Mais pourquoi donc être missionnaire ? pourquoi donc vouloir évangéliser ? Que puis-je y gagner ? qu’est ce qui peut bien me pousser ? En observant ce monde il est tellement plus aisé de s’occuper de soi, de nourrir ses propres intérêts personnels, faire grandir nos désirs et les assouvir. Quel intérêt donc à vouloir tenter de convaincre quelqu’un de penser comme soi, d’avoir les mêmes références à la vie ? On sait bien que chercher à convaincre l’autre c’est entrer dans une relation conflictuelle où l’un des deux sera vaincu, c’est le sens littéral du mot con-vaincre ! Pourquoi donc ne pas chercher à rester tranquille dans son coin ?

Quel intérêt à être missionnaire ?

J’ai eu la joie de participer à la dernière session du CIF (centre international de formation, chez les lazaristes). Le thème de cette formation était « la mission ». Sur 25 participants il y avait près de vingt nationalités qui pour la plupart d’entre eux étaient en mission dans un autre pays où l’évangile est très peu connu. Toute cette formation a été l’occasion de se poser à nouveaux frais l’intérêt d’être missionnaire. Voici en toute simplicité quelques éléments de réflexion personnelle.

Mais pourquoi donc être missionnaire ? pourquoi donc vouloir évangéliser ? Que puis-je y gagner ? qu’est ce qui peut bien me pousser ? En observant ce monde il est tellement plus aisé de s’occuper de soi, de nourrir ses propres intérêts personnels, faire grandir nos désirs et les assouvir. Quel intérêt donc à vouloir tenter de convaincre quelqu’un de penser comme soi, d’avoir les mêmes références à la vie ? On sait bien que chercher à convaincre l’autre c’est entrer dans une relation conflictuelle où l’un des deux sera vaincu, c’est le sens littéral du mot con-vaincre ! Pourquoi donc ne pas chercher à rester tranquille dans son coin ? A première vue il n’y a que des inconvénients. Il faut parler à l’autre de choses dont on n’a pas de certitudes scientifiques prouvables et nous sommes dans ce monde de la suspicion et de la méfiance en tout domaine, alors celui de la foi, celui de la preuve d’un Dieu qui serait hypothétiquement bon pour nous, c’est vraiment entrer dans un monde où l’on va se faire mal voir. D’ailleurs s’il était bon ça se saurait, ça se verrait, on l’entend à tous les coins de rues, il ne devrait y avoir aucune maladie, aucune guerre, aucun pauvre mais un monde paradisiaque où tout irait pour le meilleur des mondes.

Puis-je dire aujourd’hui que ma foi en Dieu me rend heureux ? Que je suis épanoui ? Que j’ai une vie réussie ? Si la réponse était plus qu’évidente, il y aurait bien plus de monde à frapper à la porte des séminaires. Etre missionnaire n’évite pas les méandres et les coups durs de la vie. Les questions récurrentes du sens de l’existence viennent aussi nous traverser et parfois nous terrasser. Sinon y aurait-il des dépressions et des burnout dans le clergé ? Y aurait-il des suicides chez les prêtres ? Notre vie n’est pas une preuve absolue de la réussite de notre foi. Alors pourquoi donc tenter d’évangéliser ?

Evangéliser ? évangéliser ? Mais que signifie donc ce mot si peu connu dans le langage populaire ? Une bonne nouvelle !

  • Mais quelle donc bonne nouvelle as-tu a annoncer ? Un Dieu créateur? Ça me fait une belle jambe, grand bien lui fasse, il serait bien qu’il achève son œuvre car pour le moment ça part à vau-l’eau. Il y aurait quelques réparations et adaptations à faire pour qu’on puisse se réjouir de son œuvre !
  • Un Dieu qui nous aime? La bonne tarte à la crème, tout le monde parle d’amour, tous les coachs n’ont que ce mot à la bouche, il est la matière première de toute recette facile pour le bonheur.
  • Un sauveur? Mais de quoi vient-il donc me sauver ? Je ne suis pas en train de me noyer à ce que je sache ! Ah, non pas un sauveteur mais un sauveur. Il faudra que tu m’entretiennes sur la nuance, je n’ai pas tout saisi.
  • Comme il est notre Père, il veut l’harmonie entre nous. Ah, c’est bien ce que je disais, il est un peu dans les nuages ton dieu, car la réalité, même dans une simple famille c’est bien plus souvent les tensions et les incompréhensions que le bien-être.
  • Nous sommes créés libres et c’est pour cela qu’IL nous laisse assumer l’héritage qu’il nous lègue pour être ses dignes enfants bien aimés. Mais je n’ai rien demandé moi !

Alors pourquoi être missionnaire ? Annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ? Excusez la réponse bassement basique car je n’ai rien demandé, je n’ai rien voulu, ça m’est arrivé un beau jour ou plutôt lors d’une soirée. J’ai rencontré des séminaristes et de jeunes religieuses. Ils ont témoigné de leur joie de vivre et de leur enthousiasme en ayant répondu « oui » à l’appel de Dieu de le suivre. Ils ont parlé, d’amour, de prière, de service, de rencontres, de projets etc. mais je ne me souviens quasiment de rien de leurs paroles par contre j’ai posé beaucoup de questions, et le soir en rentrant chez moi je faisais des bonds sur la place publique, je sautais de joie comme jamais. Il y a une évidence qui s’est imposée à moi en cette soirée : Dieu m’aimait. Je ne voyais qu’une seule possibilité pour répondre à cet amour, l’aimer en retour. Partir comme un fou à sa suite. En très peu de temps j’étais prêt à quitter ma petite amie, à lâcher mon boulot et entrer pour sept ans dans une maison de formation pour mieux découvrir ce Dieu qui m’aimait et apprendre à savoir comment répondre au mieux à cet amour fou. 37 ans après, cet amour est toujours aussi intact et intense. Chaque jour ce même désir de l’aimer en retour. J’ai eu le temps de découvrir qu’il y a 10 000 manières de l’aimer, de tenter de lui rendre cet amour infini mais ma réponse se vit dans la fidélité à cet engagement dans la vie de la prêtrise.

            Si je suis missionnaire aujourd’hui, c’est encore pour apprendre à mieux aimer. Ça peut paraitre quelque peu égoïste mais c’est ainsi, je suis le premier bénéficiaire de mon engagement à la CM. Il est d’ailleurs dit au tout début de nos Constitutions que nous sommes à la CM pour travailler à notre propre perfection, chemin de sainteté. Oui rien que cela ! Pour progresser en sainteté st Vincent nous offre l’outil royal ou plus exactement divin du service et de l’annonce du Royaume de Dieu. Plus j’apprends à aimer, plus j’avance sur mon chemin de sainteté et plus je me mets au service des plus mal-aimés de nos sociétés et de notre monde.

            Me nourrir quotidiennement de la Parole de Dieu et tout particulièrement de l’Evangile me permet de faire de plus en plus de lien entre le pauvre que je désire servir et Dieu qui offre sa miséricorde. Je deviens l’entremetteur de cet amour divin pour celui qui pense qu’il n’est intéressant pour personne.

Je tente d’apprendre un peu plus chaque jour à vivre comme Jésus-Christ via la manducation de ses enseignements, de ses rencontres, de ses attitudes, afin de le rendre présent pour mes contemporains. Cela est la mission. Il est venu nous offrir l’amour infini du Père, il nous invite à initier ceux et celles que nous rencontrons à savoir le découvrir et l’accueillir pour qu’ils en deviennent aussi des bénéficiaires.

Dieu nous a préparé un univers extraordinaire qu’on n’aura jamais fini d’explorer puisqu’il est infini, il nous y installe en nous créant à son image. Toute notre existence a pour but d’apprendre à lui ressembler un peu plus chaque jour. Il propose à ceux et celles qui désirent être ses disciples (se nourrir de lui) de devenir ses envoyés, ses missionnaires. Il fait ainsi de nous ses coopérateurs. Notre mission ? Apprendre à vivre d’un amour divin. St Vincent nous disait « Il est donc vrai que je suis envoyé, non seulement pour aimer Dieu, mais pour le faire aimer. Il ne me suffit pas d’aimer Dieu, si mon prochain ne l’aime. »

            Jésus ne nous a rien dit de l’origine du Mal. Il sait que chercher la réponse à cette question c’est se perdre dans les méandres de celui-ci, que cela ne sert à rien. Par contre dès qu’il se trouve face à une personne dans la difficulté (physique, relationnelle, sociale…), il vient à son secours, il le relève, lui redonne toute sa dignité. En faisant de nous des collaborateurs il nous entraine pour ce combat contre le Mal. Ce combat il l’a déjà gagné par sa mort et sa résurrection. Nous avons simplement à l’achever. Pour cela il nous donne son Esprit Saint qui se décline en de multiples dons et charismes propres à chacun. Les moyens qu’il nous donne sont l’accueil et l’écoute inconditionnel, le sacrement du pardon à offrir ainsi que son eucharistie.

            Cet amour vécu il y a près de 40 ans, est une braise ardente qui ne me laisse pas tranquille. Chaque nuit, c’est d’abord, dès le réveil une action de grâce, un merci pour cette existence à vivre, ce jour à remplir au mieux, puis le regard s’élançant sur le jour qui pointe c’est regarder comment je vais pouvoir offrir cet amour à ceux et celles que je rencontrerais ou tout au moins je serai au service.

Dès le début de l’histoire humaine Dieu est relation. C’est lui qui vient à la rencontre de l’humain. Petit à petit il lui propose une alliance pour lui permettre de vivre au mieux son pèlerinage terrestre. Il connait mieux que nous les embuches du mal sur notre parcours. Comme il nous a créé libre, il ne veut pas faire de nous ses marionnettes, nous avons toute notre responsabilité pour mener à bien notre vie. Souvent son peuple élu va le décevoir, ne va pas prendre en compte ses remarques et invitations, c’est le prix mal compris de la liberté. Mais il ne renonce jamais, il continue contre vents et marées à garder le contact à nourrir le dialogue. Il ne peut jamais rien forcer mais il peut toujours susciter. En acceptant d’être ses missionnaires, nous avons à prendre cette même posture fondamentale qu’est le dialogue. Jésus le Missionnaire par excellence nous montre lors de ses multiples rencontres l’attitude à avoir. Tout d’abord il se laisse approcher par toutes sortes de personnes. Alors même que la loi juive ne permettait pas d’être en lien avec tous, lui il balaie ces lois de séparations et se laisse approcher par les impurs (ceux qui avaient des maladies), les étrangers considérés comme des païens. Il laisse tomber les jugements pour que s’approchent tous ceux et celles qui ne sont pas dans les clous ! Il réalise ainsi le projet initial du Père d’avoir un peuple uni dans la diversité. Pour qu’on comprenne que l’autre a toujours quelque chose à nous révéler du mystère de la vie, il n’arrête pas de s’émerveiller de la foi des non juifs. Il les met en exergue. Cela le touche tellement qu’il en frémit même intérieurement. La rencontre de l’autre vient nous bousculer sur notre propre chemin, propre compréhension du mystère de Dieu. Oser partager notre foi avec l’autre et accueillir la sienne est source d’enrichissement de la vitalité de Dieu en nos vies.

Partir au loin dans des pays inconnus, sur d’autres continents ou frapper à la porte du voisin, la démarche est toujours la même : être des envoyés de Dieu pour lui offrir son amour, sa miséricorde. La première attitude fondamentale est l’écoute. Dieu lui-même a écouté son peuple, il a entendu son cri et sa misère. Rencontrer l’autre c’est avoir le désir d’être ce réceptacle du récit de sa vie, se réjouir des merveilles qui s’y révèlent et laisser ainsi monter une action de grâce et rendre plus présente l’écoute lorsque se révèlent les parties douloureuses et obscures de cette vie rencontrée. Avec tact et délicatesse être l’offrande de la miséricorde et le soutien de Dieu pour cet enfant perdu dans les pièges du Mal. Qu’il puisse expérimenter cet accueil inconditionnel accompagné de pardon et de joie de venir à la source de l’amour.

Être missionnaire c’est sortir de notre petite zone de confort et oser aller à la rencontre de ceux qui n’ont pas notre foi pour inviter à discuter, aborder des sujets qui sont devenus tabous ou alors très délicats. Proposer que chaque protagoniste devienne un chercheur de Dieu, (un chercheur du mystère de la Vie pour les non croyants). Chacun aura donc la joie d’être accueilli, écouté et reconnu et pourra repartir avec la manière de voir des autres sans se sentir obligé d’adhérer à leur point de vue.

Être missionnaire, c’est œuvrer avec d’autres, susciter les collaborations. C’est s’investir à créer et fortifier des communautés de croyants où chacun est le bienvenu. Ces communautés sont là pour que l’Esprit de Dieu se vive entre ses membres et deviennent ainsi témoin de Dieu : C’est à la manière dont vous vous aimez qu’on reconnaitra que vous êtes mes disciples.

Être disciple, c’est partir à l’aventure de la vie, c’est accepter d’être régulièrement décapé, tout comme on cisèle un diamant pour le faire briller de mille éclats. C’est parfois rude mais surtout cela est un chemin de vie, un chemin qui rend heureux, un appel qui invite à se lever chaque matin pour annoncer la Bonne Nouvelle.

Vincent Goguey cm

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