MOISSON D’AVRIL

Le Cœur de Saint Vincent de Paul à Vichy (1er et 2 avril 2017)

On sait que le Bon Pasteur a quitté les 99 brebis pour retrouver celle qui était perdue. Nous avons aussi vérifié que Vincent le bon pasteur, a quitté le troupeau de la rue du Bac, pour aller à la rencontre de quelques rares brebis à quatre cents kilomètres de là.

En deux journées, il est venu à la rencontre des cœurs malades, des cœurs brisés et broyés. L’histoire convoquait l’actualité. Les trois dernières filles de la charité ayant travaillé à l’hôpital de Vichy sont venues nous rejoindre depuis Le Coteau. Elles ont quitté l’EHPAD pour retrouver, transformés, les lieux de leur service. Le cœur était là, dans cette chapelle de l’hôpital, en cette semaine consacrée au don d’organes. Un homme a témoigné, greffé du cœur depuis quatre ans, affirmant simplement qu’il ne vivait maintenant que par et pour les autres. Trois personnes se sont ensuite approchées ; l’un a donné son rein à son frère, présent à ses côtés. Malade à son tour, il s’apprête à recevoir le rein de son épouse toute disposée à faire ce don sans la moindre réticence. Brusquement, nous réalisions que « donner son cœur » n’était plus une figure de style, mais le témoignage vécu par des milliers d’anonymes. Ils illustraient la contagion de l’amour qui opère des miracles. Qui refuserait, après ces témoignages, de donner son cœur ?

Les Conférences de saint Vincent de Paul, plus que centenaires à Vichy, ont voulu aussi nous montrer comment c’était si simple de donner son cœur. Il n’était pas nécessaire de faire une conférence pendant 1 heure pour nous inviter à rendre visite à une personne seule de son entourage. Il n’était pas nécessaire non plus d’attendre de grands moyens pour agir dans son entourage. Se réunir un dimanche où l’ennui est mortel, pour retrouver le goût de vivre autour d’une tarte faite maison. Les Conférences déroulent le B.A.BA de l’amour en acte. Qui refuserait, après ces témoignages, de laisser parler son cœur ?

La messe à la chapelle du missionnaire offrait le singulier témoignage des fruits de la Mission. Le cœur de saint Vincent voulait battre jusqu’aux extrémités de la terre. « Il ne me suffit pas d’aimer Dieu, si mon frère ne l’aime aussi ». Saint Vincent a envoyé les missionnaires à Madagascar, en Pologne, en Algérie sans s’arrêter au premier naufrage, malgré la réprobation des limaçons qui estimaient plus raisonnables de réserver les missionnaires à la France. Aujourd’hui, autour de l’autel, ce sont des prêtres malgaches, algériens et polonais qui présidaient, dans un paradoxal retournement missionnaire. 400 ans après, ce sont les missionnaires des pays choisis par saint Vincent qui missionnent en France. Qui refuserait, après ces témoignages, de permettre au cœur de saint Vincent de rayonner jusqu’aux extrémités du monde ?

Le soir du samedi, en petit groupe conduit par l’aumônier de la paroisse, les divorcés se sont retrouvés dans la chapelle autour du cœur. « Du cœur qui est brisé, mon Dieu, tu n’as pas de mépris ». Etonnés par notre invitation, ils ne savaient comment exprimer leur gratitude. Expressions des parcours de vie douloureux, décevants, chaotiques, les larmes remplaçaient les formules. Ils écrivaient leurs messages sur des petits papiers déposés dans l’urne pour rejoindre la rue du Bac. Qui refuserait, après ces témoignages, de laisser tous les cœurs battre à leur rythme ?

Dimanche, le cœur avait rendez-vous à l’église saint Louis, pour rejoindre la paroisse. Foule des grands jours où la solennité de l’orgue n’enlevait rien à la piété populaire. Même saint Pie V est venu rejoindre pour un temps saint Vincent dans un face à face silencieux. Retrouvailles des Filles de la Charité avec les anciennes du quartier. Découverte et partage des fidèles avec nos sœurs du Brésil, d’Espagne et de Pologne, comme une famille providentiellement reconstituée le temps d’un Royaume déjà là.

Dans l’après-midi du dimanche, le groupe diocésain DUEC (devenir un en Christ), était bouleversé qu’on les rejoigne par le cœur. Longues litanies des cœurs en arythmie murmurées entre deux refrains. Des silences abandonnés qui n’ont jamais voulu rien justifier. Tous accordés pour affirmer qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie…

Leur conclusion est aussi la notre.

François Hiss, CM 🔸

Brusquement, nous réalisions que « donner son cœur » n’était plus une figure de style, mais le témoignage vécu par des milliers d’anonymes. Ils illustraient la contagion de l’amour qui opère des miracles. Qui refuserait, après ces témoignages, de donner son cœur ?