Les activités de la diaconie de la « Somme l’Oasis Saint Ho »

Suite au synode du diocèse d’Amiens en 2018,  la diaconie de la Somme s’est mise place. Une équipe qui veille sur tout ce que les communautés chrétiennes catholiques et instances diocésaines font au service du développement humain intégral. C’est la naissance d’un service qui reçoit une église désaffectée. L’équipe est constituée d’une laïque coordinatrice, accompagnée par un diacre permanent et sa femme et notre confrère Pierre MARIONNEAU. Ensemble ils font équipe pour être l’oreille et les bras des services diocésains auprès des plus fragiles : sans abris, familles en difficultés, migrants, personnes malades, personnes seules.

L’équipe se fait écho des activités du Secours Catholique, de la pastorale de la santé, de la pastorale des migrants, de la pastorale de la prison, des Conférences de la Société Saint Vincent de Paul amiénoises (qui proposent des paniers alimentaires en plus de la rencontre de proximité par les visites domiciliaires). Nous comptons aussi avec des initiatives au service des pauvreté : Cœur soleil sur Amiens (une association qui partage un repas hebdomadaire et propose la garde d’enfants en fin d’après-midi, du soutien scolaire, des cours de français langue étrangère), le réseau Welcome de Jeunes réfugiés services (des familles qui accompagnent des jeunes mineurs migrants dans leurs démarches administratives leur offrant un hébergement). Il y a aussi les maraudes réalisées auprès des sans-abris.

Nous pouvons aussi mettre en évidence les multiples paroisses qui récoltent le panier dominical tout l’hiver pour soutenir les familles aux faibles ressources, celles qui ont ouvert des vesti-boutiques (lieux de distributions de vêtements pour aider les personnes à faibles ressources), ou des boutiques solidaires (offrant des produits alimentaires pour aider les familles aux faibles budget). Il y en a aussi qui gèrent des studios pour accueillir des migrants en attentes de papiers.Je me suis personnellement inscrit dans l’initiative « Oasis St Ho », un service de l’église Saint Honoré qui, chaque lundi en fin d’après-midi, propose une maraude et chaque jeudi une célébration eucharistiques à 11h30, suivie d’un repas partagé. « Oasis St Ho » propose également, dans le narthex de l’église, un salon d’accueil quotidien des sans-abris et sans papiers, du lundi au vendredi, de 15h à 17h.

Le jeudi 10h l’équipe de coordination se retrouve pour échanger sur les nouvelles des uns et des autres (des accueillis) et coordonner diverses activités, soit proposées par le service soit faites en coordination avec d’autres associations, et échanger des nouvelles sur le service de soins qui utilise une des pièces des locaux pour rencontrer certains des visiteurs. Nous sommes une dizaine sur la vingtaine des bénévoles pour la célébration de l’eucharistie ; à laquelle nous rejoignent 1, 2 ou 3 sans-abris. Parfois d’émouvants échanges marquent la célébration. Une fois, un trentenaire sans-abri arrivé en France depuis plusieurs années en provenance d’un pays de l’est, au moment de la communion s’approche pour demander une bénédiction. Après un séjour d’internement en psychiatrie qui l’avait affecté, il refuse de prendre la communion tout en me faisant comprendre qu’il lui faut se confesser avant. Je lui réponds « oui tu demanderas pardon à Jésus après, mais là il s’invite chez toi et tu as besoin de sa force ». Il va se mettre à genoux, communier et rester pleurant toute son action de grâce. Lorsque nous nous dirigeons vers le repas il me remercie « toi tu es un beau prêtre, tu donnes Jésus pour nous donner force »

Au repas ils sont une dizaine chaque semaine à venir déguster ce que l’esprit fermier a concocté. L’esprit fermier est une coopérative de 11 producteurs picards qui vendent leurs produits fermiers agricoles et laitiers et préparent quelques recettes qu’ils proposent de consommer sur places à leurs clients. Chaque jeudi ils nous fournissent leurs restes de la veille pour une vingtaine de personnes qui savourent des plats régionaux, de délicieux fromages et des yogourts préparés par leurs soins.

Tous savent que lorsque l’on passe la porte on ne hausse pas le ton et l’on s’écoute. Plusieurs disent qu’ils aiment cet espace « où l’on mange sans disputes, sans cris, sans s’envoyer la nourriture à la figure ». Puis tous participent à la vaisselle avant de se quitter vers 13H30 en hiver et 14h30 à la belle saison, car nous avons la chance de prendre le repas dans le jardin, ce qui crée un climat d’intimité très agréable.

 L’après-midi, lors de chaque temps-salon entre 15h et 17h, nous sommes à deux pour accueillir tous ceux qui passeront chaque jour, une quinzaine pour prendre un café, un thé et quelques gâteaux (restes du repas de midi ou des biscuits achetés grâce aux dons des amiénois qui connaissent notre service et sont heureux d’y contribuer.

Ce temps de pause est un temps très apprécié par tous. Lors de la dernière journée mondiale de lutte contre la misère, plusieurs ont participé en écrivant leur morceau de la voile du bateau de notre traversé. L’un d’entre eux a bien traduit ce que tous nous vivons dans ces temps de présence fraternelle : « Être écouté, regardé dans les yeux, alors on se sent mieux dans sa tête ».

Il y a parfois la réparation de petits bobos causés par quelques échanges un peu musclés où il faut effacer les traces de sang et panser la marque des coups. Mais il y a aussi ce jeune mineur sans-papiers qui dit en français correct sa peine d’être hébergé en centre d’hébergement d’adultes. Il y a encore ce sans-papiers qui demande à être confessé. En fait, il s’effondre car il a perdu son fils dans un accident d’auto il y a quelques années et ne peut même plus participer aux soins de sa petite fille atteinte du cancer. Il a réussi à n’avoir que 1 euro et ne peut pas participer à soigner sa fille. Lorsque qu’après un long temps d’écoute je lui dis ma peine de n’avoir pas d’argent, il me répond : « mais ce n’est pas ce que j’attends de toi, tu es le seul qui peut comprendre ma peine et avec qui je peux pleurer sans rire ». Il dit sans fioriture la place du croyant dans la relation à ses frères : être le visage de la tendresse de Dieu.

Lors des accueils, nous sommes toujours à deux pour nous soutenir au cas où éclaterait une dispute ou pour qu’il y ait un de disponible, si l’un des visiteurs nécessite un temps d’écoute particulier. La plus grande partie des accueillis sont des hommes. Sur une quinzaine de passages, seules 2 ou 3 sont des femmes. Ce qui est comme à tous, c’est qu’ils disent leur joie de trouver un espace de repos dans leur journée où ils peuvent venir parler. Certains, même parmi les musulmans s’isolent, seuls dans la nef, pour écouter le silence. Ils se sentent, disent-ils, plus forts et en paix.

Nous voulons aider toutes ces personnes à retrouver un îlot d’humanité dans leur vie chaotique. En effet, la plupart d’entre elles doivent appeler le 115 à dix-heures pour savoir s’ils auront un espace pour dormir dans l’un des foyers d’accueil.  Malheureusement, nous n’avons pas le nécessaire pour aider ces personnes fragiles à se stabiliser ; car quoi de plus inquiétant que de ne pas savoir si l’on va dormir à l’abri. Si pour les plus jeunes cela peut paraître une partie de l’aventure, pour celles et ceux qui ont plus de quarante ans au contraire, cela continue à les déconstruire.

Lors de la cérémonie d’hommage, les personnes sans-abris et/ou sans papiers vont nous communiquer les prénoms et les âges de leurs amis décédés au cours de deux dernières années et cela nous permettra de dire notre respect et d’exprimer notre communion à leurs intentions : Ils étaient 16 en 2020 et 6 en 2021. 

Lieu d’écoute et de repos dans leur vie bloquée dans les dédales d’une société incapable de leur donner un toit pour vivre, à l’« Oasis Saint Ho » nous continuerons d’être une discrète présence, saveur d’évangile qui donne à goûter un peu de la douceur de l’existence, telle qu’elle devrait être pour toutes et tous. Comme une part d’entre eux est de la religion musulmane, ils sont touchés par la bonté exprimée par cet accueil. Ils nous disent que cela a un peu à voir avec la douceur du Créateur qui est à nos côtés : « c’est un peu comme si Dieu était là » nous a dit un jour l’un d’entre eux. Oui il est là au milieu de nous lorsque nous vivons cette respectueuse hospitalité car, ne l’oublions pas, « en les accueillant ce sont des anges que nous logeons sans le savoir » (Cf. Hé 13,2).

Bernard MASSARINI

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