Saint Vincent de Paul et la vocation

Il est toujours hasardeux et difficile d’actualiser une pensée datant de plus de 350 ans ; chaque fois que nous le faisons, nous risquons une part de trahison. A l’évidence, il faut se rendre compte qu’il s’agit moins de moderniser l’esprit qui nous anime que de nous inspirer aujourd’hui des façons de penser et d’agir de st Vincent toujours mobilisatrices. Il est clair que le fondateur ne déroge pas à certaines règles que l’expérience lui fournit au gré du temps et de ce qu’il appelle la Providence car c’est Dieu qui pourvoie à tout.

1° Vincent aime la durée. Il ne souhaite jamais un emballement excessif et peu productif dans l’adhésion totale à sa congrégation ou à un diocèse. La presse gâche tout ; mieux vaut pour tel candidat à la compagnie de participer à titre d’aide, d’auxiliaire, de collaborateur aux travaux missionnaires et autres. L’apprentissage du terrain est fécond, il permet une interconnaissance, une découverte progressive de la personnalité concernée et de « sentir » ses aptitudes réelles à la vie apostolique en communauté.

2° Vincent est très attentif à l’histoire du demandeur : origine, famille, sens du réel, amour du travail, solide expérience humaine, santé et qualités humaines. Il est sensible à l’équilibre et à une affectivité de bien développée. Il se méfie des exaltés, des timorés, des « chercheurs d’ombre ». Il privilégie les hommes zélés prenant des risques.

3° Le saint est donc intéressé par l’histoire de chacun et il utilise volontiers la correspondance à cette fin. Aujourd’hui, il ne désavouerait pas les techniques nouvelles de communication et les rencontres renouvelées facilitées par les déplacements variés. Il aime « faire connaissance » soit directement soit indirectement et demande à des confrères de valeur de vérifier le parcours de vie de chacun en mettant les et les autres en contact de confiance les uns avec les autres. Son insistance à archiver dit quelque chose de son souci de conservation et de transmission pour bien « avoir à l’œil » et guider en conséquence.

4° Vincent aime connaitre la vie intérieure de ceux qui manifestent de s’agréger définitivement, leur vie spirituelle et de prière ; il veut des êtres soudés par un cœur à cœur avec Dieu. Loin des égarements d’avant le Concile de Trente et qui habitent encore certains esprits puisque les décisions conciliaires peinent à passer à l’acte, il est sensible à la profondeur de la démarche et à son développement. Il teste donc la capacité de l’intériorité remarquée par la pratique de l’oraison. Et il vérifie les expériences diverses ministérielles surtout pour les candidats déjà prêtres.

5° Parmi les qualités qu’il affectionne de trouver chez les prêtres et les frères, c’est incontestablement l’humilité qu’il placera vite en tête du peloton des vertus qu’il qualifiera de « fondamentales ». Il n’aime pas les fanfaronnades ni les fiers, ni les « m’as-tu vu». Il veut des hommes simples et vrais. Ce qui compte c’est la manière évangélique, l’adhésion opiniâtre au Christ.

6° Pour autant, Vincent souhaite des postulants instruits et cultivés. Il n’aime pas la médiocrité et vérifie la culture des séminaristes, quitte à la compléter avant l’ordination et toujours à l’améliorer une fois les étapes franchies. Ordinands et conférences sont la maintenance  de la vie missionnaire sous toutes ses formes. Toutefois, il sait mettre le holà à des spécialisations trop pointues et  dommageable au travail apostolique. Le savoir n’est pas une fin en soi mais un outil évangélique. Son insistance à lier formation et mission (pas de séminaire sans missionnaires sur le terrain et les maisons de formation s’appellent aussi « maison de mission ») en dit long sur la recherche de candidats avides d’esprit missionnaire.

7° Il distingue et souhaite faire comprendre aux intéressés, que recherche de vocations, temps de discernement, séminaire interne et/ou temps des études sont des étapes différentes et successives à ne pas mélanger. En ce qui concerne le séminaire interne, il le présente aux séminaristes comme le temps de l’affermissement de la vocation déjà détectée. De la persévérance avant toute chose : « … En la vie spirituelle, on fait peu d’état des commencements ; on regarde le progrès et la fin » (II, 129).

 

Quand St Vincent lui-même conseillait

L’appel divin

« Dieu appelle souvent par des moyens qui sont inconnus, le plus souvent par le désir qu’il en donne et par la persévérance avec laquelle vous cherchez ». (cf. IX, 354)

« C’est Dieu seul qui a droit d’appeler aux fonctions évangéliques » (A Guillaume Delville Arras – 6 janvier 1857 – VI, 156)

« Dieu se sert de diverses manières pour appeler à son service ; quelquefois des afflictions et dégoûts du monde font envie de le quitter. Et quand avec cela les dispositions s’y trouvent, c’est une bonne marque d’une vraie vocation. D’autres sont appelés d’une manière plus pure, regardant seulement le désir de servir Dieu et le moyen de faire leur salut ». (Conseil – 29 février 1658  XIII, 739-740)

 

L’appel humain

Origines et  culture

J’estime que vous devez user de beaucoup de précautions pour n’y être pas trompé, particulièrement de celles-ci : de … faire toujours composer (les postulants) en votre présence, de nous envoyer leurs compositions et de nous mander exactement leurs mœurs, âges, santés, qualités, etc. » (A Guillaume Delville Arras – 6 janvier 1857 – VI, 156°)

L’épreuve

Quand le seul intérêt amène les filles et qu’elles cherchent seulement leur sûreté, il est bien difficile qu’elles réussissent. Ce sont toujours des esprits vacillants, irrésolus et qui enfin ne réussissent pas. C’est pourquoi, mes chères soeurs, il est de très grande importance d’essayer et même d’éprouver leur vocation ». (Conseil – 29 février 1658  XIII, 739-740). [1]

 

Le discernement

« Pour juger si Dieu vous a appelée en la condition où vous êtes, il ne faut pas vous arrêter à vos dispositions présentes, mais à celles que vous aviez quand vous y êtes entrée. Pour lors vous en aviez senti plusieurs fois le mouvement ; vous aviez prié Dieu pour connaître sa volonté ; vous aviez demandé conseil à vos directeurs ; vous aviez fait non seulement une retraite, mais un essai chez Mademoiselle Le Gras ; et sur cela, vous étant volontairement déterminée à cette manière de vie en la vue de Dieu et pour répondre à son appel, il a fait voir que cette résolution lui a été très agréable, en ce que toujours depuis il vous a si bien bénie en votre personne et en vos actions, que vous avez édifié le dedans et le dehors. Quel sujet avez-vous maintenant de douter si vous êtes en l’état où il vous désire ? Car il est évident par toutes ces choses que votre vocation est de Dieu, puisque vous y êtes parvenue par ces voies-là, qui sont les plus assurées, et que c’est par elles qu’il a coutume d’attirer les âmes hors du monde, pour s’en servir dans le monde même. (A sœur Marguerite Chétif – 18 février 1657 –VI, 190-191)

 « Je ne m’en rapporte pas à mon propre jugement lorsqu’il s’agit d’admettre les prétendants parmi nous, puisque, après les avoir éprouvés en diverses manières, je prends encore l’avis de plusieurs de la compagnie » (A Guillaume Delville Arras – 6 janvier 1857 – VI, 156°)

« Tendre au discernement des vraies lumières d’avec les fausses, embrasser les bonnes et fuir les mauvaises ; et, pour tout dire en un mot, notre plus grande affaire, c’est de savoir l’importance qu’il y a à discerner les maximes de Jésus Christ de celles du démon. » ( Aux confrères -17 /10/59 -XI, 340-342)

« Examiner si l’inspiration n’est pas accompagnée de précipitation » ( R.O. 27 décembre 1559 – XII,436)

« Prendre conseil et revoir avec tranquillité l’avis donné » (XII, 350-351)

« Echauffer notre volonté » (7 mars 1659 – XII, 164-165)

« Bien se donner à Dieu » (A Fr. Carcireux – 18 juillet 1656 – E 512)

L’accompagnement
Son utilité

«… La direction spirituelle est grandement utile ; c’est un lieu de conseil dans les difficultés, les dégoûts, le refuge dans les tentations, de force dans les accablements ; enfin c’est une source de biens et de consolations, quand le directeur est bien charitable, prudent et expérimenté. » ( A Jeanne Lepeintre, fille de la charité, 23 février 1650 – III, 614)

« C’est l’art des arts que de conduire les âmes » (A Antoine Durand- 1656, XI, 342).[2]

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

Jean-Pierre Renouard

Jean-Pierre Renouard

26 novembre 1934. Ecole publique de Ribaute (Gard), Prime-Combe, Lycée d’Alès (Gard). Séminaire interne Dax- Etudes à Paris et à Rome. Vocation 21 octobre 1955. Vœux 14 avril 1963 et Ordination sacerdotale le 5 avril 1964. Habite au Berceau pour la quatrième fois (Marseille, CIF, Catus, Limoges)
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Vincent est très attentif à l’histoire du demandeur : origine, famille, sens du réel, amour du travail, solide expérience humaine, santé et qualités humaines. Il est sensible à l’équilibre et à une affectivité de bien développée. Il se méfie des exaltés, des timorés, des « chercheurs d’ombre ». Il privilégie les hommes zélés prenant des risques.

NOTES :

[1] Saint Vincent est soucieux aussi des vocations féminines. Et pas seulement de celles concernant les filles de la charité.

[2] On ne saurait trop recommander le cahier vincentien (ou fiche vincentienne) numéro 37 ‘saint Vincent et la formation’ et le numéro 87 , ‘le discernement des vocations’.