Homélie Dimanche des Rameaux 2019

Chapelle saint-Vincent-de-Paul. Maison-Mère, Paris

Nous venons d’entendre la Passion du Seigneur. C’est un épisode déterminant de la vie de Jésus, car il récapitule en quelques heures ce que chacun d’entre nous vit dans la totalité de son existence : le bonheur de la reconnaissance et de l’affection, la souffrance de la solitude et la crainte de l’abandon, la douleur de l’injustice et l’angoisse de la mort.

Comme le disait l’apôtre Paul, dans sa lettre aux Philippiens : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu…Il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes… reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph. 2, 6-11)

Comment donc rester indifférents devant celui qui se fait si proche de nous, celui qui n’a pas fait semblant d’être un homme, mais qui a connu tout de notre vie, absolument tout, sauf le péché…

A certains moments de nos vies, il nous arrive d’être pleins de confusion : nous accusons Dieu, nous nous révoltons contre Dieu, lorsque nous souffrons de la solitude, lorsque nous nous sentons abandonnés, lorsque nous sommes victimes de l’injustice ou angoissés en pensant à la mort.

Il est vrai que, parfois, il nous est donné de vivre des situations vraiment intolérables !  Par exemple : lorsque tout allait bien pour nous, nous recevions la visite de nombreux amis qui ne manquaient pas de nous flatter, qui aimaient venir chez nous pour faire la fête, de ces amis qui aimaient bien plaisanter, donner de grandes tapes dans le dos et qui nous faisaient de grandes professions d’amitié éternelles…jusqu’au jour où l’épreuve est venue nous visiter, sous une forme ou une autre. Alors là, mystérieusement, les amis se sont éclipsés, l’un après l’autre, et nous nous sommes retrouvés seuls… Seuls comme Jésus, tellement acclamé le jour des Rameaux et qui, quelques heures plus tard, sera lamentablement et lâchement abandonné aux mains de ses bourreaux. Et alors, comme Jésus nous avons peut-être crié vers Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Oui, nous pouvons crier vers Dieu, nous pouvons nous révolter, c’est normal, c’est humain… c’est tellement humain ! Et puis, un jour vient, et il vient toujours, un jour vient où, tout au fond de notre détresse, tout au fond de notre nuit, une lueur s’infiltre ; elle nous conduit, peu à peu, vers la paix, vers la sérénité… car, depuis que Jésus est devenu semblable aux hommes, nous sommes assurés qu’il y a au moins quelqu’un qui nous comprend, puisqu’il est passé par là, lui l’innocent parfait. Quelqu’un qui sait, ce que tous les autres ne savent peut-être pas, et n’arrivent pas à comprendre…Quelqu’un qui est là, tellement silencieux, mais tellement présent…

Un jour vient, et il vient toujours, un jour vient où s’impose à nos esprits cette révélation inouïe : « Si, en J.C, Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, s’il n’est même pas venu l’expliquer, en Jésus Christ, il est venu la remplir de sa présence… »

Et cela change tout dans nos vies ! Nous souffrons, oui, mais en Jésus Christ, et grâce à lui, nous pouvons donner un sens à ce qui n’en a pas, humainement parlant. Nous pouvons, avec le Christ, donner un sens, doucement, humblement, et avec patience…après avoir beaucoup pleuré peut-être, après avoir beaucoup souffert, sans doute, car « l’homme a des endroits de son pauvre cœur qui n’existent pas encore et où la douleur entre afin qu’ils vivent » (Léon Bloy).

Et le miracle se réalise à chaque fois : notre souffrance supportée dans l’amour, avec le Christ, devient source de vie, de réconfort et d’espérance pour ceux qui n’en peuvent plus de souffrir. Et la prophétie d’Isaïe s’accomplit, une nouvelle fois : « Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé » (Isaïe 50, 4-7)

En cette fête des Rameaux et de la Passion, contemplons Jésus habité par sa mission : montrer aux hommes le visage et l’amour du Père. Marchons à la suite de Jésus. Il fait le chemin avec nous, le chemin vers tous les chemins de croix du monde, là où l’on tue, là où on viole, là où on persécute… Il fait route avec nous pour nous apprendre à reconnaître son visage sous les traits de tous les torturés. Il nous appelle à marcher, avec amour, vers la croix, vers la vie. Laissons donc monter du fond de notre cœur ce cri de notre foi, de notre espérance et de notre joie : « Victoire ! tu règneras, ô Croix, tu nous sauveras ! »

Alain PEREZ, CM 🔸

Alain Perez

Alain Perez

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Et le miracle se réalise à chaque fois : notre souffrance supportée dans l’amour, avec le Christ, devient source de vie, de réconfort et d’espérance pour ceux qui n’en peuvent plus de souffrir.