Jésus le bon pasteur ou le pédagogue par excellence

Le terme pédagogie est souvent utilisé aussi bien par les pasteurs que par les théologiens en lien avec l’économie du salut. Dans ce sens, on parle souvent de pédagogie divine ou de pédagogie christique. Cependant, en quoi consiste effectivement la pédagogie du Christ ? Jésus en se présentant comme le bon pasteur dans l’évangile de Jean au chapitre 10, ne nous révèle-t-il pas en même temps quelques traits caractéristiques de sa pédagogie ? En nous limitant à un extrait de l’évangile johannique (Jn 10, 1-11), nous allons tenter de montrer comment Jésus fait œuvre de pédagogue non sans dégager quelques grands principes d’éducation qui en découlent. En effet, comme nous le savons, l’éducation est une dimension constitutive de l’évangélisation. Car, en réalité, évangéliser n’est rien d’autre qu’éduquer les hommes et les femmes à la foi en Jésus-Christ.

  • « il entre par la porte » (Jn 10, 1-2)

En effet, il y a plusieurs manières d’entrer dans l’enclos de la personne humaine. Il se trouve que certaines personnes ne respectent pas la liberté de la personne humaine, tandis que d’autres la respectent et la promeuvent. Dans la première catégorie, il s’agit effectivement du voleur ou du dictateur qui entre par le jeu de la force, de l’intimidation ou de la menace qui vise à provoquer la peur. Dans la seconde catégorie, celui qui entre convenablement par la porte, il y a là l’expression de l’hospitalité et la marque de la liberté personnelle de l’autre. Autant dire que c’est Dieu qui donne l’exemple du respect de la liberté. Malgré son omnipotence, il frappe et attend qu’on lui ouvre. Il est comme impuissant par amour devant les libertés individuelles puisqu’il accepte parfois qu’on lui fasse attendre longtemps. Le premier principe de toute éducation est donc le respect de la liberté.

  • « Il les appelle chacune par leur nom » (Jn 10, 3)

Le pédagogue est celui qui connaît l’enfant ou l’apprenant. Appeler quelqu’un par son nom, c’est le signe qu’on le connaît personnellement. Comment pourrait-on conduire quelqu’un qu’on ne connaît pas ? Un autre principe de l’éducation qui se dégage ici est celui de la connaissance de l’autre. S’il est vrai en effet que l’éducation est une œuvre d’amour, il faut souligner que la connaissance de l’apprenant vient renforcer cet amour.

  • « Il les mène dehors » (Jn 10,3)

L’être humain se trouve toujours entre deux mondes. En évoquant l’Ancien Testament, on pourrait dire la terre d’Egypte où il est esclave et la terre promise où il sera libre. Pour arriver à la terre promise, il va sans dire qu’il doit sortir de l’Egypte en affrontant l’expérience des risques et des incertitudes du désert. Le développement de l’homme exige toujours une libération de tout ce qui entrave l’épanouissement, un courage pour entrer en relation avec Dieu, les autres et le monde. Mais plus encore, il faut avoir un guide, un maître qui nous dirige en nous protégeant durant les moments d’épreuves. D’où le troisième principe qui est la libération et la protection de l’homme dans son ouverture au monde.

  • « Il marche à leur tête » (Jn 10,4)

L’éducateur chrétien doit montrer la voie. Il doit comme Jésus le bon pasteur, marcher à la tête du troupeau, des apprenants. Il doit par sa vie exemplaire être une lampe placée sur la table pour éclairer les gens de la maison. Toutefois, marcher à la tête signifie aussi diriger, exhorter, contrôler, corriger les erreurs, ramener des égarements. Dans la fonction pastorale d’un prêtre, c’est ce qu’on appelle généralement la fonction de gouvernement. Mais, cela peut s’étendre à tout éducateur en général, et en particulier à tout éducateur dans la foi. Il y a comme une transcendance entre l’éducateur et l’éduqué en ce sens que  le premier se distancie du second pour mieux  appréhender ses problèmes. Un quatrième principe que nous pouvons dégager à ce niveau est celui de l’exemplarité de l’éducateur. En langage ecclésial, on parlerait du témoignage de vie.

  • « Enfin, il donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11)

L’éducateur doit avoir le courage comme le maître par excellence d’aller jusqu’à la pâque, comme le grain qui meurt pour donner beaucoup de fruits (cf. Jn 12, 24). En d’autres termes, l’éducateur doit par amour, s’effacer devant l’apprenant pour lui permettre de prendre sa liberté en main, de faire fructifier ses acquis pour construire son devenir. D’où un cinquième principe d’éducation que nous pouvons retenir qui n’est autre chose que celui de l’effacement de l’éducateur par amour. Ce dernier principe est étroitement lié au premier que nous avons précédemment évoqué qui est celui du respect de la liberté.

En définitive, alors que nous cheminons progressivement vers la XVe Assemblée Générale ordinaire du Synode des Évêques, qui aura lieu en octobre prochain et sera consacrée aux jeunes, en particulier au rapport entre jeunes, foi et vocation, puissions-nous espérer que ces principes éducatifs dégagées à partir de la figure de Jésus le bon pasteur puissent être de quelque utilité dans l’implémentation de ce que le Supérieur Général a appelé dans sa lettre à l’occasion de la clôture du 400e anniversaire du charisme vincentien, une culture renouvelée des vocations en vue d’un avenir radieux de la famille vincentienne au bénéfice des pauvres, nos maîtres et seigneurs.

Martial TATCHIM FOTSO, CM 🔸

Martial Tatchim Fotso

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L’éducateur doit par amour, s’effacer devant l’apprenant pour lui permettre de prendre sa liberté en main, de faire fructifier ses acquis pour construire son devenir.