Livre : « La Charité Inventive »

Les «nouvelles pauvretés» tel que le phénomène migratoire mondial, lancent le défi de chercher, avec tous ceux qui en sont victimes, des chemins de charité encore inexpérimentés. La charité est au-delà du partage, de la fraternité, de la justice et de la solidarité. Elle est davantage que ces mots «modernes» car elle leur donne leur sens ultime en les rassemblant sous sa coupe.

À l’occasion des 400 ans des Équipes Saint Vincent – fondées en 1617 par saint Vincent de Paul, suite à ses rencontres intimes avec les pauvres, pour vivre la charité d’une façon affective et effective– l’auteur invite à poser de nouveaux actes de charité qui ne soient basés, ni sur l’émotion, ni sur la naïveté, ni sur la peur, mais uniquement sur la certitude qu’aucun homme n’est à écarter d’une charité en action.

Ce livre nous dit que si l’amour de Dieu est inventif à l’infini, la charité qui en découle et qui est à la fois l’oeuvre de Dieu en l’homme et l’oeuvre de l’homme en Dieu, est elle aussi inventive à l’infini.

Préambule

« Être sans charité, c’est être chrétien en peinture. » Saint Vincent de Paul

Même si elle est ancienne, la charité n’est pas dépassée. Elle n’est pas non plus ringarde, comme si elle renvoyait au concept souvent décrié de « bonnes œuvres qui donnent bonne conscience ». La charité est toujours d’actualité et n’a jamais cessé de l’être, puisqu’elle est le sang de l’Église. Ce qui lui « manque » peut-être, c’est un « renouveau » dans sa manière d’être et d’agir dans l’aujourd’hui de Dieu qui est notre temps présent. Assurément, à l’instar de la miséricorde dont le pape François a rappelé la pertinence, la charité a toujours, et sans doute plus que jamais, sa place dans nos relations humaines. Avec force l’Église rappelle que ces dernières n’ont de sens que si chacun d’entre nous – pauvre ou riche – peut vivre sa vie avec tout le respect qui est dû à sa dignité d’homme voulu, créé et aimé par Dieu. Ce possible renouveau de la charité commence alors certainement dans le cœur de l’homme, lorsque celui-ci reconnaît ses fragilités et son besoin de l’autre.

C’est pourquoi, grâce à l’Église, dont le saint pape Jean XXIII disait qu’elle est « Mère et Maîtresse », nous devons retrouver les « sens » premiers de la charité qui est bien plus qu’une simple solidarité. Nous comprendrons la différence entre ces deux concepts à la lecture de notre petit traité. Nous tourner « seulement » vers l’homme en restant à la simple constatation de sa fragilité pour en saisir la dureté quotidienne n’est pas suffisant. Il nous faut nous élever vers Dieu, notre roc, qui s’est abaissé vers nous afin de nous montrer la définition de ce qu’il entend par charité qui est son essence même.

Ce chemin spirituel d’élévation de l’homme vers Dieu, très ancien dans l’Église, a été balisé par de grandes figures de notre humanité pérégrinant sur les routes chaotiques de la fraternité universelle. Il suffit de penser aux Pères de l’Église, notamment aux Pères orientaux comme saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégoire de Naziance, ou encore saint Basile qui a fondé la première léproserie, ou même au grand théologien saint Jean Chrysostome qui a créé un embryon d’hôpital aux portes de Constantinople. Plus près de nous, n’hésitons pas à mettre en évidence des personnes comme le roi saint Louis qui avait une haute idée de la misère de son Royaume, au point de devenir le premier à servir les pauvres et à leur rendre justice. On peut penser aussi à saint François d’Assise qui a mis la charité au cœur même de sa vie de prière et de missionnaire de l’Évangile.

De grandes figures se sont levées, comme sainte Teresa de Calcutta, pour ne citer que la plus emblématique, et se lèvent encore. Des figures qui ne doivent pas cacher pour autant tout ce qui se fait dans le monde au nom de Dieu, dont l’un des noms glorieux est justement celui de « charité ». Par les terres arides comme par les terres fertiles de notre planète, il se fait beaucoup de choses nouvelles pour les plus pauvres de nos frères, avec eux et souvent grâce à eux, moyennant la grâce divine qui fait que rien n’est impossible, et la volonté de l’homme qui choisit d’être éclairée par plus grand qu’elle.

Inventive donc, la charité n’a jamais cessé de l’être au fil des siècles, et doit continuer de l’être, au nom de ce Dieu qui a voulu faire d’elle le signe visible de sa présence sacramentaire dans notre monde, en attente de salut éternel. Comme cela l’a été par le passé, c’est toujours le défi de notre Église de ce XXIe siècle. Au regard des souffrances et des misères les plus injustes, la charité a toujours su innover pour rejoindre le cœur des blessés de la vie. Elle a su le faire par le biais d’hommes et de femmes qui, dans leur fragilité, ont accepté de se faire humbles, à l’image du Christ « doux et humble de cœur ». Ils ont ainsi reçu de lui, par la grâce infinie de son Esprit Saint, la puissance d’un feu nouveau capable de répandre sa chaleur bienfaisante sur les souffrants de ce monde dont l’Église reste la maison privilégiée.

L’une des grandes figures de ce feu d’amour qui ne s’éteint pas est sans doute saint Vincent de Paul. Il est l’un des saints les plus populaires de notre Histoire de France qui ne tire son sang spirituel qu’en lien avec l’Histoire de l’Église qui l’a abreuvée. Le titre de « Monsieur » que l’on donna à ce prêtre, simple, aux allures un peu bourrues et au caractère gascon bien trempé, montre, s’il en est besoin, tout le respect que la société d’alors avait pour cet homme qui a su si bien marier action et contemplation, mission et charité, évangile et loi humaine, grandeur de Dieu et pauvreté de l’homme.

Il y a tout juste 400 ans, en 1617, le jeune Vincent, déjà prêtre depuis quelques années, est bousculé dans son cœur et dans son âme par la grande pauvreté humaine et spirituelle qu’il touche du doigt en visitant les campagnes.

La charité n’a pas d’heure, disait le fondateur du Secours catholique, Mgr Jean Rodhain. Elle n’a pas non plus d’âge. 400 ans ne sont donc qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’amour divin. La bienveillance de Dieu continue à faire des merveilles aujourd’hui dans le cœur de ceux qui acceptent de mettre leur fragilité dans sa miséricorde éternelle. Ils puisent en elle la source de la vie toujours créatrice et font ainsi en sorte que la charité, comme au temps de saint Vincent de Paul, devienne toujours actuelle et donc inventive. Humblement, mettons-nous donc maintenant à son école et laissons-nous guider par son inventivité. Dieu lui-même nous y appelle comme il appelle les ouvriers à sa vigne, lui qui reste éternellement notre Chemin, notre Vérité et notre Vie.

Jean-Yves DUCOURNEAU, CM 🔸

Jean-Yves DUCOURNEAU

Jean-Yves DUCOURNEAU

Landais né en 1960 et élevé pour une grande part en famille d’accueil, le père Jean-Yves Ducourneau, prêtre de la Mission de saint Vincent de Paul, est actuellement aumônier militaire. Il a notamment servi en Côte d’Ivoire, Tchad, Centrafrique, Liban, Kosovo, Macédoine et dernièrement en Afghanistan. Auparavant, il a été aumônier de prison et bénévole au sein de l’Association d’aide aux gens de la rue, Aux Captifs la Libération, sise à Paris. Auteur d’ouvrages sur la spiritualité de saint Vincent de Paul, il assure aussi des conférences et des prédications de retraites auprès des Filles de la Charité.
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« Sans charité, l’Église nous rappelle avec raison que notre vie est « perdue » et même en danger d’être avalée par le Mal. Une vie sans charité ne sert pas à la construction d’une monde meilleur puisqu’elle ne peut comprendre le sens ultime de la dignité de toute vie humaine »

Jean-Yves Ducourneau
Notice Bibliographique :

Publication : Editions des Béatitudes, EdB, 2017. http://www.editions-beatitudes.com/

Collection : Petits traités spirituels. I, Spiritualité ; 57

Description : 115x175 mm. 114 pages

Livre papier : 8,50 €