Homélie du Dimanche de Pâques 2019 en la chapelle saint Vincent de Paul – Paris

Joyeuses Pâques !  Le Christ est vraiment ressuscité, il est vivant ! Dieu l’a relevé du tombeau : Alléluia ! De cela, nous sommes les témoins !

Chères sœurs, chers Frères : Croire à la résurrection du Christ est essentiel pour notre foi. Sans la foi en la résurrection tout s’effondre pour le chrétien. Rien de ce que nous faisons à l’église n’aurait plus de sens si le Christ n’était pas vraiment ressuscité. Benoît XVI dit avec raison : « La foi chrétienne tient par la vérité du témoignage selon lequel le Christ est ressuscité des morts, ou bien elle s’effondre » (Benoît XVI, p. 275 [1]). Dans ce même sens, cette semaine, une personne qui a trouvé la foi à l’âge adulte grâce à son mari, a bien compris cela, à sa manière. Elle m’a dit : « la naissance de Jésus est importante pour la foi, n’est-ce pas ? Mais la résurrection de Jésus crucifié est encore plus importante, essentielle ». Oui, cette dame a simplement tout compris.

Pourtant, frères et sœurs, comment pouvoir croire à la résurrection de Jésus, sans preuves ? Il est vrai, lors de la crucifixion de Jésus il y a eu des témoins. La crucifixion était publique et les récits des évangiles décrivent ce qui s’est passé pas à pas. Par contre, la résurrection du Christ ne s’est pas passé devant des témoins oculaires. Elle s’est passé à l’intérieur du tombeau, entre Dieu et son Fils pourrait-on dire ! Si la crucifixion est historique, la résurrection « est un événement qui fait partie de l’histoire et qui, pourtant, fait éclater le domaine de l’histoire et va au-delà de celle-ci » (Benoît XVI, Jésus de Nazareth, p. 308). Les seules preuves de la résurrection dont nous disposons sont donc : le sépulcre ouvert (je préfère cette expression à celle de sépulcre vide), les apparitions du ressuscité aux disciples et le message de certains personnages angéliques qui proclament : il n’est pas ici, il est ressuscité, allez en Galilée où tout a commencé.

L’évangile de ce jour nous raconte une course matinale. Une sorte de « jogging pascal » qui a pour seul but le tombeau. Marie annonce à Pierre et au Disciple bien-aimé : « on a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé ». Cette annonce déconcertante et troublante provoque la course de deux disciples dont je vous parlais. Pierre, certainement plus lourdaud, peut-être plus âgé, arrive le dernier non seulement au tombeau mais aussi à la foi pascale. Le premier à croire est bel et bien le Disciple bien-aimé.

Qu’est-ce que cela signifie que Pierre, entrant dans le tombeau vide, ne puisse que constater la vacuité de celui-ci, la disparition de la dépouille mortelle et la disposition des linges et du suaire ? Il remarque que le corps de Jésus n’est plus là ; son cadavre a mystérieusement disparu, et pourtant tout semble en ordre. Il constate, il observe l’événement comme de l’extérieur. Il lui est impossible à ce stade de percer le mystère. Il n’arrive pas à faire le saut de la foi.

Par contre, l’autre disciple, le Disciple bien-aimé, entre dans le tombeau « il voit et il croit ». Quel privilège pour cet ami intime de Jésus !!! Il se passe de preuves ; quelques signes lui suffisent, les signes laissés là lui font signe… « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! ». C’est certainement pour cela qu’il voit et il croit de manière immédiate : il est l’ami intime de Jésus. Il a reposé la tête sur sa poitrine lors de la dernière cène, il a suivi Jésus jusqu’au prétoire (tandis que Pierre le renia à l’extérieur), il accompagne Jésus jusqu’à la croix. Tous les autres disciples ont fui… mais lui, il est là, avec sa mère. Il la reçoit chez lui parce que son maître le lui a demandé. Le Disciple bien-aimé se passe de preuves, les signes qui sont là lui suffisent. Le tombeau ouvert lui parle, l’absence est pour lui signifiante : source de foi. L’on pourrait dire que l’absence du cadavre de Jésus est pour lui une autre forme de présence combien plus   symbolique.

Frères et sœurs, la foi pascale commence paradoxalement par une absence : l’absence physique de la dépouille funéraire de Jésus. La foi en la résurrection nous met, tout d’abord, face au vide, face à la disparition définitive de l’être aimé (ceci est vrai pour Jésus et ceci l’est pour la résurrection de nos proches). Et pourtant… le récit de l’évangile de Jean raconte avant tout la quête de ce corps perdu. La recherche du corps à jamais disparu est l’objet d’angoisse de Marie de Magdala en ce premier jour de la semaine.

Combien avait raison, Xavier Thévenot, un de mes enseignants à la Catho de Paris : « La foi pascale, disait-il, est la quête d’un corps perdu, à corps perdu ! ».

Oui, la foi pascale est une enquête, une recherche passionnée et passionnante de la personne du Christ à jamais disparu mais mystérieusement toujours présent. Nous n’avons plus que l’Ecriture et quelques témoins de la résurrection pour saisir et comprendre. Comme Marie de Magdala, nous cherchons à toucher le Christ, à le saisir. Comme Thomas nous voulons des preuves et nous réclamons à voir et à toucher la marque des clous et le côté ouvert du crucifié… Or, la foi pascale doit se passer de tout cela : « heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

La Parole de Dieu ce matin nous parle de la foi comme d’une course. Pierre et le Disciple bien-aimé sont exemplaires en cela. La foi en la résurrection est cela même : une enquête, une recherche qui se passe de preuves mais qui trouve à sa disposition des signes pour croire et saisir. Le premier signe à saisir est le tombeau ouvert qui ne peut plus contenir l’être de celui qui est VIVANT à jamais parce que ressuscité. Cette eucharistie pascale est pour nous ce matin le signe que nous cherchons le Seigneur et que nous pouvons le trouver malgré son absence physique. Cela, grâce à sa présence sacramentelle dans l’église et dans l’eucharistie que nous célébrons avec dévotion et foi.

Roberto GOMEZ, CM 🔸

Roberto Gomez

Roberto Gomez

Prêtre missionnaire Lazariste, d'origine colombienne. Il est actuellement le supérieur de la Maison-Mère à Paris et professeur de Bible à l'Institut d'Etudes Religieuses de l'Institut Catholique de Paris.
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La foi en la résurrection est cela même : une enquête, une recherche qui se passe de preuves mais qui trouve à sa disposition des signes pour croire et saisir. Le premier signe à saisir est le tombeau ouvert qui ne peut plus contenir l’être de celui qui est VIVANT à jamais parce que ressuscité.

NOTE :

[1] Jésus de Nazareth. De l’entrée à Jérusalem à la résurrection. Editions du Rocher, Librairie éditrice vaticane, 2011, p. 275.