Ces réfugies, notre obsession

Bien des questions se bousculent dans ma tête, quand je croise dans mes pérégrinations quotidiennes du Berceau, les migrants qui occupent le bâtiment dit « Séminaire » : un regard, un sourire instaure une bien modeste relation. Mais d’où sont-ils ? Quelle est la cause de leur présence transitoire ? Réfugiés ou migrants ? « Nous sommes tous des migrants » répète inlassablement l’Église et ses pasteurs.

Nous avons connu des situations semblables au moment de la débâcle…Les réfugiés venaient de la Belgique ou du Nord de la France » transmettent les plus âgés d’entre nous. « Le pape fait-il trop de politique ? » interroge un hebdomadaire racé en évoquant entre autres cette question cruciale aujourd’hui. Et un livre récent, interview du pape François par Dominique Wolton (2) ou la dernière interview en vol, n’éludent pas un tel sujet. Nul doute que la vocation vincentienne ne soit interrogée et même piquée au vif de son actualisation et lorsque les responsables du site «C’MISSION» me proposent d’écrire encore quelques 25 lignes sur « St Vincent et les réfugiés », je m’interroge d’abord sur la pauvreté de mon engagement, mais la plume ou le clavier peut s’y substituer et me fournir l’occasion de ramasser des questions actuelles sur les réfugiés et la vision de st Vincent, qui nous précède.

Les Fiches Vincentiennes par le biais de leur numéro 102 ont remarqué ceci qui type notre recherche : Les réfugiés sont des personnes qui fuient des conflits armés ou la persécution. Ils étaient au nombre de 21,3 millions à travers le monde à la fin 2015 (3). Nous avons pris acte de cette distinction. Il y a tant de conflits armés qu’il n’est pas difficile de trouver quelque citation vincentienne susceptible de nous aider dans nos choix pastoraux d’aujourd’hui, ou du moins de nous stimuler pas un processus d’imitation. Je cite, en complément du cahier 102 des fiches vincentiennes, comme il m’a été demandé, ce descriptif de st Vincent à Lambert aux Couteaux, en juin 1652 ; au-delà d’un fait d’histoire, il remet en selle le st Vincent vieillissant come plus beau au temps de 1617 :

« Nous sommes dans quelque espérance de paix depuis quelques jours que le duc de Lorraine est parti pour sortir du royaume avec son armée, laquelle est venue jusqu’à nos portes, et lui jusques dans la ville. Il a fait sa paix sur le point que l’armée du roi lui allait livrer bataille auprès de Charenton. Il a mieux aimé accepter un accommodement que de se hasarder au combat, de sorte que ce pauvre pays est déchargé d’un fâcheux fardeau. C’est un effet, comme on pense pieusement, des suffrages des saints, particulièrement de sainte Geneviève, des processions qu’on a faites avec grand ordre et autant de dévotion extérieure que j’en ai jamais vue, et des bonnes œuvres qui se font à Paris dans les tribulations présentes, dont les principales sont : 1° de donner du potage tous les jours à près de 15.000 pauvres, tant honteux que réfugiés. 2° L’on a retiré les filles réfugiées, en des maisons particulières, où elles sont entretenues et instruites jusqu’au nombre de 800. Jugez combien de maux se seraient faits si elles étaient demeurées vagabondes. Nous en avons cent dans une maison du faubourg Saint-Denis. 3° On va retirer du même danger les religieuses de la campagne que les armées ont jetées dans Paris, dont les unes sont sur le pavé, d’autres logent en des lieux de soupçon et d’autres chez leurs parents ; mais, toutes étant dans la dissipation et le danger, on a cru faire un service bien agréable à Dieu de les enfermer dans un monastère… Et enfin on nous envoie céans les pauvres curés, vicaires et autres prêtres des champs qui ont quitté leurs paroisses pour s’enfuir en cette ville ; il nous en vient tous les jours ; c’est pour être nourris et exercés aux choses qu’ils doivent savoir et pratiquer » (IV, 406-407).

On trouve là, bien mis en évidence, quelques points forts de toujours : se tenir informé, prier, nourrir, réunir, éduquer, transmettre, secourir aussi les gens d’Eglise au nom de notre foi commune. Nous sommes attirés par ce social à mettre en place et à gérer avec intelligence et efficacité. C’est fort bien, mais on aimera s’arrêter à ce dernier point de l’évangélisation directe de nos coreligionnaires. Évangéliser nos frères chrétiens en péril de corps et d’âme. En évitant de nous enfermer dans « l’entre soi », cette mission reste toujours vincentienne !

Jean-Pierre RENOUARD, CM 🔸

P.S. Deux événements sont à souligner : la lettre du Pape à la famille vincentienne et la journée mondiale des pauvres célébrée le 19 novembre 2017 que François voit comme un rebond pour nous : « J’espère vivement que la célébration de la Journée mondiale des Pauvres du 19 novembre prochain nous aidera dans notre « vocation à suivre Jésus pauvre », devenant « toujours davantage et mieux signe concret de la charité pour les derniers et ceux qui sont le plus dans le besoin » et en réagissant « à la culture du rebut et du gaspillage » (Message pour la 1ère Journée Mondiale des Pauvres « N’aimons pas en paroles, mais par des actes », 13 juin 2017). »

Jean-Pierre Renouard

Jean-Pierre Renouard

26 novembre 1934. Ecole publique de Ribaute (Gard), Prime-Combe, Lycée d’Alès (Gard). Séminaire interne Dax- Etudes à Paris et à Rome. Vocation 21 octobre 1955. Vœux 14 avril 1963 et Ordination sacerdotale le 5 avril 1964. Habite au Berceau pour la quatrième fois (Marseille, CIF, Catus, Limoges)

…Quelques points forts de toujours : se tenir informé, prier, nourrir, réunir, éduquer, transmettre, secourir aussi les gens d’Eglise au nom de notre foi commune

Explications :

Notes :

  1. Face à l’entrée du Hillon, une main experte a planté un olivier. Le méditerranéen que je suis en fait son arbre préféré. N’est-il pas le symbole de la sagesse et de la fidélité pacifiantes ? St Vincent n’est-il pas « maître de sagesse » ?
  2. Pape François, Rencontres avec Dominique Wolton, politique et société, un document inédit –Editions l’Observatoire, septembre 2017.
  3. Fiche vincentienne, Cahier 102, Haut-Commissariat des Réfugiés (ONU).