, combien Dieu a pourvu à tous nos besoins et que de maisons il nous donne pour une ou deux maisons que deux ou trois des nôtres ont quittées ! Misérable que je suis ! je ne parle pas de moi, je ne suis qu’un pauvre porcher, qu’un vilain ; mais, pour les autres, plusieurs seraient peut-être dans les villages à vicarier. Servir de vicaires ! Pauvres gens ! M. le vicaire général d’Amiens m’écrit que plusieurs vicaires et curés ont tout perdu, que le passage des gens de guerre a tout ruiné, et demande qu’on ait pitié d’eux. On y a pourvu. Nous pouvions, dis-je, être tels, mais Dieu y a pourvu nous appelant à la congrégation, où nous avons nos besoins, et non seulement ici, mais aussi dans les autres maisons, qui plus, qui moins, de sorte que, quelqu’un de nous va-t-il en Bretagne, en Poitou, en Gascogne, en Languedoc, partout nous trouverons la nappe mise, voire même en Italie et jusques à Rome. Ces maisons sont à nous ; nous y avons droit. Dieu ne justifie que trop la vérité de ces paroles : Qui reliquerit patrem, etc., centuplum accipiet in hac vita. N’est-il pas vrai que nous recevons cent fois plus de biens que nous n’en avons quittés ? Hélas ! Qu’avons-nous quitté ? Un je ne sait quoi, peu de chose. Quant aux plaisirs, réservons cela pour un autre temps. Trois évangélistes parlent de la pauvreté volontaire … » ( XII, 390-391).

Et justement, à propos de pauvreté et de la vie parisienne, st Vincent livre un jour à Georges des Jardins, supérieur à Toul une réflexion des plus habiles : il s’agit bien de posséder mais sans luxe ni recherches exagérées :

« Je loue Dieu du voyage et des affaires que vous avez faits à Quatre-Vaux[8]. Ce que vous me mandez de l’inégalité des maisons de la compagnie me confirme dans la crainte que j’ai toujours eue, que Saint-Lazare n’est trop d’attrait, à cause du bon pain et de la bonne viande qu’on y mange, du bon air qu’on y respire, des espaces qu’on y trouve pour se promener et des autres commodités qu’il fournit, qui ne se rencontrent pas en toutes les autres maisons, et qui fait que les sensuels s’y plaisent. Ce n’est pas que, grâces à Dieu, il s’en soit encore trouvé qui n’ait changé volontiers de demeure, lorsque les emplois les ont appelés ailleurs ; mais je dis que j’ai toujours eu crainte que ceux qui sont élevés avec trop de délicatesse n’aient peine de s’accoutumer à demeurer dans une petite maison mal bâtie, où la nourriture est grossière et où la nature ne trouve pas son compte. C’est pourquoi je n’ai pas voulu souffrir qu’on fît céans de beaux bâtiments, de belles allées et d’autres ajustements ; et si j’avais pu en retrancher d’autres choses, qui ne sont pas à la vérité superflue pour ceux qui en usent bien, je l’aurais fait, afin qu’on n’eût pas plus d’attache d’être ici qu’ailleurs. (VI, 516) »

Vincent livre son plan : posséder pour être utile à la mission, le bien être est secondaire. Il ne veut pas de superflu, dit-il en octobre 1654, et donne des consignes précises : ne pas cacher des livres, posséder de cassettes fermées, de l’argent, des aises incongrues ; trouver des supérieurs « s’accommodant bien »[9], vendeur ou acheteur sans permission du général, amateur de beaux bâtiments (XI, 164)[10]. C’est là que se trouve la harangue bien connue et soumise à notre bon vouloir :

« L’état des missionnaires est un état apostolique qui consiste, comme les apôtres, à tout quitter et abandonner pour suivre Jésus-Christ et se rendre vrais chrétiens ; et c’est ce qu’ont fait plusieurs de la Compagnie, qui ont quitté leurs cures pour venir ici vivre en pauvreté, et par conséquent chrétiennement ; et, comme me disait un jour une certaine personne, il n’y a que le diable qui puisse trouver à redire à la Mission ; s’en aller, par exemple, de village en village pour aider le pauvre peuple à se sauver et à aller en paradis, comme vous voyez que l’on fait. » (XI, 163)

Libre examen pour aujourd’hui…

Conclusion

Je renverrai volontiers à une étude commise de 2005 à 2007 : « Une gestion exemplaire de Monsieur Vincent st Lazare – lez – PARIS » et j’utiliserai par mode de mise en appétit, ces mots qui me servait déjà d’appât et qui ont valeur de témoignage sans prétention :

« J’ai toujours été frappé du principe énoncé par nos nouvelles Constitutions à l’écriture desquelles j’ai participé activement de 1975 à 1981 à Rome « La Congrégation de la Mission, en raison d’exigences pastorales et communautaires, possède des biens temporels » (N° 148). Nous avons besoin de logistique pour le service et l’évangélisation des pauvres ; ainsi des Filles de la Charité ; ainsi de la Société St Vincent de Paul pour les éléments de la Famille vincentienne que je connais mieux. Je dois vous confesser que dans les Conseils de Congrégation, nous passons beaucoup de temps à gérer, à prévoir, à louer, à vendre (et moins aujourd’hui à acheter !) et que nous sommes obligés à vivre des heures et des heures dans la consultation d’hommes de lois, à vérifier des propositions et répondre à des courriers administratifs. Dans la conjoncture présente de privation de personnel, vivre ce marathon légal est pénible et parfois oppressant ! De plus, quand on écrit ces lignes du lieudit « Œuvre du Berceau », on soupèse le poids des mots au point de la saine gestion !

D’où la recherche de raison d’espérer et de vivre. Voir comment Monsieur Vincent a vécu cela peut nous permettre de justifier et de nourrir nos choix d’aujourd’hui ».

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

Jean-Pierre Renouard

Jean-Pierre Renouard

26 novembre 1934. Ecole publique de Ribaute (Gard), Prime-Combe, Lycée d’Alès (Gard). Séminaire interne Dax- Etudes à Paris et à Rome. Vocation 21 octobre 1955. Vœux 14 avril 1963 et Ordination sacerdotale le 5 avril 1964. Habite au Berceau pour la quatrième fois (Marseille, CIF, Catus, Limoges)

Passer du spirituel au temporel, c’et louer Dieu. Gouverner, organiser, gérer, prévoir est aussi enter dans sa mouvance de co-création. Nul responsable n’est exempt de le faire. On est tout proche du « quitter Dieu pour Dieu ».

Notes :

[1] Il sera député à l’assemblée générale de 1661 par la province de Savoie ; en 62, il deviendra curé de Fontainebleau, poste délicat à cause des rapports avec la Cour…Ses mémoires valent leur pesant d’or ! Il sera à Angers, à Dijon, à Sedan, à Saint-Cyr toujours comme supérieur ; Il deviendra secrétaire général et directeur des filles de la charité. La note de Monsieur Coste est lourde de sources en I, 159 et 160, et table des œuvres est tout aussi significative en XIV, 191.

[2] J’ai eu l’occasion quatre ans durant de le partager aux participants de l’IFEC, avec un succès jamais démenti tant son application est d’actualité.

[3] « Ciron » dans le texte, ver se situant dans les fromages d’Auvergne, le plus petit des animaux visibles !

[4] C’était le penchant de l’Ordinaire du lieu du moment, Mgr Fouquet.

[5] Le plateau est situé à environ 166 mètres d’altitude. Il est parcouru par des rigoles qui drainent l’eau. Ces ouvrages, ainsi que l’étang de Saclay, situé près de la commune de Saclay, étaient destinés à l’alimentation en eau du château de Versailles (et en particulier de ses fontaines).

Il correspond aux communes suivantes : Gif-sur-Yvette (quartier de Moulon), Orsay, Palaiseau, Saclay, Saint-Aubin, Vauhallan, Villiers-le-Bâcle dans le département de l’Essonne; Toussus-le-Noble, Châteaufort, Les Loges-en-Josas et Buc dans les Yvelines.

La ferme d’Orsigny (résultant de la réunion de deux fermes jumelles, et toujours en activité) occupe le site d’une ancienne villa gallo-romaine (Orsiniacum), qui a elle-même succédé à une implantation celte[4]. Le site est réoccupé par les Mérovingiens après sa destruction par le feu. Du XIe siècle au XIIIe siècle, Orsigny est refondé par les moines de Saint-Germain-des-Prés. Il devient au XVIe siècle un hameau autour d’une ferme appartenant à la famille Mérault, qui parvient à fonder un domaine de 256 hectares, plus tard divisé. En 1644, le hameau s’étant dépeuplé, une héritière des Mérault fait don du domaine à la congrégation des Lazaristes de Saint Vincent de Paul. Le domaine atteindra 345 hectares en 1670. En 1789, les biens ecclésiastiques sont nationalisés, puis revendus à des Parisiens. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Plateau_de_Saclay)

[6] Vincent de Paul, un saint au grand siècle – M-J Guillaume  –  Perrin 390 à 392

[7] Entendons : obéissance à un supérieur, récitation de l’office, messe quotidienne, évangélisation des campagnes, enseignements des mystères de la foi,  confession, préparation à la communion eucharistique, réconciliation, accueil des ordinands de Paris, etc…

[8] Commune de Rigny-Saint-Martin (Meuse)

[9]« J’ai reçu aujourd’hui une lettre d’une personne de la Compagnie, qui m’écrit : «Monsieur, un tel supérieur est aujourd’hui passé par ici avec une belle casaque et deux valises, ne remédierez-vous point à cela avant de mourir ? » Je lui ai répondu que je le ferai et que je remédierai à cette vermine. » (XI, 164)

[10] Et ce sens pratique et exemplaire qui l’habitent : « Le premier moyen est de nous donner à Dieu pour bien observer la sainte pauvreté ; le deuxième, d’aller visiter les chambres de temps en temps. Je prie les officiers d’avoir soin de cela. Que l’on commence dès demain par la nôtre, puis par celle de M. Portail, ensuite par celles de M. Alméras  et de M. Chrétien. Il y a dans la nôtre deux couvertures dont je me sers pour me faire suer ; qu’on les ôte. Par la grâce de Dieu, notre chambre là-haut ne ferme point, ni cette salle d’en bas non plus » (XI, 164 ) . Comme il connaît bien la nature humaine.