Le Guide de la Chapelle Saint Vincent de Paul

95, rue de Sèvres – 75006 Paris

28 Juin 2016 | Cahiers, découverte | 0 comments

SUR LES PAS DE SAINT VINCENT DE PAUL

A Paris, rue de Sèvres, à quelques pas du no 95, s’offre à la vue du passant un bâtiment en pierre à l’allure de temple romain. Sa façade austère porte la marque de l’engouement pour l’Antiquité que connut l’architecture du XIXème siècle. Quatre pilastres donnent de la majesté à ce simple édifice.

Dans le tympan triangulaire, une inscription latine, Sancto Vincentio a Paolo sacrum, désigne le glorieux personnage honoré en ce lieu, représenté dans le buste en ronde-bosse qui surmonte la porte à double vantail, et dont les initiales S et V enlacées décorent l’entablement, en alternance avec des croix grecques. On entre alors dans ce sanctuaire dédié à saint Vincent de Paul… et l’on est captivé, entraîné dans un tourbillon de grâces…

En contraste avec la sobriété de l’extérieur, la richesse du décor intérieur surprend dès l’entrée. Dans cette chapelle au plan basilical, longue de 33m et large de 18m, la nef est délimitée par vingt-deux colonnes polies et unies à l’imitation du marbre. L’ornementation de la voûte en berceau formée de caissons peints décorés de roses et semés des monogrammes de Marie (MA) et de saint Vincent (SV), confère au lieu une atmosphère de spiritualité et de mystère. Attiré par l’imposant maître-autel, le regard se porte sur une vaste toile semi-circulaire où l’on voit saint Vincent dans la gloire au milieu de ses institutions. Ce trompe-l’œil forme comme un portique d’entrée à la châsse dans laquelle repose le Saint de la Charité. Au milieu de l’allée centrale, une dalle en marbre marque l’emplacement d’un caveau funéraire dont l’inscription latine évoque la mémoire de Jean-Baptiste Étienne, Prêtre de la Mission. Ainsi surgit en ces lieux l’histoire d’une famille religieuse, celle de saint Vincent de Paul.

Fondée par saint Vincent de Paul en 1625, la nouvelle Congrégation s’était d’abord établie au Collège des Bons-Enfants, rue Saint-Victor (Paris 5ème), puis en 1632 au Prieuré Saint-Lazare (territoire aujourd’hui occupé par la gare du Nord et l’hôpital Lariboisière) d’où saint Vincent développa toutes ses œuvres. Il y mourut le 27 septembre 1660. Pour honorer la mémoire de son fondateur, la Congrégation commanda de grands tableaux pour orner l’église du Prieuré Saint-Lazare. Ces œuvres furent réalisées en 1732 par des artistes de renom, et peu avant la canonisation, en 1737, parurent les onze estampes correspondantes. La gloire de la canonisation entraîna pour saint Vincent une éclosion d’admiration et de dévotion, et l’on copia beaucoup ces tableaux que les gravures de 1737 avaient fait connaître. Les vitraux de la chapelle s’en sont inspirés. Mais la Maison-Mère allait vivre des jours de malheur. Le 13 juillet 1789, une horde en délire investit le Prieuré, qui fut pillé et ravagé, sauf l’église. En 1792, le décret interdisant les congrégations religieuses provoqua la dispersion des Lazaristes, qui durent quitter définitivement les lieux. Après le désastre du pillage, ce furent les spoliations de la Révolution : il fallut se séparer des tableaux de 1732. Plus de trente Lazaristes confessèrent leur foi dans les prisons ou sur l’échafaud.

Après la Révolution, Bonaparte, Premier consul, se proposa de rétablir la liberté du culte. Les négociations avec le Vatican aboutirent au Concordat de 1802. La Congrégation des Prêtres de la Mission, d’abord reconnue en 1804, fut interdite par Napoléon. Elle fut enfin rétablie par un décret signé par Louis XVIII le 3 février 1816. En remplacement de l’ancien Saint-Lazare, le gouvernement attribua aux Prêtres de la Mission l’Hôtel de Lorges, rue de Sèvres. C’est dans cette maison que la Congrégation essaya de se reconstituer. Dès l’arrivée, on fit le projet d’une chapelle. Des plans furent demandés à l’architecte-voyer Vasserot, auteur d’un plan de Paris. Mais le terrain manquait…

L’OEUVRE DU PÈRE ETIENNE, Supérieur général de la Congrégation de la Mission (1843 à 1874)

Venu de Montigny-les-Metz à l’âge de 19 ans, Jean- Baptiste Etienne entra dans la Congrégation renaissante en 1820 et resta jusqu’à la fin de sa vie à la Maison-Mère. Ordonné prêtre en 1825 par Mgr de Quélen, archevêque de Paris, il fut élu Supérieur général en 1843 et devint la cheville ouvrière du grand renouveau de la Congrégation en ce XIXème siècle. Après l’acquisition, en 1826, des parcelles du no 93 rue de Sèvres, la première pierre de la chapelle fut posée le 17 août. Le 1er novembre 1827, la construction était terminée et la nouvelle chapelle, dédiée à saint Vincent, était consacrée par Monseigneur de Quélen; le Père de Wailly étant Supérieur général. L’embellissement de ce joyau du style Charles X et son grandissement se firent au cours des années, ainsi que la transformation de l’Hôtel de Lorges, dont il ne reste que le rez-de-chaussée et une partie du premier étage du bâtiment central. En 1853, le Père Etienne bénit la chapelle de la Passion, édifiée à l’entrée, à droite, pour faire mémoire du Scapulaire de la Passion révélé en 1846 à une Fille de la Charité, Soeur Apolline. En 1854, on éleva le maître-autel monumental, derrière lequel on fit poser deux rampes pour accéder facilement à la châsse où repose le corps de saint Vincent. L’année suivante, la décoration de l’arc triomphal venait achever la composition. On fit en 1859 les bas-côtés surmontés de tribunes, en 1860 1’autel de la Sainte Vierge. En 1864 on put monter les vitraux.  En 1865 M. Cavaillé-Coll acheva la construction d’un orgue. Le Père Etienne mourut en 1874 après 27 années de généralat. L’année 1894 marqua la fin des travaux avec le portail d’entrée, surmonté du buste de saint Vincent. Récemment, de 1983 à 1992, sous l’impulsion du Supérieur général, le Père Mc Cullen, la chapelle fut entièrement restaurée et classée monu- ment historique (J.O. du 27-03-1994).

L’ARC TRIOMPHAL

La gloire de saint Vincent Le Père Etienne confia la décoration de la chapelle à un frère Lazariste, François Carbonnier (1787-1873). Celui-ci, originaire de Beauvais, avait eu comme maître David, premier peintre de l’empereur Napoléon Ier, puis Ingres. Après un séjour de vingt-deux ans en Angleterre, François revint en France et entra chez les Lazaristes. Ses 34 années à la Maison-Mère furent des années de travail et de prière. Il orna la chapelle, les salles, les corridors de nombreux et beaux tableaux.  » Il faut être un saint pour concevoir de telles scènes  » a dit de lui le Cardinal Morlot, archevêque de Paris. En 1855, Frère François terminait l’Apothéose de saint Vincent et ses principales institutions, qui venait orner l’arc de triomphe, achevant ainsi la composition globale du maître-autel. La toile en grisaille, formant fer à cheval, porte une inscription latine : Pertransiit bene faciendo (Il a passé en faisant le bien), citation des Actes des Apôtres appliquée à Jésus-Christ, ici en référence à saint Vincent. Au centre, saint Vincent, les bras étendus, est porté au Ciel par deux anges.

Dans la partie gauche de l’arc triomphal, saint Vincent enseigne les ordinands dans le cadre des Conférences du mardi. Plus bas, saint Jean-Gabriel Perboyre tient une grande croix et saint François-Régis Clet un crucifix. Tous deux portent la palme du martyre. Sur les marches d’un escalier, sont inscrites (en latin) les vertus recommandées par saint Vincent aux Prêtres de la Mission: simplicité, humilité, douceur, mortification, zèle. Plus bas encore, saint Vincent prêche l’évangile à de pauvre gens. des galériens, une femme avec ses enfants et un mourant. Dans la partie droite de l’arc triomphal, sainte Louise de Marillac, les mains jointes, précède les Filles de la Charité. Plus bas, les Dames de la Charité se penchent vers les enfants trouvés. Sur les marches d’un escalier, sont inscrites (en latin) les vertus recommandées par saint Vincent aux Filles et aux Dames de la Charité . simplicité, humilité, charité. En bas, un blessé de guerre et un soldat sont soignés par des Filles de la Charité.

LES VITRAUX ET BAS-CÔTÉS, Le témoignage d’une vie

Les bas-côtés, construits en 1859, se terminent par une chapelle. Ils sont éclairés par sept fenêtres, dont six furent habillées de vitraux en 1864, réalisés par MM. Laurent et Gsell, peintres verriers de Paris. Chaque verrière porte deux médaillons ovales qui illustrent un épisode de la vie de saint Vincent. Au-dessus, un médaillon rond présente un ange qui porte un phylactère1 où l’on peut lire une invocation en latin des litanies de saint Vincent en relation avec les sujets traités (les textes latins sont ci-après traduits en français). Dans le bas-côté droit, se trouve d’abord l’autel de saint Jean-Gabriel Perboyre (1802-1840), Prêtre de la Mission, martyr de Chine. Sous l’autel, une châsse en porphyre contient les reliques du Saint.

Au-dessus, avec le premier vitrail, commence l’histoire de saint Vincent. On lit sur le phylactère : SV ab infantia miseretur (SV dès sa jeunesse est compatissant). Les deux médaillons sont inspirés de tableaux mi-XVlllème conservés à la Maison-Mère. Le premier médaillon, Vincent berger charitable, montre Vincent enfant faisant l’aumône à un pauvre. Le paysage nous rappelle qu’il est né (en 1581) dans les Landes. On aperçoit sa maison natale et le vieux chêne, les oies et les moutons qu’il gardait souvent et, au loin, les Pyrénées. Le second médaillon représente La captivité de Vincent à Tunis. Cet épisode de sa vie, placé de 1605 à 1607, a été relaté par saint Vincent lui-même dans deux lettres. Le jeune Vincent, les fers aux pieds, fait la moisson avec d’autres esclaves. La femme de son maître, à genoux auprès de lui, a pris son chapelet et en / baise la croix, témoignant par le geste de la main et par sa physionomie son émotion. On sait par le récit de Vincent que cette femme, bouleversée par le Salve Regina chanté par le jeune prêtre, facilita son évasion. Cest pourquoi Vincent écrivit :  » Dieu opéra toujours en moi une croyance de délivrance par les assidues prières que je lui faisais et à la sainte Vierge Marie, par la seule intercession de laquelle je crois fermement avoir été délivré ‘ De retour en Avignon, Vincent se rendit à Rome où il vécut pendant un an. En septembre 1608, il vint s’établir définitivement à Paris.

Surmonté d’une statue de la sainte patronne de Paris, voici l’autel de sainte Geneviève. On lit sur le phylactère du 2ème vitrail : SV diffusant le feu de la charité. Le premier médaillon représente Les Dames de la Charité appelées aujourd’hui les Equipes Saint-Vincent. La première Confrérie de la Charité a été fondée en 1617 par saint Vincent alors curé de Châtillon-sur-Chalaronne, près de Lyon. Le second médaillon représente Les Confréries d’hommes. L’autel de saint Louis est surmonté de la statue du roi de France. On lit sur le phylactère du 3ème vitrail : SV évangélisateur des pauvres. Le premier médaillon, Le catéchisme, montre saint Vincent enseignant des enfants. Suivant le Concile de Trente, saint Vincent encouragea la communion solennelle. Le second médaillon, La prédication de saint Vincent, évoque le sermon de Folleville (près d’Amiens) du 25 janvier 1617 à l’origine de la Congrégation de la Mission. Son modèle est la gravure d’après le tableau de Detroy (1732) conservé en l’église Saint-Pierre de Mâcon.

L’autel de saint Denis est surmonté d’une statue du premier évêque de Paris. On lit sur le phylactère du 4ème vitrail : SV zélateur de la gloire de Dieu. Le premier médaillon illustre Les Conférences du mardi créées par saint Vincent en 1632 pour la formation des ordinands. Parmi d’autres, Bossuet, et Olier, le fondateur des Prêtres de Saint- Sulpice, en ont bénéficié. Son modèle est la gravure faite d’après le tableau de Detroy (1732) pour la canonisation. Le second médaillon représente Les séminaires fondés par saint Vincent en 1631 en application du Concile de Trente. L’autel de sainte Louise de Marillac est surmonté d’une statue de la fondatrice, avec saint Vincent, des Filles de la Charité. On lit sur le phylactère du 5ème vitrail : SV chasseur d’âmes. Le premier médaillon Au secours des soldats blessés, illustre les secours à la Lorraine organisés par saint Vincent pendant la guerre de Trente ans. Son modèle est la gravure faite d’après le tableau de Féret (1732) conservé en l’église Sainte-Marguerite (Paris 11ème). Le second médaillon évoque Les missions étrangères lancées par saint Vincent en Afrique du Nord (1645) ou à Madagascar (1648).

Nous nous trouvons maintenant dans la chapelle dédiée à Saint-Joseph, un lis à la main droite et l’Enfant Jésus endormi sur son bras gauche. On lit sur le phylactère du 6ème vitrail : SV simple et humble. Le premier médaillon (à droite) présente Le Conseil de conscience créé par Anne d’Autriche après la mort de Louis XIII (1643). La reine y nomma saint Vincent pour gérer les affaires ecclésiastiques du royaume. Dans le second médaillon, La mort de Louis XIII, le roi de France mourant, tient un crucifix, celui-là même qui est dans la châsse de saint Vincent. Ce vitrail a pour modèles les gravures faites d’après deux tableaux de Detroy disparus à la Révolution. Poursuivons par le bas-côté gauche, que l’on reprend à l’entrée de la chapelle. Voici l’autel de saint François-Régis Clet (1748-1820), Prêtre de la mission, martyr de Chine. Dessous, sa châsse en porphyre. On lit sur le phylactère du 7ème vitrail : SV vivant de l’esprit du Christ. Le premier médaillon (à gauche) montre Saint Vincent Aumônier des Galères. Cette charge fut créée par Louis XIII en 1619. Son modèle est la gravure faite d’après le tableau de Restout (1732) disparu à la Révolution. Le second, La délivrance d’un galérien, épisode sans doute hagiographique, présente saint Vincent prenant la place d’un galérien.

L’autel de sainte Jeanne de Chantal est surmonté de la statue de la fondatrice de la Visitation. On lit sur le phylactère du 8ème vitrail : SV aime ses frères. Le premier médaillon (à gauche) présente Saint Vincent nommé Supérieur des Visitandines par saint François de Sales. La rencontre avec le saint évêque de Genève fut décisive dans la vie de saint Vincent. Ce dernier se vit confier, en 1622, la Congrégation des Soeurs de la Visitation fondée par François de Sales et Jeanne de Chantal. Le modèle est la gravure faite d’après un tableau de Restout de 1732 conservé en l’église Sainte-Marguerite (Paris 11ème) Le second médaillon présente La vision des globes. Après la mort de sainte Jeanne de Chantal (1641), saint Vincent, selon son propre récit, vit, pendant qu’il célébrait la messe, s’élever les âmes de ses deux amis (François de Sales était mort en 1623) sous la forme de deux globes qui allaient se réunir dans un troisième globe qui est Dieu. Sur ce même thème, on peut voir à l’entrée du bas-côté droit de la chapelle un grand tableau peint par Gaëtan Sontin vers 1760. A gauche du tableau, une statue de saint Antoine de Padoue avec l’enfant Jésus assis sur le livre ouvert des Ecritures. Sur la droite, la Vierge de Lourdes.

L’autel de saint François de Sales est surmonté de la statue du saint évêque de Genève. On lit sur le phylactère du 9ème vitrail : SV père des pauvres. Le premier médaillon (à gauche) présente Les Enfants trouvés, œuvre fondée par saint Vincent en 1638, et dont sainte Louise de Marillac, secondée par les Dames de la Charité, fut la cheville ouvrière. Le second médaillon présente l’Hôpital du Saint Nom de Jésus fondé en 1653 pour accueillir des vieillards pauvres. Son modèle est la gravure faite d’après le tableau de Frère André (1732) conservé en l’église Sainte-Marguerite (Paris 11ème) Puis voici, avec la statue de l’évêque d’Aix-en Provence bénissant, l’autel de saint Lazare. On lit sur le phylactère du 10ème vitrail : SV formateur des siens. Ce vitrail reprend deux tableaux de Frère François Carbonnier. On voit sur le premier médaillon (à gauche) Les Constitutions de la Mission. Saint Vincent les remit à ses confrères en 1658. Le second médaillon montre saint Vincent remettant à sainte Louise de Marillac Les Règles des Filles de la Charité.

L’autel de sainte Catherine Labouré est surmonté de la statue de « la Sainte du silence ». On lit sur le phylactère du 11ème vitrail : SV fidèle jusqu’à la fin. Sur le premier médaillon (à gauche) on voit Saint Vincent recevant les derniers sacrements, la veille de sa mort le 27 septembre 1660. Son modèle est dans la gravure faite d’après le tableau de Detroy (1732) disparu à la Révolution. Le second présente L’Apothéose de saint Vincent dont le modèle est la gravure faite d’après le tableau de Frère André (1732) qui se trouve, retaillé, en l’église Saint-Gilles de Bourg-la-Reine. Dans la chapelle dédiée à la Sainte Vierge, le 12ème vitrail montre, sur le premier médaillon, La translation des reliques de saint Vincent. Celle-ci eut lieu les 24 et 25 avril 1830 lors d’une procession solennelle à travers Paris. Le second médaillon montre Les Filles de la Charité en mission à l’étranger. L’ange de ce dernier vitrail porte un phylactère dont l’inscription latine : SV defunctus ad nunc loquens (SV défunt parle encore maintenant) est une invitation pour nous à vivre aujourd’hui la charité à la suite de saint Vincent.

La chapelle de la Sainte Vierge est dédiée à l’Immaculée Conception comme l’indique la phrase latine inscrite au pourtour : Regina sine labe concepta (Reine conçue sans péché). On reconnait la Vierge telle qu’elle s’est montrée le 27 novembre 1830 à Sœur Catherine Labouré, en la chapelle des Filles de la Charité (140, rue du Bac, Paris 7ème), pour lui confier la mission de faire frapper une médaille à son effigie. Les pieds de la Vierge Marie reposent sur le globe terrestre, où ils écrasent le serpent, symbole du Malin. Dans l’oculus placé au sommet de la demie-coupole qui recouvre cette chapelle, est peint le revers de la Médaille Miraculeuse. « La croix, le M et les deux Cœurs (de Jésus et de Marie) en disent assez » entendit un jour Sœur Catherine. Autour du globe terrestre, les symboles des quatre évangélistes : l’ange pour Matthieu, le lion pour Marc, Le bœuf pour Luc, l’aigle pour Jean.

LE MAÎTRE-AUTEL, Honneur à l’Eucharistie

La chapelle de 1827, sans bas-côtés ni tribunes, n’avait qu’un autel assez ordinaire. Quant à la châsse de saint Vincent, déposée là depuis la cérémonie solennelle de 1830, elle était à peu près inabordable. Le Père Etienne le déplorait. Il remédia du même coup, en 1854, à ces deux inconvénients, en faisant ériger, un peu en avant de la châsse, un magnifique maître-autel derrière lequel on fit poser deux rampes pour permettre aux fidèles d’aller s’agenouiller devant les reliques du Saint de la Charité. Encadré de chaque côté par deux colonnes cannelées, le maître-autel est richement élaboré. L’autel est surmonté d’un tabernacle et d’un retable architecturés reposant sur un gradin dont la face antérieure est décorée de rinceaux. Le tabernacle, où est conservée la Présence réelle, est enchâssé sous un double arceau qui repose sur des colonnettes en marbre rose. Sa porte dorée est ornée de trois losanges dans lesquels s’inscrivent en haut la colombe de l’Esprit-Saint, au milieu le visage du Christ, en bas le Calice et l’Hostie.

Le retable, en arrière de la table d’autel, présente une composition verticale à trois niveaux. Dix statues encadrent le tabernacle. On reconnaît, à gauche : saint Joseph avec l’Enfant Jésus, saint Jean Népomucène, prêtre de Prague, martyr du secret de la confession, saint Joachim le père de la Vierge Marie, saint Patrick, évangélisateur d’Irlande, évêque, puis en retrait saint François-Régis, jésuite, apôtre à droite, saint des pauvres Ferrier, prédicateur Vincent dominicain, saint Denis, premier évêque de Paris, avec la hache de sa décapitation, saint François-Xavier élève un crucifix, saint Boniface, missionnaire de la Germanie mort martyr, puis en saint Augustin évêque de Cantorbery, retrait, bénédictin. Au niveau médian, une niche centrale à fond doré abrite une croix. Entourée d’anges, elle est surmontée d’un pélican, symbole de la Passion de Jésus et de l’Eucharistie. Quatorze petits anges l’entourent, et aux deux extrémités de la rangée sont placés des reliquaires qui contiennent, à gauche, des reliques de François de Sales, à droite, des reliques de Jeanne de Chantal, saints personnages avec lesquels saint Vincent était profondément lié. Leur lien spirituel nous est aussi rappelé par le tableau La vision des globes qui orne le bas-côté droit.

Le couronnement du retable présente, comme pour nous montrer la route, placées chacune sur un haut piédestal qui porte la palme du martyre, les quatorze figures des premiers témoins de l’Évangile : les Apôtres (sauf Judas et plus saint Paul) et les évangélistes (dont deux sont apôtres). A gauche, saint Pierre, le chef de l’Église, est reconnaissable par les clefs qu’il tient de la main droite, symbole du pouvoir de pardonner ou de condamner au nom du Seigneur, Luc par son évangile et, à ses pieds, le taureau, Jacques le Mineur et Barthélémy sont accompagnés de l’instrument de leur martyre, la massue pour le premier et le couteau pour le second, Philippe tient à la main la croix (latine) de l’évangélisation, qui est aussi l’instrument de son martyre, Thomas porte, cachée sous un voile, une église, saint Jean, au visage jeune, a un aigle à ses pieds. A droite, saint Paul, l’Apôtre des nations, est représenté avec  » une épée à double tranchant  » – c’est ainsi qu’il appelait la Parole de Dieu – et ses épîtres, André porte l’instrument de son supplice, une croix en X, Marc tient sur son cœur son évangile dans la main gauche, un lion est couché à ses pieds, Jacques le Majeur a le chapeau sur la nuque et le bourdon du pèlerin à la main, Simon porte la scie de son supplice, Matthieu tient son évangile dans la main droite, enfin Jude-Thaddée, le patron des causes désespérées, porte le médaillon de l’Agneau immolé.

L’antependium de l’avant-corps de l’autel est divisé en sept arcatures et se continue de chaque côté par un double retrait de même facture. Chaque arcature abritant une statue, l’ornementation est ainsi composée, sous l’autel, de quinze statues. Au milieu, la Vierge à l’Enfant. A gauche, son époux saint Joseph, reconnaissable au lys qu’il tient à la main droite, puis viennent saint Jean-Baptiste en peau de bête et l’évêque d’Aix-en Provence, saint Lazare qui bénit de la main droite. En angle, saint Philippe Néri, le chapelet à la main, prêtre fondateur de l’Oratoire et saint Jean de Dieu la tête ceinte d’une branche d’épines, enfin en angle encore, saint Ignace en habit jésuite, main droite levée, tient son livre des Exercices et saint Bruno, la tête baissée et les bras croisés, comme sur l’oeuvre de Houdon (Basilique Sainte-Marie-des-Anges-et-des-Martyrs, Rome).

A droite, sainte Anne enseigne Marie enfant ; viennent ensuite saint François de Sales qui tient de la main droite sa plume d’écrivain et de l’autre main son livre La vie dévote, et saint Bernard qui présente sur la main gauche l’abbaye de Citeaux. En angle, on reconnaît saint François d’Assise avec les stigmates, sa robe de bure ceinte par une cordelière dont les trois noeuds rappellent ses voeux de pauvreté, chasteté et obéissance, puis saint Dominique muni d’une croix, d’un livre et d’un lys ; en angle encore, saint Benoît la tête couverte d’un voile comme sur sa médaille, un doigt sur les lèvres pour signifier le silence, Règle de l’Ordre à la main, à ses pieds un corbeau, et enfin le roi saint Louis tenant sur son coeur la Couronne d’épines et les trois clous. Sur le marche-pied de l’autel, est représenté l’Agneau divin cerné par deux loups, avec ces mots : Mitis et humilis agnus (Agneau doux et humble). Au-dessus des portes en chêne sculpté qui conduisent à la sacristie, des inscriptions latines se rapportent à la fondation de la Congrégation et à la bénédiction de la Chapelle.

LA CHÂSSE DE SAINT VINCENT, Les reliques de saint Vincent

La magnifique châsse d’argent offerte par Mgr de Quélen au nom du diocèse de Paris est l’œuvre d’un orfèvre de grand talent, Charles Odiot, qui remporta pour cette œuvre une médaille d’or à l’Exposition de 1827. Le 25 avril 1830, une procession solennelle traversa Paris depuis le parvis de Notre-Dame. On pouvait voir dans ce cortège mille Filles de la Charité parmi lesquelles la jeune Catherine Labouré, arrivée la veille de sa Bourgogne natale. La châsse fut déposée en arrière et au-dessus du maître autel. Un groupe en argent la couronne : il représente saint Vincent dans la gloire, montant au ciel, accompagné de quatre angelots qui portent les emblèmes de la foi (le calice), de l’espérance (le bâton avec le serpent), de la charité (la corne d’abondance), et de l’Église (la croix).

De chaque côté, posés sur un socle, deux orphelins, un garçon et une fille, ont les yeux fixés sur la figure du Saint qu’ils semblent invoquer. Les vêtements choisis pour habiller le corps de saint Vincent contrastent par leur richesse avec ceux dont le Saint se vêtait de son vivant. On remarque l’aube magnifique en tulle brodé, l’étole de moire violette, richement brodée en or. Le visage du Saint est en cire, comme ses mains dans lesquelles on mit la croix de bois peint et vernissé que l’On disait avoir servi à saint Vincent pour exhorter Louis XIII mourant. Cette croix, recouverte d’argent au bout des trois croisillons, supporte un Christ en ivoire. Sous les pieds du divin Crucifié, un petit reliquaire d’argent de forme oblongue, garni d’un cristal de roche, contient des parcelles de la vraie croix et des reliques de sainte Victoire. Plus bas, un ouvrage en corail représente la sainte Vierge portant l’enfant Jésus et, à côté, saint Jean-Baptiste enfant tenant une croix.

LES TRIBUNES, Regarder Jésus et Marie

Élevées en même temps que les bas-côtés, les tribunes, qui comportent des autels latéraux, sont ornées de huit grands tableaux (environ 3,20 m sur 2,60 m), œuvres du Frère François Carbonnier. La tribune de droite est dédiée à Jésus-Christ, avec quatre tableaux : l’Adoration des mages, Jésus à douze ans au temple, le Sermon sur la montagne, l’Ascension. Elle se termine par l’autel dédié au Sacré-Cœur de Jésus. La tribune de gauche est dédiée à la Vierge Marie, avec aussi : la Présentation quatre tableaux de Marie au Temple, l’Annonciation, la Visitation, la Définition de l’Immaculée Conception. Elle se termine par l’autel dédié au Cœur Immaculé de Marie.

A la tribune du fond, l’orgue, œuvre du renommé Aristide Cavaillé-Coll, fut installé en 1864. Classé objet historique, avec son buffet d’époque de style néo-antique, l’orgue a été restauré en 1955. L’instrument se compose de vingt jeux, en un même buffet, avec une inscription sous la Montre : Laudate Dominum in chordis et organo (Louez le Seigneur avec les cordes et l’orgue). Les deux claviers manuels sont encastrés l’en fenêtre dans le flanc gauche. Les commandes sont toutes mécaniques. Le soufflet à bras, aujourd’hui remplacé par une soufflerie électrique, a été conservé. Louis Braille, universellement connu comme l’inventeur de l’alphabet en faveur des aveugles, prit place de 1843 à 1851 dans la lignée des organistes de la chapelle Lazariste. Ses cendres reposent au Panthéon.

L’AUTEL DE LA SAINTE AGONIE, Prier avec Jésus à Gethsémani.

A l’entrée du bas-côté gauche, un autel fut consacré à la Sainte Agonie de Jésus-Christ le 9 octobre 1912 pour le cinquantenaire de l’Archiconfrérie de la Sainte-Agonie, fondée en 1862 par le Père Nicolle, Lazariste, Recteur du sanctuaire marial de Valfleury (Loire). L’autel est en marbre blanc. Il repose sur deux colonnettes de marbre rose et gris. Le devant de la table est orné d’un bas-relief en bronze doré qui montre la Mort de Saint Joseph entouré de Jésus et de Marie. Sur l’autel, des statues en bois sculpté représentent, l’une, Jésus à genoux au Jardin des l’autre un Oliviers, ange qui tient le calice. La Mère des Douleurs est présente, à droite de l’autel. A gauche, le Bon Larron sur la croix est l’exemple du pécheur endurci qui se repent juste avant de mourir. Le premier vendredi de chaque mois, après la messe célébrée en la chapelle, à 15h, pour honorer les souffrances intérieures de Jésus à Gethsémani, les fidèles se rendent en procession à cet autel. A droite, un tableau (mi-XVIIIème siècle) représente saint Vincent montant au Ciel. Sur le pilier proche, le médaillon du Chemin de Croix qui se déroule sur tous les piliers des bas-côtés illustre la rencontre de Jésus avec Véronique.

LA CHAPELLE DE LA PASSION, Contempler la Passion de Jésus-Christ

En 1853, Le Père Etienne fit ériger la chapelle de la Passion à l’entrée du Sanctuaire Saint-Vincent de Paul, sur la droite. Ceci pour faire mémoire d’une grâce accordée aux deux familles de saint Vincent: le don du Scapulaire de la Passion et des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie, par Jésus lui-même, à Soeur Apolline Andriveau, Fille de la Charité, et son expansion par les Prêtres de la Mission. Le 26 juillet 1846, soir de l’octave de la fête (à cette époque) de saint Vincent, en la chapelle de la Maison de Charité Saint-Jean, à Troyes, Soeur Apolline vit Notre-Seigneur tenant à la main le Scapulaire de sa Passion, « un scapulaire écarlate sur lequel le Christ était représenté sur la Croix, entouré des instruments de sa Passion… Je lus autour du Crucifix : « Sainte Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, protégez-nous A l’autre bout, était l’image des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie, l’un entouré d’épines, l’autre percé d’une lance ; entre les deux, était une Croix qui s’élevait au-dessus et l’invocation  » Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie, protégez-nous  » Le nouveau Scapulaire, approuvé par le Pape Pie IX en 1847, se répandit rapidement dans l’Eglise. Pendant ce temps, les deux familles de saint Vincent connurent une prospérité dont elles n’avaient pas eu d’exemple. Pour le Père Etienne, tous ces faits furent la preuve d’une action puissante de la Providence. Il eut le bonheur d’inaugurer la Chapelle de la Passion le 14 septembre 1853, en la fête de la Croix glorieuse. L’ Archiconfrérie de la Sainte-Agonie fut chargé de la diffusion du Scapulaire de la Passion, ce qu’elle continue de faire encore aujourd’hui.

Pénétrer dans la chapelle de la Passion est impressionnant tant y est présente la Passion du Christ. Sous l’autel tombeau, un Christ au sépulcre en marbre blanc rappelle le dernier épisode de la Passion dont la représentation est fondée sur les récits des quatre évangélistes. La décoration de la chapelle est l’œuvre de Frère François. Elle illustre les trois scènes de la Passion que Sœur Apolline avait constamment sous les yeux : Jésus au Calvaire, Jésus au jardin des Oliviers et Jésus au Prétoire.Au-dessus de l’autel, la toile du retable montre Jésus au Calvaire. Le peintre a voulu éclairer le don de l’Eucharistie par le mystère de la mort du Christ : on aperçoit, posée au sol, une patène avec l’hostie tandis qu’un calice recueille le Précieux Sang qui s’écoule des plaies de Jésus-Christ. Quatre personnages entourent le Crucifié. Marie, Mère des Douleurs, debout à côté de son Fils, saint Jean, le regard tourné vers Jésus, Marie- Madeleine éplorée devant le sang répandu, et une femme prosternée en qui l’on peut reconnaître sœur Apolline car elle est revêtue du Scapulaire de la Passion. On aperçoit au fond Jérusalem.

A droite, une toile montre Jésus à Gethsémani. Il fait nuit. Le Christ, tombé à genoux, revêtu d’une robe rouge, est soutenu par deux anges dont l’un tient un calice. La violence du combat spirituel éprouvé par Jésus lors de cette nuit d’angoisse est telle qu’une sueur de sang inonde son visage. Une lueur déchire l’obscurité : c’est le rayonnement de la croix, à laquelle est accrochée la couronne d’épines ; on aperçoit la lance et l’éponge. Au sol, épars, clous et tenailles qui serviront au supplice du lendemain, et les deniers de la rançon par laquelle Judas va livrer Jésus.  A gauche, le vitrail représente le Prétoire de Pilate où s’est déroulé le simulacre de procès du Christ. Le Christ, couvert d’un haillon de pourpre jeté sur ses épaules ensanglantées, est assis, les mains liées, les yeux bandés, couronné d’épines. La méchanceté des regards portés sur le Supplicié, le sarcasme des expressions, la violence des gestes contrastent avec la désolation et la douceur de la Mère de Jésus. (Dans les visions de Soeur Apolline, Marie était présente au Prétoire). Dans le fond, neuf soldats romains, armés de leur lance, s’amusent du spectacle.

A la voûte, encastrés dans les nervures en plein cintre, quatre panneaux sur toile disposés en forme de croix présentent des anges portant les instruments de la Passion : la couronne d’épines et les clous, les fouets, la lance et le roseau, une échelle. A la clef de voûte, est représentée la sainte Face de Notre-Seigneur comme sur le « voile de Véronique » Quatorze petits tableaux en bois sculpté ornent le pourtour de la chapelle, illustrant les stations du Chemin de Croix. La dernière station marque le jour des ténèbres où tout semble perdu. Mais le jour de Pâques sera le triomphe de la Vie et de l’Amour.

Saint Vincent de Paul, apôtre et témoin de la Charité du Christ auprès des pauvres, donnez-nous d’aimer Dieu  aux dépens de nos bras et à la sueur de nos visages. Aidez-nous à nous abandonner à sa Providence, fidèles à découvrir son action dans tous les événements de notre vie. Soutenez-nous dans notre désir de discerner et d’accomplir la Volonté de Dieu. Obtenez-nous un cœur tendre et compatissant aux misères et aux souffrances des autres spécialement des plus démunis de ce monde. Accompagnez-nous dans notre service des hommes et intercédez auprès du Fils de Dieu pour que nous devenions dans notre travail, notre famille, notre quartier, notre paroisse, nos communautés, des passionnés de son Évangile d’Amour.
Amen.

Archives de la Congrégation de la Mission (Lazariste) ♦

Saint Vincent de Paul, apôtre et témoin de la Charité du Christ auprès des pauvres, donnez-nous d’aimer Dieu  aux dépens de nos bras et à la sueur de nos visages.

Explications :

1 – banderole aux extrémités enroulées portant les paroles d’un personnage.