” Vous n’aurez plus un jour de tranquillité ! “

Homélie de Mgr Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis en France, lors de l’ordination de Gaspard Ntakirutimana CM. Villepinte, 2 juin 2019

Dimanche 2 juin 2019. Lectures du 7e dimanche de Pâques (année C).

Gaspard, dans quelques instants, par l’imposition de mes mains et le don de l’Esprit Saint vous serez ordonné prêtre ! Désormais, au regard du défi de l’Évangile, vous n’aurez plus un jour de tranquillité ! Ce défi nous l’avons entendu clairement : « Qu’ils soient un comme nous sommes un ! » Ce défi c’est celui de la communion, de l’unité des hommes avec Dieu et des hommes entre eux ! Une unité qui ne soit pas uniformité mais une unité où chacun donne le meilleur de lui-même et reçoive le meilleur des autres ! Que recevoir et que donner ? Dans son célèbre hymne à la charité [1] St Paul répond : « la patience, le service, la joie, la vérité, la miséricorde, la foi, l’espérance, la persévérance… ». Pour atteindre ces objectifs, il suffit d’aimer et de se laisser aimer, aimer Dieu et se laisser aimer par Lui !

Pour les chrétiens le modèle de l’unité c’est la Trinité. Le Christ nous le disait : « Qu’ils soient un comme nous sommes un » ! Le Père engendre le Fils et le Fils est engendré par le Père. Entre le Père et le Fils l’amour ne connaît aucune retenue, aucune entrave, aucune méfiance au point que le Christ peut s’exclamer : « Toi, Père tu es en moi et moi en toi ». Dans cet échange entre le Père et le Fils les chrétiens reconnaissent la présence de l’Esprit Saint, Esprit de communion qui procède du Père et du Fils. Comme nous le chanterons dans quelques instants l’Esprit Saint est aussi créateur, conseiller, source vive, chaleur, feu lumière, souffle…

Par votre ordination Gaspard vous devenez ministre de la communion. Pour le dire autrement vous devenez, dans un même mouvement et de manière inséparable, serviteur de l’unité des hommes entre eux et serviteur de l’unité des hommes avec Dieu.  Ce service de l’unité vous le manifesterez pleinement en présidant l’eucharistie. En rompant le pain consacré vous manifesterez aux yeux de tous Celui qui est la source de notre unité et qui fait de nous les membres de son Corps.

Gaspard, vous n’aurez plus un jour de tranquillité ! Votre cœur de pasteur souffrira les jours où l’unité régresse dans notre monde mais aussi parfois, hélas, dans nos familles et  nos communautés chrétiennes. Votre cœur de pasteur se réjouira les jours où l’unité progresse mais jamais vous ne pourrez-vous dire, tout au moins sur cette terre, qu’elle est définitivement acquise. L’unité est chemin, chemin sur lequel vous recevez mission de faire avancer ceux et celles auxquels vous serez envoyé comme prêtre, ministre de la communion ! Cette mission, Gaspard, vous la vivrez en communion avec vos frères prêtres, avec votre supérieur religieux et avec l’évêque du diocèse auquel vous serez envoyé. Le prêtre n’est pas un travailleur indépendant qui fait ce qu’il veut, quand il veut et où il veut ! Pensez-y, pensons-y, au moment où chacun des prêtres ici présent vous imposera les mains !

Le désir d’unité, Gaspard, vous l’inscrirez dans le cœur de tout homme en le baptisant au nom du Père , du Fils et du Saint Esprit afin que tout homme devienne dans l’Esprit frère du Christ, enfant du Père et entre ainsi dans une fraternité universelle.

Pour que ce désir d’unité progresse et porte du fruit vous veillerez à ce que chacun puisse se nourrir de la parole de Dieu et du pain eucharistique. Au jour où des vies seront brisées par des blessures, des divisions ou des conflits vous offrirez le pardon de Dieu afin que les uns et les autres puissent à nouveau emprunter le chemin de l’unité.

Cette unité, vous demanderez à des hommes et  des femmes de la manifester par leur amour au jour où vous célébrerez leur mariage !

Vous rappellerez enfin, au jour des funérailles, que le chemin de l’unité trouve son accomplissement auprès du Christ selon le désir que celui-ci a exprimé : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire ».

Enfin, ce n’est pas à un religieux, Lazariste, disciple de St Vincent de Paul que je vais rappeler que la charité, notamment auprès des plus pauvres, est chemin d’unité ! Voilà l’une des raisons pour lesquelles votre fondateur aimait rappeler que nous serons toujours redevables aux pauvres de ce qu’ils nous donnent.

Gaspard au regard de la mission qui vous attend vous n’aurez plus un jour de tranquillité ! A certains jours, peut-être, connaîtrez-vous le découragement ! En ces jours-là, prenez le temps de méditer la première lecture de ce jour extraite du livre des actes des apôtres. Il y est question du martyre d’Etienne et d’un jeune homme, Saul, qui participe de manière passive à l’exécution d’Etienne. Tout semble alors séparer Etienne, disciple du Christ et Paul, ardent défenseur du judaïsme et persécuteur des premiers chrétiens. Pourtant, l’un et l’autre habités par l’Esprit Saint, offriront leur vie pour l’annonce de l’évangile. Comment douter aujourd’hui qu’ils soient unis dans la contemplation de la gloire du Christ ? Après cela qui serions-nous pour penser que l’unité ne serait qu’une belle utopie ? Amen !

Mgr Pascal DELANNOY, Évêque de Saint-Denis en France 🔸

Images de la célébration et du moment avec d’autres confessions religieuses présentes à Villepinte

Pascal DELANNOY

Pascal DELANNOY

Ordonné le 4 juin 1989 pour le diocèse de Lille, il exerce un premier ministère paroissial à Roubaix pendant deux ans avant de devenir responsable diocésain de la pastorale en milieux indépendants de 1991 à 1999. Jean-Paul II le nomme évêque auxiliaire de Lille le 30 juin 2004. Le 10 mars 2009, il est nommé évêque de Saint-Denis en France. Au sein de la Conférence des évêques de France, il préside la commission financière et le Conseil pour les affaires économiques, sociales et juridiques jusqu'au 1er juillet 2013.
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Pour les chrétiens le modèle de l’unité c’est la Trinité. Le Christ nous le disait : « Qu’ils soient un comme nous sommes un » ! Le Père engendre le Fils et le Fils est engendré par le Père. Entre le Père et le Fils l’amour ne connaît aucune retenue, aucune entrave, aucune méfiance…