Avec les Artisans de la Fête

Voici quelque vingt ans que mon évêque m’a envoyé en mission parmi les Artisans de la Fête, appelés aussi Forains. Cependant le mot « Artisan » veut souligner que leur métier est vraiment un « travail ».

Il y a dix ans, les évêques des Provinces de Bordeaux et Poitiers m’ont nommé, en lien avec l’Aumônerie Nationale, aumônier provincial de la Nouvelle Aquitaine. J’ai hésité à répondre favorablement à mon évêque, ne connaissant pas le monde des Artisans de la Fête. Puis, sachant que l’on ne se donne pas une mission mais qu’on la reçoit, je me suis lancé et j’y suis heureux, vivant mon ministère de diacre comme « un passeur d’espérance » (Selon Monseigneur Albert Rouet) dans une des périphéries de notre société.

Comment vit-on cette mission avec et au milieu des forains ? Un seul mot :  présence. Oui, il faut être là, passer et encore passer au milieu de la fête, allant de métier en métier pour serrer une main, dire un bonjour. Être parmi les forains, c’est de l’ordre de la gratuité.

Pendant trois ans, à la suite de religieuses présentes sur les fêtes, je n’ai eu que « contacts polis ». Il fallait « faire sa place », se laisser apprivoiser … Et un jour c’est le « finis d’entrer ! » Que de contacts depuis ! Des confidences, des questions alors que je suis dans les caisses des manèges. Des demandes de baptêmes ou de mariages. Des accompagnements de familles en deuil. Des baptêmes célébrés sur le manège ou petit châpiteau, parce que c’est le lieu de vie. Eucharistie célébrée avec mon évêque sur le manège d’auto-skooter, réunissant au cours de la fête dans la ville des forains et des paroissiens du quartier et de la ville.

Le téléphone sonne : Henri, jeune trapéziste de dix-huit ans s’est tué accidentellement. « Jean-Claude, on veut que ce soit toi notre aumônier qui fassent les obsèques. » Et je me retrouve au milieu de quelques huit cents Gens du Cirque ( de plusieurs cirques de France. ) Et quand les forains appellent pour un décès, il faut de suite répondre oui. La célébration a lieu dans l’église, mais il faut être dès le décès sur le terrain de remise des caravanes et prier dans la caravane du défunt.

Évidemment, ceci demande une pastorale bien différente des paroisses et des sédentaires pour préparer les sacrements. Être aumônier des Artisans de la Fête et des Gens du Cirque c’est partager, derrière les décors et loin des flonflons, les soucis quotidiens d’une profession consacrée à la fête des autres sans être toujours de la fête elle-même ! Il faut que comme aumônier, être avec les forains pour faire comprendre à un maire que si la fête est mise en dehors du centre-ville, alors ce n’est plus la fête. Il faut aussi que l’aumônier n’oublie pas de serrer la main des « commis », souvent main-d’œuvre étrangère qui sont de « petites gens »

Le cher Cardinal ETCHEGARAY, qui « curé » des forains dans son diocèse de Bayonne, a écrit : « Dis-moi quelles sont tes fêtes et je te dirai qui tu es. » Il faut se poser cette question. Saint Athanase, au IVe siècle, affirmait : « Le Christ ressuscité fait de la vie de l’homme une fête continuelle. »

Cette fête sans fin est-elle vraiment une réalité pour nous ? Et si la fête s’effaçait du Corps du Christ qu’est l’Église, y aurait-il encore sur terre ce sel qui donne goût de vivre et de vivre ensemble ? La fête en effet est la parabole du Royaume. Elle est un espace gratuit de convivialité où l’on se rencontre, où l’on passe un moment dans la musique et les lumières, même si l’on ne peut pas acheter quelque chose.

Aumônier, « passeur d’espérance », mon rôle est de faire le lien entre ce monde des forains et l’Église. Les Artisans de la Fête ont leur vie marquée par l’itinérance. Ils ont, pour beaucoup la foi chrétienne chevillée au cœur et transmise de générations en générations. Si vous entrez dans une caravane, vous y trouverez la croix du Christ et une image de la « Sainte », c’est-à-dire la Vierge Marie.

Suite à la visite de l’évêque sur la fête, en allant avec l’aumônier de métier en métier, j’ai entendu un forain me dire : « Quel plaisir de serrer la main à l’évêque. C’est l’Église qui est venue à moi ! »

Avec les forains, je vis beaucoup d’amitié. Je partage les joies et les peines, les soucis. J’aide parfois, à la réconciliation entre les personnes. Je découvre des gestes remarquables, comme cette foraine ayant un manège d’enfants et qui fait faire un tour à un gamin dont elle s’est rendu compte que les parents sont « fauchés ». Ou Sophie, confiseuse, qui remet gratuitement un sandwich à un sans domicile fixe passant dans la fête. J’ai pu aussi, épauler par un couple forain, aider un forain à se sortir de son addiction à l’alcool.

Quand mon évêque m’a envoyé en mission chez les Artisans de la Fête, il a voulu respecter mon désir d’être missionnaire à la suite de Saint Vincent de Paul. Car les forains représentent une périphérie dont très souvent les paroisses n’ont pas conscience. Que Saint Vincent me donne simplicité et humilité pour vivre la joie du service au milieu de ce peuple très attachant !

Jean-Claude PETEYTAS, diacre vincentien 🔸

Jean-Claude PETEYTAS

Jean-Claude PETEYTAS

Diacre Permanente, du diocèse de Perigueux, afilié à la Congrégation de la Mission. Aumônier pour son diocèse de la Pastorale des Artisans de la Fête
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Aumônier, « passeur d’espérance », mon rôle est de faire le lien entre ce monde des forains et l’Église. Les Artisans de la Fête ont leur vie marquée par l’itinérance. Ils ont, pour beaucoup la foi chrétienne chevillée au cœur et transmise de générations en générations