Saint Vincent de Paul et l’abandon

Enfance abandonnée et société en Europe, XIVe-XXe siècle. Actes du colloque international de Rome (30 et 31 janvier 1987)

Saint Vincent de Paul est sans doute une des figures les plus populaires parmi les saints français. Mais aussi (étonnant paradoxe), la plus méconnue. La mémoire collective contemporaine (soutenue par le cinématographe et la bande dessinée) n’a retenu de lui que son œuvre en faveur de l’enfance malheureuse. Il fut pourtant l’homme de tous les combats de la Contre-Réforme. Il fut pourtant le Protée des œuvres charitables.

Quel fut réellement l’ampleur de sa tâche en faveur des enfants trouvés ? Ce combat particulier ne s’inscrit-il pas dans la ligne des décisions du concile de Trente ? Quelles sont les responsabilités de notre propre sensibilité à l’enfance ainsi que des déformations subies postérieurement par le discours du saint dans l’actuelle vision faussée de son action ?

Saint Vincent de Paul et l’abandon

J’ai gardé le souvenir des manuels d’histoire de l’enseignement primaire, d’il y a presque vingt ans. Chaque leçon était illustrée, en en­tête, d’une gravure polychrome. Sur l’une de ces gravures (j’ai depuis oublié le contenu du chapitre qu’elle ouvrait), un personnage souriant, à la mise modeste, nanti d’une barbiche blanche et au chef coiffé d’une calotte noire, abritait sous les pans de son vaste manteau sombre des enfants faméliques et guenilleux : « Saint Vincent de Paul recueillant des orphelins » devait approximativement proclamer la légende.

Il est un autre souvenir qui aujourd’hui me revient. Au temps de ces manuels, depuis lors devenus caducs, une bande de galapiats d’horizons divers s’était formée au hasard d’un congé scolaire. Les conversations et les vantardises allaient bon train. C’est lors d’un de ces échanges verbaux (portant, allez savoir pourquoi, sur les mérites de nos écoles respectives), qu’un de mes compagnons, dit en être arrivé, en histoire, à l’étude de saint Vincent de Paul. Sans aucun doute, voulait-il parler de la période de la Fronde. Mais au lieu de retenir les noms de Mazarin, d’Anne d’Autriche, du jeune Louis XIV, voire de l’anecdotique Grande Mademoiselle, la personnalité lui semblant être la plus représentative de ce moment de notre passé était celle de Monsieur Vincent.

Ces deux anecdotes me paraissent tout à fait représentatives de l’image que notre XXe siècle se fait de saint Vincent de Paul. Il me semblerait d’ailleurs intéressant de tenter une expérience : il s’agirait de lancer un de ces sondages d’opinion dont nos médias sont si friands. Le panel ne serait interrogé que sur deux questions :

« Quelle est, parmi les saints français, la figure qui vous semble la plus populaire ?».

« Qu’est ce qui, dans l’action de ce personnage, vous semble être primordial ?

À n’en pas douter, les deux réponses les plus fréquentes seraient :

  • « Saint Vincent de Paul ».
  • « Recueillir les orphelins et les enfants abandonnés ».

En partant de cette image de saint Vincent de Paul, nous pouvons définir les buts de cette étude. Quelle fut l’étendue de l’activité de Monsieur Vincent ? Dans cette action, quelle fut la part de l’œuvre des enfants trouvés ? Quelle image des délaissés se dégage de l’éloquence du saint ? Ne devint-il pas une figure mythique, hors du temps ? Il ne s’agit nullement, dans le cadre de cet article, de jouer les iconoclastes, mais plutôt de tenter de situer un homme dans son temps et de fixer les limites de ce qui semble être à notre époque la principale facette de son action.

Un homme de son siècle

Vincent de Paul (ou Depaul, ainsi qu’il orthographiait lui-même son nom, et ce, jusqu’à la fin de sa vie) naquit lors d’une période trou­ blée, le 24 avril 1576. Il vit le jour dans une province qui ne l’était pas moins, puisque son village natal, Pouy (aujourd’hui Saint-Vincent-de­ Paul) est proche de Dax. Tôt, sa famille, de pieux cultivateurs, le destine à la prêtrise. Après des études à Dax et à Toulouse, il reçoit l’ordination en 1600, dans une France pacifiée. Se déroule alors un épisode controversé de sa vie, celui qui de 1605 à 1607, voit sa captivité et son esclavage chez les Barbaresques[1]. Vers 1610, dans une période de doute, il décide de consacrer sa vie aux pauvres. Commence alors pour Vincent de Paul, la phase de son existence qui nous intéresse le plus et qui se poursuivra jusqu’à sa mort en 1660 : celle de la vie missionnaire, jalonnée par la fondation d’œuvres charitables et par le combat pour répandre le message du Concile de Trente.

Il est possible de résumer ainsi la vie du « grand saint du Grand Siècle »[2]  Toutefois, le raccourci me semble par trop rapide. Pourquoi M. Vincent serait-il le grand saint d’un siècle qui en compta tant ? Pourquoi en 1885, le pape Léon XIII fit-il de lui le saint patron des œuvres charitables ?

Grand saint du Grand Siècle, l’expression se comprend aisément si l’on tient compte des activités multiples de M. Vincent ainsi que de son engagement pour le triomphe de la Contre-Réforme. En 1615, se place la fondation de la Congrégation de la Mission, dont les prêtres essai­ ment dans les campagnes afin d’y fortifier le catholicisme. Sous la régence d’Anne d’Autriche, il milite en faveur du renouveau des ordres monastiques et soutient l’action entreprise dans ce sens par le cardinal de La Rochefoucauld. Par la mise au point la « petite méthode », saint Vincent forge un outil de réforme de la prédication. Son objectif est de rendre l’éloquence de chaire à son but premier: parler du sacré, et le faire simplement (depuis la Renaissance et la redécouverte de l’Antiquité païenne, les sermons contenaient de nombreuses références aux poètes latins ou à la mythologie… avec les troubles religieux et civils de la seconde moitié du XVIe siècle, la prédication avait fait de dangereuses incursions dans le domaine du politique… quant aux prédicateurs, le désir de briller les poussait à l’emploi de mots et de tournures pompeux). En accueillant des retraitants (il s’agit de donner une formation poussée aux futurs prêtres pendant les onze jours précédant leur ordi­ nation et de les faire méditer sur leur vocation), en favorisant la création de séminaires confiés aux prêtres de la Mission, il participe au mouvement d’éducation spirituelle et de relèvement moral du clergé. Par son rôle au Conseil de Conscience (saint Vincent entre en 1643 dans cette institution chargée de régler les affaires religieuses du Royaume, il en sera écarté en 1652 par Mazarin auquel il s’opposait) il lutte contre les progrès d’un mysticisme illuminé chez les religieuses, tente d’empêcher la propagation du protestantisme, agit sur la désignation des évêques, mène campagne contre les duels, s’attaque aux livres et pièces de théâtre jugés dangereux pour la morale. Bien qu’ami de Saint-Cyran (envers qui il fit toujours preuve de loyauté, refusant de l’accabler après son arrestation en 1638), saint Vincent prit franche­ ment position contre ses opinions en matière de doctrine. Ainsi, saint Vincent de Paul est l’incarnation omniprésente de la sensibilité de la Contre-Réforme, le digne ami du cardinal Pierre de Bérulle (avec qui il se lie dès son premier séjour à Paris en 1609-1613), l’émule de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantal[3].

Saint patron des œuvres charitables, nul autre plus que lui ne méritait d’être distingué à ce titre. Il fut en effet, dans le domaine de la charité, le véritable homme-orchestre de la période. D’abord se placent les fondations de Confréries de la Charité à partir de 1617-1618 dans sa cure de Châtillon-les-Dombes (actuellement Châtillon-sur-Chalaronne dans le département de l’Ain) au cœur d’une région fort touchée par la propagande réformée sur les terres des Gondi (il est depuis 1613 le précepteur du fils aîné de Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères). Ayant vocation à réconforter les parias et les démunis, saint Vincent visite dès 1618 les forçats de Paris qui attendent dans la plus grande misère le départ, tous les 6 mois, de la « chaîne »; il obtient même une amélioration de leur sort matériel (transfert depuis la prison proche de Saint-Roch à destination d’une maison plus salubre du quai de la Tournelle); il fait tant et tant, que le 8 février 1619, Louis XIII crée pour lui la charge d’aumônier général des Galères (rattachée en 1644 à celle de supérieur de la Mission). En 1633, avec la fondation de la Compagnie des Filles de la Charité, il inaugure une forme nouvelle de vie religieuse, où les Filles, tout en se consacrant au service de Dieu à travers celui des pauvres, ne prononçaient pas de vœux, n’étaient pas cloîtrées, gardaient leur habit séculier et n’avaient ni chapelle particulière ni aumônier. Dans la mise en place de cette Compagnie, qui essaime ses maisons dans tout le Royaume, saint Vincent fut largement aidé par sainte Louise de Marillac, la plus fidèle de ses émules. Avec l’institution des Dames de la Charité, il fait pénétrer les œuvres dans la haute société. Les Dames, issues de la Cour ou de la haute bourgeoisie soutiennent financièrement l’action du saint et viennent réchauffer leur foi à ses conférences hebdomadaires. Il s’oppose à la solution brutale de la « suppression de la mendicité » qui pourtant triomphe avec l’arrêt royal de mars 1656 qui annonce l’enfermement. C’est encore Monsieur Vincent qui organise les secours en faveur des provinces dévastées par les troubles de la Fronde. C’est lui, enfin, qui, à partir de 1638-1640, met en place l’institution parisienne de recueillement des enfants abandonnés.

L’œuvre charitable de Saint Vincent de Paul est donc immense et s’inscrit clairement dans le courant de la Contre-Réforme, comme une valorisation de la justification par les œuvres.

Vincent est bel et bien un homme de son siècle, du siècle des saints, engagé dans tous les combats du renouveau catholique ! Une question doit alors nous venir à l’esprit : dans cette activité protéiforme quelle est la place de son action en faveur de l’enfance délaissée ?

Saint Vincent et les délaissés, une action limitée

Cette interrogation conduit à poser trois questions : D’abord, quelle était, avant Monsieur Vincent, l’institution qui, à Paris, avait la charge des malheureux enfants ? Quelle fut l’action du saint en leur faveur ? quelles en furent les limites ?

Dans la capitale, depuis 1552, les abandonnés étaient à la charge des seigneurs hauts justiciers, du moins pour le financement. L’hôpital de la Trinité (qui jusque-là ne recevait que les enfants légitimes des pauvres de la ville) devait les accueillir dans ses murs et les élever. Un changement intervint en 1570 : par l’arrêt du 12 juillet, le Parlement de Paris décida que le lieu d’accueil des bambins serait désormais deux maisons du Port-Saint-Landry (près de l’actuel Quai aux Fleurs), offertes par le chapitre de Notre-Dame, sur lequel reposait en fait la plus grande partie du coût financier. Dans la pratique, la Couche de Saint­ Landry était grevée de défauts si graves que son efficacité était illusoire: le nombre des abandons croissant sans cesse, rendait insuffisantes les 960 livres de revenus annuels; la mortalité était effroyable (en 1638, M. Vincent signale qu’aucun des enfants recueillis depuis cinquante ans n’a survécu !); on colportait même d’horribles ragots : trafics effectués par des nourrices qui ayant laissé périr un petit légitime, rachetaient des exposés qu’elles substituaient à leur premier pupille; pis encore, on évoquait des trafics odieux opérés par des mendiants qui mutilaient des abandonnés et se servaient d’eux pour inspirer la pitié. Quelle que fût la consistance de ces rumeurs, elles inspirèrent sûrement l’action de notre saint.

Au début de 1638 saint Vincent et quelques-unes des Dames de la Charité visitent la Couche de Saint-Landry. Nul besoin d’être devin pour augurer qu’aux yeux de ces charitables personnes, le spectacle dut être des plus éprouvant. Quelques jours plus tard, les Dames, réunies sous la direction de leur mentor, décident de s’occuper des délaissés. Un premier essai est tenté timidement, sur un nombre restreint d’enfants retirés de la Couche et qui, dans une maison louée de la rue des Boulangers, sont nourris de lait de vache ou de chèvre. Il faut attendre le début de 1640, pour que, lors d’une réunion des Dames, soit arrêtée la décision d’étendre l’assistance à tous les délaissés de la capitale[4]. Dès la fin du mois de mars, les enfants sont recueillis, pour partie rue des Boulangers, pour partie à la maison mère des Filles de la Charité, à La Chapelle.

En 1645, L’Hôpital des Enfants Trouvés est transféré dans un groupe de treize maisons bâties près de Saint-Lazare et cédées à bail aux Dames de la Charité[5]. Dès le début, les Filles de la Charité furent chargées des bambins. Ceux-ci ne faisaient (dans la mesure du possible) qu’un bref séjour à l’hospice avant d’être remis à des nourrices de la campagne ou de la ville. Les « dossiers » des enfants ainsi placés témoignent d’un précoce souci d’organisation rationnelle, puisque dès la fin de l’année 1639, ils sont classés. Après sevrage, les pupilles revenaient à la maison parisienne. Les règlements de cet établissement[6] montrent que les préoccupations morales et religieuses tenaient une place primordiale dans l’éducation et, partant, dans l’emploi du temps des enfants. De la même source, on retire la certitude que la bonne santé des pupilles était l’autre grand souci des Filles de la Charité. Rappelons, pour mémoire, la désastreuse tentative d’élever au château de Bicêtre, les enfants sevrés, entre juillet 1647 et 1651 (avec une courte coupure en 1649, à la suite des troubles dus à la guerre civile). Enfin, à partir de 12 ans pour les garçons et de 15 ans pour les filles, nos délaissés étaient placés afin d’apprendre un métier. Tels sont les débuts l’œuvre créée par saint Vincent de Paul, institution qui fut, le 28 juin 1670, rattachée à l’Hôpital général par lettres patentes.[7]

Action limitée disions-nous ; il nous reste maintenant à définir clairement ces limites. D’abord, il faut se référer à ce que nous avions précédemment dit de l’œuvre de saint Vincent de Paul : homme-orchestre de la charité ; homme de tous les combats de la Contre-Réforme. Dès lors, nous percevons que les enfants trouvés ne sont guère qu’une goutte d’eau par rapport à l’ensemble de sa vie missionnaire. Cette impression ne peut être que confirmée par la consultation de la masse des papiers personnels laissés par M. Vincent.[8] Ainsi, bien qu’il s’entretînt chaque semaine avec les Dames de la Charité, six conférences seulement font mention de cette œuvre. Sur ces six causeries, cinq sont datées d’entre 1640 et 1650, qui, outre les deux séances où fut prise la décision d’assister les délaissés, ont toutes trait aux difficultés financières de l’établissement. De même, l’étude des entretiens hebdomadaires avec les Filles de la Charité, ne livre que cinq mentions se rapportant aux enfants trouvés. Et encore, une seule de ces causeries, celle du 7 décembre 1643, traite-t-elle exclusivement et explicitement des pupilles. Pareillement, dans sa correspondance avec Louise de Marillac, les références à l’assistance aux abandonnés sont rares et n’interviennent que pendant la gestation de l’œuvre et lors des périodes de grande détresse financière. Si l’action de M. Vincent est limitée, elle l’est essentiellement par l’activité multiforme qu’il développa en tant qu’animateur du renouveau catholique.

Outre la personnalité du saint, on peut chercher une seconde limite dans l’insuffisant financement de l’établissement. Il existait bien quelques ressources « officielles »[9] : versements des seigneurs hauts justiciers ; libéralités diverses et occasionnelles de Louis XIII et d’Anne d’Autriche. Mais cela était loin de représenter la totalité des sommes nécessaires.[10] L’appoint provenait, soit de quêtes, soit surtout de la générosité des Dames de la Charité. Générosité que l’éloquence dépouillée de saint Vincent savait si bien susciter[11]. Partant de cela, il ne saurait, à mon sens, être question dans les lettres patentes de 1670, d’une réelle « consécration administrative »[12]. Rappelons que ce texte demandait explicitement aux Dames de continuer leurs dons. Notons, au passage, que les Dames de la Charité garderont jusqu’à la Révolution un rôle important dans l’administration de l’Hôpital, ainsi que dans la surveillance des enfants. L’action du fondateur de l’Hôpital des Enfants Trouvés est aussi limitée dans l’espace : il s’agit d’un établissement parisien. S’il existait, en province des institutions de recueillement, aucune d’entre elles ne reproduisait exactement la structure de celle de la capitale : intégration à l’Hôpital général, financement et administration en grande partie assurés par les Dames de la Charité, service par les Filles de la Charité.

Au total, s’impose l’image d’une œuvre parmi d’autres dans l’activité de saint Vincent de Paul. Œuvre locale et financée par la charité privée. Il ne saurait donc être question d’assistance, du moins, au sens où nous entendons ce mot. Cela ne devrait guère surprendre, puisque jusqu’à la Révolution, il y a impossibilité à même concevoir le principe d’une prise en charge par l’État du soulagement de la misère. Assurément, ce n’est pas l’action qui définit l’originalité de l’œuvre de Monsieur Vincent en faveur des enfants trouvés. Celle-ci est ailleurs.

Saint Vincent de Paul et les délaissés, un discours motivant

Chez saint Vincent de Paul, l’innovation se trouve dans les discours destinés à provoquer la charité envers les enfants trouvés. Arguments que l’on trouve dans les entretiens aux Dames de la Charité comme dans les conférences aux Filles de la Charité.

  • Quels sont ces arguments ?
  • Quelle image des délaissés s’en dégage ?
  • Connurent-ils la pérennité ?

Dès le début de l’œuvre, le grand souci de saint Vincent est la vie des enfants, il souligne d’ailleurs que ceux-ci : « … sont en nécessité extrême, à laquelle ceux qui le savent sont obligés de subvenir, sur peine de damnation »[13].

Le thème de la mort des enfants revient dans les périodes de détresse financière : « La Providence vous a faites mères adoptives de ces enfants… de sorte que ces pauvres enfants étant abandonnés de vous, il faut nécessairement qu’ils meurent »[14].

« Cessez d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges, leur vie et leur mort sont à présent entre vos mains … ils vivront si vous continuez d’en prendre un charitable soin ; et, au contraire, ils mourront et périront infailliblement si vous les abandonnez ; l’expérience ne vous permet pas d’en douter »[15].

De plus le décès des malheureux aurait pour corollaire la damnation des Dames. Voici le fait important : en utilisant un chantage sous-jacent, M. Vincent fait implicitement référence au crime d’infanticide afin de sauver son œuvre. Cela est fort clair lorsqu’il précise : « … comble de tous les maux, c’est que plusieurs mouraient sans être baptisés »[16].

Par-là, il assimile le refus d’assistance au crime le plus atroce de la civilisation chrétienne : quoi de plus préjudiciable au salut que de priver ainsi une âme innocente de l’éternité ? Par la suite, la peur de l’infanticide comme motivation au recueillement devient une constante des discours sur les enfants trouvés. La référence à ce crime est déjà explicite chez le fidèle imitateur de l’éloquence de saint Vincent de Paul qu’est, au tout début du XVIIIe siècle, Lordelot :

« Seigneur, vous qui avez préservé votre fils de la cruauté du tyran qui voulait le comprendre dans le massacre cruel des innocents, préservez aussi ces malheureux enfants de l’inhumanité barbare de leurs pères et mères, qui pour ménager une fausse pudeur, leur donnent souvent la mort par tant de moyens honteux et criminels »[17].

Secourir les abandonnés, c’est aussi plaire à Dieu puisqu’ils sont à l’image du Christ[18]. Rejetés par leur famille, nos bambins naissent, comme le Rédempteur, sans père corporel. Comme Lui souffrit du voyage de sa mère, sur le point d’accoucher, ils endurent les manœuvres des leurs afin de cacher, voire d’interrompre des grossesses. Comme Lui, encore, ils viennent au monde dans des conditions marquées par l’inconfort et la précarité. Il est pourtant une différence : «… Le premier est l’enfant de Dieu et les autres des hommes; le premier de grâce, celui-ci du péché »[19].

Le parallèle avec l’enfance du Christ est aussi repris par Lordelot : « Seigneur, qui êtes venu sur terre comme un enfant abandonné, réduit dans une pauvre étable, privé des ressources et des assistances nécessaires à un âge si tendre… »[20].

Mais, l’emploi de cet argument afin de provoquer la charité est-il Entièrement positif ? En fait, ce que le XVIIe siècle admire dans la Sainte Enfance, c’est l’humiliation du Christ incarné dans un enfant, c’est­à-dire, dans une créature imparfaite et infirme. D’autre part, saint Vincent de Paul souligne explicitement que l’enfant trouvé est né du péché. N’est-ce pas le marquer d’une macule, le désigner comme bâtard (comme d’ailleurs en employant l’argument de l’infanticide) ? Alors que l’on sait bien que les enfants légitimes fournissaient de forts contingents aux cohortes de délaissés !

S’adressant aux Filles de la Charité, M. Vincent insiste souvent sur la grandeur du service des délaissés, service auquel on est comme prédestiné. C’est la Providence qui a fait son choix entre les Filles afin de les vouer à cette mission : « Dieu vous a choisies pour cela, il vous a choisies de plus pour être les mères de ces enfants que ces malheureuses, indignes de l’être, exposent et abandonnent »[21].

Et la récompense viendra, on n’en saurait douter : « Mais en la condition de celles qui servent les petits enfants, comme en tout autre exercice de charité, la peine est suivie d’une si grande récompense, que ce doit être une peine bien aimée. (…) Pour avoir servi ces petits enfants abandonnés du monde, que recevez-vous ? Dieu dans l’éternité »[22].

Cette façon de présenter la charité envers les enfants trouvés, ainsi que les récompenses que l’on peut en attendre, sont typiques de la manière dont saint Vincent de Paul oriente sa spiritualité vers le pratique. Cette spiritualité vécue au quotidien devant trouver sa force dans l’humilité et la mortification. Où chercher humilité et mortification mieux qu’au service de ces êtres qui sont les plus misérables des pauvres ? Instruments par excellence de l’humiliation, nos malheureux enfants ont, une fois de plus, une image qui n’est guère positive ! Toutefois, il me faut nuancer ce propos. Cette façon de présenter l’assistance aux délaissés, me semble tout à fait représentative de la place importante accordée aux « œuvres » dans le mouvement du renouveau catholique. Les pays protestants ne connaissent pas cette forme d’assistance qu’est le recueillement des enfants.

Le discours inauguré par saint Vincent de Paul présentant l’assistance comme rédemptrice, se poursuit, au début du XVIIIe siècle avec Lordelot, puis disparaît, mort-né pourrait-on dire ! Faut-il voir là une influence de la crue du nombre des abandons, débordant rapidement les possibilités de la charité ? À mon sens, l’explication la plus acceptable de cette disparition tient dans l’évolution de la perception de la pauvreté, déjà détectée par Michel Foucault. Cette hypothèse a été reprise récemment et de manière tout à fait pertinente par Maurice Capul[23]. Au Moyen Âge, le pauvre mérite considération et compassion, parce qu’il incarne l’image du Christ souffrant, parce qu’il apparaît comme un intercesseur privilégié. Par la suite, ce schéma se périme progressivement, le misérable devient suspect de porter le désordre. Saint Vin­ cent se réfère encore à l’ancienne conception de la pauvreté lorsqu’il proclame que le service des délaissés offre une voie royale de vie éternelle, lorsqu’il ose comparer le délaissé misérable au Christ de la crèche. En argumentant dans cette voie, le fondateur choque jusqu’à ses disciples imbus des nouvelles valeurs assimilant paresse, pauvreté et vice, proclamant la récompense de l’effort et de la vertu. Deux indices indiscutables de ce malentendu émergent des rares allusions directes à l’enfance abandonnée[24]. Le 13 août 1656, saint Vincent doit combattre les réticences de quelques filles de la Charité hostiles à l’entrée dans la Compagnie d’anciennes pupilles, dont la présence (c’est-à-dire les origine suspectes) jetterait le discrédit sur la maison. Le 14 décembre de la même année, il est conduit, à la suite de quelques calomnies, à rappeler que les sœurs affectées au service des enfants trouvés n’ont pas reçu cette mission en guise de sanction. Ainsi le mépris ou la crainte qu’inspirent ces pauvres enfants avait pénétré jusque dans les rangs des Fil­ les de la Charité. Dans une société qui se structure, on leur reproche en fait quatre tares natives et rédhibitoires : leur origine, leur pauvreté, leur infirmité et leur isolement.

Ainsi, le message de Monsieur Vincent est-il porteur d’une contradiction. Novateur, il répond aux volontés exprimées lors du Concile de Trente de reprise en main d’une chrétienté militante. Archaïque, dans son parallèle avec la Sainte Enfance, il inquiète déjà une société éprise d’ordre. De l’effort de départ, il restera par la suite l’institution, mais non l’idéologie.

Saint Vincent de Paul hors du temps

La pensée de saint Vincent de Paul autour de l’abandon, axée sur la charité privée et en cela représentative du courant de renouveau du catholicisme devait subir de nombreuses altérations, sous la plume d’auteurs postérieurs. Ces ré-interprétations ne sauraient surprendre : le discours charitable initial s’éloignant dans le temps, rien n’était plus facile que de le faire fonctionner comme un mythe fondateur, légitimant tous les raisonnements, y compris ceux se plaçant à ses antipodes. Il me semble important de souligner un point : les divers avatars du discours fondateur, qui apparaissent avec les Lumières, interviennent après la canonisation de M. Vincent[25] Il faut, à mon sens, voir là une volonté délibérée de s’abriter derrière une figure déjà légendaire. Il nous reste donc à étudier en quoi saint Vincent de Paul « hors du temps » servit de paravent aux penseurs postérieurs sur l’abandon.

Une première altération apparaît dans l’Encyclopédie méthodique[26]. Tout d’abord, Des Bois de Rochefort reprend les motivations mises en avant par le fondateur de l’Hôpital parisien lorsqu’il nous entretient du désir qu’avait celui-ci : « De faire participer ces malheureuses victimes de la honte et de la misère aux bienfaits de la religion (…) désir qu’elles ne fussent pas privées de la grâce du baptême … »

Seulement, suivant le curé de Saint-André des Arts, cette volonté, dictée par la religion et fondamentale chez saint Vincent, se serait accompagnée de vues plus « utilitaires ». Garder en vie les enfants, soit, mais : « …s’il était possible, pour l’utilité de la Société ».

Ainsi, voici M. Vincent devenu un précurseur du discours de rentabilisation de l’abandonné, si en vogue en ce siècle dit des Lumières[27]. En fait, la volonté de faire rembourser la dette des délaissés envers la Nation, leur bienfaitrice, en les rendant utiles à celle-ci, ne se trouve esquissée pour la première fois que dans les lettres patentes de 1670 et non dans le discours du saint, de plus, elle ne prendra réellement consistance que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ! Dans cette erreur, étonnante (ou volontaire) sous la plume de Des Bois de Rochefort, il faut détecter le désir manifeste d’abriter sous les pans du vaste manteau du saint, une conception plus « pratique » du recueillement.

Nouveau détournement, au tout début du XIXe siècle, avec Mme Miaczinski, pour qui le prophète de la Contre-Réforme, conscient du danger potentiel représenté par l’enfant trouvé, devient… l’apôtre de l’enfermement : « L’intérêt général de la société étant de réparer le tort que peuvent lui causer des vices particuliers, c’est sans doute pour y parvenir que des âmes sensibles et généreuses contribuèrent à l’établissement de maisons de bienfaisance en faveur surtout des enfants abandonnés »[28].

Là encore, on attribue à saint Vincent de Paul une vision de la pauvreté qui lui est totalement étrangère. Mme Miaczinski ignorait-elle vraiment que le fondateur de l’institution parisienne était en désaccord absolu avec les hommes de son temps qui, par la fondation de l’Hôpital général, n’envisageaient d’autre solution au problème de la pauvreté que la ségrégation des marginaux ?

Enfin, dernier détournement, mais non le moindre. Au XIXe siècle, pour l’abbé Gaillard[29] et l’avocat parisien André Gabriel Roche[30], Vincent, avec sa volonté d’accueillir et de sauver le plus d’enfants possible, ne peut être moins que l’inventeur du système d’admission par le tour ! En ce temps où les tours étaient attaqués de toutes parts, Roche en vient à employer des accents lyriques pour défendre l’instrument contesté en le plaçant sous le haut patronage du saint :

« … Nous aurons peut-être encore à constater des atteintes graves portées à cette institution toute chrétienne des tours, œuvre d’un saint et d’un héros, de saint Vincent de Paul et de Napoléon »[31].

Même lorsque le discours charitable du fondateur de l’Hospice des enfants trouvés n’est pas trop sollicité, c’est-à-dire détourné de son sens afin de justifier une nouvelle manière de penser, il est volontairement réduit: ainsi, le déleste-t-on de son contenu réformateur, le laïcise-t-on: pour Bernard-Benoît Remacle[32], philanthrope éminent, pour le docteur René Philippe Marchand[33], Monsieur Vincent n’est plus que le fondateur de l’œuvre des enfants ; la portée chrétienne de sanction est passée sous silence.

Comment expliquer ces détournements, ces simplifications ? La volonté déjà signalée de s’abriter derrière un saint, derrière une figure légendaire, n’explique pas tout. Pourquoi saint Vincent de Paul n’est-il pas devenu l’homme des galériens plutôt que celui du recueillement des abandonnés ? N’oublions pas que les galères disparaissent au XVIIIe siècle, remplacées par le bagne, et qu’enfin, celui-ci fait lui-même place à la transportation aux colonies. Si la modification des lois pénales fait disparaître l’image familière et atroce de la chaîne des forçats s’étirant sur les routes, l’abandon reste lui un phénomène numériquement important, un phénomène qui soulève les passions avec les querelles autour du mode d’admission, autour de l’avenir des pupilles. Il ne faut pas non plus perdre de vue que, au moment même où le discours charitable originel s’éloigne dans le temps, où il est détourné, un changement naît et s’affirme dans les mentalités. L’enfant cesse, petit à petit, d’être perçu comme un être infirme et inachevé pour devenir l’élément central de la famille. Ainsi, voici des éléments explicatifs à notre vision gauchie de l’œuvre de saint Vincent de Paul. Si, à l’heure actuelle, l’action en faveur des délaissés nous semble être la facette principale, voire unique, de sa tâche immense, c’est que son discours fut, maintes fois et consciemment, pillé et détourné. C’est que l’abandon restait un phénomène important dans la société, alors que les autres combats ayant nécessité l’engagement du saint avaient de moins en moins de raison d’être. C’est surtout, parce que l’être humain devenait de plus en plus sensible à des discours sur l’enfance !

* * *

Il serait sans doute excessif de réduire la dimension de l’œuvre de saint Vincent. Il a contribué directement à construire l’institution d’assistance aux enfants délaissés, il en a fourni les cadres de longue durée, les Filles de la Charité, il a introduit la stabilité là où l’éphémère triomphait au grand péril des trouvés. Il est aussi le premier à avoir proposé un discours motivant sur les réalités de l’abandon. Aussi contraire à l’évolution idéologique de son temps qu’aient pu être ses propositions, elles ont, même déformées, inspiré tous les penseurs sociaux de l’Assistance. Étrange destin des pionniers condamnés à la célébrité, dans la distorsion de leurs intentions.

Notes

[1] Période controversée car certains hagiographes de M. Vincent crurent bon d’un peu trop en rajouter sur les conversions qu’il aurait alors opérées.

[2] L’expression est du père Pierre Coste, un lazariste qui nous a laissé une monumentale biographie du fondateur de son ordre ‘Le grand saint du Grand Siècle’ : M. Vincent, Paris, 1932, 3 tomes.

[3] Il rencontre les deux saints en 1618-1619 et devient en 1622 le supérieur de la mai­ son de la Visitation établie à Paris.

[4] On pourra s’étonner du peu d’empressement à prendre en charge la totalité de ces malheureux et taxer saint Vincent d’excessive prudence, voire même de tiédeur. À mon sens, et, suivant en cela Pierre Coste (cf. Le grand saint… t. III chap. LXI), il s’agit plutôt d’une volonté d’expérimenter afin de cerner les défauts et de les amender : l’œuvre est dictée par la Providence, mais doit attendre les leçons de l’expérience pour être couronnée de succès !

[5] Tous ces renseignements sont tirés de Pierre COSTE, Le grand saint… , t. II, chap. XXXV et de Albert DUPOUX, Sur les pas de M. Vincent, dans Revue de l’Assistance publique, Paris, 1958.

[6] Règlements cités et commentés par Pierre COSTE, op. cit.

[7] Texte donné en annexe par Jehanne CHARPENTIER, Le droit de l’enfance abandonnée, son évolution sous l’influence de la psychologie (1552-1791), Paris, 1967.

[8] SAINT VINCENT DE PAUL, Correspondance, entretiens, documents, P. Coste éd., Paris, 1925, 14 tomes.

[9] A. DUPOUX, op. cit., p. 34.

[10] Pour l’année 1644, A. Dupoux estime la dépense à plus de 40 000 livres, mais il s’agissait là d’une année particulièrement difficile. Voir aussi l’entretien aux Dames Rap­ port sur l’état des œuvres du 11 juillet 1657 (SAINT VINCENT DE PAUL, Correspondance… , t. XIII, p. 802-820), où, suivant M. Vincent, la dépense de l’œuvre pour 1656 fut de 17.221 livres.

[11] Voir l’entretien aux Dames du 6 avril 1647, Sur la persévérance dans les œuvres (Correspondance… , t. XIII, p. 791-797), ainsi qu’un autre entretien de la même année (ibid., t. XIII p. 801).

[12] L’expression est de A. Dupoux, lequel avait déjà fait preuve d’un optimisme par trop forcené en qualifiant l’arrêt de 1552 de … « véritable charte des enfants trouvés » !

[13] Entretien aux Dames du 12 janvier 1640 (Correspondance, t. XIII, p. 774-778).

[14] Entretien aux Dames non daté « Sur l’œuvre des enfants trouvés » (Correspondance, t. XIII, p. 797-800).

[15] Entretien aux Dames de 1647, « Sur l’œuvre des enfants trouvés » (Correspondance, t. XIII, p. 801).

[16] Cf. note 14.

[17] De la charité que l’on doit exercer envers les pauvres enfants trouvés. Dédié à Mme la Princesse leur protectrice. Par un séculier [anonyme], livre depuis attribué à un avocat du nom de Lordelot, Paris, 1706, p. 34-35.

[18] Entretien aux Dames d’avril 1640, « Sur les œuvres de l’Hôtel-Dieu et des enfants trouvés » (Correspondance… , t. XIII, p. 779-785).

[19] Cf. note 18.

[20] LORDELOT, op. cil., p. 20-21.

[21] Conférence aux Filles de la Charité du 29 septembre 1655, Explication des règles communes (Correspondance… , t. X, p. 105-121).

[22] Conférence aux Filles de la Charité du 7 décembre 1643, « Sur l’œuvre des enfants trouvés » (Correspondance… , t. IX, p. 128-142).

[23] Maurice CAPUL, Internat et internement sous l’Ancien Régime, publications du C.T.N.E.R.H.1.; 1984, 4 vol.

[24] Conseil de la Compagnie des Filles de la Charité du 13 août 1656 (Correspondance, t. XIII, p. 730. Conférence aux Filles de la Charité du 14 décembre 1656, « Sur le jubilé » (Correspondance, t. X, p. 229-242).

[25] Béatifié en 1729, il est canonisé en 1737, sous le pontificat de Clément XII.

[26] Encyclopédie méthodique, t. Il, Paris, 1786, article Enfant trouvé, p. 278-292 par M. Des Bois de Rochefort, docteur de la maison et société de Sorbonne, curé de Saint-André des Arts.

[27] Sur ce point, voir Ph. ARAGON, De saint Vincent de Paul au baron de Watteville, 200 ans de réflexion sur l’abandon, mémoire de maîtrise, Université Paris IV, 1985, p. 28-40.

[28] Veuve MIACZINSKI, Essai sur les enfants abandonnés, envoyé anonymement à la Société d’agriculture, commerce et arts de Châlons-sur-Marne le 7 thermidor an IX, s.l., an IX.

[29] Abbé A. H. GAILLARD, Résumé de la discussion sur les enfants trouvés et observations sur la loi proposée au Corps législatif … , Paris, 1854.

[30] J. G. André Gabriel ROCHE, avocat à la Cour impériale de Paris, Question des enfants trouvés, Angoulême, 1857.

[31] ROCHE, op. cit., p. 13.

[32] Bernard Benoît REMÂCLE, Des hospices d’enfants trouvés en Europe et principalement en France depuis leur origine jusqu’à nos jours, Paris, 1838.

[33] Dr. René Philippe MARCHAND, Du paupérisme, Paris, 1845.

Philippe ARAGON 🔸

Il serait sans doute excessif de réduire la dimension de l’œuvre de saint Vincent. Il a contribué directement à construire l’institution d’assistance aux enfants délaissés, il en a fourni les cadres de longue durée, les Filles de la Charité, il a introduit la stabilité là où l’éphémère triomphait au grand péril des trouvés.

Explications :

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Aragon Philippe. « Saint Vincent de Paul et l’abandon », In : Enfance abandonnée et société en Europe, XIVe-XXe siècle. Actes du colloque international de Rome (30 et 31 janvier 1987) Rome : École Française de Rome, 1991. pp. 151-165. (Publications de l’École française de Rome, 140);

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