La question des sources

Il est beaucoup exigé du travail des historiens ou assimilés. Rien ne doit s’affirmer sans affiner la source par justice et honnêteté. Il est beaucoup demandé aux confrères simplement amateurs – souvent requis d’office – qui doivent aux aussi justifier leurs positions historiques ou du moins leur interprétation personnelle. S’ils ont besoin de motiver leurs affirmations, il leur faut avoir sous les yeux, le minimum de documents et de preuves écrites et archivées.

Comme nos maisons maintenues longtemps ouvertes se sont fermées, beaucoup de nos bibliothèques sont parties aux oubliettes de la revente, voire de l’offre à tous vents!  Je citerai deux exemples du temps passé : notre bibliothèque de Richelieu était réduite, voici 20 ans, à un tas de livres au milieu d’une chambre sans lumière et humide. Je les ai vus gisant comme des ordures. Notre bibliothèque de Buglose d’avant la Révolution, estampillée ‘Congrégation de la Mission’, a rejoint bien évidemment la Bibliothèque diocésaine puisque nos confrères exilés par les événements, avaient tout laissé. Si quelques fonds demeurent, sont-ils entretenus, complétés, disponibles ? Pour l’heure le meilleur est à Paris, gardé par des mains vigilantes, expertes et capables, mais il est nécessaire d’aller à St Lazare, d’y séjourner et de payer voyage et pension. Le travail intellectuel a du mal à être rémunéré  et c’est une tradition à la dent dure dans la Congrégation, alors il est impensable d’y ajouter des dépenses. Que faire ? Il existe sans doute beaucoup de moyens mais pourquoi ne pas commencer par exploiter ce qui existe.

A qui veut faire un travail simple mais fiable et reconnu comme tel, on peut suggérer d’abord de posséder les livres de base sur st Vincent, la Congrégation de la Mission, les lieux importants, les personnages saillants de notre Histoire commune. De même en ce qui concerne ste Louise, l’Histoire de leur Compagnie pour les Filles de la charité. Je suggère que soit indiquée une bibliothèque minima standard au moment de la formation, et qu’aucun jeune prêtre ne quitte ses cycles d’études sans posséder à son usage, ces ouvrages basiques. Il existe malheureusement assez « d’héritages »  pour constituer un fond commun de distribution, sans que soit grevé le budget commun.

Chaque utilisateur de l’informatique devrait recevoir aussi le disque qui contient les textes élémentaires de base sur st Vincent. Il n’est plus nécessaire de posséder les gros ouvrages d’Abelly de Coste, Collet, etc. Et cela ne mesure que 12 cm sur 12 cm ! Un vrai trésor à portée de main

Chaque utilisateur de l’informatique pourrait aussi  être pourvu du disque qui contient, numérisés,  tous les numéros des « Annales de la Congrégation de la Mission et de la Compagnie des Filles de la Charité ». Ce contenu court de 1834 à 1961, la charge d’un tel outil n’étant pas très lourde et embarrassante. Il y a là des textes officiels,  des chroniques bourrées de noms, de dates et de lieux suggestifs et souvent précis, bien plus subtils que les chroniques de Wikipédia ! Des inédits de st Vincent sont fournis et viennent compléter les richesses en notre possession.

Chaque utilisateur de l’informatique pourrait enfin, posséder pour travailler honnêtement, le disque des documents numérisés  qui fournit les inventaires de nos Archives. Depuis septembre 2000 un immense travail de compilation offre sur votre bureau d’ordinateur, et l’inventaire proprement dit et beaucoup de textes numérisés d’auteurs différents et complémentaires, soit plus d’une centaine dont les contenus sont quelquefois très surprenants. Merci au Père Lautissier pour une telle mine de travail fait et encouragé. De telles sources ne sont pas exploitées à leur juste niveau.

Il reste un vide d’importance. Depuis le départ de la Curie Généralice à Rome, les Annales ont été interrompues et remplacées par Vincentiana d’abord en langue latine – peu de temps, il est vrai- et puis en langues vernaculaires. Depuis la décision du Père Maloney, trois langues officielles ont été retenues : anglais, espagnol, français. On pourrait suggérer aussi leur numérisation mais chaque maison peut s’y abonner.

Une autre source dort et souvent richissime. Je veux parler des bulletins papiers de nos provinces de France. La Province de Paris a connu « Paris-Echos » et Toulouse « Toulouse-Informations » et « Toulouse-Animation ». J’ai personnellement gardé tous les numéros depuis leur commencement en ce qui concerne ma Province d’origine et je puis témoigner que tout cela se conserve aisément en une seule boite d’archive usuelle. Certes, l’Histoire rapportée là est très officielle et nue par les faits : placements, lieux, personnes, consignes, avis etc. mais elle a le mérite d’être exacte dans les données et les dates. Rien n’empêche certaines maisons ou particuliers de faire relier ces précieux agendas.

Il reste aussi une autre source à portée de main, ‘Le Bulletin des Lazaristes de France » dit B.L F  à qui ont succédé dans un autre format, depuis octobre 2004, « les cahiers saint Vincent ». Ils rapportent notre Histoire commune dans son immédiateté.

Faut-il ajouter deux références intéressantes : une parution trop  éphémère avec « Mission et Charité », lancée par Monsieur André Dodin, d’avril 1961 à juin 1968. Il y a là des pages de fond à ne pas négliger et égarer. De même, gardons précieusement la collection des fiches vincentiennes qui couvrent l’étendue de 100 numéros, poursuivant un objectif plus pastoral que spirituel. Après un temps mort, elles viennent de reparaître et sont accessibles par ordinateur, sous l’adresse suivante http://oeuvre-berceau-st-vincent.cef.fr/ avec ses renvois ou doublets sur d’autres sites comme c’mission : https://cmission.fr/index.php/fiches-vincentiennes/

Et pour qu’on ne nous accuse pas de combattant d’arrière-garde, je ne manquerai de vanter les sources électroniques souvent abondantes et opulentes en citant par exemple le fond proposé à notre recherche en http://jesusmarie.free.fr/vincent_de_paul.html, par exemple.

Qu’on se le dise : il est possible de travailler à distance des documents d’origine et de fournir un travail original et salubre qui évite celui de seconde main. Et quand un vrai besoin s’en fait sentir, un voyage sur la capitale pourra être défrayé et obtenu par l’intelligence éclairée des supérieurs concernés, n’en doutons pas. L’amabilité des archivistes en service nous attend et nous promet l’aiguillage le meilleur.

Reste un plaidoyer de taille que l’âge et l’expérience me permettent de lancer : « Pitié pour nos bibliothèques  communautaires» ! Nous n’avons pas le droit et par respect pour le passé et les confrères qui l’ont fait, pour ceux du présent qui doivent travailler, et ceux qui prendront leurs succession, de transmettre des torchons de bibliothèques, de dilapider le bien commun, de  laisser en jachère des classements et de lancer au mépris de tous, ce qui appartient à tous. Deux réflexions me  viennent à l’esprit en constatant certains dégâts : « Tiens, les Huns sont passé par là » selon un confrère éternisé, et dit de façon plus élégante à la suite de  Peter Sloterdijk, essayiste et philosophe allemand : « A vouloir se dispenser du passé, le présent perpétuel de notre monde pourrait bien finir par nous priver d’avenir, c’est-à-dire d’espérance. » Vous avez raison, Monsieur, « Il n’y a pas d’avenir sans passé ».

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

Jean-Pierre Renouard

Jean-Pierre Renouard

26 novembre 1934. Ecole publique de Ribaute (Gard), Prime-Combe, Lycée d’Alès (Gard). Séminaire interne Dax- Etudes à Paris et à Rome. Vocation 21 octobre 1955. Vœux 14 avril 1963 et Ordination sacerdotale le 5 avril 1964. Habite au Berceau pour la quatrième fois (Marseille, CIF, Catus, Limoges)
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Deux réflexions me  viennent à l’esprit en constatant certains dégâts : « Tiens, les Huns sont passé par là » selon un confrère éternisé, et dit de façon plus élégante à la suite de  Peter Sloterdijk, essayiste et philosophe allemand : « A vouloir se dispenser du passé, le présent perpétuel de notre monde pourrait bien finir par nous priver d’avenir, c’est-à-dire d’espérance. » Vous avez raison, Monsieur, « Il n’y a pas d’avenir sans passé ».