Homélie du Jeudi Saint 2019 en la chapelle saint Vincent de Paul à Paris

Je suis un homme du Jeudi Saint », me disait un prêtre ami, cette phrase est restée dans ma tête et celle-ci parfois était sujet de conversations et réflexions avec cet ami prêtre qui est déjà dans la maison du Seigneur.

Nous nous ressemblons ce soir pour rappeler à notre mémoire le repas que Jésus célébrait avec ses amis, en souvenir de la libération de son peuple. Une célébration pleine de symboles, des gestes, des paroles… Une célébration marquée par le sens de la fête et une forte expression de nostalgie.

Un repas qu’a servi à Jésus pour nous donner le signe par laquelle les chrétiens seront à tout jamais reconnus : la fraternité.

Avec ces paroles et ses gestes, Jésus, lors de la cène, manifeste a ses disciples que la promesse de Dieu, son Père, s’accomplit en Lui, que sa vie devienne « mémoire », une mémoire qu’aura toujours cette saveur amère entre la joie et la tristesse.

 « Faire ceci en mémoire de moi ». Ces paroles de Jésus, sont devenues pour notre communauté ecclésiale un véritable commandement. Il s’agit pour nous, d’une invitation à entrer dans la destinée de Jésus, que n’autre chose que l’histoire de Dieu avec nous.

« Faire ceci en mémoire de moi », ne se réduit aux gestes de l’eucharistie. « Faire ceci en mémoire de moi », signifie que nous acceptons, et que nous célébrons toute la vie du Maître, que ses paroles de réconfort, de libération, de paix, de justice, de fraternité… trouvent en nous aujourd’hui un écho visible et possible.

« Faire ceci en mémoire de mo »i, signifie que tous les signes que le Seigneur a accompli au milieu de son peuple, aujourd’hui, nous les prolongeons avec nos gestes d’accueil, de solidarité, de générosité, de vie, d’écoute… Ces paroles signifient que notre Eucharistie ne s’arrête pas à la porte de nos églises, mais qu’elle continue dans le quotidien de nos vies !

Ces paroles nous invitent à être témoins, prophètes dans ce monde complexe que nous vivons aujourd’hui. « Faire mémoire » de la personne de Jésus, devienne une tâche difficile dans le contexte de notre société et de notre Église.

Derrière la fête que nous célébrons, se cache tout le paradoxe de nos relations humaines. Elle nous rappelle que toute relation, qu’elle soit familiale, de couple, fraternelle ou d’amitié, est traversé aussi des moments d’incompréhension et de distance…

Devant cette réalité, Jésus nous répond par un geste, celui du lavement des Pieds. Pierre, (comme peut-être chacun d’entre nous), ne comprend pas la portée de ce geste, mais par ce geste silencieux, sans explication véritable, Jésus nous offre l’espoir de la « réciprocité » toujours à retrouver : quelque chose qui n’est ni domination, ni servitude, quelque chose qui est de l’ordre du ministère, du service : Jésus nous invite à être des hôtes les uns pour les autres. Il nous invite à un repas entre personnes égales. En invitant les disciples, Jésus nous invite aussi à la réciprocité. Il nous demande de nous laisser instruire par les autres, de nous laisser toucher par la parole, d’accueillir l’humanité de l’autre, en rendant le même service d’amour.

Jésus dépose ses vêtements, et il dépose sa vie pour ses amis. Quand Jésus déposes ses vêtements, il exprime le don de sa vie jusqu’à la mort, jusqu’au bout, il donne l’exemple d’un véritable disciple, d’une véritable église, qui doit se déposséder pour accueillir l’humanité toute entière.

Jésus dépose ses vêtements. Il donne sa vie pour ses amis, pour l’humanité entière : pour ceux qui veulent le suivre, et pour ceux qui le refusent.

C’est ici que notre vocation de prêtre trouve toute sa force, c’est ici que notre vocation des chrétiens trouve sa véritable source.

La Cène est le repas qui nous ramène à ce que nous sommes. Elle nous rappelle notre vulnérabilité et notre force, notre espérance est nos joies, nos tristesses et nos angoisses. La cène, est censée de nous montrer un chemin de « re-création », de libération.

Le pain que Jésus a pris était un pain sans levain. Un pain radicalement nouveau, indépendant du passé. Le pain sans levain est un pain qui a rompu avec ce passé de la honte, ou de la peur. C’est le pain d’une nouvelle communauté, d’une nouvelle création, qui ne célèbre plus son Dieu par des rites de puissance, d’exclusion ou de refus.

La cène que nous célébrons ce soir, sont les actes radicaux d’amour et de dépouillement, d’accueil et  de générosité, de liberté et de sincérité. La cène que nous célébrons est le visage du Dieu Amour que nous portons tous.

Alexis CERQUERA TRUJILLO, CM 🔸

Alexis CERQUERA

Alexis CERQUERA

Colombien. Né le 13 avril 1969. Ordonné prêtre le 21 mai 2009.
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Avec ces paroles et ses gestes, Jésus, lors de la cène, manifeste a ses disciples que la promesse de Dieu, son Père, s’accomplit en Lui, que sa vie devienne « mémoire », une mémoire qu’aura toujours cette saveur amère entre la joie et la tristesse.