“Pentecôte”

Homélie en la chapelle saint Vincent-de-Paul à la Maison-Mère de Paris

Au Cénacle tout a commencé. Les apôtres se cachaient là. Ils avaient peur des autorités, des soldats, des voisins. Peur pour leur vie. C’est alors que le Ressuscité leur apparaît. Il passe toutes les barricades qui les protègent et leur donne sa paix. « La Paix soit avec vous ». Premier fruit de l’amour intense qui a fait traverser les rives de la mort au Christ Jésus.

Mais il ne compte pas en rester là. Rien n’arrête l’amour que Dieu porte aux hommes. Vaincre notre Ennemi, nous libérer de notre esclavage n’est pas assez. Il veut nous transformer de l’intérieur, renouveler, recréer. Mystère impensable pour ces êtres créés, il veut les diviniser, les introduire au cœur de la vie divine. Et il le fait.

Ainsi, le prodige que Dieu opère en ce jour n’est pas de faire entendre le message des apôtres par les foules si diverses qui se pressent à Jérusalem pour fêter la Pentecôte. La merveille que nous accueillons est une œuvre de recréation. Nous l’avons chanté dans le psaume : « Tu envoies ton souffle, ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre » ! Aujourd’hui une humanité nouvelle se lève, rétablie dans sa dignité, revêtue de la gloire même de Dieu !

Cela nous apparaît clairement à présent que nous nous admirons la cohérence de l’histoire sainte dans son ensemble. Le don de l’Esprit-Saint, rapporté dans les Actes des Apôtres, s’inscrit en effet dans la suite de toute l’histoire de l’Alliance. Le « feu », la « voix », et de nombreux indices dans le texte, font référence au don de la Loi fait à Moïse sur le Sinaï. Aujourd’hui, la Loi Nouvelle qui nous est donnée ne vient pas s’inscrire sur des tables de pierre, mais dans des cœurs de chair. Il s’agit bien d’une loi, d’une règle de conduite, que nous ne nous donnons pas à nous- mêmes, qui nous vient de notre Maître et Seigneur.

Pour Saint Paul, L’Esprit qui nous est donné a sur nous une emprise. L’Esprit Saint nous prend en main. Et le Seigneur compte bien que nous nous adhérions à cette loi nouvelle. Oubliée, la sagesse mondaine qui veut absolument qu’on négocie entre deux termes, qu’on louvoie, ne s’engageant ni à droite ni à gauche, ne s’opposant ni à l’un à ni à l’autre. Cette politique n’a d’autre ambition que de flatter notre désir d’autonomie. Mais il s’agit d’une pure utopie. Nous appartenons à Jésus-Christ car il nous racheté par son sang. Rejeter sa souveraineté, nous explique saint Paul, c’est se remettre sous l’emprise de la chair. Il n’y a donc pas d’alternative.

C’est la vérité, et nous la connaissons. La nouveauté vient de l’Esprit, qui nous conduit à la vérité, tout entière. Jamais l’Esprit ne contraint notre volonté ; il la sollicite, il l’éduque, il l’oriente. Le Seigneur Jésus ne nous appelle pas ses serviteurs, mais ses amis. L’Esprit de vérité fait de nous des fils. Ce jour où Dieu nous donne d’entrer dans la relation d’amour qui unit les personnes divines, l’Esprit sollicite notre libre engagement. Il attend de nous un acte de confiance et d’amour. Il attend qu’on lui laisse les rênes de notre vie.

Certes, cet acte d’abandon aussi sera son œuvre. Plus question d’avoir peur de nos frères, plus question d’avoir peur de Dieu. Les masques volent en éclats sous l’action de l’Esprit. Laissons-le donc crier en nous « Père », permettons-lui de nous entraîner dans la logique de la charité. Elle fera s’épanouir la joie dont Dieu nous comble en actions fécondes pour le Royaume.

Cette logique du don est en effet la seule qui puisse nous faire considérer le monde du point de vue de Dieu. C’est ce qui nous manquait et nous enfermait dans nos peurs. Mais dès lors que l’Esprit nous remet en perspective la question de notre salut ; dès lors qu’il nous montre que le bonheur, le malheur, la réussite ou les échecs, n’ont de sens que par la place qu’ils occupent dans le plan de Dieu sur nous ; dès lors qu’il nous initie à l’intimité familiale que le Père veut partager avec nous ; dès lors, le monde s’embrase !

Comment garder pour soi un tel bonheur ? Rien ne peut arrêter les apôtres qui ouvrent grand les portes du cénacle et convient les foules sur les chemins de l’évangile. Rien ne peut arrêter l’élan que nous insuffle l’Esprit Saint aujourd’hui, engagement d’annoncer, par tout ce que nous sommes, combien Jésus-Christ révèle le vrai visage de son Père et nous fait vivre de sa vie.

Ce mystère de divinisation commence tout de suite, dans la célébration eucharistique ; le visage de Dieu se donne immédiatement à reconnaître, dans la fraction du pain. Alors laissons l’Esprit faire en nous la création nouvelle, et donnons à Dieu qui nous comble de ses bienfaits la joie qu’il attend de nous.

Jean-Daniel PLANCHOT, CM 🔸

Jean-Daniel PLANCHOT CM

Jean-Daniel PLANCHOT CM

Aumônier et directeur national de l’Association de la Médaille Miraculeuse. Éditeur LETTRE aux associés de la Médaille Miraculeuse. Visitez le site : https://www.medaille-miraculeuse.fr
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La nouveauté vient de l’Esprit, qui nous conduit à la vérité, tout entière. Jamais l’Esprit ne contraint notre volonté ; il la sollicite, il l’éduque, il l’oriente. Le Seigneur Jésus ne nous appelle pas ses serviteurs, mais ses amis.

Jean-Daniel Planchot
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