Quitter une mission

Il m’est demandé de faire un bilan de mes missions auprès des jeunes collégiens et lycéens que j’ai vécues avec Eric Ravoux durant 8 ans. C’est une belle occasion de faire le point ainsi qu’une aide pour tourner une belle page de vie. Je parlerai parfois en « je » parfois en « nous » car cette mission a vraiment été portée à deux, il est donc difficile de dissocier le perso du commun. Cela n’empêchera pas Eric de continuer à faire écho de cette mission qu’il continue actuellement.

J’ai régulièrement relaté nos missions via de petites publications sur nos sites CM. Ces 8 ans passés à sillonner la France et ensuite la Belgique sont l’occasion d’actions de grâce pour tout ce qui m’a été donné de vivre. Je voudrais évoquer quelques points forts avant de poser quelques réflexions sur le monde des jeunes.

  • Action de grâce pour une mission que je n’ai pas choisie ! Ce sont les Filles de la Charité qui en 2009 sont venus nous chercher, Eric et moi, en tant que responsables des vocations, pour témoigner auprès des jeunes de notre fondateur. A l’époque on s’engageait dans le jubilé des 350 ans de la mort de st Vincent et ste Louise. Il est bon de recevoir une mission en faisant confiance à l’Esprit pour arriver malgré mes limites à faire quelques petits profits.
  • Action de grâce pour une mission partagée. Je ne sais pas travailler seul, j’ai besoin d’un stimulant via une équipe pour aller de l’avant. Avec Eric nous avons vécu ce binôme comme une bénédiction. Régulièrement nous nous le disions car il est bon de repérer ce que le Seigneur nous donne de vivre. Un de mes formateurs du séminaire interne me disait « rendre grâce pour une grâce reçue est une ouverture à une nouvelle grâce ». Dans cette vie communautaire réduite à sa plus simple expression, j’ai pu vivre ces temps fraternels que l’on espère trouver lorsque nous nous engageons dans une congrégation religieuse. C’est toujours un défi de partager une vie commune, surtout à deux, particulièrement les 4 dernières années dans un treize mètres carrés (nous étions souvent en camping-car). Cela demande des ajustements réciproques mais cela donne un bon équilibre de vie pour gérer notre besoin relationnel, surtout que notre mode de vie ne laissait guère de place à des relations régulières avec d’autres personnes (sur un an, nous étions grosso modo à la communauté que deux à trois mois. Le reste du temps sur les routes !)
  • Actions de grâce pour ce mode de vie qu’est l’itinérance… avec tout le confort et la sécurité nécessaire pour pouvoir la vivre paisiblement. Cela donne une autre vision de notre passage sur cette Terre. Ça aide beaucoup à ne pas s’attacher aux choses et à prendre conscience que je n’ai pas besoin de grand-chose pour vivre. C’est un très bon moyen pour vivre le détachement.
  • Action de grâce pour les partenariats avec les directeurs d’établissements qui nous ont appelés pour vivre ces temps forts avec les élèves. Et par extension la rencontre avec les communautés éducatives où j’ai pu vivre de belles rencontres tant avec des profs qu’avec des personnes de l’OGEC ou autres. La vie se révèle dans les rencontres que nous faisons. Des liens se tissent et des bouts d’histoires s’écrivent.
  • Action de grâce pour cette mission soutenue par nos Visiteurs, qui ont su voir l’intérêt de notre présence auprès des jeunes pour annoncer cette présence de Dieu en nos vies.
  • Action de grâce enfin pour tous ces jeunes rencontrés. En moyenne nous rencontrions un peu plus de 10 000 jeunes par an. Bien sûr, le cadre était très particulier et court dans le temps (deux heures par classes, une fois par an !). Cela n’a pas empêché de découvrir cette jeunesse et d’avoir de bons échanges avec eux sur le sens de la vie et sur les questions qu’ils se posent.

 

Quelques constats

 

  • Il est frappant de constater que les jeunes ont très peu l’occasion de se poser les questions du sens de la vie. Ils sont tellement matraqués par notre société de consommation via les publicités pour qu’ils ne soient que des consommateurs qu’ils n’ont pas le souci de leur devenir.
  • Ils sont les premières victimes d’une société très « critiqueuse ». Pris par le fantasme de la perfection, on ne regarde que ce qui ne va pas et on appui lourdement dessus, comme si insister sur les mauvaises notes a déjà fait progresser quelqu’un !! La grande conséquence est une très faible estime d’eux-mêmes et un très grand manque de confiance (éléments essentiels pour sa propre réussite). C’est toute la question de la foi… ne serait-ce que la foi en eux-mêmes.
  • Ils sont très sensibles à tout ce qui est justice. Et d’une manière plus large dès que nous creusons un peu leurs attentes profondes qui évoquent leurs valeurs, il est aisé de constater qu’ils ont toute une richesse de valeurs en eux. Le défi est de la mettre en acte.
  • Notre système éducatif, focalisant principalement sur le cognitif, ne permet pas aux jeunes de découvrir leurs capacités réelles, leur intelligence première, ni ne sait trop les accompagner sur leurs rêves et attentes. Il y aurait grand intérêt à leur faire expérimenter bien des situations de travail ou des domaines qu’ils ne connaissent pas afin qu’ils puissent mieux se connaitre et ainsi mieux s’orienter.
  • Sur le plan culturel c’est vraiment le désert religieux ! le laïcisme continue à faire le rouleau compacteur. Cela nous demande d’adapter notre vocabulaire pour évoquer toute notion religieuse ou sacrée. C’est aussi accepter d’entendre des propos qui pourraient heurter mais qui sont simplement le fruit d’une non connaissance.
  • Ne connaissant rien dans ce domaine ils peuvent être bien disposés à découvrir le monde spirituel. Il nous faut simplement commencer par les B A BA !
  • La posture missionnaire demande de savoir accueillir d’une manière inconditionnelle leurs réactions, leurs réflexions et leurs questions sans aucun apriori pour éviter la fermeture de la rencontre. Une fois que l’on sait que leur comportement n’est pas pour agresser mais simple curiosité, il est possible de leur donner à voir ce que peut être l’Eglise et le monde du religieux.

Notre travail de missionnaire était principalement de susciter un questionnement sur leur vie, de témoigner de notre parcours vocationnel, l’importance de Dieu en nos vies et notre vie de prière, pour leur donner envie d’être des curieux de la vie. Mais le réel défi est dans la pastorale quotidienne via toute la communauté éducative des établissements. Car donner envie est une bonne chose, ça peut être l’occasion de se mettre en route, encore faut-il qu’il y ait un accompagnement pour aller plus loin sur le chemin. C’est ce point de collaboration et d’articulation qui est parfois ténu dans ce style de mission. Pour y pallier il y a eu des rencontres d’adultes pour des temps de présentation du charisme vincentien ou de réflexion sur la relation à avoir avec les élèves. C’est un début de réponse, il y a à le poursuivre pour réellement vivre en collaboration le travail des missionnaires itinérants et les missionnaires qui restent dans l’établissement car bien évidemment c’est tout baptisé qui se doit d’être missionnaire !

Vincent GOGUEY, CM 🔸

Vincent Goguey

Vincent Goguey

Fils de paysan Picard né le 03 septembre 1964. Une douzaine d’année de ministère dans les quartiers nord de Marseille à partir de mon entrée dans la chétive en 1990. Principalement en mission auprès des adolescents. Actuellement en communauté à Bondues et surtout en itinérance pour animer des temps de réflexion auprès de collégiens et lycéens sur la France et la Belgique. Anime aussi auprès des jeunes Voyageurs pour le temps des pèlerinages.
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Notre travail de missionnaire était principalement de susciter un questionnement sur leur vie, de témoigner de notre parcours vocationnel, l’importance de Dieu en nos vies et notre vie de prière, pour leur donner envie d’être des curieux de la vie. Mais le réel défi est dans la pastorale quotidienne via toute la communauté éducative des établissements.

Vincent Goguey