Le quêteur de cet article fait référence au charisme vincentien. Depuis longtemps, je suis convaincu que tout charisme authentique ne s’entend que de la personne. Par appropriation il peut s’attribuer à une institution, comme c’est le cas pour la Congrégation de la Mission et par extension à un ensemble d’institutions vivant du même esprit, en l’occurrence, la famille vincentienne.

La Rencontre Personnelle avec Jesus-Christ chez Un Missionnaire Vincentien

Vincent est né chrétien, une évidence pour l’époque. Il est baptisé au sortir du sein maternel, le même jour. A Ranquines, on vit en chrétien, soir et matin on y salue Dieu en famille, on grandit sous son regard, on y reçoit le prêtre et les premiers rudiments de la foi. Celle-ci est constitutive sans question aucune. Et de la même manière, il reçoit une vocation presbytérale possible avec les études nécessaires à la clé. Il reçoit l’ordination en 1600. Sur ce laps de temps, une rencontre personnelle avec Jésus naît, s’affine, se transforme. Indice flagrant quand, buriné par une crise spirituelle, il en sort par le haut et «s’avisa un jour, de prendre une résolution ferme et inviolable pour honorer davantage Jésus-Christ, et pour l’imiter plus parfaitement qu’il n’avait encore fait, qui fut de s’adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres. » (Abelly III, 118,119. Chap. XI). La phrase est soignée mais toute une expérience spirituelle se cache sous ses mots.

Selon mon point de vue, c’est la marque que la vraie rencontre est accomplie. Peu importe le temps, l’essentiel pour cet homme est qu’il soit branché sur Jésus par un engagement à vie, pour lui rendre honneur en tant que Dieu, en le servant au mieux et fidèlement, dans les pauvres. Désormais voilà la perspective unique de la recherche de la sainteté. Il vit, il agit, il prie, il crée « à la suite du Christ », selon le principe unique et déterminant, le principe d’imitation. Il le reconnait comme moteur de sa vie. Et quand il imagine la Congrégation de la Mission, le but ultime donné à sa fondation est « de suivre le Christ, Evangélisateur des pauvres. » Tout s’articule selon ce désir, l’activité apostolique, la donation, la prière, la fraternité…Il cherche en permanence à se situer dans une sorte de va-et-vient permanent entre Evangile et vie, contemplation et action, prière et engagements, resourcement et travaux, Eucharistie et services. Il ne quitte jamais Dieu puisqu’il voit et sait que le Dieu fait homme est l’homme devenu pauvre. En permanence, il voit Jésus-Christ dans toute personne en situation de détresse quelle que soit la nature de cette déficience souvent avilissante.

Comment ne pas voir le Missionnaire de toujours en pareille recherche? Lui aussi veut imiter le Maître. Lui aussi est appelé à se situer en «disciple missionnaire». Lui aussi se projette au plus près du Christ. Expérience faite (bien et mal !) je préconise dans l’esprit des Règles Communes, des actes, un esprit, un climat incontournables pour pénétrer le cœur du Christ.

Des actes que j’estime fondamentaux

  • et d’abord cette plongée matinale, au saut du lit, dans la méditation. Cette heure d’oraison commencée par une demi-heure ensemble, est l’assise de la journée. La négligence qui peut s’installer très vite ou l’excuse toujours disponible sous de fallacieux prétextes, apportent la preuve que « rien ne va plus » quand cette heure bénie est omise. Aujourd’hui, il y a urgence ! Cette mise en présence de Dieu, cette réflexion sous son regard de l’exigence évangélique, cette recherche du lien avec ma vie apostolique du moment, cette détermination sur un point concret dont je vérifie l’application au temps fixé, m’aide puissamment à vivre ma vocation au quotidien. La résolution, ce point concret et saillant pour ma journée, est le signe d’une oraison accomplie. Sans oraison qui débouche sur du vérifiable, je me dessèche ; avec une oraison productive, je suis comme l’arbre toujours fécond. Ce débouché est de nécessité pour une oraison réussie.
  • Et je vis de la Parole de Dieu qui placée au cœur de ma vie de baptisé, est surclassée par ma vocation missionnaire. Rien de solide sans le roc qu’elle représente et qui n’est autre que le Christ lui-même. C’est elle qui peut nourrir mon oraison mais qui se propose comme l’élixir de ma vie quand elle devient lectio divina. Les méthodes fleurissent mais l’essentiel est d’être convaincu que cette Parole est tout autant pour moi que pour les autres, une semence de fruits nourrissants. Et toutes les prédications les plus fertiles s’enracinent en elle. Le pape François institue à point nommé, ‘un dimanche de la Parole’ de Dieu, suite logique à ses lignes de « Gaudium Evangeliae »
  • L’Eucharistie est le lieu par excellence où la Parole donne encore vie et puissance. La célébrer est vital et elle est le sommet de notre vie et de notre mission, de notre journée. La célébrer avec une assemblée nous aide à « faire Eglise » et à centrer notre vie de prière sur le Christ donné en nourriture de croissance pour la multitude. J’évite toute impasse sur elle. A elle s’arriment toutes nos autres pratiques spirituelles non facultatives. Le mot d’ordre est « fidélité ».

L’esprit qui anime ces temps forts est celui de la Mission. Je n’ai jamais aimé le réduire aux seules cinq vertus fondamentales. Même si elles en constituent une bonne part, elles sont dépassées par tout un ensemble animé par les personnes trinitaires qui en sont la source. Tout vient de là. Le Père nous appelle, le Christ nous modèle, l’Esprit nous anime. C’est forts de cet envoi que nous accomplissons, jour après jour, ce que Dieu attend de nous et qu’au rythme de la Providence, nous servons et évangélisons, les démunis de ce monde. Nous portons ainsi à la perfection notre vocation baptismale et, si nous sommes prêtres, notre condition sacerdotale. Tout donnés à Dieu et aux pauvres, selon le mot consacré, nous agissons en passionnés du Royaume. Telle est mon expérience, si imparfaite soit-elle, telle est ma foi.

Reste à définir le climat dans lequel nous agissons, la manière fraternelle. Nous sommes des ouvriers évangéliques travaillant, non en isolé, non en franc-tireur mais ensemble. Condition sine qua non, milieu naturel et ordinaire de la mise en œuvre de ce charisme vincentien. Il ne peut se vivre autrement. Il est le fruit de l’équipe, de la communauté, de la fraternité reprise au jour le jour, inlassablement. Tel est le moyen privilégié d’une mission efficace. Je suis heureux, au terme de mes ans, d’avoir vécu ainsi et je souhaite ce bonheur aux frères à venir. Quant à ceux qui gémiraient sous le poids d’un fardeau réputé trop lourd, je conseillerai une consultation médicale.

Il se murmure ici ou là que la Congrégation souffre de quelques poussées de fièvre. Au-delà de toute malice ou de clin d’œil, éclairé par les « maladies de la Curie » et réfléchissant avec d’autres, à l’état précaire et forcément à la recherche du meilleur remède, j’incline à penser que la seule voie de guérison est spirituelle. Il ne se peut que tout n’aille au mieux si Jésus-Christ s’en mêle.

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Le quêteur de cet article fait référence au charisme vincentien. Depuis longtemps, je suis convaincu que tout charisme authentique ne s’entend que de la personne. Par appropriation il peut s’attribuer à une institution, comme c’est le cas pour la Congrégation de la Mission et par extension à un ensemble d’institutions vivant du même esprit, en l’occurrence, la famille vincentienne. Mais au début de cette chaîne je ne vois que des témoins, le premier d’entre eux étant saint Vincent de Paul. Nul n’a pu pénétrer et ne parviendra à le faire, au plus intime de son être. Mais au travers des témoignages reçus par la tradition depuis 1581 – ses écrits, ses biographes, la réflexion collective –  nous voyons mieux aujourd’hui ce qui peut constituer son héritage. Pour être missionnaire selon l’esprit de st Vincent, il est bon de pointer ce qu’il a semé dans sa propre découverte du Christ jusqu’à former avec lui un seul et même être.

Vincent est né chrétien, une évidence pour l’époque. Il est baptisé au sortir du sein maternel, le même jour. A Ranquines, on vit en chrétien, soir et matin on y salue Dieu en famille, on grandit sous son regard, on y reçoit le prêtre et les premiers rudiments de la foi. Celle-ci est constitutive sans question aucune. Et de la même manière, il reçoit une vocation presbytérale possible avec les études nécessaires à la clé. Il reçoit l’ordination en 1600. Sur ce laps de temps, une rencontre personnelle avec Jésus naît, s’affine, se transforme. Indice flagrant quand, buriné par une crise spirituelle, il en sort par le haut et «s’avisa un jour, de prendre une résolution ferme et inviolable pour honorer davantage Jésus-Christ, et pour l’imiter plus parfaitement qu’il n’avait encore fait, qui fut de s’adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres. » (Abelly III, 118,119. Chap. XI). La phrase est soignée mais toute une expérience spirituelle se cache sous ses mots.

Selon mon point de vue, c’est la marque que la vraie rencontre est accomplie. Peu importe le temps, l’essentiel pour cet homme est qu’il soit branché sur Jésus par un engagement à vie, pour lui rendre honneur en tant que Dieu, en le servant au mieux et fidèlement, dans les pauvres. Désormais voilà la perspective unique de la recherche de la sainteté. Il vit, il agit, il prie, il crée « à la suite du Christ », selon le principe unique et déterminant, le principe d’imitation. Il le reconnait comme moteur de sa vie. Et quand il imagine la Congrégation de la Mission, le but ultime donné à sa fondation est « de suivre le Christ, Evangélisateur des pauvres. » Tout s’articule selon ce désir, l’activité apostolique, la donation, la prière, la fraternité…Il cherche en permanence à se situer dans une sorte de va-et-vient permanent entre Evangile et vie, contemplation et action, prière et engagements, resourcement et travaux, Eucharistie et services. Il ne quitte jamais Dieu puisqu’il voit et sait que le Dieu fait homme est l’homme devenu pauvre. En permanence, il voit Jésus-Christ dans toute personne en situation de détresse quelle que soit la nature de cette déficience souvent avilissante.

Comment ne pas voir le Missionnaire de toujours en pareille recherche? Lui aussi veut imiter le Maître. Lui aussi est appelé à se situer en «disciple missionnaire». Lui aussi se projette au plus près du Christ. Expérience faite (bien et mal !) je préconise dans l’esprit des Règles Communes, des actes, un esprit, un climat incontournables pour pénétrer le cœur du Christ.

Des actes que j’estime fondamentaux

  • et d’abord cette plongée matinale, au saut du lit, dans la méditation. Cette heure d’oraison commencée par une demi-heure ensemble, est l’assise de la journée. La négligence qui peut s’installer très vite ou l’excuse toujours disponible sous de fallacieux prétextes, apportent la preuve que « rien ne va plus » quand cette heure bénie est omise. Aujourd’hui, il y a urgence ! Cette mise en présence de Dieu, cette réflexion sous son regard de l’exigence évangélique, cette recherche du lien avec ma vie apostolique du moment, cette détermination sur un point concret dont je vérifie l’application au temps fixé, m’aide puissamment à vivre ma vocation au quotidien. La résolution, ce point concret et saillant pour ma journée, est le signe d’une oraison accomplie. Sans oraison qui débouche sur du vérifiable, je me dessèche ; avec une oraison productive, je suis comme l’arbre toujours fécond. Ce débouché est de nécessité pour une oraison réussie.
  • Et je vis de la Parole de Dieu qui placée au cœur de ma vie de baptisé, est surclassée par ma vocation missionnaire. Rien de solide sans le roc qu’elle représente et qui n’est autre que le Christ lui-même. C’est elle qui peut nourrir mon oraison mais qui se propose comme l’élixir de ma vie quand elle devient lectio divina. Les méthodes fleurissent mais l’essentiel est d’être convaincu que cette Parole est tout autant pour moi que pour les autres, une semence de fruits nourrissants. Et toutes les prédications les plus fertiles s’enracinent en elle. Le pape François institue à point nommé, ‘un dimanche de la Parole’ de Dieu, suite logique à ses lignes de « Gaudium Evangeliae »
  • L’Eucharistie est le lieu par excellence où la Parole donne encore vie et puissance. La célébrer est vital et elle est le sommet de notre vie et de notre mission, de notre journée. La célébrer avec une assemblée nous aide à « faire Eglise » et à centrer notre vie de prière sur le Christ donné en nourriture de croissance pour la multitude. J’évite toute impasse sur elle. A elle s’arriment toutes nos autres pratiques spirituelles non facultatives. Le mot d’ordre est « fidélité ».

L’esprit qui anime ces temps forts est celui de la Mission. Je n’ai jamais aimé le réduire aux seules cinq vertus fondamentales. Même si elles en constituent une bonne part, elles sont dépassées par tout un ensemble animé par les personnes trinitaires qui en sont la source. Tout vient de là. Le Père nous appelle, le Christ nous modèle, l’Esprit nous anime. C’est forts de cet envoi que nous accomplissons, jour après jour, ce que Dieu attend de nous et qu’au rythme de la Providence, nous servons et évangélisons, les démunis de ce monde. Nous portons ainsi à la perfection notre vocation baptismale et, si nous sommes prêtres, notre condition sacerdotale. Tout donnés à Dieu et aux pauvres, selon le mot consacré, nous agissons en passionnés du Royaume. Telle est mon expérience, si imparfaite soit-elle, telle est ma foi.

Reste à définir le climat dans lequel nous agissons, la manière fraternelle. Nous sommes des ouvriers évangéliques travaillant, non en isolé, non en franc-tireur mais ensemble. Condition sine qua non, milieu naturel et ordinaire de la mise en œuvre de ce charisme vincentien. Il ne peut se vivre autrement. Il est le fruit de l’équipe, de la communauté, de la fraternité reprise au jour le jour, inlassablement. Tel est le moyen privilégié d’une mission efficace. Je suis heureux, au terme de mes ans, d’avoir vécu ainsi et je souhaite ce bonheur aux frères à venir. Quant à ceux qui gémiraient sous le poids d’un fardeau réputé trop lourd, je conseillerai une consultation médicale.

Il se murmure ici ou là que la Congrégation souffre de quelques poussées de fièvre. Au-delà de toute malice ou de clin d’œil, éclairé par les « maladies de la Curie » et réfléchissant avec d’autres, à l’état précaire et forcément à la recherche du meilleur remède, j’incline à penser que la seule voie de guérison est spirituelle. Il ne se peut que tout n’aille au mieux si Jésus-Christ s’en mêle.

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