Louise de Marillac

Biographie d’une sainte

La famille de Marillac occupe une place importante dans le Royaume de France. Guillaume, le grand père de Louise, fut surintendant des finances. Son oncle et tuteur, Michel, deviendra le Garde des Sceaux sous Richelieu. Il en sera destitué après la journée des Dupes, dont il est l’un des principaux instigateurs avec son frère le maréchal de Marillac.

Louise naît le 12 août 1591, aux lendemains du siège de Paris par Henri IV. Son père Louis est veuf depuis deux ans, le nom de sa mère est inconnu. Son père épousera trois ans plus tard une veuve, Antoinette Le Camus, mère de trois jeunes enfants. La petite Louise est, dès son plus âge, confiée au couvent royal de Poissy où les religieuses dominicaines élèvent quelques filles de la noblesse. Louise y recevra une éducation tout à la fois spirituelle et humaniste : elle apprend à lire et à écrire, à connaître Dieu et à prier.

Vers l’âge de 12 ans, elle est placée dans un foyer de jeunes filles à Paris. Il est difficile de savoir qui a décidé de changement : est-ce son père en prise avec de graves difficultés financières, est-ce son tuteur, peu après la mort du père survenu en 1604 ? Le mode de vie est bien différent : ce foyer est pauvre et vit difficilement. Louise y apprend ce qui est nécessaire à toute femme pour tenir son ménage.

Louise de Marillac vibre à tout le renouveau spirituel du XVII ème siècle. Son oncle et tuteur, Michel de Marillac, est un familier du salon de Madame Acarie. En 1604, il travaille activement, avec Bérulle, à l’introduction des Carmélites en France. En 1606, Louise de Marillac participera à la longue procession qui conduit les Religieuses Capucines dans leur nouveau monastère, rue saint Honoré. En elle, surgit le désir de se consacrer à Dieu dans cette vie de pauvreté et de travail manuel. Mais le Provincial des Capucins, le Père Honoré de Champigny, oppose un refus à sa demande. « Dieu a d’autres desseins sur vous » lui répond-il. Le désarroi de la jeune fille est grand.
Alors, ses oncles lui recherchent un mari. Le 5 février 1613, en l’église Saint Gervais à Paris est célébré son mariage avec Antoine Le Gras, écuyer, secrétaire des commandements de la Reine. N’étant que simple bourgeois, Louise portera le nom de Mademoiselle Le Gras, l’appellation Madame est réservée aux femmes de la noblesse. Durant plusieurs années, le bonheur, l’aisance règnent au foyer des Le Gras. Michel, né en octobre 1613, est source de joie pour les deux époux. Mais, à partir de 1622, la situation change. La maladie modifie le caractère d’Antoine : il devient irritable, exigeant. Louise s’inquiète, se trouble. Une folle anxiété la gagne : n’est-elle pas responsable de cette maladie ? Ne doit-elle pas reconnaître la main de Dieu qui la punit de son infidélité envers lui, n’ayant pas respecté la promesse faite de devenir Religieuse Capucine ? Louise sombre peu à peu dans un profond état dépressif.

Le dimanche 4 juin 1623, elle vit une expérience toute particulière qu’elle a mise par écrit.

La Lumière de Dieu se manifeste à elle en ce jour de Pentecôte. A tous ses doutes qui la tenaillaient, Dieu substitue des certitudes. Elle voulait quitter son mari malade, elle comprend qu’elle doit rester près de celui qui a plus que jamais besoin d’elle. Elle se culpabilisait de son infidélité, elle comprend qu’un jour il lui sera donné de se consacrer à Dieu en servant les pauvres et de vivre en une communauté d’un style nouveau. Elle commençait même à douter de l’existence de Dieu, cette Lumière vient consolider sa Foi.

Durant toute cette période, Louise est soutenue, encouragée par son Directeur Spirituel, le Père Jean Pierre Camus, prédicateur très apprécié et ami de François de Sales.

Après la mort de son mari, survenue le 21 décembre 1625, Louise, comme beaucoup de veuves du XVII ème, se retrouve dans une situation pécuniaire difficile. Elle est obligée de quitter sa maison de la rue Courteau Villain et va s’établir rue Saint Victor, non loin du Collège des Bons Enfants où réside alors Monsieur Vincent Depaul. Après bien des hésitations de part et d’autre, et semble-t-il sur le conseil de Jean Pierre Camus, devenu Evêque de Belley, Monsieur Vincent devient le directeur spirituel de Mademoiselle Le Gras. Leur amitié commune pour l’Evêque de Genève, décédé trois ans plutôt, a aussi dû faciliter cette décision.

L’engagement de Louise de Marillac dans les Confréries de la Charité, fondées par Vincent Depaul et répandues dans l’Ile de France, l’amène à se préoccuper des autres et à sortir d’elle-même. Monsieur Vincent, découvrant toute la richesse de sa personnalité, fait d’elle sa collaboratrice pour l’œuvre des Confréries. C’est Louise qui accueillera, formera, suivra les quelques paysannes qui, à la suite de Marguerite Naseau, viendront aider les Dames de la Charité pour toutes les tâches basses et humbles auprès des malades. C’est elle aussi qui, le 29 novembre 1633, accueillera dans sa maison les quelques filles qui désirent une vie totalement consacrée à Dieu et aux pauvres et s’engagent à vivre ensemble en communauté.

C’est ainsi, note son premier biographe, que prit naissance la Compagnie des Filles de la Charité, appelées couramment par le suite, Sœurs de Saint Vincent de Paul. Le 25 mars 1642, avec quatre Sœurs, elle s’engage par vœux au service du Christ dans les pauvres.

Durant 27 ans, Louise de Marillac dirige la Compagnie des Filles de la Charité, assurant la formation humaine et spirituelle des Sœurs, organisant le travail, répondant aux multiples appels qui lui viennent des paroisses, des diocèses, préparant les diverses implantations, etc. Monsieur Vincent est le Supérieur ecclésiastique de cette nouvelle communauté, sans cloître, ni voile. Les années 1644-1649 sont pour Louise, des années de rudes épreuves. Son fils Michel qui, durant ses études, s’était préparé à devenir prêtre, disparaît sans laisser de traces : il est parti vivre avec des filles. Son mariage en janvier 1650 apporte la paix à sa mère et la joie d’être grand’mère d’une petite Louise-Renée. La Compagnie des Filles de la Charité traverse, à la même époque, une période difficile : départ de nombreuses Sœurs, échecs de plusieurs implantations de communauté. Louise de Marillac se sent lourdement responsable de tous ces malheurs.

La guerre civile de la Fronde avec la multitude de pauvreté qu’elle engendre l’oblige à dépasser sa propre culpabilité et trouver l’énergie nécessaire pour venir au secours de tous ceux qui souffrent. Sa prière se tourne vers le Christ Rédempteur, révélant, par sa mort et sa résurrection, son Amour pour tout homme.

Louise de Marillac meurt le 15 mars 1660, quelques mois avant Vincent de Paul. Son testament spirituel aux Filles de la Charité est un résumé de sa spiritualité :

Mes chères Sœurs, je continue de demander à Dieu pour vous sa bénédiction et le prie qu’il vous fasse la grâce de persévérer en votre vocation pour le servir en la manière qu’il demande de vous. Ayez bien soin du service des pauvres, et surtout de bien vivre ensemble dans une grande union et cordialité, vous aimant les unes les autres, pour imiter l’union (des trois personnes divines) et la vie de Notre-Seigneur. Priez bien la Sainte Vierge qu’elle soit votre unique Mère
Louise de Marillac

Le 11 mars 1934, Louise de Marillac est canonisée par le pape Pie XI. Et en février 1960, Jean XXIII la déclare patronne de tous ceux qui s’adonnent aux œuvres sociales chrétiennes.

Extrait d’un Feu dévorant ♦

L’engagement de Louise de Marillac dans les Confréries de la Charité l’amène à se préoccuper des autres et à sortir d’elle-même.

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