Homélie 5e Dimanche de Pâques.

Chapelle Saint Vincent de Paul, Maison-Mère. Paris

Chers Frères et chères sœurs :  Il nous arrive souvent de dire : « Mon Dieu, je t’aime » ; et cela est très bien. Par contre il nous arrive moins souvent de Dire : « Je suis aimé de Dieu », « Dieu m’aime ». Cette expérience est pourtant fondamentale et essentielle à notre foi. Se savoir aimé de Dieu, expérimenter son amour et sa tendresse, ne serait-ce qu’un instant, voilà ce qui peut changer nos recréer nos vies. Si nous n’avons jamais fait cette expérience, il est temps de la demander, de la recevoir. Écoutons le témoignage d’un jeune garçon qui deviendra plus tard un grand prédicateur dominicain : « Un soir, dans la petite pièce qui me servais de chambre, je ressentis avec une force incroyable, ne laissant place à aucune hésitation, que j’étais aimé de Dieu et que la vie… là devant moi, était un don merveilleux. Suffoqué de bonheur, je suis tombé à genoux » (P. Ambroise-Marie Carré op).

Se savoir aimé de Dieu ! Nous venons de l’entendre de la bouche de Jésus un soir unique, le soir de la dernière Cène :

« Je vous donne un commandement nouveau :

C’est de vous aimer les uns les autres.

Comme je vous ai aimé, vous aussi aimez-vous les uns les autres.

À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples ».

Comme je vous aimé… On peut mieux traduire le sens profond des paroles de Jésus en disant : « … de l’amour dont je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». Autrement dit : de l’amour dont vous vous savez aimé, aimez-vous les uns les autres. Il est donc difficile d’aimer si l’on n’a jamais expérimenté l’amour. Dieu lui-même est la source de l’amour ; Il est amour ! Aimer son semblable n’est pas chose facile… nous expérimentons cela très souvent. Pour aimer il est indispensable de se savoir aimé de Dieu. C’est pour cela, frères et sœurs, que je vous invite à répéter cette semaine autant de fois que possible : « je suis aimé de Dieu », « je suis l’objet de l’amour inconditionnel de Dieu qui m’aime et m’aimera à travers la vie et la mort de Jésus-Christ, notre Seigneur ».

Peut-être pouvons-nous commencer par reconnaître qu’en matière d’amour nous sommes des pauvres, nous sommes des mendiants. Au lieu de nous réjouir avec les autres, nous les jalousons, nous les envions. Au lieu de pardonner, nous cultivons la rancune, le ressentiment, parfois même la haine et le mépris. Maintenant que le Fils de l’homme est Glorifié, il nous invite sans cesse à passer de la jalousie à la louange ; de la rancune au pardon, de la dureté de cœur à la miséricorde.  Est-ce que l’amour à la manière de Jésus est-il possible et réaliste ? Nous ne sommes pas les premiers à nous poser cette question. Thérèse de l’Enfant-Jésus, s’en était déjà inquiété dans son carmel de Lisieux. Avec audace et confiance elle disait : « Ah ! Seigneur, je sais que tu ne commandes rien d’impossible, tu connais mieux que moi ma faiblesse, mon imperfection, tu sais bien que jamais je ne pourrais aimer mes sœurs comme tu les aimez, si toi-même, ô mon Jésus, ne les aimes encore en moi. C’est parce que tu veux m’accorder cette grâce que tu en a fait un commandement nouveau ».

Alors, frères et sœurs, l’amour est une grâce ? Oui, l’amour est la plus grande grade grâce qui nous soit faite et la plus grande grâce que nous pouvons partager. Se savoir aimé de Dieu est une grâce. Ne pas le savoir, ne pas l’expérimenter est une disgrâce, c’est un malheur. Il y a une figure dans l’église qui a expérimenté l’amour de Dieu en lui. Il s’agit d’un grand pécheur qui a été pardonné milles fois. Je parle de Saint Augustin. Il a écrit des homélies mémorables à propos de ce commandement nouveau. Vous le savez, c’est lui qui a osé dire : « aimes et fais ce que tu veux ». Je le cite : « Ce court précepte t’est donné une fois pour toutes : Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par Amour, si tu parles, parle par Amour, si tu corriges, corrige par Amour, si tu pardonnes, pardonne par Amour. Aie au fond du cœur la racine de l’Amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. Voici ce qu’est l’Amour ! Voici comment s’est manifesté l’Amour de Dieu pour nous : il a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par Lui. Voici ce qu’est l’Amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 9-10). Ce n’est pas nous qui L’avons aimé les premiers, mais Il nous a aimés, afin que nous l’aimions ». 

Saint Augustin se demande : quelle est la perfection de l’amour ? Et il répond : “La perfection de l’amour c’est d’aimer nos ennemis, et de les aimer à cette fin qu’ils deviennent nos frères… » « Aime tes ennemis en souhaitant qu’ils deviennent tes frères ; aime tes ennemis en demandant qu’ils soient appelés à entrer en communion avec toi ». Et il poursuit : « C’est ainsi, en effet qu’a aimé celui qui, suspendu à la croix, disait : « Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font… Aimez vos ennemis ? Gardez-vous du moins, ce que serait plus grave, de haïr vos frères. Si vous n’aimez que vos frères, vous ne seriez pas encore parfaits ; mais si vous haïssez vos frères, qui êtes-vous ? Où en êtes-vous ?  Que chacun regarde en son cœur ! Qu’il ne garde pas rancune à son frère pour quelque parole dure… Quiconque hait son frère en effet, qu’il ne prétende pas marcher dans le Christ ! Quiconque prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère, est encore dans le ténèbres » (Tr I,11, p. 139).

Dans cette Chapelle de Saint Vincent nous sommes entourés de témoins de l’amour. Des hommes et des femmes qui se sont laissés transformer par l’amour de Dieu et ont aimé à leur tour : saint Vincent de Paul, saint Jean Gabriel Perboyre, sainte Catherine Labouré…

En France, cette semaine, nous avons eu devant nos yeux le beau témoignage de Jean Vanier. Il a dépensé toute sa vie aux handicapés. Il les a aimés de manière effective et affective, comme le disait sain Vincent.

Combien l’église a besoin de vivre de l’amour du Christ, de témoigner encore et encore de cet amour… « A ceci, tous reconnaîtrons que vous êtes mes disciples… ».  Le Pape François, dans ces homélies quotidiennes devenues légendaires, martelait avec raison : sans l’amour, l’église n’est rien… « Sans l’amour, l’Église n’avance pas, l’Église ne respire pas… Sans l’amour, elle ne grandit pas, elle se transforme en une institution vide, d’apparences, de gestes sans fécondité ».

Maintenant, devant le Seigneur Glorifié et ressuscité, prions :

Apprends-nous à aimer Seigneur !

Guéris-nous de nos blessures d’amour !

Fais-nous sentir et expérimenter la force de ton amour… ne serait-ce que pour un instant !

Nous savons que nous sommes faits pour être aimés et pour aimer !

Accorde-nous la grâce qu’à l’heure de la mort, à notre dernier instant,

 nous soyons dans la paix et la sérénité parce que nous aurons compris que tu nous aimes, que tu nous a aimés et que tu nous aimeras tel que nous serons devenus ! 

Amen.

Roberto GOMEZ, CM 🔸

Roberto Gomez

Roberto Gomez

Prêtre missionnaire Lazariste, d'origine colombienne. Il est actuellement le supérieur de la Maison-Mère à Paris et professeur de Bible à l'Institut d'Etudes Religieuses de l'Institut Catholique de Paris.
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Alors, frères et sœurs, l’amour est une grâce ? Oui, l’amour est la plus grande grade grâce qui nous soit faite et la plus grande grâce que nous pouvons partager. Se savoir aimé de Dieu est une grâce. Ne pas le savoir, ne pas l’expérimenter est une disgrâce, c’est un malheur