Monsieur Vincent et son temps. 79 ans à travers l’histoire de France

Conférence donnée à Gannes – Oise, le 20 octobre 2016

Introduction

Pierre Coste avait intitulé sa grande biographie sur St Vincent de Paul publiée en 3 volumes à partir de 1931 : « Le grand saint du grand siècle- Monsieur Vincent ». Qui dit « Grand siècle » sous-entend pour beaucoup le siècle de Louis XIV : le grand règne, une forme d’apogée du royaume de France !

Vincent sera pleinement marqué par le Siècle de Louis XIV, le siècle où se constitue la monarchie absolue française. C’est aussi le siècle infiniment marqué par les questions religieuses et entre autres la mise en place de la « République catholique » initiée par le Concile de Trente (1545-1563), temps de la reconstruction spirituelle de la France.

Avec Vincent de Paul, nous traversons ainsi 79 années d’histoire de France marquée par de grandes figures politiques comme Henri IV, le roi Louis XIII et son fameux premier ministre le cardinal de Richelieu, le jeune dauphin-futur Louis XIV.

Mais ces 79 années sont aussi marquées par de trop nombreux conflits. Il y’a tout d’abord les guerres de religion qui marquent le règne de Henri IV avec son prolongement qui sera la guerre de Trente Ans (1618-1648). Il y’ aura aussi les graves crises de régime que seront les fins de règnes d’Henri IV et de Louis XIII.

De près ou de loin, Vincent de Paul sera un acteur dans cette première moitié du XVIIème siècle que l’historien Hubert Methivier qualifie de « exubérant, proliférant et baroque par ses excès et ses contrastes 1»…bien plus riche et créateur à tous les égards que le second dit le Grand, stylisé et codifié dans l’Ordre louisquatorzien, colbertiste et bossuétiste.

Il est aussi le prolongement du long XVIème siècle ; il est donc un siècle antinomique, tumultueux et tourmenté de crises chroniques ».

I. Le règne de Henri IV (1598-1610) les guerres de religion et la pacification du Bon Roi Henri

1. Quand Vincent vient au monde en 1581

Nous allons d’abord faire un petit détour par le Sud-Ouest, la Gascogne, cette région entre les Landes et le Béarn. C’est le règne encore d’Henri III, fils du roi défunt Henri II et de la célèbre Catherine de Médicis. Henri III (1574-1589) est devenu roi malgré lui suite au décès de ses deux frères : François II (roi à 15 ans de 1559 à 1560), Charles IX (1560-1574). Leur mère Catherine dut plusieurs fois exercer la régence. La France commençait à être gagnée par les idées du réformateur de Genève Jean Calvin (1508-1564).

Les régions du Sud-Ouest (qui n’étaient pas encore totalement soumises à la Couronne de France) étaient gagnées au protestantisme de Calvin. Le royaume de Navarre joue un rôle prépondérant dans l’extension du protestantisme : Antoine de Bourbon et sa femme Jeanne d’Albret les parents du futur Henri IV sont déjà convertis au protestantisme de Calvin.

Et soutiennent officiellement le parti protestant au sein du royaume de France. Des nobles du Sud-Ouest sont gagnés eux aussi par la Réforme et engagent le conflit armé contre les armées royales qui viennent jusqu’en Gascogne « chasser le protestant ». Les armées protestantes poussèrent même leurs exactions jusqu’à Orthez qui faisait partie du Diocèse de Dax et même jusqu’aux portes de Dax accumulant les reines sur leur passage et laissant derrière elles des églises détruites, des monastères pillés et des cadavres de prêtres. Ces scènes d’horreur étaient bien présentes dans les mémoires et on devait encore les évoquer durant les veillées auxquelles le jeune Vincent de Paul participait.

2. Les guerres de religion (1562-1593)

Depuis 1559, les Églises protestantes se fédèrent et adoptent une confession de foi rédigée par Calvin lui-même. Et le protestantisme ne cesse alors de progresser. Mais le roi (déjà Henri II) veut engager une lutte sans merci contre les hérétiques ! Le point culminant est atteint le 24/29 août 1572 jour de la Saint Barthélémy, les protestants sont massacrés. (Une délégation étant venue accompagner Henri de Navarre à l’occasion de son mariage avec Marguerite de Valois).

Les massacres s’étendirent alors à toutes les grandes villes du royaume de France. La France va connaître une période délicate et un début de guerre civile. A l’avènement de Henri III (beau-frère de Henri de Navarre) la guerre civile continue. Catherine de Médicis cherchait en vain des solutions de paix l’accordant même à de nombreuses villes du Sud-Ouest où les protestants pouvaient librement exercer leur culte. Ce n’était pas du goût du parti catholique ultra mené par le duc de Guise issu de la famille ducale de Lorraine qui se proclamait famille héritière légitime des Carolingiens ! Les Guise ne cessent pas de comploter contre Henri III. Les choses se compliquent après le décès du plus jeune frère du roi qui fait d’Henri de Navarre le seul héritier légitime à la Couronne de France. Mais Henri est prince protestant d’où fait-il alors couronner roi un hérétique ? Henri de Guise reste très populaire et il est prêt à devenir roi de France : il a même monté une armée : la Ligue.

Finalement Henri III fait assassiner le duc de Guise à Blois e décembre 1588. Le lendemain, climat révolutionnaire à Paris où un comité prononce la déchéance du roi. Même chose dans plusieurs villes du royaume. Henri III est contraint d’appeler Henri de Navarre à son secours. En août 1589, un moine fanatique Jacques Clément assassine Henri III. Henri de Navarre (famille de Bourbon) peut ainsi devenir roi sous le nom d’Henri IV. Mais le nouveau roi est mal accepté des français majoritairement catholiques. En juillet 1593, il doit abjurer la foi protestante. Il fut alors sacré roi à Chartres en février 1594. 1598 : un accord est trouvé entre catholiques et protestants c’est le fameux Édit de Nantes.

3. Henri IV et la restauration de la France (1598-1610)

La France connaît douze années de paix réparatrice : une période de reconstruction dans tous les domaines :

– La reconstruction matérielle : elle fut l’œuvre de deux protestants : Sully et Barthélémy de Lafferras. Il s’agit de remettre un pays au travail car le pays est en crise. « Qui aurait dormi quarante ans penserait voir non la France mais un cadavre de la France. » disait un contemporain au lendemain des Guerres de Religion. Il fallait d’abord restaurer les finances royales et donc de rechercher de nouvelles recettes en augmentant la fiscalité directe. Ce fut principalement toute l’œuvre de Sully qui fut aussi un bon gérant des finances avec des dépenses limitées et le sens de l’économie. Sully put rembourser une partie de la dette, mettre le budget en équilibre et accumuler de grosses réserves d’or !

Grand propriétaire terrien, Sully s’intéressait beaucoup au développement agricole d’où cette expression que lui attribua : « pâturage et labourage sont les deux mamelles de la France ». Le règne d’Henri IV fut marqué par un gouvernement qui prit autant la défense des paysans : interdiction de se saisir instruments agricoles et des bestiaux, interdiction de chasser dans les vignes ou dans les blés avant la moisson, baisse de certaines taxes et impôts qui pesaient sur le monde paysan ! Sully fit même venir des techniciens hollandais (probablement calvinistes !) pour assécher les marécages. Il y’eut une politique de développement du réseau routier et des ponts. Le canal est creusé pour relier la Seine à la Loire par la vallée du Loing. Il y’eut aussi une reprise de la colonisation du Canada (commencé sous François I) avec la fondation du Québec et de la colonie française en 1608.

– Restauration de l’autorité

Comment effacer près de 40 ans de guerre civile ? Voilà le défi qui attendait Henri IV. Il était prêt à rallier à lui tous les hommes de bonne volonté, catholiques ou protestants à condition d’être fidèle au nouveau roi. L’essentiel pour lui est d’abord et avant tout de se « faire obéir » : tout est prêt pour mettre en place une monarchie absolue en restant garant des pouvoirs des provinces (dans une bonne partie de la Gascogne de St Vincent de Paul !) et de leurs gouverneurs en faisant contrôler ces derniers par des intendants royaux. (NB : qui ressemblent beaucoup aux préfets de Napoléon I quelques siècles plus tard !). Cependant Henri IV ne remit jamais fondamentalement en cause l’édit de Nantes qui limitait beaucoup les pouvoirs protestants.

– Reconstruction spirituelle

Quand Vincent de Paul arriva à Paris en 1608, l’Église en France connaît une première grande « réforme catholique ». C’est ce que l’on appellera aussi le « réveil catholique ». En 1603 par l’Edit de Rouen, les Jésuites, fers de lance de l’esprit issu du Concile de Trente, reçoivent de nombreux privilèges afin de faciliter leur installation en France. On leur accorde le Collège Royal de la Flèche, des collèges à Dijon et Lyon. Un jésuite, le père Cotton devient le confesseur du roi.

Vincent de Paul arrivant à Paris découvre une sorte « d’invasion de la mystique » à partir de certains salons mondains dont le plus célèbre fut celui de Mme Acarie (qui devint religieuse carmélite sous le nom de Marie de l’Incarnation) où se rencontraient des prêtres entre autres, Pierre de Bérulle que le jeune Vincent rencontra très rapidement, il lui fut d’un grand soutien et un bon conseiller !)

Ce furent aussi les débuts du Carmel en France et la réforme des ordres religieux (cf : la réforme des cisterciennes de Port Royal en 1609 sous la conduite d’une abbesse de 18 ans, Mère Angélique Arnauld). On parle alors de l’intrusion du courant espagnol. En 1608, François de Sales publia l’Introduction à la Vie dévote et ce furent aussi les débuts de l’Ordre de la Visitation. Vincent de Paul fit la connaissance de François de Sales en 1618 lors de sa venue à Paris.

Trois courants se dessinent autour de la spiritualité :

a. L’humanisme dévôt salésien adopté par les jésuites

b. L’École Française de Spiritualité à partir de la pensée de Bérulle.

c. Le courant mystique qui prédomine chez les Chartreuses (cf dans Beaucousin : on dit que Vincent de Paul fréquentait beaucoup les chartreux de Paris!), les Carmes et surtout chez les Capucins (le père capucin anglais Benoît de Canfield, directeur spirituel de Mme Acarie et dont Vincent de Paul recommandait la lecture!).

Henri IV fit aussi nommer des évêques de valeur : Camus à Belley, Frémyot à Bourges, Sébastien Zamet à Langres, Richelieu à Luçon, Du Perron à Évreux et à Sens… A partir de 1600, l’esprit du Concile de Trente commence à souffler sur des ordres religieux. Ainsi tous les éléments d’une grande réforme de l’Église de France sont en place et le jeune Vincent en découvre les prémices avec quelques réalisations concrètes dont les débuts de la Congrégation de l’Oratoire de Jésus (que Vincent fréquente sans y être membre).

II. Le règne de Louis XIII : la monarchie bicéphale (1610-1643)

1. La crise gouvernementale (1610-1617)

A la mort du roi Henri IV, le jeune Louis n’avait que 9 ans ! La reine mère, Marie de Médicis, assure la régence du royaume jusqu’à la majorité du roi fixée au 2 octobre 1614. D’origine italienne, la royauté laisse le pouvoir à un couple d’aventuriers (italiens eux aussi) Léonora Galigai et son mari Concini qui vont très vite s’attirer la haine de la Haute noblesse. Ce sera une période de troubles graves marquées par toute une série de complots. Un jeune évêque de Luçon fait alors une entrée discrète dans le gouvernement : Richelieu comme secrétaire d’État pour la guerre et les Affaires Étrangères. En 1612 sont conclus deux contrats de mariage qui lient la France à l’Espagne (ennemi juré!) : celui de Louis XIII à l’infante Anne d’Autriche.

La sœur de Louis XIII avec l’héritier d’Espagne.

Ces deux mariages auront pour conséquence l’entrée de la France dans le sillage de la puissante famille des Hasbourgs qui règne sur l’Espagne et le Saint Empire Romain Germanique ! Une telle alliance n’est pas du goût de tout le monde particulièrement des Grands du royaume qui tentent un coup de force en voulant éliminer Concini. En vain. Mais le 24 avril 1617, retournement brutal de situation. En effet, Louis XIII qui a 16 ans fait assassiner Concini. Léonora est suppliciée le 8 juillet pour sorcellerie et Richelieu est renvoyé dans son évêché de Luçon. De là commence la « guerre de la mère et du fils » (1619-1620). Ce n’est que par l’entremise de Richelieu qu’un accord sera possible entre la mère et le fils. Secrètement, Richelieu attend aussi sa récompense : le chapeau du Cardinal et l’entrée au Conseil du Roi.

2. La monarchie bicéphale : Louis XIII et Richelieu

Par l’entremise de la reine mère Marie de Médicis (et un peu aussi du Cardinal de Bérulle et du parti catholique ou le « parti des Dévots » favorable à une réforme radicale de l’Église de France), Richelieu entre en février 1624 au Grand Conseil du Roi dont il devient le Chef. Il n’a qu’un seul désir : avoir toute la confiance de Louis XIII et devenir le serviteur du roi et de l’État ! L’ambassadeur de Venise à Paris Pesaro nous décrit ainsi le cardinal : « …Personnage estimé le plus intelligent du royaume, il est capable des plus grandes choses…mais on dit que le cardinal servira le roi et ne s’occupera pas d’autre chose que de la grandeur du règne2 ». Tout pour la grandeur du royaume. C’est ainsi que Richelieu engagea la France dans la lutte contre les Habsbourg. Pour sauvegarder la majesté du roi, il veut abaisser les deux factions qui lui tenaient tête : les protestants et les Grands.

  • Fin du danger protestant

Les protestants possédaient des places fortes et tenaient des assemblées politiques d’où une sorte d’État dans l’État. Tout cela était intolérable aux yeux du Cardinal. Prenant prétexte que les protestants de l’Ouest aidaient la flotte anglaise à prendre l’Île de Ré, Richelieu mit le siège devant La Rochelle. La ville dut capituler. La lutte contre les protestants s’intensifia dans les Cévennes et les protestants signèrent l’Édit de Grâce ou a Paix d’Ales en 1629. Celle ci enlevait aux protestants toutes leurs places fortes et supprimaient leurs assemblées mais garantissait (à la demande de Richelieu) l’égalité devant la loi et la liberté de culte (dans les limites fixées par l’Édit de Nantes.

Remarque : on peut alors comprendre toutes les recommandations de prudence que donnait Vincent de Paul lorsqu’il envoyait des missionnaires dans les Cévennes !

  • La lutte contre les Grands (et leur chef de file : Gaston d’Orléans).

Elle sera acharnée et sans merci. « Dans cette partie où se jouèrent l’autorité royale et la vie même du Cardinal, il ne recula devant aucune illégalité : à ses yeux le « salut de l’État » justifiait tout, même les décisions les plus arbitraires »3au nom de la Raison d’État. Dans cette lutte sans pitié, on retrouve un certain nombre de grandes familles qui n’étaient pas tout à fait étrangères à Vincent de Paul dont les Marillac et la méfiance royale face au parti dévot. Cette lutte contre les grands verra aussi la fin du parti de la Reine-Mère.

Le développement de l’autorité royale : les prémices qui vont conduire à l’absolutisme de Louis XIII.

Richelieu a de grands projets pour la France : uniformiser l’administration, répartir plus équitablement les impôts, supprimer l’achat et l’hérédité des offices. Mais le cardinal est trop occupé à déjouer les complots des Grands et à faire la guerre aux Habsbourg. Richelieu travailla au moins à fortifier l’autorité du roi en limitant de plus en plus les pouvoirs des provinces et en donnant plus de pouvoirs encore aux commissaires et aux intendants. Richelieu continua à développer le commerce en se dotant d’une flotte commerciale pour faire concurrence aux hollandais ! Il tenta également de développer l’Empire colonial (Antilles, comptoirs de Madagascar et du Sénégal) et envoya des colons et des missionnaires au Canada. Pour justifier sa pratique : il sut utiliser les pamphlets et journaux entre autres la Gazette de France fondée en 1631 dans laquelle lui et le roi écrivaient des articles. (Anonymes)

3. Un règne marqué par les guerres (surtout la Guerre de Trente Ans)

La France d’alors ne connaît que deux grands ennemis : les Habsbourg et l’Espagne ! Vinent de Paul interviendra maintes fois en faveur de la paix.

La Guerre de Trente Ans (1618-1648)

Il s’agit d’une des guerres les plus terribles qui ait marqué l’Europe du XVIIIe siècle. A y voir de plus près, cette guerre est une suite des guerres de religion du XVIe siècle. Elle est aussi l’illustration du duel qui se poursuivait en Allemagne entre Réforme et Contre-Réforme catholique (avec l’influence grandissante des Jésuites).

Nous sommes donc au début du conflit au sein du Saint Empire Romain Germanique qui constitue une constellation d’états sous la direction plus ou moins forte d’un empereur élu par un ensemble de collègues dont les principaux sont au nombre de 7 ( 2 sur 7 sont calvinistes, dans d’autres collèges les protestants luthériens pèsent lourd dans la balance).L’enjeu est donc à la fois religieux et politique : qui sera le prochain empereur ? Sera-t-il encore catholique ?

Au début, la France se tient en retrait du conflit car préoccupée par la présence des Espagnols au Sud du Roussillon, au nord de l’Artois et en Franche Comté. Mais Richelieu soutient les adversaires des Habsbourg (en secret) et pour protéger le royaume des envahisseurs, ses armées envahissent l’Alsace puis la Lorraine. Désir d’étendre les frontières de la France ?

En 1635, Richelieu et Louis XIII jugent que le moment est venu de passer à la « guerre ouverte » et la guerre est déclarée d’abord contre l’Espagne puis contre l’Empereur. Ils ne craignent pas d’allier la France à des princes protestants ! Il s’agit d’un conflit sur plusieurs fronts mais aussi et surtout avec son long cortège de malheurs ! Les témoignages ne manquent pas pour illustrer les horreurs de cette guerre où les premières victimes furent surtout les populations civiles.

Ces témoignages (surtout ceux venus de Lorraine rapportés par les réfugiés lorrains venus à Paris !) parviennent aux oreilles de Vincent de Paul qui organise les secours en Lorraine dès 1639. En 1640, il va même jusqu’à supplier la paix auprès de Richelieu. NB : les Lorrains se méfièrent longtemps de l’entreprise de Vincent de Paul y voyant un agent pour annexer le duché de Lorraine à la France ! Seul un chanoine de Verdun (l’abbé Doignon) fit un panégyrique de l’œuvre de Vincent de Paul en faveur des Lorrains. Le petit peuple se montre moins ingrat ! Contre l’Espagne une guerre se poursuit encore même après la mort de Louis XIII et de Richelieu. La guerre fait aussi rage en Picardie, Champagne et Ile de France. Ce qui pousse Vincent de Paul a demandé en 1649 la paix auprès de Mazarin. Il organise aussi des secours en 1651.

III. Les débuts du règne de Louis XIV

En 1642, Richelieu meurt épuisé après tant d’années de guerres et d’efforts pour déjouer les complots de toutes sortes. « …il mourut haï de tous, sauf du roi. Les nobles ne lui pardonneraient pas ses exécutions, ni les parlements sa brutalité, beaucoup de Français lui reprochent de s’allier à des princes protestants contre les Habsbourg catholiques ; enfin la nation entière écrasée d’impôts maudissait son nom. Richelieu avait tout sacrifié à sa volonté de faire triompher l’autorité royale et de vaincre les Habsbourg. Par là il préparait le règne de Louis XIV, c’est à dire la victoire de l’absolutisme au dedans et la prépondérance française au dehors »4. En 1643, Anne d’Autriche assure la régence et abandonne la direction des affaires au successeur désigné par Richelieu : Mazarin qui restera aux affaires jusqu’à sa mort en 1661.

1. La Fronde

Ce fut une guerre civile, derrière les réactions du Parlement de Paris et de certains nobles contre l’absolutisme royal. Ce fut la Fronde des Parlements ! La situation était telle qu’en janvier 1649, Anne d’Autriche, Mazarin et le jeune Louis XIV quittèrent Paris pour trouver refuge à Saint Germain en Laye. Le jeune roi gardera toujours cet épisode en mémoire ! Mais il y’eut aussi la Fronde des Princes autour du Prince de Condé auquel il faut joindre Paul de Gondi, futur Cardinal de Retz. En février 1651, les deux frondes s’unissent plongeant Paris dans deux années d’anarchie ! Mais de guerre lasse, les Parisiens supplièrent le roi de rentrer au Louvre à Paris. Ce fut la victoire de l’absolutisme et la paix « au dedans ». Au dehors, le Traité des Pyrénées signé en 1659 marquait la fin de la longue guerre contre l’Espagne.

2.  L’épanouissement du catholicisme et les débuts du Jansénisme

C’est le temps où sous l’impulsion du Concile de Trente une foi austère et ardente pénètre non seulement parmi les clercs mais aussi chez les laïcs en quête d’une vie spirituelle authentique. Juste un petit mot sur le « Conseil de Conscience » dont Vincent de Paul fut un membre de 1643 à 1653. En effet, comment ne pas réformer l’Église sans nommer de bons évêques selon le modèle tridentin ! Ce fut la tâche du conseil de conscience, conseil royal chargé de nommer les évêques et les abbés des grandes abbayes. De l’avis des témoignages de l’époque, le discernement et l’esprit de synthèse de Vincent de Paul permit de nommer de bons évêques.

Les débuts du jansénisme avec la publication en 1640 de l’Augustinus écrit par l’évêque d’Utrecht Cornélius Jansen attaquait les idées des Jésuites à propos de la collaboration de l’homme dans l’œuvre de la grâce. Le livre s’appuyait sur des idées puisées chez Saint Augustin ! Peu après Antoine Arnaud fut pris à partie par les Jésuites qui parlèrent de « jansénisme » et résumèrent les idées de Jansénius en « 5 propositions ». Le débat rebondit avec l’intervention de l’abbé de Saint Cyran qui fut un des confesseurs de la communauté de Port Royal ! Vincent de Paul se trouva pris lui aussi dans les débats théologiques tiraillé entre une amitié pour Saint Cyran et la volonté de défendre la doctrine catholique ! Les jansénistes trouvèrent un nouveau soutien de poids dans la personne de Blaise Pascal. Tout cela engendra de profondes divisions dans le clergé entre jansénistes et anti jansénistes. 1660 marqua la fin du « jansénisme théologique » avec la destruction de Port Royal ordonnée par Louis XIV.

CONCLUSION

Nous venons de passer 79 années de l’histoire de France et de découvrir les implications de Vincent de Paul. Tout d’abord, nous constatons combien les guerres les ont marquées ! Des guerres avec leurs longs cortèges de miséreux, de réfugiés, de personnes déplacées. Mais aussi, nous avons vu des gens soumis à des taxes, des impôts, des efforts divers pour soutenir toutes ces guerres, ce qui peut aussi expliquer tous ces pauvres Vincent de Paul dut rencontrer ! Vincent fut aussi un des artisans et des acteurs de la Réforme catholique mue par une sorte de « révolution de la mystique ». Et enfin, homme avec les relations les plus diverses, toujours fidèle dans ses amitiés, Vincent n’avait peut-être pas toujours la sympathie des « puissants » de son temps mais il savait s’attirer leurs faveurs par son efficacité à aider les pauvres et les victimes des guerres. La charité ne pouvait connaître ni frontières ni parti pris. Malgré son humilité, notre histoire ne porte-t-elle pas quelques marques du passage d’un paysan landais dans un « grand XVIIe siècle » leur affirmant sans cesse au nom de sa foi la valeur de toute personne ?

 

Robert Gurtner, CM 🔸

Vincent fut aussi un des artisans et des acteurs de la Réforme catholique mue par une sorte de « révolution de la mystique ». Et enfin, homme avec les relations les plus diverses, toujours fidèle dans ses amitiés, Vincent n’avait peut-être pas toujours la sympathie des « puissants » de son temps mais il savait s’attirer leurs faveurs par son efficacité à aider les pauvres et les victimes des guerres.

 

 

1Hubert METHIVIER, « Le siècle de Louis XIII », coll. Que suis-je, n.1138, PUF, Paris 1982, pp.3-4

2Hubert METHIVIER, « Le siècle de Louis XIII », coll. Que suis-je, n.1138, PUF, Paris 1982, p.41

3Mallet-Issac, L’histoire l’âge classique 1492-1789, p. 109

4Mallet-Issac, L’histoire l’âge classique 1492-1789, p. 111